Projet Dernière Chance

Commentaire sur le livre
d’ANDY  WEIR

*Je vais donc mourir, mais pas pour rien. Je m’efforcerai de découvrir comment on peut stopper les astrophages, puis j’enverrai mes réponses à la Terre. Après quoi je mourrai. En matière de suicides sans douleurs, j’aurai l’embarras du choix. Overdose de médicaments, réduction du taux d’oxygène dans l’atmosphère jusqu’à perdre connaissance et décéder. Joyeuses perspectives. *

Extrait : PROJET DERNIÈRE CHANCE, d’Andy Weir. Version audio : Hardigan éditeur, 2022, durée d’écoute : 18 heures 18 minutes. Narrateur : François Montagut. Version numérique : Bragelonne éditeur, 2022, 600 pages. Format papier : Bragelonne éditeur, 2021, 480 pages.

Scientifiquement crédible, imaginatif

PROJET DERNIÈRE CHANCE est un huis-clos qui m’a parfois donné l’impression de manquer d’air, un peu comme ce que j’ai ressenti en lisant SEUL SUR MARS. Les différences sont toutefois notables. Je veux surtout dire ici que l’auteur a trouvé le ton juste pour me river à ma lecture. Voyons le résumé, de façon chronologique.

Une espèce de bactérie, si je peux l’appeler ainsi, appelé astrophage, grignote graduellement et lentement le soleil qui perd de sa luminosité, de sa chaleur et de son magnétisme. La terre est en danger d’extinction à moyen terme. Une imposante équipe de scientifiques, militaires et technologues s’unissent sous la direction d’une femme froide et coriace appelée Strate pour mettre au point le PROJET DERNIÈRE CHANCE, un vaisseau spatial avec une équipe réduite qui hérite d’une mission suicide.

L’espoir de l’équipe réside dans des échantillons rapportés d’une sonde de la planète Vénus. Mais tout ne marche pas rondement. Un matin, Ryland Grace se réveille fin seul dans le vaisseau. Ses coéquipiers sont morts. Il doit se consacrer entièrement à sa mission, seul…pour un temps…car il fera une rencontre très étrange. Le défi demeure le même : empêcher l’extinction de l’espèce humaine.

C’est un tourne-page fort, un vrai de vrai avec un personnage attachant et sympathique qu’on aurait envie de soutenir et d’aider car il se débat avec l’énergie du désespoir. Le sujet est original. La terre est en danger mais pour une fois, l’homme n’y est pour rien. C’est ce danger de mort qui amènera les hommes à s’unir pour tenter une dernière chance.

L’auteur aborde, de façon innovante, des questions qui sont toujours d’actualité : Sommes-nous seuls dans l’univers ? Comment combattre l’infiniment petit ? La science a-t-elle ses limites ? Pourra-t-on se promener un jour d’une planète à l’autre ?

La seule petite faiblesse que j’ai repérée dans ce livre est un imposant déploiement de connaissances scientifiques et de manœuvres expérimentales qui prend le pas sur l’intrigue. Sinon, la plume est extrêmement bien maîtrisée et le langage scientifique très bien vulgarisé rend l’ensemble fluide.

L’auteur fait des bonds en arrière pour passer en revue les préparatifs du PROJET DERNIÈRE CHANCE. Souvent, ce type de récit à deux temps m’irrite mais pas dans ce cas-ci pour deux raisons : le charisme et l’humanité de Grace et le caractère de chipie d’Eva Strate. Les personnages sont peu nombreux mais ils sont forts, y compris celui que je vous laisse le soin de découvrir, un être brillant et attachant, qui pourrait peut-être changer la donne et que Grace appelle Rocky.

Ce livre a aussi quelque chose de touchant, d’attendrissant avec un petit côté humoristique dans le sens de l’auto-dérision. Et c’est sans compter les bonnes idées qui y sont développées dont le mystérieux matériau rapporté par la sonde en provenance de Vénus.

Je crois que vous apprécierez ce livre. Il est crédible et palpitant. En tout cas moi, je ne me suis pas ennuyé une seconde.

Suggestion de lecture, du même auteur : SEUL SUR MARS


L’auteur Andy Weir

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 11 avril 2026

Jésus video

Commentaire sur le livre
d’ANDREA ESCHBACH

*Que s’était-il passé ? Ou plutôt qu’allait-il se passer ? Un jour, d’ici quelques années, l’inconnu entamerait son grand voyage, équipé d’un caméscope. Un saut de deux mille ans à rebrousse-temps, sans espoir de retour. Il ferait ses enregistrements, conserverait la caméra et la déposerait à l’endroit convenu avec ses compagnons dans le futur – son présent d’origine – avant de terminer sa vie dans le passé. Une fois le transfert effectué, ses camarades, eux, n’auraient plus qu’à arrêter la machine, se rendre tranquillement jusqu’à la cachette et y déterrer la caméra envoyée depuis quelques minutes deux millénaires en arrière. *

Extrait : Jésus vidéo, d’Andreas Eschbach. Édition de papier et format numérique: Atalante éditeur, 2016, 608 pages. Version audio : Lübbe audio 2016, durée d’écoute : 21 heures 45, narrateur : Emmanuel Dekoninck.

Non loin de Jérusalem, dans une tombe inviolée depuis deux mille ans, une mission d’archéologie exhume le manuel d’utilisation d’une caméra vidéo dont la sortie sur le marché est prévue- dans trois ans. Un homme muni d’un caméscope aurait-il visité la Palestine du Ier siècle ? Si oui, que sont devenus l’appareil et les enregistrements ? Et, surtout, qu’a-t-on, qui a-t-on filmé ? S’agit-il de la plus redoutable découverte archéologique de tous les temps ou d’un canular de génie ?

En terre de Palestine et d’Israël, sur fond d’expertises scientifiques, de négociations acharnées et de sectes obscurantistes, s’engage une course effrénée où s’affrontent chercheurs, médias avides de sensationnel et services spéciaux du Vatican. Tandis que trois jeunes gens téméraires poursuivent leur quête parallèle et s’approchent pas à pas de révélations que tous ne jugent pas bon de rendre publiques.

 Un Jésus numérique ?

Cette œuvre de science-fiction. m’a atteint parce qu’il développe le thème du voyage dans le temps qui m’a toujours fasciné depuis LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS le roman-phare de H.G. Wells  Malgré tout, mon attention s’est beaucoup centrée sur l’aspect théologique de l’œuvre. J’y reviendrai. Pour le moment, imaginez le scénario suivant. Par un temps magnifique, vous vous promenez sur un site touristique avec votre caméra vidéo de pointe SONY.

Soudain, vous êtes happé par une distorsion temporelle qui vous fait revenir en arrière dans le temps, plus précisément 2000 Ans en arrière, en terre Sainte. Donc, en naufragé du temps que vous êtes, vous devenez contemporain de Jésus.

Comme vous connaissez un peu son histoire, on peut supposer que vous utiliserez votre caméra vidéo pour suivre Jésus et filmer les grands moments de sa démarche de prophète et vérifier en même temps si ce que disent les écritures est exact. N’oubliez pas. Vous êtes naufragé du temps, vous ne pouvez plus revenir à votre époque. Vos cassettes vidéos sont maintenant pleines. Que faites-vous.

Dans cette histoire, notre homme pourrait cacher son matériel dans un endroit qui deviendra dans 2000 ans le site d’une découverte archéologique capitale. Il suffit de le cacher dans un endroit qui n’a pas encore été visité, par exemple dans un angle bien précis et profond du mur des lamentations.

J’arrête ici au moins pour le plaisir de faire chauffer à blanc votre imagination. Pour profiter de ce livre et savourer cette histoire passionnante, il ne faut pas chercher à tout comprendre et à se passer de certaines explications car sur le plan scientifique, l’ensemble est plutôt faible.

Par contre, l’intrigue est intéressante. Par exemple. De nos jours, qu’est-ce qu’un magnat en mal de fortune ferait de ces cassettes vidéos s’il les avaient en main. Ça serait tentant d’extorquer l’église. C’est ici que se développe brillamment l’aspect archéologique et théologique de l’histoire. On a qu’à penser à la réaction de l’église s’il s’avère par exemple que Jésus n’est pas mort sur la croix.

J’ai trouvé l’histoire palpitante, bien documentée, un peu tirée par les cheveux quant à son aspect scientifique (Aspect qui sera amélioré dans la suite : L’AFFAIRE JÉSUS) Les personnages ne sont pas fouillés, manquent de profondeur. Je crois aussi que le rôle de l’Église est sous-développé. Je ne peux dire ce qu’il y a sur la cassette vidéo, mais l’Église pourrai bien trembler. Je n’ai pas senti cette urgence dans l’histoire.

On sait toutefois que, par le biais d’un cardinal exécuteur de basses œuvres, l’Église joue son rôle de clique.

Dans mon rapport de forces et de faiblesses, je penche pour une bonne appréciation en général à cause, entre autres, d’une excellente convergence des évènements nous amenant à une finale dans laquelle toutes les idées et hypothèses théologiques et archéologiques s’imbriquent et s’entrechoquent et dans laquelle la tension politico-religieuse est explosive, préparant ainsi la voie à L’AFFAIRE JÉSUS. Je n’hésiter pas à vous recommander ce livre.

Suggestion de lecture : L’AFFAIRE JÉSUS, d’Andreas Eschbach

LA SUITE


L’auteur Andreas Eschbach



Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 21 mars 2026

 

 

Les jeux de Némésis

Commentaire sur le livre de
JAMES S. A. COREY

*Il semblait être une vérité universelle que plus on se rapprochait des choses, plus elles s’enlaidissaient. Prenez la plus belle personne du système solaire, choisissez le juste grossissement pour l’examiner et elle devenait alors un paysage apocalyptique couvert de cratères et grouillant d’horreurs. Voilà ce qu’était la Terre. Un joyau étincelant vu de l’espace. De près, un décor dévasté peuplé de mites qui survivaient en dévorant les mourants. *

Extrait : EXPANSE, livre 5 : LES JEUX DE NÉMÉSIS, de James S.A. Corey. Formats papier et numérique : Acte sud ÉDITEUR, 2018, 608 PAGES. Version audio : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 20 heures 16 minutes. Narrateur Thierry Blanc

Une transition dans la série
(pause réparation)

THE EXPANSE est une série de 9 romans de type space opera. L’œuvre a été adaptée à la télévision dans une série encore fortement adulée. Le cycle débute avec L’ÉVEIL DU LÉVIATHAN qui met habilement en place tous les éléments de la série.

Pour faire bref, c’est tout le système solaire qui a été colonisé par l’humanité. La ceinture d’astéroïdes comprend de nombreuses stations minières pour fournir en particulier les deux grandes puissances en présence : MARS et la TERRE. Les habitants de la ceinture sont appelés les CEINTURIENS. Farouchement indépendantistes et agressifs. Cette situation est au cœur de la série où s’entremêlent mafia, terroristes, jeux de pouvoir, pressions politiques et bien sûr militaires.

Une chaîne d’évènements issue du cœur de la ceinture pourrait conduire l’humanité à une inimaginable catastrophe.

LES JEUX DE NÉMÉSIS est au cœur de la série. C’est le cinquième épisode. C’est un peu comme une porte qui s’ouvre dans l’ombre. On ne sait pas trop ce qu’il y a de l’autre côté. On pourrait appeler LES JEUX DE NÉMÉSIS un épisode charnière dans lequel l’auteur baisse sensiblement le rythme et calme le jeu tout aussi sensiblement, afin de s’attarder aux personnages.

C’est là toute l’histoire au fond. L’équipage du Rossinante se disperse pour des raisons de maintenance et aussi pour d’autres raisons timidement expliquées. Retour sur les épisodes précédents, en particulier le quatrième : LES FEUX DE CIBOLA. L’auteur étale les états d’âme de chaque ressortissant. Pour la moitié du livre, l’auteur laisse couver quelques étincelles pour un éventuel déploiement d’action dans la seconde moitié et laisse rôtir les lecteurs à savoir si les acteurs du Rossinante seront réunis à nouveau.

Chaque personnage a son histoire et sa psychologie relativement bien travaillée. Mais dans l’ensemble, j’ai trouvé l’histoire ennuyante et par moments tirée par les cheveux. J’ai eu une impression de remplissage.

Toutefois, l’ouvrage réunit de très bonnes idées qui donne à l’ensemble un certain caractère attractif. Par exemple l’idée d’une géopolitique spatiale, et aussi celle que la ceinture d’astéroïdes soit habitée et même politisée. Ce qui en résulte est un triangle TERRE-MARS-CEINTURE parfois cauchemardesque à gérer, C’est cette imagination de l’auteur qui m’a maintenu dans le récit.

En tant que lecteur, il sera intéressant, je crois, de poursuivre l’aventure.
pour parcourir la série, cliquez ici.

Suggestion de lecture : LES NETTOYEURS, de Julien Centaure


James S. A. Corey est le pseudo utilisé par Daniel Abraham et Ty Franck,

 

Les quatre volumes précédant LES JEUX DE NÉMÉSIS

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 17 janvier 2026

 

La cité des nuages et des oiseaux

Commentaire sur le livre d’
ANTHONY DOERR

*Les yeux sur le premier bout de papier, Konstance commence à lire :
La Cité des nuages et des oiseaux, un récit en prose partiellement disparu dans lequel l’auteur grec Antoine Diogène relate le voyage d’un berger vers une utopique cité céleste, date probablement de la fin du premier siècle après J.-C.

Puis elle passe au deuxième :
Nous savons, grâce à un compte rendu byzantin datant du IXe siècle, que l’ouvrage débutait par un bref prologue dans lequel Diogène, s’adressant à sa nièce souffrante, affirmait qu’il n’avait nullement inventé l’histoire comique qui suivait, mais l’avait découverte dans une tombe de la cité antique de Tyr. *

Extrait : LA CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX, d’Anthony Doerr. Édition de papier et format numérique : Albin Michel éditeur, 2022,704 pages. 2.0 MB Version audio : Audiolib, 2023, durée d’écoute : 15 heures 15 minutes. Narrateurs : Thibaut Delmotte, Aaricia Dubois, Fabian Finkels, Sophie Frison et Martin Spinhayer.

Une traversée de l’espace-temps

C’est une œuvre colossale et même hallucinante à certains égards. Vous allez voir pourquoi. Je veux commencer ce commentaire par signaler un paradoxe qui pourrait devenir, en cours de lecture, du moins pour plusieurs lecteurs et lectrices, une extravagance.

Ce livre a réellement été écrit par Anthony Doerr mais il attribue tous ses textes à Antoine Diogène, un écrivain grec qui a réellement vécu à l’époque romaine et qui est même l’auteur des MERVEILLES DE L’AU-DELÀ DE THULÉ, un extraordinaire voyage en 24 livres.

Tous les récits de Doerr font référence à LA CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX, un livre qui n’existe pas dans la réalité mais que Doerr attribue tout de même à Antoine Diogène pour suivre le destin de cinq sympathiques personnages, d’espaces et de temps différents mais interconnectés par la cité fantastique. On y trouve…

-Anna, Constantinople du XVe siècle, orpheline, passionnée de lecture. À quelques centaines de kilomètre d’Anna…

-Omeir, un berger de 12 ans, affublé d’une sorte de bec-de-lièvre et qui sera obligé de joindre l’armée du sultan.

-Zeno Ninis, vétéran de la guerre de Corée, fait faire au lecteur un bond de 500 ans en arrière. Zeno Ninis serait le traducteur officiel de la CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX d’Antoine Diogène et est, à ce titre, le personnage le plus souvent cité dans le livre de Doerr.

-Seymour Stuhlman, un garçon étrange, réactionnaire, toujours prêt à défendre la cause écoterroriste.

-Konstance, mon personnage préféré, une jeune femme coincée à bord de l’Argos, un vaisseau spatial du XXIIe siècle qui vogue vers une planète soi-disant idéale. Elle tue le temps dans la bibliothèque du bord en suivant les péripéties d’Aethon, le berger héros de LA CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX d’Antoine Diogène.

C’est un livre très spécial. L’histoire est complexe, je dirais même abracadabrante. C’est fou le nombre de bonds que j’ai pu faire dans le temps et l’espace…que d’aller-retours. Au début, j’ai trouvé l’histoire compliquée, tordue à la limite. Mais rapidement, une chaleur s’est installée en moi. Douce, irrésistible qui m’a fait dériver sans m’en rendre compte dans la toile de l’auteur Anthony Doerr.

Peut-être est-ce à cause de la puissance des mots, des personnages attachants, de l’intensité de la plume qui confine parfois à la poésie ou peut-être est-ce à cause des nombreux messages disséminés dans l’histoire, à caractère environnemental entre autres, cri du cœur d’une terre malade ou sur le pouvoir des livres et sur leurs forces d’attraction.

Cette particularité est loin de faire de la CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX un récit misérabiliste. Au contraire, c’est bourré d’espoir et de beauté, celle du cœur à l’avant-garde

Dans cette histoire où l’utopie, la satire et la science-fiction se chevauchent, ne cherchez pas trop la logique des enchaînements. Soyez patients et ouverts. Il n’existe pas deux perceptions semblables de cet ouvrage fabuleux. Accrochez-vous plutôt au plus solide des fils conducteurs : LA CITÉ DES NUAGES ET DES OISEAUX, d’Antoine Diogène, traduit par Zeno Ninis, un livre lumineux d’Anthony Doerr.

J’ai adoré.

Suggestion de lecture : LA CHAMBRE DES MERVEILLES, de Julien Sandrel

Du même auteur


l’auteur : Anthony Doerr

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 19 octobre 2025

 

 

HYPÉRION, Dan Simmons

*Oui. C’est l’archange Michaël, Moroni, Satan, le Masque de l’Entropie et le monstre de Frankenstein emballés dans le même paquet. Il rôde autour des Tombeaux du Temps en attendant le moment de sortir pour se livrer à ses massacres quand l’humanité sera prête à rejoindre le dodo, le gorille et le grand cachalot au palmarès de l’extinction des espèces. *

Extrait : LE CYCLE D’HYPÉRION, tome 1 HYPÉRION, Dan Simmons, Pocket éditeur, 2007 pour la version papier, 288 pages. Version audio intégrale : Audiolib éditeur, 2017, durée d’écoute : 21 heures 21 minutes. Narrateur : Mathieu Dahan

Sur Hypérion, c’est la panique : des millions d’habitants tentent de prendre d’assaut les derniers astronefs pour s’enfuir avant l’arrivée des Extros, des envahisseurs en guerre avec la confédération terrienne… Pendant ce temps, sept pèlerins que rien n’aurait dû rassembler rallient la petite planète HYPÉRION de l’Hégémonie pour y rencontrer le gritche, un monstre incompréhensible, capable de maîtriser le temps, objet du culte morbide de l’Église des templiers !

Qu’y a-t-il de commun en effet entre Kassad, le « boucher de Bressia », un écrivain réduit au silence, un détective privé amoureux, un prêtre catholique traumatisé par une atroce parodie de la crucifixion, un érudit dont la fille (une archéologue victime des « Tombeaux du temps ») rajeunit chaque jour, le chef des Templiers et un consul de l’Hégémonie alcoolique ?

 

Un pilier de la SF et du Space opera

 

HYPÉRION est une histoire d’une extraordinaire richesse structurelle et issue d’une forte imagination. Elle est au cœur de l’œuvre de Dan Simmons. Toutefois, c’est un récit qui demande une infinie patience car il est très long. Inutilement long en fait. La trame est complexe mais bourrée de bonnes idées qui donnent à l’ensemble un caractère original.

La toile de fond est un peu celle à laquelle nous a habitué la science-fiction moderne : le tout se déroule dans un futur très lointain dans un système galactique : Le Retz, une fédération de planètes unies, un système politique : l’hégémonie, un ennemi féroce en approche : les Extros et une planète, foyer de dangereuses distorsions temporelles : HYPÉRION.

À cette structure, Simmons a manifesté son génie en créant de nombreux mystères entourant Hypérion dont Les Tombeaux du Temps qui font dériver le temps de l’avenir vers le passé et le Gritche, figure animale mythologique, barbare et cruelle, objet de culte de l’église des templiers

Pour éviter une guerre meurtrière et invasive, sept pèlerins se rendent sur hypérion pour présenter leur doléance au Gritche. Dans le premier tome d’Hypérion chaque pèlerin y va d’un long récit autobiographique. Ça s’arrête là. Premier volet inabouti sinon qu’à la toute fin les voyageurs sont en vue des tombeaux du temps.

Ces récits sont d’un intérêt variable mais un de ceux-ci m’a particulièrement passionné, celui de Sol Weintraub qui accompli le pèlerinage avec un poupon dans les bras : sa fille Rachel qui, après avoir violé Les Tombeaux du Temps, fut frappée de la malédiction grichetèque : rajeunir d’une journée à tous les jours, impossibilité donc de se rappeler de la journée de la veille, en constante régression. L’inverse du vieillissement autant mental que physique.

L’histoire de Rachel m’a beaucoup ému et touché et elle constitue un défi passionnant pour l’intellect. Imaginez un peu que ça vous arrive. Ça peut paraître curieux à dire, mais le tome 1 d’HYPÉRION n’est en fait qu’une longue introduction au tome 2 : LA CHUTE D’HYPÉRION.

Le tome 2 : La chute d’Hypérion

Dan Simmons a vraiment déployé tout son génie dans LA CHUTE D’HYPÉRION avec des idées extraordinaires et des trouvailles passionnantes : Les tombeaux du temps dont l’ouverture lâcherait le Gritche dans le Retz, le syndrome de Merlin ou la maladie du vieillissement inversé.

Il y a aussi le Techno-centre qui est au cœur de l’intrigue d’Hypérion sur le plan géopolitique, la démarche des pèlerins étant celle sur le plan religieux. Le techno-centre est une forme de gouvernement parallèle qui contrôle les intelligences artificielles. Le Gritche qui maîtrise le temps. Ce ne sont que quelques exemples.

Je suis allé de surprise en surprise malgré quelques irritants comme le suivi de Rachel qui a été selon moi sous-développé. Comme cette dernière est mon personnage préféré, vous comprenez un peu mon désappointement. Il y a aussi les motivations du Gritche qui sont difficiles à cerner.

Mais en règle générale, j’ai trouvé cette lecture tout à fait passionnante et je la recommande chaleureusement.

 Suggestion de lecture : L’ÉLU DE MILNOR, de Sophie Moulay

Les livres du cycle Hypérion
et la suite
Les livres du cycle endymion


L’auteur Dan Simmons

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 12 octobre 2025

IDÉALIS

À LA LUEUR D’UNE ÉTOILE INCONNUE

Commentaire sur le livre de
CHRISTOPHER PAOLINI

Kira Navàrez… Tu m’as un jour demandé ce que je voyais parmi les étoiles. Je t’ai dit que j’y voyais des questions. Maintenant c’est toi que j’y vois. Je nous y vois tous les deux.

Extrait : IDEALIS 1, À LA LUEUR D’UNE ÉTOILE INCONNUE, de Christopher Paolini, Bayard jeunesse 2020, papier, 837 pages. Version audio : Audiolib éditeur, 2021. Durée d’écoute : 27 heures 20 minutes. Narratrice Noémie Bianco.

Kira Navárez rêvait d’un monde nouveau. Elle vient de réveiller un cauchemar d’une ampleur intersidérale…

Lors d’une mission de routine sur une planète inconnue, Kira découvre un organisme vivant d’origine extraterrestre. Fascinée, elle s’approche de l’étrange poussière noire. La substance s’étend sur tout son corps et commence à prendre le contrôle. Kira, en pleine transformation, va explorer les dernières limites de sa condition d’être humain.

Mais quelle est l’origine de cette entité ? Quelles sont ses intentions ? La scientifique n’a pas le temps de répondre à ces questions : la guerre contre les aliens est déclarée, et Kira pourrait bien être le plus grand et le dernier espoir de l’humanité.

Un long space opera

IDEALIS suit une jeune femme, Kira Navarez, exobiologiste. Vous avez déjà le résumé ci-haut. Vous avez donc compris que, lors d’une exploration, Kira a été envahie par une entité appelée LAME SOUPLE qui va protéger Kira, souvent malgré elle et qui va l’impliquer dans une guerre sans merci entre les humains et les extra-terrestres dont les Méduses qui la reconnaîtront comme IDEALIS.

La LAME SOUPLE, devient pour Kira une espèce d’armure endoderme semblant avoir son énergie et sa volonté propres. Elle est difficile à contrôler mais j’ai découvert très vite qu’elle est apprivoisable, ce qui est un des rares aspects originaux de l’histoire. Reste à découvrir pour le lecteur quel est l’objectif de cette entité ainsi que le sens et la direction qu’elle donnera à l’histoire.

C’est un livre très long, peu original car il emprunte largement à du déjà-vu. J’y ai vu en effet quantité de clins d’œil sur des titres célèbres comme TERMINATOR, le célèbre robot qui était doté d’un bouclier interne, offensif et défensif, à base de métal liquide. Je pense aussi à ALIEN, la célèbre série initiée par Ridley Scott. Il y a aussi un peu de LA GUERRE DES ÉTOILES et j’ai aussi senti l’influence de la SF des années ASIMOV et GUIEU entre autres dans l’atmosphère et la description des créatures.

Donc, dans le tome 1 d’IDEALIS, Paolini n’invente rien. Ajoutons à cela de longs palabres, de la redondance, des personnages plus ou moins travaillés, un ensemble plutôt simpliste et parfois tiré par les cheveux.

Il reste tout de même des forces dignes de mentions qui pourraient intéresser en particulier le lectorat adolescent friand de science-fiction. Je pense en particulier aux motivations de la LAME SOUPLE et de l’intimité très spéciale qu’elle crée avec kira. Il y a aussi l’aspect intriguant. Je fais ici référence au sens que donnera KIRA à l’histoire et à l’équilibre des mondes.

Il y a enfin cette capacité particulière que l’auteur a donné à Kira : celle de communiquer avec les extra-terrestres. Ce don précis amène à certains dialogues assez intéressants. Malheureusement, IDEALIS 1 n’offre ni conclusion ni aboutissement et encore moins une idée même vague de ce qui attend les lecteurs et lectrices dans IDEALIS 2. Rien pour mettre en appétit.

J’ai lu ce livre en me fiant essentiellement sur la notoriété de Paolini qui s’est bâtie sur ERAGON, la fameuse saga-fantasy créée pour la jeunesse et adaptée au cinéma. Malgré quelques irritants, j’avais adoré cette série dont je considère le style et l’écriture supérieurs à IDEALIS.

Je ne regrette aucunement ma lecture, mais je ne suis par certain de passer à IDEALIS 2.

Suggestion de lecture : SÉCESSION, de Julien Centaure


L’auteur Christopher Paolini

 

Bonne lecture
Claude Lambert

le samedi 11 octobre 2025

Le gène Atlantis

Commentaire sur le livre de 
A.G. Riddle

<Pour Karl, la scène qui se déroulait devant lui, pratiquement au ralenti, avait quelque chose d’irréel. Il se sentit s’élancer vers Steve, tandis qu’il détachait une corde d’un mousqueton à sa taille pour la lui lancer. Steve l’attrapa à la seconde même où un craquement sinistre emplissait l’air. Sous ses pieds, la glace se rompit, tandis que s’ouvrait un gouffre sans fond.>

Extrait : LE GÈNE ATLANTIS, tome 1 de la trilogie, A.G. Riddle, Bragelonne éditeur pour la présente traduction, format numérique, 1316 pages.

En Antarctique, des chercheurs ont mis au jour, enfouie dans la glace, une mystérieuse structure vieille de plusieurs milliers d’années. À l’intérieur, l’équipe fait une découverte qui va radicalement changer l’histoire de l’homme — mais qui pourrait également déclencher son extinction… parallèlement, Kate Warner, une scientifique est venue s’installer à Jakarta, en Indonésie, pour fuir son passé.

Son acharnement l’a menée à une avancée fondamentale : un traitement pour l’autisme. Or l’aboutissement de ses travaux va s’avérer infiniment plus dangereux que ce qu’elle pouvait imaginer… Le jour où deux enfants sont enlevés dans sa clinique, Kate est entraînée malgré elle dans un complot mondial aux conséquences imprévisibles.

Intéressant mélange de genres

C’est effectivement un mélange de genres : Science-fiction, suspense, espionnage, mythologie dont l’Atlantide et beaucoup de sciences : archéologie, évolution, anthropologie, génétique, ufologie et j’en passe, le tout sur fond de menaces apocalyptiques.

C’est très réchauffé comme histoire. Intéressant mais ordinaire. Le fil conducteur est instable et rend l’histoire pas facile à lire par moment à cause entre autres d’une impressionnante galeries de personnages plus ou moins aboutis.

Ce qui a stimulé mon intérêt tient sur deux facteurs : premièrement, au moment où je lisais ce livre, le Canada était dans la sixième vague de la pandémie dite du COVID 19 qui a fait des millions de morts dans le monde. Or l’apocalypse annoncée dans l’histoire est une pandémie, celle-ci déclenchée volontairement par ce qu’on appelle *le protocole de Toba* qui contient un fond de vérité historique  (en parlant du célèbre volcan) :

*Quel que soit ce <protocole de Toba>, je crois que son objectif final est de réduire la population humaine dans des proportions radicales. * (Extrait) Ce fameux protocole qui a des racines eugéniques suppose que : *…les enfants souffrant d’autisme pouvaient représenter une menace. Qu’ils étaient la prochaine étape de l’évolution humaine. *

Le deuxième facteur est une certaine somme de trouvailles dispersées dans l’ouvrage. Par exemple, une théorie assez singulière sur la grippe espagnole qui a fait de 50 à 100 millions de morts dans le monde entre 1918 et 1921. Autre exemple, une théorie visant à conforter l’hypothèse que l’Atlantide ait vraiment existé et que les Atlantes sont en dormance.

Un dernier exemple : une hypothèse élaborée sur la théorie du complot à l’origine des évènements du 11 septembre 2001. C’est sans compter l’évocation d’une distorsion temporelle, de la lance du destin, du grand déluge et j’en passe. Intéressant mais étourdissant. C’est un peu tiré par les cheveux.

C’est quand même intéressant à lire. L’écriture est fluide, les chapitres sont courts. L’ensemble est bien ventilé, il y a de bonnes idées et il est clair pour moi que l’auteur s’est bien documenté.

Je dirai simplement qu’il en a trop mis…trop de théories, trop de science, trop de personnages, une imagination débordante mais pas suffisamment canalisée. J’ai relativement aimé mais sans trop d’étincelles.

Suggestion de lecture : LA CITÉ ENSEVELIE, audio, collectif d’auteurs


L’auteur A.G.Riddle

 

LA SUITE

 

Bonne lecture
Claude Lambert

Le samedi 26 juillet 2025

 

AURORA, Kim Stanley Robinson

J’ai l’impression que le paradoxe de Fermi a trouvé sa réponse : quand la vie devient assez intelligente pour quitter sa planète, elle est aussi devenue trop intelligente pour s’en aller. Parce qu’elle sait que cela ne marchera pas. Donc, elle reste chez elle. Elle profite de son monde. <Extrait : AURORA de Kim Stanley Robinson, à l’origine, publié chez Orbit éditeur en 2015. Papier, 480 pages. Version numérique, Bragelone édditeur, 2019>

Un vaisseau générationnel emmène 2 000 passagers, à une vitesse de 30 000 km/s, vers Tau Ceti, une étoile située à 11,9 années-lumière de la Terre. Le voyage prend presque deux cents ans au cours desquels six générations de passagers se succèdent à bord.

Les passagers originaires de différents pays de la Terre s’installent dans les écosystèmes correspondants, mais peuvent voyager d’un biome à l’autre ; la plupart d’entre eux mènent des activités techniques ou agricoles visant à assurer les besoins alimentaires et en oxygène des passagers. L’équilibre biologique est fragile et nécessite un suivi permanent.

Un vieux rêve

AURORA est une variation d’un thème largement répandu en littérature : la recherche d’une exoplanète viable sur laquelle des humains, fuyant une terre souffrante veulent repartir à zéro. Notez qu’AURORA est le nom de la planète visée. Le vaisseau comme tel n’a pas de nom. On l’appelle vaisseau tout simplement, personnifié par une intelligence artificielle de très haut niveau.

L’histoire commence 160 années après le départ de l’énorme vaisseau : *-Une centaine de kilomètres carrés…C’est une île de bonne taille. Avec vingt-quatre biomes semi-autonomes. Une arche, un véritable vaisseau-monde* (Extrait) Au cœur du récit se trouvent toutes les problématiques qui n’on pas été envisagées par les concepteurs du vaisseau, mettant tout le monde en péril.

Ces problématiques étaient nombreuses et complexes : accumulation d’éléments indésirables, déficit alimentaire, déséquilibre biologique, défaillances mécaniques, vieillissement des matériaux, prolifération de micro-organismes, et j’en passe. Tous ces problèmes entraînent des décisions menant à l’agitation sociale. *Le nombre de ces gens qui protestaient augmenta tant que les groupes rebelles ou retournés à l’état sauvage devinrent un phénomène fréquent. * (Extrait)

*Au début de l’an 68, les troubles se convertirent en ce qui ressemblait beaucoup à une guerre civile qui atteignit un point culminant durant une semaine, pendant laquelle cent cinquante personnes trouvèrent la mort. * (Extrait) Je vous laisse découvrir ce qui attend les voyageurs sur Aurora. Sachez toutefois qu’il n’y aura rien de simple.


Dessin du vaisseau Aurora tel qu’imaginé par Kim Stanley Robinson

C’est une grande saga qui n’est pas sans rappeler LE PAPILLON DES ÉTOILES de Bernard Werber. Je la trouve toutefois supérieure car elle est loin de se limiter à la sauvagerie humaine et sur la question de savoir si les hommes peuvent être autre chose que des hommes.

C’est un roman très indigeste sur le plan scientifique. Les explications sont longues, complexes et pas très vulgarisées. Je pense entre autres à ce jeu du chat et de la souris que le vaisseau entreprend entre les planètes de notre système solaire et le soleil afin d’opérer sur le vaisseau une décélération. Ce seul sujet occupe plus d’une centaine de pages dont je me questionne encore sur l’utilité.

En revanche, le récit est fort bien conçu sur les plans humain, social et philosophique. Entre autres, l’auteur émet un postulat selon lequel *La vie est une manifestation planétaire qui ne peut survivre que sur son monde d’origine. *   (Extrait) Intéressant…très intéressant même si ça remet en question le vieux rêve très humain de recommencer à zéro sur une exoplanète.

Il y a beaucoup de trouvailles et d’idées originales dans ce récit. Je pense entre autres à l’intelligence artificielle du vaisseau, appelée à protéger les voyageurs contre eux-mêmes. Ou encore à la sécession du vaisseau, plausible puisqu’il est modulaire. Brillant. L’aspect *suspense* est bien développé. L’histoire est empreinte de gigantisme et aussi de beauté qui porte à faire rêver. Le récit est aussi dynamique.

Il y a bien sûr des irritants. Les longueurs et la lourdeur dont j’ai parlé plus haut, une finale bizarre, un peu frustrante, les voyageurs qui ont préféré rester sur Aurora sont occultés, et les personnages qui sont superficiels…disons pas très bien travaillés. Je recommande ce livre pour son originalité, ses bonnes idées et la réflexion qu’il induit sur la nature humaine.

L’auteur Kim Stanley Robinson

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 29 juin 2025

Les livres de Jimmy Guieu # 2

Commentaire sur la collection SF

2e partie

*<La Maison Blanche a mis en alerte toutes les bases de l’Air Force et des escadrilles de chasseurs ionosphériques dotés de missiles à ogives nucléaires sont prêtes à décoller à tout instant…pour, si possible, intercepter l’engin et le forcer à se poser sur l’une de nos bases militaires. Au cas où il serait … <habité>, M. Barclay, votre concours, en tant que biologiste et en raison de votre odyssée avec mon ami Ronald Morton <au-delà de l’infini>, nous sera très précieux pour étudier les êtres qui, peut-être, se trouvent à son bord. >*

Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, de Jimmy Guieu, Fleuve Noir éditeur, 1952 pour l’édition original. Pour la présente, réédition : Plon-GECEP-Fleuve Noir, 1979, format numérique chez Plon, 146 pages.

Une nuit de réveillon, faite de rires et d’embrassades, un engin mystérieux cinglait vers la Terre. Un engin pacifique qui annonçait pourtant la plus terrifiante des agressions… Jerry Barclay rallierait-il à temps un peuple ami… à plus de deux millions d’années-lumière ?

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-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

*<Cette quatrième expérience prouve surabondamment l’effroyable danger que font peser sur le monde ces folies. Il faut jeter un cri d’alarme et insister. Dans notre papier, sur les risques incalculables que peuvent entraîner ces essais d’armes thermonucléaires.

-Nous pouvons d’ores et déjà en conclure que de nouveaux faits insolites et d’autres disparitions vont vraisemblablement se reproduire…*

(Extrait : LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu, édition originale : Fleuve noir éditeur, 1976, pour la présente, réédition : Plon éditeur-GECEP-Fleuve Noir 1980. Format numérique, 153 pages)

Quand des savants atomistes disparaissent de par le monde et que s’ouvrent des puits insondables engloutissant avions, bases militaires et centres atomiques, il y a tout lieu d’être inquiet, d’invoquer une attaque venue de l’espace… Et l’on peut ainsi se tromper lourdement sur l’origine de la terrible menace…

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-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

 

La passionnante SF des sixties

C’est la science-fiction d’un autre temps, une autre époque. C’est en effet au milieu du XXe siècle que la SF allait se forger une forte identité. À l’époque, les romans étaient porteurs de science mais il n’y avait pas d’hyper-technologie comme celle qui empreint la SF d’aujourd’hui ce qui la rend moins attrayante pour le jeune lectorat en particulier.

C’est vrai, ces livres ont un caractère vieillot. Mais ils se distinguent par leur caractère visionnaire qui ne se démentira jamais grâce à l’influence de Jules Verne, Isaac Asimov, Georges Orwell, René Barjavel, HG Wells et de plusieurs autres. Ces livres ont une aura particulière. Leur auteur étaient d’abord des créateurs d’atmosphère, puis des inducteurs de mystères et dans une certaine mesure, des sources prophétiques.

Personnellement, je me suis laissé bercé dans une bienfaisante nostalgie, comme je l’ai fait avec l’œuvre de Maurice Limat à qui j’ai consacré mon tout premier article sur ce site en 2012.

Les livres de Jimmy Guieu suivent la tendance de son époque. Les histoires sont brèves, se lisent vite et bien et sautent très vite dans le vif du sujet. Plusieurs de ces récits parlent d’invasion comme L’INVASION DE LA TERRE, un thème très récurent de nos jours :

*Ils perçurent un ronronnement léger et se reculèrent prudemment, levant le nez dans la direction de ce bruit bizarre : des hublots trapézoïdaux apparurent, démasqués par l’escamotage d’une plaque de blindage, à quatre mètres au-dessus du sol. -Attention, lança une voix venant de derrière l’astronef. Un portillon vient de s’ouvrir ! * (Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, Jimmy Guieu)

Les auteurs de l’époque ont ouvert un bal, développant des thèmes qui sont encore privilégiés de nos jours : les ovnis, les créatures monstrueuses, le surnaturel, les mondes parallèles, les dérèglements temporels.

Plusieurs thèmes développés dans les années 1950-1970 sont encore aujourd’hui d’une brûlante actualité comme la peur viscérale des armes nucléaires, sujet développé avec une étonnante intensité dans LES ÊTRES DE FEU :

* … Il semble donc bien établi que les nombreuses disparitions d’atomisticiens et électroniciens, les non moins nombreux faits bizarres et inexpliqués que nous enregistrons sur la Terre …depuis le début des expériences atomiques durant ce mois de juillet, sont en corrélation avec lesdites expériences. Il ressort logiquement de ces constatations… dans les jours à venir, nous enregistrerons de nouvelles disparitions de savants et techniciens et que nous assisterons à de nouveaux phénomènes inexplicables. * (Extrait LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu)

Aujourd’hui, j’explore avec délice la science-fiction moderne…James Dashner, Richard Morgan, Alexis Aubenque, Catherine Fisher sans oublier George R.R. Martin, Suzanne Collins et beaucoup d’autres mais j’aurai toujours un faible pour la SF des sixties et j’aime à y revenir souvent. Elle a une saveur particulière.

La science-fiction se combine aisément avec la créativité. Jimmy Guieu en est un exemple. Enfin entre la SF du passé et celle d’aujourd’hui, il y a un pont commun : Cette tendance anticipe l’avenir de l’homme et prend parfois un aspect philosophique. Elle annonce presque toujours des temps difficiles et souvent elle a eu raison. La SF appelle à l’imagination et à la raison.

J’explore toutes les tendances littéraires en général mais entre la science-fiction et moi, il y a un élastique.



L’auteur Jimmy Guieu

Suggestions de lecture : Les 25 meilleurs livres de science-fiction de tous les temps, d’après coollibri

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 9 mars 2025

Les livres de Jimmy Guieu, # 1

Commentaire sur la collection SF
1ère partie


Chaleureuses salutations amis lecteurs et amies lectrices. Ceux et celles qui me suivent depuis mes débuts sur ce site savent que je suis généraliste dans mes choix de lectures mais ils savent aussi que j’ai toujours eu un penchant pour la science-fiction.

C’est d’ailleurs avec ce courant littéraire toujours adulé que j’ai inauguré ma série de commentaires avec un article sur la collection sf de Maurice limat (1914-2002) (voir l’article) écrivain extrêmement prolifique qui  a écrit près de 500 livres et fut un des piliers des célèbres éditions fleuve noir.

Celui dont je vais vous parler aujourd’hui fut aussi prolifique sur le plan littéraire que controversé pour ses convictions d’ufologue. Il s’agit d’Henri-René Guilleu. Pseudonyme : JIMMY GUIEU

Henri-René Guieu était un écrivain de science-fiction, ufologue, essayiste, vidéaste et communicateur français. Il a versé aussi dans les romans d’espionnage, policiers et même dans les romans érotiques. Comme Maurice Limat, il a publié abondamment chez Fleuve Noir. Il a emprunté plusieurs pseudonymes.

Outre Jimmy Guieu, il a publié sous le nom de Jimmy G. Quint, Claude Rostaing, Dominique Verseau et Claude Vauzière. Comme ufologue, il était très proche de la théorie conspirationniste en vogue aux États-Unis dans la deuxième moitié du XXe siècle et d’ailleurs encore très actuelle.

C’est de l’écrivain dont je veux surtout parler.

Les avis sur Jimmy Guieu sont très mitigés. Chose sûre, il n’a laissé personne indifférent. Je suis tombé sur ses livres, comme beaucoup de monde, dans les années 1960 et 1970 alors qu’ils étaient partout et bien en évidence avec des couvertures tape-à-l’œil et des titres accrocheurs. La présentation était typique de l’époque et très proche des concepts cinématographiques qui commençait à envahir les écrans.

Moi ça me plaisait beaucoup. Même aujourd’hui, je suis encore accro à ce style devenu vieillot, je dois l’admettre mais qui continue à frapper de plein fouet l’imaginaire des amateurs de sf, spécialement quand il est question de paranormal, d’ovnis et des mystères de l’espace. Guieu croyait dur comme fer aux ovnis et ça transpirait dans son œuvre.

En ce qui me concerne, j’ai lu une trentaine de volumes de la collection SF et pour autant que je sache, comme la collection est quelque peu linéaire, aucun chef d’oeuvre ne figure dans la longue bibliographie de Guieu. J’ai aimé ces livres pour le contexte, la situation et surtout l’atmosphère de chaque histoire, en harmonie avec le mystère, l’intrigue, l’obscur, l’incompréhensible même si le tout rappelle parfois le papier mâché. Guilleu a tout de même frappé mon imagination.

On peut facilement entrer dans l’univers de Guilleu si on surmonte les nombreux irritants qui jalonnent son œuvre. Ici je rejoins la pensée de Richard D. Nolane, écrivain, traducteur, anthologiste et scénariste qui a rédigé un excellent dossier sur Jimmy Guilleu paru en 2004 sur sfmag.net :

À la lecture des romans de Jimmy Guieu, on découvre vite que celui-ci n’est pas un grand styliste et qu’il a un penchant un peu trop prononcé pour les digressions et les explications qui cassent l’action. Quant aux intrigues, il arrive assez souvent que leur déroulement ne soit pas à hauteur de ce que laissait espérer leur début, Jimmy Guieu étant plutôt habile pour capter l’attention du lecteur dans les premiers chapitres. Enfin, les personnages ne sont que très rarement nuancés : les bons sont aussi parfaits que les méchants sont abjects. (Extrait : JIMMY GUIEU, itinéraire d’un franc-tireur de la SF française, Richard D. Nolane, 2004)

Le succès éditorial de Guieu s’explique par le fait qu’il atteint son lecteur avec le pouvoir de faire vibrer ses cordes sensibles et il m’a donné l’impression de participer à l’aventure.

Je poursuivrai dans ma prochaine publication, avec la deuxième partie de mon commentaire sur la collection SF de Jimmy Guieu, deux livres en particulier.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 8 mars 2025