*Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : » Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne vaut rien dire. C’était peut-être hier. * Extrait : L’ÉTRANGER, d’Albert Camus, version audio, Frémeaux et associé éditeur, 2020, lu par l’auteur, durée d’écoute : 2 heures 51 minutes. Note : L’ÉTRANGER a été publié pour la première fois en 1942 chez Gallimard.

Le sens de la vie selon Camus

C’est le personnage principal qui raconte lui-même son histoire dans ce roman un peu bizarre mais qui suit une philosophie et un schéma de pensée bien précis, à la Camus quoi ! Meursault est un homme introverti, taciturne, passif et pusillanime. La vie lui coule sur le dos comme flot d’indifférence, les sentiments, l’empathie et l’altruisme lui faisant cruellement défaut.
Sa singulière histoire se déroule en deux parties. Au début, la mère de Meursault meurt dans son asile. Le fils vivra brièvement son deuil avec plus d’indifférence que de tristesse et cela est à retenir car cette indifférence, doublée d’une apparence d’ennui va se retourner contre lui dans la deuxième partie.
Nonobstant quelque idylle de nature plus sexuelle que sentimentale, une chaîne d’évènements amènera Meursault à commettre un meurtre lui aussi marqué par l’absurde et l’indifférence. Un procès s’ensuit, à mon avis, LE véritable plat de résistance du roman.
Même si Meursault vit son procès avec détachement et ennui, il était prévisible que l’indifférence affichée lors de la mort de sa mère soit au cœur de l’argumentaire du procureur. Reconnu coupable et condamné, Meursault se lance dans une introspection laissant à penser qu’il mourra comme il a vécu.
C’est un roman étrange, singulier et original qui n’est pas sans nous questionner sur le sens de la vie et surtout sur la nature humaine. Est-il possible qu’un être humain soit doté d’une nature que rien ne gêne, n’ébranle ou ne touche ? Et si c’est le cas, cet être humain a-t-il une âme ? Question mise en évidence dans le plaidoyer du procureur. Je vais plus loin en suggérant que par le biais de tous ses questionnements, Albert Camus jette sur la Société un regard sévère, critique. Ce roman m’a ébranlé car il met en perspective une carence sociale : l’indifférence.
J’ai écouté la version audio de L’ÉTRANGER, lue par l’auteur en personne Albert Camus. Je l’ai trouvée aussi étrange que l’histoire. Autant dire que cette lecture d’un autre temps est caractérisée par la nonchalance et le détachement, est parfaitement ajustée au sujet.
Ajoutons à cela un peu d’atonie et de légèreté qui m’ont donné un peu l’impression, par moment, de donner au récit une empreinte caricaturale. Je n’ai pas vraiment été emballé par la narration, mais le roman est tellement fort, pointant du doigt l’irrationnalité et la bêtise, que j’ai été subjugué…tout simplement.
L’ÉTRANGER comporte de la sérieuse matière à réflexion. Le roman est court, frappe et va droit au but. Ça me rappelle une chanson célèbre dont les paroles sont de Maurice Vidalin, interprétée par Gilbert Bécaud, écrite en 1977 : L’INDIFFÉRENCE.
Dans ce chef d’œuvre *le chanteur français met en exergue…l’émotion qui consiste à ne pas ressentir, il s’agit de l’indifférence. Le chanteur diabolise, maudit et blâme ce trait de caractère. Il l’aperçoit comme l’une des pires caractéristiques que l’humain peut acquérir, au fil des paroles, on comprend pourquoi ! * (greatsong.net)
L’indifférence, elle fait ses petits dans la boue
L’indifférence, y a plus de haine y a plus d’amour
Y a plus grand chose
L’indifférence, avant qu’on en soit tous crevés
D’indifférence, je voudrais la voir crucifiée
L’indifférence, qu’elle serait belle écartelée

ALBERT CAMUS (1913-1960)
Suggestion de lecture : Déjà paru sur ce site : mon commentaire sur un autre grand classique d’Albert Camus : LA PESTE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
LA LISTE nomme 8 filles chaque année, 
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