Les livres de Jimmy Guieu # 2

Commentaire sur la collection SF

2e partie

*<La Maison Blanche a mis en alerte toutes les bases de l’Air Force et des escadrilles de chasseurs ionosphériques dotés de missiles à ogives nucléaires sont prêtes à décoller à tout instant…pour, si possible, intercepter l’engin et le forcer à se poser sur l’une de nos bases militaires. Au cas où il serait … <habité>, M. Barclay, votre concours, en tant que biologiste et en raison de votre odyssée avec mon ami Ronald Morton <au-delà de l’infini>, nous sera très précieux pour étudier les êtres qui, peut-être, se trouvent à son bord. >*

Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, de Jimmy Guieu, Fleuve Noir éditeur, 1952 pour l’édition original. Pour la présente, réédition : Plon-GECEP-Fleuve Noir, 1979, format numérique chez Plon, 146 pages.

Une nuit de réveillon, faite de rires et d’embrassades, un engin mystérieux cinglait vers la Terre. Un engin pacifique qui annonçait pourtant la plus terrifiante des agressions… Jerry Barclay rallierait-il à temps un peuple ami… à plus de deux millions d’années-lumière ?

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-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

*<Cette quatrième expérience prouve surabondamment l’effroyable danger que font peser sur le monde ces folies. Il faut jeter un cri d’alarme et insister. Dans notre papier, sur les risques incalculables que peuvent entraîner ces essais d’armes thermonucléaires.

-Nous pouvons d’ores et déjà en conclure que de nouveaux faits insolites et d’autres disparitions vont vraisemblablement se reproduire…*

(Extrait : LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu, édition originale : Fleuve noir éditeur, 1976, pour la présente, réédition : Plon éditeur-GECEP-Fleuve Noir 1980. Format numérique, 153 pages)

Quand des savants atomistes disparaissent de par le monde et que s’ouvrent des puits insondables engloutissant avions, bases militaires et centres atomiques, il y a tout lieu d’être inquiet, d’invoquer une attaque venue de l’espace… Et l’on peut ainsi se tromper lourdement sur l’origine de la terrible menace…

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-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

 

La passionnante SF des sixties

C’est la science-fiction d’un autre temps, une autre époque. C’est en effet au milieu du XXe siècle que la SF allait se forger une forte identité. À l’époque, les romans étaient porteurs de science mais il n’y avait pas d’hyper-technologie comme celle qui empreint la SF d’aujourd’hui ce qui la rend moins attrayante pour le jeune lectorat en particulier.

C’est vrai, ces livres ont un caractère vieillot. Mais ils se distinguent par leur caractère visionnaire qui ne se démentira jamais grâce à l’influence de Jules Verne, Isaac Asimov, Georges Orwell, René Barjavel, HG Wells et de plusieurs autres. Ces livres ont une aura particulière. Leur auteur étaient d’abord des créateurs d’atmosphère, puis des inducteurs de mystères et dans une certaine mesure, des sources prophétiques.

Personnellement, je me suis laissé bercé dans une bienfaisante nostalgie, comme je l’ai fait avec l’œuvre de Maurice Limat à qui j’ai consacré mon tout premier article sur ce site en 2012.

Les livres de Jimmy Guieu suivent la tendance de son époque. Les histoires sont brèves, se lisent vite et bien et sautent très vite dans le vif du sujet. Plusieurs de ces récits parlent d’invasion comme L’INVASION DE LA TERRE, un thème très récurent de nos jours :

*Ils perçurent un ronronnement léger et se reculèrent prudemment, levant le nez dans la direction de ce bruit bizarre : des hublots trapézoïdaux apparurent, démasqués par l’escamotage d’une plaque de blindage, à quatre mètres au-dessus du sol. -Attention, lança une voix venant de derrière l’astronef. Un portillon vient de s’ouvrir ! * (Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, Jimmy Guieu)

Les auteurs de l’époque ont ouvert un bal, développant des thèmes qui sont encore privilégiés de nos jours : les ovnis, les créatures monstrueuses, le surnaturel, les mondes parallèles, les dérèglements temporels.

Plusieurs thèmes développés dans les années 1950-1970 sont encore aujourd’hui d’une brûlante actualité comme la peur viscérale des armes nucléaires, sujet développé avec une étonnante intensité dans LES ÊTRES DE FEU :

* … Il semble donc bien établi que les nombreuses disparitions d’atomisticiens et électroniciens, les non moins nombreux faits bizarres et inexpliqués que nous enregistrons sur la Terre …depuis le début des expériences atomiques durant ce mois de juillet, sont en corrélation avec lesdites expériences. Il ressort logiquement de ces constatations… dans les jours à venir, nous enregistrerons de nouvelles disparitions de savants et techniciens et que nous assisterons à de nouveaux phénomènes inexplicables. * (Extrait LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu)

Aujourd’hui, j’explore avec délice la science-fiction moderne…James Dashner, Richard Morgan, Alexis Aubenque, Catherine Fisher sans oublier George R.R. Martin, Suzanne Collins et beaucoup d’autres mais j’aurai toujours un faible pour la SF des sixties et j’aime à y revenir souvent. Elle a une saveur particulière.

La science-fiction se combine aisément avec la créativité. Jimmy Guieu en est un exemple. Enfin entre la SF du passé et celle d’aujourd’hui, il y a un pont commun : Cette tendance anticipe l’avenir de l’homme et prend parfois un aspect philosophique. Elle annonce presque toujours des temps difficiles et souvent elle a eu raison. La SF appelle à l’imagination et à la raison.

J’explore toutes les tendances littéraires en général mais entre la science-fiction et moi, il y a un élastique.



L’auteur Jimmy Guieu

Suggestions de lecture : Les 25 meilleurs livres de science-fiction de tous les temps, d’après coollibri

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 9 mars 2025

Les livres de Jimmy Guieu, # 1

Commentaire sur la collection SF
1ère partie


Chaleureuses salutations amis lecteurs et amies lectrices. Ceux et celles qui me suivent depuis mes débuts sur ce site savent que je suis généraliste dans mes choix de lectures mais ils savent aussi que j’ai toujours eu un penchant pour la science-fiction.

C’est d’ailleurs avec ce courant littéraire toujours adulé que j’ai inauguré ma série de commentaires avec un article sur la collection sf de Maurice limat (1914-2002) (voir l’article) écrivain extrêmement prolifique qui  a écrit près de 500 livres et fut un des piliers des célèbres éditions fleuve noir.

Celui dont je vais vous parler aujourd’hui fut aussi prolifique sur le plan littéraire que controversé pour ses convictions d’ufologue. Il s’agit d’Henri-René Guilleu. Pseudonyme : JIMMY GUIEU

Henri-René Guieu était un écrivain de science-fiction, ufologue, essayiste, vidéaste et communicateur français. Il a versé aussi dans les romans d’espionnage, policiers et même dans les romans érotiques. Comme Maurice Limat, il a publié abondamment chez Fleuve Noir. Il a emprunté plusieurs pseudonymes.

Outre Jimmy Guieu, il a publié sous le nom de Jimmy G. Quint, Claude Rostaing, Dominique Verseau et Claude Vauzière. Comme ufologue, il était très proche de la théorie conspirationniste en vogue aux États-Unis dans la deuxième moitié du XXe siècle et d’ailleurs encore très actuelle.

C’est de l’écrivain dont je veux surtout parler.

Les avis sur Jimmy Guieu sont très mitigés. Chose sûre, il n’a laissé personne indifférent. Je suis tombé sur ses livres, comme beaucoup de monde, dans les années 1960 et 1970 alors qu’ils étaient partout et bien en évidence avec des couvertures tape-à-l’œil et des titres accrocheurs. La présentation était typique de l’époque et très proche des concepts cinématographiques qui commençait à envahir les écrans.

Moi ça me plaisait beaucoup. Même aujourd’hui, je suis encore accro à ce style devenu vieillot, je dois l’admettre mais qui continue à frapper de plein fouet l’imaginaire des amateurs de sf, spécialement quand il est question de paranormal, d’ovnis et des mystères de l’espace. Guieu croyait dur comme fer aux ovnis et ça transpirait dans son œuvre.

En ce qui me concerne, j’ai lu une trentaine de volumes de la collection SF et pour autant que je sache, comme la collection est quelque peu linéaire, aucun chef d’oeuvre ne figure dans la longue bibliographie de Guieu. J’ai aimé ces livres pour le contexte, la situation et surtout l’atmosphère de chaque histoire, en harmonie avec le mystère, l’intrigue, l’obscur, l’incompréhensible même si le tout rappelle parfois le papier mâché. Guilleu a tout de même frappé mon imagination.

On peut facilement entrer dans l’univers de Guilleu si on surmonte les nombreux irritants qui jalonnent son œuvre. Ici je rejoins la pensée de Richard D. Nolane, écrivain, traducteur, anthologiste et scénariste qui a rédigé un excellent dossier sur Jimmy Guilleu paru en 2004 sur sfmag.net :

À la lecture des romans de Jimmy Guieu, on découvre vite que celui-ci n’est pas un grand styliste et qu’il a un penchant un peu trop prononcé pour les digressions et les explications qui cassent l’action. Quant aux intrigues, il arrive assez souvent que leur déroulement ne soit pas à hauteur de ce que laissait espérer leur début, Jimmy Guieu étant plutôt habile pour capter l’attention du lecteur dans les premiers chapitres. Enfin, les personnages ne sont que très rarement nuancés : les bons sont aussi parfaits que les méchants sont abjects. (Extrait : JIMMY GUIEU, itinéraire d’un franc-tireur de la SF française, Richard D. Nolane, 2004)

Le succès éditorial de Guieu s’explique par le fait qu’il atteint son lecteur avec le pouvoir de faire vibrer ses cordes sensibles et il m’a donné l’impression de participer à l’aventure.

Je poursuivrai dans ma prochaine publication, avec la deuxième partie de mon commentaire sur la collection SF de Jimmy Guieu, deux livres en particulier.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 8 mars 2025

 

ÉTERNELLE ODYSSÉE

Commentaire sur le livre de
A.F. LUNE

*Les souvenirs prennent possession de moi et oblitèrent la réalité. Les cristaux mémoriels greffés dans mon cerveau libèrent images, sons, odeurs et sensations, et me les imposent en m’incarnant dans un autre présent. Le temps subjectif. La seule vraie mesure temporelle. Le problème quand cela survenait, c’est que tout me revenait avec clarté, mais en bloc. En quelques minutes, je revivais une compression de plus de trois mille ans de vie sur mes cinq millénaires d’existence. *

(ÉTERNELLE ODYSSÉE, A.F. Lune, format numérique, Noir d’Absynthe éditeur, 2019, 666 kb, 446 pages)

Harms Moyser est un soldat Lycaon engagé sur le Prétorien, vaisseau spatial amiral de la flotte humaine. Au cours d’une bataille contre les Enkidous, l’ennemi héréditaire de l’humanité, le vaisseau est happé par une tempête stellaire et doit se poser en catastrophe sur une planète inconnue.

L’équipage y découvre des hommes, au stade de civilisation antique, qui les prennent pour des dieux. Et si ces derniers n’avaient pas tort ? Un texte unique, au carrefour entre Planet Opera et Tragédie grecque, véritable relecture des mythes antiques où dieux et hommes sont les jouets d’un Destin implacable.

De Homère à Lune

ÉTERNELLE ODYSSÉE est une œuvre qui verse dans le plus pur style de la littérature de l’imaginaire. Ce n’est d’ailleurs pas l’imagination qui manque dans cette histoire qui est un mélange de science-fiction et de croyances, de fantastique et de décors futuristes sur lesquels plane l’apocalypse. Et il y a plus, dans ÉTERNELLE ODYSSÉE, la technologie et la mythologie s’imbriquent. Notez, ce n’est pas une première, Rick Riordan a fait la même chose avec son célèbre personnage Percy Jackson. Mais ici A.F. Lune va un peu plus loin.

J’’étais curieux de voir, tout au long de l’histoire, si TYPHON, le dieu titanesque, cruel et destructeur de la mythologie grecque, supposé fils de Héra, n’avait qu’à appuyer sur la touche <enter> pour déclencher la fin du monde. J’exagère à peine.

Nous sommes donc dans le futur et suivons Harms Moyser, appelé le NAIN par ses supérieurs. Mais ne vous y fiez pas. Le personnage est plus grand que nature, ombrageux, courageux, dont la force et le pouvoir iront crescendo dans le récit. Harms sert à bord du Prétorien, un vaisseau gigantesque qui, frappé par une tempête stellaire, assortie d’une faille temporelle doit se poser d’urgence sur une planète inconnue.

Harms et tout l’équipage seront perçus par les habitants comme des dieux. En sont-ils? Le récit vous réserve de belles surprises je crois car il est une montée graduelle vers une guerre des dieux dont Typhon fait partie d’ailleurs.

C’est un récit complexe. On y trouve les lycaons, Harms en est un, les <hommes vrais> les Enkidous, ennemis des lycaons et une brochette de dieux qui sont ou qui rappellent les divinités grecques. Il y a beaucoup de personnages. On s’y perd un peu car le fil conducteur est en dents de scie. Autre élément qui m’a déstabilisé dans la compréhension de l’histoire est que le passé, le présent et le futur s’entremêlent.

Il faut être attentif et ne pas craindre la relecture car le récit est riche et l’auteur nous entraine dans un très beau déploiement d’imagination. De plus, l’épilogue dévoile tous les mystères dans lesquels les lecteurs risquent de patauger. L’intrigue est bien développée, captivante. Certains passages sont merveilleux, d’autres plus erratiques.

Pour mon goût personnel, j’ai trouvé le personnage de Harms Oyster trop surréaliste, comme l’ensemble du récit d’ailleurs. Au fur et à mesure que Harms renforçait son pouvoir, il m’a semblé que l’histoire devenait un peu fantaisiste, manquait de crédibilité mais ce n’est qu’une question de perception. J’ai aimé cette histoire dans son ensemble et je la recommande. Je vous recommande toutefois de lire attentivement le prologue car sa compréhension sera essentielle pour vous permettre d’apprécier l’histoire.

Suggestion de lecture : PERCY JACKSON LE VOLEUR DE FOUDRE, de Rick Riordan

Rêveur éveillé, si Lune a une passion pour tous les genres de l’imaginaire, il nourrit un amour particulier pour la SF. Sa carrière militaire, faite de rencontres et de voyages entre Europe et Afrique, a constitué un vivier dans lequel il puise son inspiration. —- Les éditions Noir d’Absinthe publient dans les littératures de l’imaginaire : Fantasy, Fantastique, Science-Fiction et Horreur.

Nous brouillons cependant les genres avec délectation et, avec nous, les frontières deviennent muables et poreuses. Nous sommes des enfants de la nuit et préférons les livres en nuances, affichant avec orgueil leurs doutes et leurs ambiguïtés.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 25 janvier 2025

 

 

SÉCESSION, Julien Centaure

*Depuis de nombreuses années, tous les colons étaient descendus sur Terra et Madeleine avait dû admettre que son ami faisait partie des cinq millions de malheureux perdus pendant le voyage de 15 000 ans à travers l’espace… *

(Extrait : ESPERANZA 64 TOME 3, SÉCESSION de Julien Centaure, version audio, audible studio éditeur, 2019. Durée d’écoute : 16 heures 48 minutes, narrateur : Renaud Dehesdin. Équivalence : 541 pages.)

20 ans après l’arrivée de l’Esperanza 64 en orbite de Terra, tous les colons, qui dormaient dans des soutes vivent désormais sur la planète. Chacun possède un logement, un travail et mange à sa faim. La mission, confiée par Exodus à l’équipage du grand vaisseau, peut donc être considérée comme accomplie. Cependant, ce succès se doit d’être relativisé, car la grande majorité des colons abhorrent le système en place. Ils voudraient retrouver les fondements, si adaptés au genre humain, que sont la démocratie, la propriété privée et la liberté d’entreprendre. La révolution couve et Élisabeth, acculée, cherche désespérément une solution.

Tant qu’il y aura des hommes…

SÉCESSION est le troisième livre de la saga ESPERANZA 64. Bien qu’il peut être lu ou écouté indépendamment, pour mieux apprécier le volume, il est préférable d’avoir pris connaissance des deux premier livres. À ce propos, je vous réfère à un article que j’ai publié sur ce site en mai 2019 sur ESPERANZA 64. Dans ce troisième opus, les rescapés d’Esperanza ont fondé une colonie en plusieurs cités sur Terra, l’exoplanète qui les accueille.

Elizabeth a mis en place un système politique qui se rapproche de l’état de droit mais qui a toutes les apparences du communisme. Rien à voir toutefois avec les régimes qui se sont succédés en Union Soviétique. Sur Terra, le système était viable à cause de l’importance accordée aux droits de la personne. Mais les hommes étant ce qu’ils sont, une scission s’est opérée dans la population : une partie souhaitant de continuer à soutenir le régime en place, l’autre désirant l’économie de marché, bref, l’instauration du capitalisme.

Toutes les parties se sont mises d’accord pour qu’Élizabeth et ses partisans fassent sécession et aillent vivre ailleurs, sur une autre planète déjà détectée. Personnes, installations et matériel seraient envoyés sur la nouvelle planète appelée LUMIÈRE <Parce qu’elle a deux soleils> grâce à la technologie avancée d’une race appelée -superhumains- et basée sur une science devenue légendaire en science-fiction, grâce à Gene Roddenberry et sa création, STARTREK : le télétransport.

SÉCESSION raconte le transfert de ces gens sur une planète plus ou moins accueillante, l’obligation pour eux de coexister avec d’autres races extra-terrestres en particulier les KEINIS avec l’obligation morale du respect des différences, l’établissement d’alliances et la préparation d’un avenir satisfaisant pour tous. Ce n’est pas simple, mais les hommes ne sont pas simples. Julien Centaure a relevé, je crois, un très beau défi.

Beaucoup de critiques considèrent que la série s’essouffle. Je ne trouve pas. La sécession à elle seule est tout un défi à développer et Centaure l’a fait avec une parfaite connaissance de la nature humaine.

Disons que ce que j’ai trouvé le plus difficile est que l’exploration spatiale a laissé sa place aux sciences de la terre et aux tendances humaines. Mais la grande force de Centaure est le message qu’il insère un peu partout dans son récit sur la tolérance et le respect des différences. L’action et les revirements ne manquent pas. Un fil conducteur efficace fait qu’il est facile de suivre l’histoire qui évolue dans une parfaite cohérence.

Le récit accuse quelques longueurs, un peu de redondance comme on en trouve souvent dans les grandes sagas. Les personnages sont bien travaillés, particulièrement les extra-terrestres à qui l’auteur a donné un rôle de premier plan. La description d’une planète neuve témoigne d’une grande imagination de l’auteur, En fin, je signale l’excellente prestation du narrateur Renaud Dehesdin qui ne m’a jamais déçu.

Suggestion de lecture du même auteur : LES NETTOYEURS

Les autres tomes

Pour lire mon commentaire sur le livre premier d’ESPERANZA 64, cliquez ici


Bonne écoute
Bonne lecture
Claude Lambert.
Le dimanche 8 décembre 2024

 

MINDJACK, tome 1

ESPRITS LIBRES

Commentaire sur le livre de
SUZAN KAYE QUINN

*-Je ne peux te rendre tes souvenirs parce que ce n’est pas moi qui les ai supprimés.
Mais je peux te montrer ce qui est arrivé. Si tu veux.
-Il faudra que tu entres dans ma tête, c’est çà ?
-Oui. Si tu ne veux pas que je le fasse, c’est bon, ne t’en fais pas.
-Non. C’est d’accord. Je veux savoir. *

(Extrait : ESPRITS LIBRES : MINDJACK, t1, Suzan Kaye Quinn, MxM Bookmark éditeur, 2018 format numérique, 380 pages)

Quand on dans l’esprit des autres, il devient dangereux de garder un secret.  A seize ans, Kira Moore n’est qu’une Zéro, quelqu’un qui ne peut lire dans les pensées des autres, et dont les autres ne peuvent pas lire les pensées non plus. Les gens comme elle sont des parias, ce qui ne lui laisse aucune chance d’avenir avec Raf, le meilleur ami télépathe dont elle est amoureuse en secret.  Mais lorsqu’elle prend le contrôle de l’esprit de Raf par accident et manque de le tuer, Kira tente de cacher ce nouveau pouvoir qui l’effraie à sa famille, ainsi qu’à Raf lui-même, dont la méfiance grandit chaque jour un peu plus.

Mais les mensonges ne font que se resserrer autour d’elle, l’entraînant au plus profond du monde caché des mindjackers, où prendre le contrôle des gens qu’elle aime n’est que le début de la longue liste des choix mortels qui l’attendent.

Une bactérie pour l’esprit
*Il avait fallu un évènement inconsidéré de la part de Raf,
comme sa tentative de m’embrasser, pour déclencher
cette catastrophe cérébrale. Une journée normale au
lycée ne devrait pas être si dangereuse que ça. À moins
que…Le tremblement de mes mains n’était pas, mais
alors là pas du tout rassurant. *
(Extrait)

Mindjack a été pour moi une intéressante trouvaille littéraire, originale et rafraîchissante. Essayons d’abord de résumer l’histoire. Suite à la contamination des eaux potables de la terre par des cocktails médicamenteux qui se sont répandus très rapidement, l’évolution des humains est altérée. Ils deviennent télépathes…à un point tel que la télépathie est devenue la norme pour communiquer.

Mais dans le processus, il y a des étapes et bien sûr des exceptions : il y a d’abord les zéros, trop jeunes pour prendre conscience de leur pouvoir. Quand ça arrive, ils deviennent des changelins, donc en voie de devenir télépathe. À cette règle, l’exception est considérée dans cette histoire comme un danger potentiel pour la société : il s’agit du jackeur, c’est-à-dire que sans être télépathe, le jackeur peut lire la pensée d’un autre, l’influencer, la modifier, et lui donner des ordres. Le jackeur peut même percevoir l’odeur de la pensée. C’est le petit côté du récit tiré par les cheveux.

L’histoire est celle d’une ado : Kira Moore, d’abord une zéro puis se découvre un talent particulier pour exercer une influence mentale sur les autres. Un copain de classe, Simon l’aide à développer ce don…don qui deviendra puissant, dérangeant…nuisible. Elle sera traquée, envoyé dans un camp spécial pour jackeurs appelés à faire l’objet d’expériences. Kira aura des choix déchirants à faire.

Ce qui m’a surpris vraiment dans ce livre, c’est que l’auteur a réussi à apparenter de façon crédible l’esprit humain au langage informatique. Les esprits entrent en symbiose pour ne pas dire qu’ils sont réseau. Difficile de garder un secret dans ces conditions. Ce livre est plein de trouvailles et on y trouve aussi beaucoup d’idées saugrenues :

*-Donne-moi ton téléphone…il y a une interface mentale dedans, tu jacques dedans et tu me programmes ton numéro…je levai un sourcil, étonnée ; je pouvais donc jacquer les interfaces psychiques ? * (Extrait)

Avec une interface mentale, un jacqueur pouvait faire n’importe quoi…débrancher un système d’alarme, démarrer une auto à distance. D’après-vous, est-ce qu’un jacqueur peut tuer? J’ai trouvé extraordinaire l’imagination déployée dans cette histoire qui a suscité en moi beaucoup de questionnements. Principalement, qu’est-ce que je ferais avec un pouvoir pareil ? La vie ne doit-elle pas être ennuyante quand on ne communique que par télépathie, sans son, expression faciale.

Les incroyables possibilités engendrées par le don de mindjacking classent le volume au rang du fantastique. Le thème n’a pas dû être facile à développer. L’auteur a travaillé fort pour maintenir une cohérence, une crédibilité, sans nuire à l’intrigue.

Le côté romanesque est un peu sous-développé mais ce n’est que le premier livre de la trilogie. J’ai trouvé Kira attachante et la suivre à la trace m’a procuré toute une gamme d’émotions. J’ai fait plus que lire je pense bien…j’ai englouti.

Suggestion de lecture : L’INSTITUT, de Stephen King

Susan Kaye Quinn est une spécialiste des fusées devenue auteure de fiction spéculative qui utilise maintenant son doctorat pour inventer des trucs sympas dans les livres. Elle écrit de la science-fiction pour jeunes adultes, avec des voyages parallèles dans le futur noir adulte et la douce romance royale. Ses romans et nouvelles à succès ont été sélectionnés pour la réalité virtuelle, traduits en allemand et présentés dans plusieurs anthologies. Maintenant qu’elle écrit des romans, sa carte de visite dit « Auteure et scientifique de fusée », mais elle passe le plus clair de son temps à inventer ses histoires et caresser ses chats. 

La suite

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 30 novembre 2024

Les chroniques de Méduse

Stephen Baxter s’inspire d’Arthur C Clarke

Inspiré par la nouvelle Face-à-face avec Méduse de Sir Arthur C. Clarke, lauréate des prix Hugo et Nebula, ce roman raconte la rivalité croissante entre hommes et machines, à travers les siècles et les étendues du système solaire, vers un avenir imprévisible.

2080 : Le commandant Howard Falcon, pilote de dirigeable, devient infirme après le crash de son appareil. Une procédure de chirurgie expérimentale va le transformer en cyborg, doté de pouvoirs surhumains mais isolé du reste de l’humanité… Au fil des siècles, Howard Falcon, ni homme ni machine, mais singulièrement solitaire, devra prévenir un conflit interplanétaire effroyable.

L’univers fabuleux de Jupiter
*Il était allé sur Jupiter où, parmi les bancs de nuages aux conditions tempérées, presque équivalentes à celles de la terre, il avait rencontré un autre animal immense : une méduse aussi grosse que le Shore, qui nageait dans cette mer incroyablement lointaine. * (LES CHRONIQUES DE MÉDUSE, Stephen Baxter, Dendocropos, Orion éditeur, T.F. Bragelonne 2017, format numérique 1163 pages)

C’est une belle histoire et si je la prends au pied de la lettre, je dirais que sa grande vedette est la planète Jupiter, la plus grosse planète du système solaire, une géante gazeuse dont la masse dépasse celle de toutes les autres planètes réunies.

Mon intérêt pour Jupiter a vu le jour pendant le visionnement d’un des films qui m’ont le plus impressionné : 2001 l’odyssée de l’espace et sa suite, 2010, un film magnifique. Mais les images que l’auteur Stephen Baxter a imprégné dans mon esprit m’ont fait vibrer. En réalité les principaux protagonistes de l’histoire sont d’une part, Howard Falcon, un miraculé de la chirurgie expérimentale, suite à un accident de dirigeable. Il est devenu cyborg mais garde une conscience humaine.

Et d’autre part, il y a Adam, un robot, une machine pensante, la nec plus ultra de l’intelligence artificielle. Falcon accepte une mission dans les nuages de Jupiter où aucun humain ne peut s’aventurer. Plusieurs années plus tard, Adam expérimente le réveil des émotions alors que lui et les siens sont menacés de destruction.

Pendant toute la lecture de ce long pavé, j’ai senti l’influence d’Arthur Clarke. Elle était voulue par Baxter, il s’en est enveloppé et inspiré pour soumettre Howard Falcon à une autre mission impossible. Cette influence, amalgamée au talent d’écrivain de Baxter a donné un récit très fort. La plume est magnifique. La description que Baxter fait de la planète Jupiter est au-delà des mots.

Il y a une poésie dans cet ouvrage et un peu de fantastique aussi car au cœur des nuages joviens, évoluent des créatures gigantesques, colossales, des méduses dont les tentacules s’étendent sur des kilomètres et Falcon se liera d’amitié avec une d’entre elles. C’est ainsi que la méduse jouira d’une certaine influence qui se fera sentir tout au long du récit, lui donnant un petit caractère philosophique. Tout ce monde est en danger car les humains ont exporté leur soif de guerre dans l’espace.

J’ai dévoré ce volume dans lequel la science-fiction et la science se confondent et donnent un tout crédible et empreint d’émotion. La faiblesse de ce livre réside dans son introduction qui ne finit pas de finir par rapport è la finale qui est géniale. Donc c’est long avant d’entrer dans l’histoire.

La grande force du roman, outre son écriture, qui est très belle, est d’anticiper une relation possible ou éventuelle avec l’intelligence artificielle. J’ai beaucoup apprécié les dialogues entre les deux tendances : Falcon et Adam. Il y a aussi une réflexion intéressante sur l’oppression et la dérive de gouvernements trop puissants aux tendances dystopiques. Je pourrais m’étendre longtemps mais je couperai court en disant que malgré de nombreuses longueurs et d’un scénario un peu étiré, j’ai beaucoup aimé ce livre, en particulier pour les messages qu’il véhicule.

Suggestion de lecture : Je vous invite à lire mes commentaires sur ARCHE de Stephen Baxter, et LA CITÉ ET LES ASTRES d’Arthur C Clarke

À lire aussi


Stephen Baxter                                    Arthur C Clarke

Je vous invite à consulter les notes biographiques sur Stephen Baxter et Arthur C Clarke.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 12 octobre 2024

La fin et autres commencements

Commentaire sur le livre de
VERONICA ROTH

*Cette fois-là, je ne me suis pas contentée de regarder.
J’ai reculé de quelques pas, secoué mes mains
tremblantes, et me suis élancée en courant. Un moment
terrifiant de liberté et d’apesanteur. *
(Extrait : LA FIN ET AUTRES COMMENCEMENTS, Veronica
Roth, illustrations : Ashley McKenzie, Nathan éditeur, 2020,
édition de papier, 305 pages)


Six univers. Dans chacun de ces mondes futuristes parfois proches du nôtre et parfois si différents, la technologie transforme les êtres et façonne de nouvelles possibilités. Pourtant, chacun reste confronté à des problématiques profondément humaines. Plongez dans ces futurs, et explorez des histoires de mort et de renouveau, de haine et d’amour, de vengeance et de pardon… dont la fin n’est qu’un nouveau commencement.

 

Les univers de l’être et du mal-être
*Je connaissais le conteur car il aidait les gens à fuir la tyrannie
de la lignée des dictateurs Shotets. Et parmi ces gens, ma mère…
Elle avait dû quitter la planète pour échapper à son exécution, une
peine prononcée par le souverain en personne, parce qu’elle avait
commis le crime d’enseigner aux enfants une autre langue que le
Shotet * 
(Extrait)

C’est un recueil de six nouvelles.  Des récits étranges, teintés de psychologie et de science-fiction, des histoires qui se déroulent dans le futur caractérisé par une technologie suffisamment forte pour transformer l’être humain. Mais vous vous en doutez, l’être humain restera toujours humain. L’auteure est restée fidèle à ce concept.

J’ai eu de la difficulté à embarquer, à m’accrocher à ces brèves histoires. Peut-être à cause de leur petit côté initiatique et de beaucoup de passages que j’ai trouvés trop moralisateurs, l’amour étant par exemple une valeur qui supplante les autres. Il en est question partout et je trouve ça un peu minimaliste, voire irritant.

Le concept est intéressant car il oppose les contraires qui jalonnent et façonnent la vie : Désorienter pour réorienter, désapprendre pour réapprendre, défaire pour refaire, déconstruire pour reconstruire…finir pour recommencer quoi, le tout véhiculant des valeurs enveloppantes et positives : l’amour, l’empathie, le pardon et j’en passe. Je me demande même si ce concept n’est pas apparenté à celui des cours sur le développement de la personnalité.

J’ai trouvé aussi très intéressante la dernière nouvelle : LE TRANSFORMATISTE qui pourrait d’après moi, traduire le mieux la pensée de l’auteure : *Tout est réglé à l’avance dans ce monde ; tout est voué à devenir adulte. Et le chemin qui y conduit n’est pas toujours agréable vois-tu ? Les calamitas le savent. Ils vont jusqu’à se dévorer eux-mêmes pour accomplir leur transformation. * (Extrait ) Donc la transformation détruit, reconstruit, appelle au renouveau. Voilà qui met bien en lumière le titre de l’œuvre.

J’adhère très peu à ce genre de littérature mais je lui reconnais ses forces, à cause, en particulier, des valeurs qu’elles véhiculent. Dans LA FIN ET AUTRES COMMENCEMENTS, l’auteure déploie avec habilité sa principale force : la création d’univers originaux. Je ne peux pas en dire autant de ses personnages auxquels je me suis senti détaché tout au long de la lecture. Les thèmes ne manquent pas de profondeur et je dois le dire, la présentation de l’œuvre est magnifique.

L’édition est bien ventilée et magnifiquement illustrée par Ashley MacKenzie, une spécialiste des illustrations conceptuelles complexes qui soutiennent visuellement les auteurs. Je dois dire qu’elle traduit même à merveille l’esprit de l’auteure Veronica Roth qui en a séduit plusieurs avec son livre MARQUER LES OMBRES. Je ne suis pas trop preneur mais ce genre de littérature est proche des gens et pointe gentiment du doigt la Société. C’est la raison pour laquelle je vous recommande LA FIN ET AUTRES COMMENCEMENTS.

Suggestion de lecture : LE GARÇON ET L’UNIVERS, de Trent Dalton

Veronica Roth est née le 19 août 1988 à Chicago. C’est une romancière américaine de littérature pour jeunes adultes. Elle est diplômée de l’Université Northwestern, en écriture créative. Elle termine la trilogie qui l’a rendue célèbre deux mois avant la fin des cours : Divergent le premier tome de sa saga paraît en mai 2011, Insurgent en mai 2012 et Allegiant en octobre 2013. La jeune romancière explore un modèle de contre-utopie post apocalyptique qui se déroule à Chicago. La ville est divisée en six factions, Altruiste, Audacieux, Érudit, Sincère, Fraternel et les « sans faction ». 

La trilogie DIVERGENCE, de la même auteure

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 22 septembre 2024

À LA CROISÉE DES MONDES 2

Commentaire sur
LA TOUR DES ANGES

de PHILIP PULLMAN

*…une guerre se prépare. J’ignore encore qui seront nos alliés, mais je sais qui nous devons combattre. Il s’agit du Magisterium, de l’Église… Depuis qu’elle existe, l’Église a toujours cherché à supprimer et à contrôler toutes les pulsions naturelles. Et quand elle ne peut pas les contrôler, elle les détruit. Certaines d’entre vous ont vu ce qu’ils faisaient à Bolvangar. C’était épouvantable, mais ce n’est malheureusement pas le seul endroit, ni la seule pratique de ce genre.

J’ai voyagé dans les contrées du Sud. Il y a là-bas des Églises qui mutilent les enfants elles aussi, comme les gens de Bolvangar, pas de la même façon, mais de manière tout aussi horrible. Ils leur coupent les organes sexuels, oui parfaitement, aux garçons comme aux filles ; ils les tranchent avec des couteaux. Voilà ce que fait l’Église, et toutes les églises ont le même objectif : contrôler, détruire, anéantir tous les bons sentiments. *

(Extrait : LA TOUR DES ANGES, tome 2 de À LA CROISÉE DES MONDES de Philip Pullman, Gallijeune éditeur, papier, 2007, 423 pages, ISBN-13 : 978-2070612437, aussi disponible en version audio, éditée par Gallimard. Durée d’écoute : 11 heures 18 minutes, narrateur : François-Éric Gendron.

 

Le jeune Will, à la recherche de son père disparu depuis des années, croit avoir tué un homme. Dans sa fuite, il franchit la brèche qui lui permet de passer dans un monde parallèle. Là, à Cittàgazze, la ville au-delà de l’Aurore, il rencontre Lyra. Les deux enfants devront lutter contre les forces obscures du mal et, pour accomplir leur quête, pénétrer dans la mystérieuse tour des Anges. Le deuxième tome de la célèbre trilogie de Philip Pullman nous entraîne à nouveau dans un univers étrange et envoûtant, immensément riche de découvertes et d’émotions.

Pour vous remettre dans le contexte, je vous invite, amis lecteurs, amies lectrices, à lire mon commentaire sur le livre 1 de la série : LES ROYAUMES DU NORD.

ENTRE LE DELÀ ET L’AU-DELÀ

Avec la TOUR DES ANGES, nous sommes au cœur de la série LA CROISÉE DES MONDES. Dès le départ, on y fait la connaissance d’un jeune ado, Will, à la recherche de son père, croyant avoir tué un homme, Will, en prenant la fuite, traverse accidentellement une mince brèche temporelle qui le précipite dans un monde parallèle. Ce passage s’explique dans le premier tome par l’action de Lord Asriel qui a provoqué rien de moins qu’une fissure dans l’enveloppe du temps.

Une fois arrivé dans ce monde d’une autre dimension, Will fera la connaissance de Lyra Bellaqua, l’héroïne des ROYAUMES DU NORD, fille de Lord Asriel et de la cruelle Marysa Coulter. Il se trouve que Lyra est aussi à la recherche de son père. Will et Lyra vont se mettre en *mode entraide* mais pour accomplir leur quête, ils devront franchir de redoutables obstacles  et pénétrer dans la mystérieuse tour des anges.

Bien que cette histoire soit bien développée et riche en rebondissements, elle est moins aboutie que dans le livre 1, il y a un peu de répétition, de redondance et Philipp Pullman continue d’étaler au grand jour son mépris pour l’Église et la religion, ce qui est un peu irritant même si ce sont les abus de l’Église, représentée ici par le magisterium qui sont à la basse de toute l’histoire.

Même s’il n’ajoute rien de vraiment neuf, Pullman maintient ici les grands thèmes introduits dans LES ROYAUMES DU NORD : la poussière, appelée aussi *matière sombre* qui colle à la conscience de chaque être humain adulte, c’est LE grand mystère de la CROISÉE DES MONDES, les daemons, êtres de forme animale, prolongement de l’être humain représentant l’âme. C’est à mon avis, une des plus belles trouvailles de Pullman.

L’aléthiomètre, un mystérieux instrument qui apporte des réponses tant que ses aiguilles et icônes sont bien interprétés, je retrouve les principaux personnages du livre 1 dont mes préférés, à cause de leur altruisme en particulier : Lee Scoresby et Seraphina Pekkala, une sorcière protectrice de Lyra.

Les deux ados ont un caractère bien trempé, ils sont plaisants à suivre mais comme je l’ai souligné dans mon commentaire sur les ROYAUMES DU NORD, leur maturité est plus grande que nature…c’est comme trop beau pour être vrai…ce qui arrive très souvent quand un auteur veut faire d’un jeune personnage un héros.

Pullman entretient comme une philosophie dans sa trilogie : rien de moins qu’un combat à finir contre l’église. Ça se sent dans toute son œuvre. Bien que le tome 2 soit moins original et intense que le livre 1, ça reste un grand roman d’aventure. En terminant, j’ai écouté la version audio de LA TOUR DES ANGES. C’est un petit chef d’œuvre de narration exécuté par François-Éric Gendron. Remarquable performance.

Suggestion d’écoute :  DERNIÈRE TERRE, la trilogie audio de Clément Rivière

LA TRILOGIE
À LA CROISÉE DES MONDES


L’auteur Philip Pullman

Bonne lecture/
Bonne écoute
Claude Lambert

 

UN MONDE APRÈS L’AUTRE

Livre premier de la série signée
JODI TAYLOR

La jeune historienne Madeleine Maxwell vient de terminer brillamment ses études et s’apprête à passer un entretien à l’institut St Mary. Mais en pénétrant dans l’enceinte de ce centre de recherche historique, « Max » comprend très vite que celui-ci ne ressemble à aucun autre. Derrière la façade très académique de l’institut St Mary, les équipes d’historiens, de techniciens, de chercheurs ont découvert le secret du voyage dans le temps.

Ici, les historiens n’étudient pas seulement le passé, ils le visitent… Max découvre alors les possibilités qui s’offrent à elle.

De la disparition de Pompéi aux tranchées de la Première Guerre mondiale, du grand incendie de Londres à la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, la jeune historienne va revivre d’extraordinaires événements. Alors qu’au sein de l’institut naissent des enjeux de pouvoir…


Quand on met des dinosaures et des humains ensemble, les hurlements sont inévitables.

<Extrait : LES CHRONIQUES DE ST MARY’S, livre premier :
UN MONDE APRÈS L’AUTRE, Jodi Taylor, HC éditions 2018, papier :
320 pages, audio : par Audibles  studios, 11 heures 27 minutes, lu par Ludmila Ruoso>

 

 

L’histoire attaquée

Bien que le sujet développé dans ce livre soit en surchauffe sur le plan littéraire parce qu’il est question de voyage dans le temps, il a un indéniable pouvoir attractif. Voyons le contenu. Un institut ultrasecret du nom de Saint-Mary réunit des historiens qui, non seulement étudient le passé mais le visitent grâce à la maîtrise du voyage dans le temps. Le but : apportez à leurs contemporains et aux générations futures les réponses manquantes aux grandes énigmes historiques en prenant soin de ne rien changer aux lignes temporelles.

Au fil d’une intrigue complexe, la mission de l’institut évolue et en devient une de sauvetage humain dans un premier temps puis, un audacieux projet : sauver le maximum de documents, parchemins et manuscrits de l’incendie historique qui a détruit un des bijoux de la planète : la grande bibliothèque d’Alexandrie.

Là où l’histoire se complexifie, c’est que le futur et le présent s’imbriquant dans la ligne temporelle, lors d’un passage dans le crétacé, nos historiens découvrent que des contemporains tentent d’exploiter Saint-Mary à des fins mercantiles. Comme l’action se déroule dans le futur, il faut croire que l’avenir de Saint-Mary serait compromis. Plusieurs autres éléments viennent compliquer davantage le récit. À vous de les découvrir amis lecteurs et amies lectrices.

Un mot sur le personnage central, que j’ai beaucoup aimé : Madeleine Maxwell, une femme de tête au caractère bien trempé, bagarreuse opiniâtre et qui donne l’impression d’être une parfaite fabrique de catastrophes. Est-ce que Max, comme tout le monde l’appelle, pourra extirper ce qui pourrit Saint-Mary tout en palliant ce qui lui manque? C’est la question je crois qui va garder le lecteur et la lectrice captifs jusqu’à la fin du récit où tout est mis en place pour la suite.

C’est un ouvrage instructif, riche sur le plan historique mais plutôt pauvre sur le plan scientifique. En effet, pour l’histoire, le livre est bien documenté, crédible dans l’ensemble. Le plan scientifique est tout simplement sous-développé. On sait que les historiens ne doivent pas interférer sur les évènements passés pour ne pas modifier la ligne temporelle ou le cours de l’histoire. Si je tiens compte de tout ce que j’ai lu de romans et documentaires sur les voyages dans le temps, je crois que c’est impossible.

L’ouvrage ne fait aucune allusion aux principes scientifiques de déplacements dans le temps, pas question non plus de la fiche technique et scientifique des capsules temporelles, pas d’allusion aux paradoxes temporels, à l’effet papillon et autres principes liés aux voyages dans le temps. C’est comme si le récit n’était pas en équilibre.

Toutefois, à ce rapport de forces et de faiblesses s’ajoute la dimension de l’intrigue : complexe, palpitante et énigmatique eu égard au domaine mystérieux du temps. Ajoutons à cela un peu d’humour tendance au noir, quelques épisodes sexuels qui cadrent bizarrement avec le récit. Comme tous les récits ayant pour sujet le tripotage de la ligne temporelle, le fil conducteur est fragile et nécessite un peu de concentration. Mais ça vaut le coup. Je crois qu’il sera intéressant de suivre toute la série.

Suggestion de lecture : L’ODYSSÉE DU TEMPS d’Arthur C Clarke

 La suite

À lire :  les biographie/bibliographies de Jodi Taylor et un petit dossier pas mal intéressant sur le voyage dans le temps.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 28 avril 2024

LE VOLCRYN, le livre de Gorge R.R. Martin

*Maintenant, je suis vieux, de plus en plus vieux. Bientôt,
la mystérieuse nébulosité du volcryn percera le voile du
tentateur et, à travers les abîmes sans vie, à travers le vide,
à travers l’éternel silence, nous le suivons, mon Armageddon
et moi, nous lui donnons la chasse. *
(Extrait : LE VOLCRYN,
Actusf éditeur, 2015, format numérique, coll. Hélios, 170 pages)

Depuis des temps immémoriaux, les volcryns traversent la galaxie. Personne ne sait d’où ils viennent, où ils se rendent ni même ce qu’ils sont vraiment. Karoly d’Branin est bien décidé à être celui qui percera ce mystère. Entouré de scientifiques de talent, il embarque sur l’Armageddon. Mais bien vite les tensions s’accumulent. Quelle est cette menace sourde qui effraie tant leur télépathe ? Et pourquoi le commandant du vaisseau refuse d’apparaître autrement que par hologramme ? Karoly est certain d’une chose : ses volcryns sont tout proches. Pas question de faire demi-tour. Quel qu’en soit le prix.

Le peu rassurant ARMAGEDDON
*Le commandant Royd est parfait, dit-elle en secouant
la tête. Un homme étrange pour une étrange mission.
Qu’avez-vous à redire à ça? Vous n’aimez pas le mystère?*
(Extrait)

Le VOLCRYN est un roman pas très long. Il sent un peu le réchauffé, le déjà vu…disons une variation sur un thème connu. Sans dire que le sujet brille par son originalité le récit reste intriguant et très axé sur la psychologie des personnages. Voyons comment ça se présente.

Neuf scientifiques, xénotechnicienne , xénobiologiste, télépathe, psi et techniciens s’embarquent à bord d’un vaisseau ultrasophistiqué pour aller à la rencontre du VOLCRYN un peuple légendaire qui, selon cette légende, ère dans un vaisseau colossal, vers les limites de la galaxie depuis des temps très anciens. Le véritable problème tient au fait que le capitaine du vaisseau, Royd Erris est confiné dans des quartiers scellés et n’a aucun contact avec les passagers, sauf par hologramme.

Ainsi s’installent la crainte, la méfiance, le doute, les soupçons et au final, la mort car il devient incertain que le capitaine Erris ait vraiment le contrôle du vaisseau. Beaucoup de choses pourraient empêcher les scientifiques de s’approcher des Volcryn, en supposant que cette énorme entité ne soit pas un prétexte. Le vaisseau porte bien son nom : ARMAGUEDDON.

LE VOLCRYN est une sorte de space opera, une novella de type huis-clos très dense et à forte connotation paranoïaque. J’ai reconnu plusieurs éléments qui auraient pu être empruntés à des grands classiques : ODYSSÉE DE L’ESPACE 2001 à cause du dérèglement de Hal l’ordinateur. Celui de l’Armageddon perd les pédales mais pour des raisons quelque peu nuancées. ALIEN, LE 8e PASSAGER à cause de l’étouffante paranoïa liée à la présence probable d’une entité à bord. LES DIX PETITS NÈGRES à cause de la tension qui monte proportionnellement aux disparitions.

Aussi, le mystérieux commandant qui vit à l’écart dans un quartier qui le maintiendrait possiblement en vie grâce à une atmosphère particulière et l’absence de gravitation, n’est pas sans rappeler les navigateurs de la guilde du film DUNE (1984) qui ne peuvent sortir de leur atmosphère chargée de gaz d’épice.

C’est un récit qui, bien qu’en léger déficit de développement, garde le lecteur tendu et alerte. Il ne tranche pas par son originalité mais il est très bien écrit, sans longueur, sans errance. Personnellement j’ai aimé ça et j’ai tout lu d’un trait. Et puis ça nous change un peu de l’interminable saga TRÔNE DE FER. La forme va au-delà du thriller. C’est un roman bien construit. Il est court, comme toutes les novellas ce qui ne l’empêche pas d’être crédible.

Un récit abrégé, et crédible quant aux aspects environnementaux et psychologiques a permis au livre de décrocher le prix LOCUS du meilleur roman court en 1981. Et il est évident qu’avec un tel texte, générateur de haute tension et d’oppression, on n’allait pas tarder à adapter ce mélange de science-fiction et d’horreur au cinéma, puis à la télévision.

Quant à la finale, je l’ai trouvé satisfaisante, mes questions sur le Volcryn ayant trouvé certaines réponses, mais pas toutes. Le Volcryn n’est pas forcément ce qu’on pense en cours de lecture. Je crois que ça reste et ça restera une énigme. Ceci est un autre aspect du déficit de développement dont j’ai parlé plus haut. C’est le risque à courir quand on écrit une novella.

Donc c’est un bon petit livre qui fait travailler l’imagination. Un peu gore, très dense…mélange de science-fiction, de mystère, de thriller auquel on a ajouté une touche de fantastique et une petite matière à réflexion sur le pouvoir de l’esprit. Pas mal intéressant…

Suggestion de lecture : DUNE, livre premier et second, de Frank Herbert (commentaire sur biblioclo)

Mondialement connu pour sa série du Trône de Fer, George R. R. Martin a eu avant elle une riche carrière d’écrivain, récompensée par de prestigieux prix (Hugo, Nebula, Locus…). Touchant à tous les genres avec le même brio, à l’aise aussi bien sur la forme longue que plus courte, il signe avec Le Volcryn un huis clos spatial angoissant qui tient en haleine jusqu’à la dernière page.

Le Volcryn au cinéma


Affiche du film NIGHTFLLYERS, adaptation du livre de Gorge R.R. Martin LE VOLCRYN. Film réalisé par Robert Collector et sorti en 1987, Dans la distribution on retrouve Catherine Mary Stewart, John Standing, et Lisa Blunt, entre autres. Le film a été scénarisé par Robert Jaffe qui assume aussi le rôle de producteur.

 

 

BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT
le vendredi 19 avril 2024