DÉMONS, Marc Laine

*Voilà comment tout avait commencé. L’immonde mégère lui servant de mère l’avait plongé dans un univers insoutenable où ne devaient régner qu’horreurs et cruautés. Un monde coupé du nôtre, sans surveillance, sans barrière, où les travers de ces futurs pervers avaient pris naissance et puent s’alimenter de l’innocence et des peurs d’un être rendu fragile par le délaissement d’une marâtre indifférente. *

Extrait : DÉMONS, de Marc Laine. Édition de papier : Pocket éditeur, 2018, 576 pages. Format numérique : Les Nouveaux Auteurs éditeur, 2016, 517 pages. Version audio : Audible studio éditeur, 2017. Durée d’écoute : 14 heures 5 minutes. Narrateur : Hervé Carrasco.

Lourd et fort

C’est le thriller policier le plus addictif que j’ai lu depuis de nombreuses années. C’est un roman noir, glauque. Son atmosphère est glaciale et déroutante. Et c’est une histoire extrêmement violente, gore à la rigueur.

Un tueur en série échappe résolument à la traque policière, spécialement celle de Maxime, un lieutenant de la police judiciaire à l’âme torturée, visage scarifié et qui carbure aux antidouleurs et à la vodka. Maxime est obsédé par la capture du tueur dont les meurtres sont d’une inimaginable cruauté et tous accompagnés d’énigmatiques messages.

Le modus operandi du tueur est d’une perfection sans faille. Pas de trace, pas d’indice, pas de signature génétique, même pas un cheveu, rien qui le trahit. À croire qu’il commet ses atrocités, vêtu d’un costume de cosmonaute. Sa férocité est incroyable et la description de ses mises en scène sont à soulever le cœur.

Le seul outil de travail dont disposent les policiers, c’est le raisonnement, la déduction, la logique, le recoupage, la recherche. C’est d’ailleurs la force de ce polar qui pousse les lecteurs à explorer la déviance d’un esprit et la noirceur de l’âme. Et il y a bien sûr les mystérieux messages auxquels on fait peu attention parce qu’ils sont incompréhensibles et pourtant…

 J’ai été surpris par l’imagination déployée par l’auteur pour amener les lecteurs exactement là où il veut, l’entraînant de rebondissement en rebondissement même jusqu’à quelques pages de la fin.

C’est étrange mais c’est un récit à la fois précis et chaotique mais les personnages sont tellement forts et travaillés que j’ai fait confiance à l’auteur et je n’ai pas été déçu.

J’ai eu de l’empathie pour Maxime même si parfois, son obsession du mal me tapait sur les nerfs mais j’ai ressenti sa souffrance et le respect que tous ses collègues lui portaient.

Si la psychologie des personnages est bien travaillée, entrer dans l’esprit du tueur fut une expérience angoissante et troublante. Une fois entreprise, il est difficile d’abandonner la lecture de ce livre que je ne recommande vraiment pas aux âmes sensibles.

Le livre comporte tout de même quelques petites faiblesses. Prenons par exemple Mathieu, 19 ans, une des victimes du tueur. Il n’a pas été tué de la même façon que les autres. Il n’a pas de points communs avec les autres victimes. Pourquoi ? Il y a une explication vers la fin du récit mais elle n’est pas aboutie. J’aurais aimé mieux comprendre ce que ce jeune homme venait faire dans le tableau.

Je me suis interrogé aussi sur le psychiatre, Florian qui a l’air de venir d’une autre planète, désireux de collaborer à l’enquête mais qui semble détaché de ce qui se passe dans son propre établissement. Dans la galerie de personnages, Florian est le maillon faible.

Le livre m’a captivé jusqu’à la fin, mais j’ai trouvé la finale un peu quelconque. Disons brève et facile. Mais le récit est en crescendo, rythmé, farci de fausses pistes qui sont autant de défi pour les lecteurs/lectrices, troublant, gore par moment. Je recommande ce livre à ceux et celles qui ont le cœur solide.

Pour ceux que ça intéresse, vous pourrez continuer à suivre le *calvaire* de Maxime dans FLAMBEAU qui suit DÉMONS, deuxième tome de la trilogie du mal absolu, un titre parfaitement réaliste.

Suggestion de lecture : L’HOMME QUI AIMAIT LES TUEURS, de Bernard Boudewau

Du même auteur


L’auteur Marc Laine

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 6 mars 2026

La liste

Commentaire sur le livre de
FLORIAN DENNISSON

*« -Je les ai tous tués ! … Le brigadier de garde avait haussé des sourcils broussailleux et avait instinctivement effleuré de la paume son arme de service. L’inconnu s’enfonça lentement dans la pièce et, à chaque pas, le gendarme serrait un peu plus la crosse de son Sig Sauer. Les yeux du visiteur étaient injectés de sang… * 

Extrait : LA LISTE, de Florian Dennisson. Édition de papier, publication indépendante 2022, 386 pages. Édition numérique : Chambre noire éditeur, 2019, 388 pages. Version audio : Samarkand éditeur, 2021, durée d’écoute : 7 heures 35 minutes. Narrateur : Frédéric Kneip.

Quatre assassinats inscrits

J’ai constaté que les avis sont très partagés sur ce roman de Florian Dennisson. Moi j’ai bien aimé. Du même auteur, j’avais lu TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE en 2021 et c’était pour moi un beau moment de lecture.

L’idée de base est simple, mais fortement énigmatique. Un homme se présente à la brigade criminelle avec en main…une liste de quatre noms et en bouche, une petite phrase qui a de quoi saisir : *Je les ai tous tués* (Extrait) impossible d’en savoir plus sur ce bonhomme. Il refuse de parler. Les victimes sont introuvables. Les policiers ont 24 heures pour élucider ce mystère avant de relâcher cet homme comme l’exige la loi.

Si le thème qui sous-tend TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE est *la loi de Murphy* , le thème qui sous-tend LA LISTE est très différent. Il s’agit de la synergologie qui interprète le fonctionnement de l’esprit humain à partir du langage corporel. Ce serait en fait une sorte de profilage instantané.

Le personnage principal du roman est Maxime Monceau*, synergologue, passé obscur, accro aux anxiolytiques, nerveux, intraverti, irritable mais d’une efficacité redoutable et qui fera toute la différence dans cette course contre la montre à la finale tout fait surprenante.

Le développement de ce roman est d’une logique implacable qui a pour mérite de justifier une finale que j’ai trouvée tout à fait inattendue et même crédible. C’est un des aspects du récit qui fait balancer la critique. Pour moi c’est clair, ce roman est parfaitement ficelé et on sent qu’il y a de la recherche.

Il y a toutefois des irritants. La synergologie, encore considérée comme une pseudo-science, est surexploitée dans LA LISTE. Son utilisation est démesurée et met dans l’ombre les policiers en général et les techniques policières conventionnelles en particulier. Ça devient surréaliste. C’est trop.

Ensuite, Monceau recueille un tas d’indices qui le rattachent à son passé. Cette aspect du policier aux prises avec ses démons me lasse habituellement très vite. J’admets toutefois que, dans ce cas-ci, ces démons ont un lien avec l’enquête.

Donc dans l’ensemble, c’est bien ficelé. L’histoire est originale et ne prépare pas vraiment les lecteurs-lectrices à une finale que j’aurais qualifié au départ d’improbable. Beaucoup d’éléments viennent rythmer le récit : revirements, fausses pistes, des acteurs caractériels et de l’inattendu.

Le synergologue Monceau* n’est pas toujours facile à suivre mais il est attachant, la fluidité de la plume aidant. À mon avis, c’est une autre réussite pour Florian Dennisson.

Suggestion de lecture, du même auteur : TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE

*le personnage de Maxime Monceau a été introduit dans le livre L’OUBLIÉE de Florian Dennisson.


L’auteur Florian Dennisson

 DU MÊME AUTEUR



Bonne lecture
bonne écoute
Claude Lambert

le dimanche 1er mars 2026

L’homme aux papillons

Commentaire sur le livre de
DAVID MOITET

*Étrange…conclut la jeune femme. En résumé, le type est assassiné d’un coup
au cœur, puis on s’amuse à briser presque tous ses os, pour ensuite
le congeler ? *

Extrait : L’HOMME AUX PAPILLONS, de David Moitet. Édition de papier et format numérique : Les Nouveaux auteurs, éditeur, 2010. 372 pages, 2794 Kb

Mené en bateau

C’est un roman fort. Une histoire solidement bâtie, avec beaucoup d’habileté et surtout beaucoup d’imagination. Et…oui…l’auteur m’a mené en bateau car chaque fois que je croyais avoir trouvé une clé de l’énigme, on m’aiguillait sur une piste plus plausible à laquelle m’accroché…alors, je m’accrochais. C’est ainsi que de revirement en rebondissement, le livre est devenu addictif.

L’histoire est celle d’Alex Ablance, un policier de la brigade criminelle, brillant, sans histoire et dont les relations sentimentales sont tortueuses. Un jour, un appel anonyme place Alex devant une mise en scène pour le moins macabre : un cadavre, vêtu d’un costume neuf, tenant dans ses mains une enveloppe portant le nom d’Alex Ablance et contenant une photo déchirée et un poème étrange.

Le poème laisse à penser qu’il faut raisonner le mystère comme on raisonne dans une partie d’échecs. Un pion menace…dangereux parce que porteur de vérité. À partir de cette découverte, la vie d’Ablance deviendra une véritable descente aux enfers, le chasseur devenant le chassé dans une histoire qui n’a pas de sens…et pourtant, l’auteur a tout mis en place pour amener le lecteur où il veut.

L’intrigue est un calcul parfait, l’écriture bien maîtrisée au point de me donner le goût de protéger Ablance. Je ne peux pas dévoiler l’intrigue ni vous dire le lien entre l’histoire et les papillons que j’ai trouvé brillant. Mais je peux vous dire que le mystère est épais et agrippe les lecteurs/lectrices au collet :

*Une autre question commençait à prendre forme dans l’esprit du policier. Il avait l’impression d’avoir été entraîné dans un tourbillon sans pouvoir à aucun moment se raccrocher à quelque chose. Et plus il y réfléchissait, plus il était convaincu que cet enchaînement d’évènements qui l’avaient peu à peu transformé en homme à abattre ne devait rien au hasard. * (Extrait)

Mais il y a quand même une raison pour laquelle la vie d’Alex Ablance bascule à un tel point :

*Alors oui, d’une certaine manière, quand on se projetait quinze jours en arrière, le commandant Alex Ablance, jeune limier de la crim, était bel et bien perdu… Mais en deux semaines, tant de choses avaient changé. Il était passé de traqueur à traqué, sans même s’en apercevoir. * (Extrait)

Cette raison est expliquée vers la fin dans un déploiement comparable à une fontaine. Je ne peux en dire plus sauf peut-être ce détail : L’HOMME AUX PAPILLONS est surtout une histoire de famille d’une horreur sans nom. Notre sympathique Alex a un lien avec cette famille, à découvrir. Ça risque d’occuper les lecteurs-lectrices pour quelques heures.

Voilà L’HOMME AUX PAPILLONS. De l’action, un rythme rapide, une trame angoissante, une intrigue ficelée au quart de tour, une finale surprenante. Le personnage central est d’une trempe singulière, obligé qu’il est de se méfier de tout le monde

Et dire que c’est un premier thriller pour Moitet, un auteur émergent déjà détenteur d’un grand prix et qu’il faudra surveiller de près car à mon avis, il démarre sa carrière sur des chapeaux de roues

Suggestion de lecture : ENFERS, d’Ismaël Lemonnier


L’auteur David Moitet


Du même auteur


BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT

le vendredi 23 janvier 2025

1794

Commentaire sur le livre de
Niklas Natt Och Dag

*…Les orbites n’étaient plus que des flaques rouges, la mâchoire pendait de travers et il ne restait plus qu’une bosse pleine d’éclats d’os à la place du nez. Dawis s’accouda au-dessus de lui pour écouter le gargouillis de sa respiration, puis haussa les épaules et lança des regards entendus aux spectateurs, qui tous se retournèrent démonstrativement tandis que l’aubergiste plaquait sa large main sur la bouche et le nez. L’homme à terre, à peine conscient, tenta gauchement de résister, mais Dawis le berça jusqu’à ce que ses talons cessent de marteler le sol et que sa respiration se taise. *

Extrait : 1794, de Niklas Natt Och Dag. Édition de papier : Pocket éditeur, 2022, 640 pages. Format numérique : Sonatine éditeur 2021, 504 pages, Version audio : Lizzie éditeur, 2022. Durée d’écoute : 13 heures 16 minutes. Narrateur : Martin Spinhayer.

Les fosses de la dépravation

Un jeune noble ado, Erik de Trerozar tombe amoureux d’une fille de fermier, Linnea Carlotta et veux l’épouser. Le père d’Erik s’oppose à cette union et envoie son fils à l’île de Saint-Barthélemy, un centre international de transactions esclavagistes. Erik y fait la rencontre d’un truand appelé Tycho Cetton. Erik s’enfuie de Saint-Barthélemy pour retrouver sa belle. Le mariage a lieu mais ne sera jamais consommé.

Le soir, après la cérémonie, la soirée est fortement arrosée. Le lendemain, Linnea est retrouvée morte, assassinée d’une horrible façon. Erik, encore dans les vapeurs, ne se rappelle de rien. On conclut à une attaque de loup, ce qui est parfaitement ridicule. La mère de Linnea n’en croit rien et fait appel à Jean-Michael Cardel, enquêteur invalide de guerre mais talentueux pour faire la lumière sur ce meurtre d’une cruauté barbare.

Cardel, qui doit déjà composer avec un passé tortueux n’aura pas le choix d’affronter ses démons car ses investigations vont le mener vers une secte étrange dans un mystérieux orphelinat sans compter les manœuvres tordues de Cetton. Toute l’horreur de la vérité risque de lui laisser un goût amer.

C’est un roman très noir, glauque qui tranche par son atmosphère opaque. On plonge d’abord dans le quotidien misérable de la Stockholm du XVIIIe siècle, un dépotoir malfamé indescriptible qui n’a rien à voir avec la capitale suédoise d’aujourd’hui, puis dans la fange et les fosses de l’île de Saint-Barthélemy ou les africains débarqués en esclave sont traités comme des marchandises. C’est sans compter sur l’épais mystère qui pousse Cardel vers une découverte lourde et douloureuse.

C’est un roman cru et dérangeant sous plusieurs aspects. Par exemple, l’esclavagisme y est traité avec une légèreté choquante et l’ensemble est plutôt sanglant. Le récit ne laisse pas indifférent mais il est un peu irritant de par sa structure. Je peux comprendre plusieurs lecteurs de la masse critique de ne pas avoir terminé le roman.

On dirait que l’auteur a déployé un concentré d’imagination dans la première moitié de l’histoire. Par la suite, l’intérêt décroît. Le fil conducteur ne tient plus. Ça devient lourd avec des longueurs, des palabres inutiles et de nombreux passages invraisemblables.

Heureusement, j’ai pu m’attacher à Cardel. C’est un boudin. Terme irrévérencieux utilisé à l’époque pour définir un policier un peu comme le terme *poulet*, terme utilisé de nos jours même s’il est devenu archaïque J’ai éprouvé de l’empathie pour ce personnage malmené par la vie, pour sa sincérité, son opiniâtreté et sa clairvoyance.

Enfin, c’est un roman très dur et sa finale m’a un peu laissé sur mon appétit. L’histoire m’a semblé non aboutie. L’ensemble est complexe et accuse parfois de la dilution. La force réside dans les personnages, Cardel en particulier et la reconstitution historique m’a semblé sans faille. Bref, donnez-vous du temps et soyez patient.

Suggestion de lecture : EN SACRIFICE À MOLOCH, d’Asa Larsson

 
La série


L’auteur : Niklas Natt Och Dag

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 15 novembre 2025

ENFERS, Ismaël Lemonnier

*Une tête de taureau apparut dans leur champ de vision, vissée sur le haut du corps, se substituant à ce qui aurait dû être une tête humaine. De longues cornes pointues aux extrémités, le poil rêche et frisé de couleur sable, les naseaux grands ouverts et encore humides, de grandes oreilles tombantes et poilues…Ils hurlèrent comme jamais ils n’avaient hurlé… *

Extrait : ENFERS, d’Ismaël Lemonnier, versions brochée et numérique : Hugo roman, 2022, respectivement 375 et 288 pages.

C’est le premier jour de Clément dans la brigade criminelle de Paris. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne sera pas de tout repos. Le jeune bleu au QI hors normes se retrouve associé au capitaine Lothar Kessel, son opposé en tout point. Et, pour couronner le tout, les cadavres semblent se multiplier dans la capitale !

Les deux flics vont devoir mettre de côté leurs différends pour comprendre qui se cache derrière le tueur infernal et, surtout, pour l’empêcher de récidiver… Enfers, troisième série originale proposée par NEXTORY, vous plongera dans les sous-sols parisiens à la recherche d’un tueur à l’imagination débridée et aux méthodes particulièrement violentes.

 

Un récit asphyxiant

Le moins que je puisse dire, c’est que ce livre m’a rivé à mon siège. Son idée de base est une série de meurtres basée sur LA DIVINE COMÉDIE, le célèbre poème de Dante Alighieri qui décrit les neuf cercles de l’enfer. Le but du tueur, aussi fou que génial, est de compléter les neuf cercles. Et les meurtres, d’une horreur inimaginable, s’accumulent.

L’idée de s’inspirer de la DIVINE COMÉDIE pour faire évoluer un monstre est loin d’être neuve. Elle a fait par exemple l’objet du livre de Matthew Pearl LE CERCLE DE DANTE en 2004.

Et puis le modus operandi du tueur me rappelle beaucoup le célèbre Jigsaw dans la série de film DÉCADENCE produite entre 2004 et 2025. DÉCADENCE est un mélange de policier, thriller et de torture porn gore. Jigsaw, incarné par Tobin Bell était un tueur *justicier* qui utilisait son génie hors du commun pour torturer et tuer ses victimes en leur laissant une ridicule possibilité de rédemption.

ENFERS m’a rappelé aussi le livre culte de Dan Brown DA VINCI CODE qui est un véritable jeu de piste aux énigmes pénibles à résoudre. De plus, que ce soit ENFERS, DÉCADENCES ou DA VINCI CODE, c’est toujours une course contre la montre.

Pour moi, le lien était facile à faire avec ENFERS, le livre d’Ismaël Lemonnier qui est un véritable recueil d’abominations. Le tueur s’aligne parfaitement avec la philosophie de LA DIVINE COMÉDIE, sa cruauté est au-delà de toute description, tout comme l’imagination qu’il déploie pour les exécutions.

Bien que l’histoire puisse sembler réchauffée, une foule de détails et un soupçon d’originalité font d’ENFERS un ouvrage intéressant. Par exemple, l’auteur dirige l’enquête vers deux lieux célèbres de la France : LES CATACOMBES, véritable labyrinthe dans le sous-sol parisien de 1,5 kilomètres à 20 mètres de profondeur. Le plus grand ossuaire du monde et le CIMETIÈRE DU PÈRE LACHAISE, autre lieu non moins mythique, un des plus grands cimetières du monde (45 hectares de superficie) où reposent de nombreuses célébrités.

J’avais l’impression d’être dans une visite guidée…pas du tout désagréable.

Autre détail, les deux principaux enquêteurs. Deux êtres totalement disparates : un vieux de la vieille, grincheux et mal embouché et un jeunot débutant, ce que les français appellent un *bleu* … donc sans expérience mais extrêmement brillant. Ça fait des étincelles et ça amène une agréable diversion dans une histoire froide et violente.

Pour conclure, ENFERS est un roman fort, noir et violent. La cruauté qui l’imprègne induit des passages à soulever le cœur. La plume est solide, fluide et très directe. Un petit cauchemar de 300 pages développé avec intelligence.

Suggestion de lecture : CHARADE, de Laurent Loison


L’auteur Ismaël Lemonnier

Bonne lecture

Claude Lambert

le samedi 8 novembre 2025

Éloge de la lenteur

Commentaire sur le livre de
CARL HONORÉ

*dans notre tête. Cette hâte compulsive restera ancrée dans notre fonctionnement jusqu’à ce que notre attitude change. Mais changer ce que nous pensons n’est que le début de notre démarche. *

Extrait : ÉLOGE DE LA LENTEUR, Carl Honoré, format broché : Marabout éditeur, 2013, 288 pages, poche. Format numérique, Marabout éditeur, 2013, 366 pages, format audio : audiolib éditeur, 2008, durée d’écoute : 3 heures, narrateur, Pierre Tissot.

Contre un penchant pour la vitesse

L’auteur est un journaliste de renom. Il a travaillé pour L’OBSERVER, Le NATIONAL POST et plusieurs autres grands journaux. Dans un élan frénétique, parti d’une idée originale, Carl Honoré décide de faire le tour du monde pour enquêter sur un mouvement qui prend selon lui, une ampleur considérable : le *slowconcept* qui tend à répandre partout dans le monde les vertus de la lenteur : *Même à l’ère des <histoires-minute> pour aller dormir, il existe une alternative au <toujours plus vite>. Et bien que cela sonne comme un paradoxe, le mouvement pour la lenteur se développe à toute allure. * (Extrait)

Le *slowconcept* cultive l’idée d’une décélération dans nos activités quotidiennes touchant tous les domaines de la vie : travail, loisirs, famille, finances. L’auteur va jusqu’à dire que les tempos musicaux contemporains sont trop rapides. Il me suggère même de lire moins vite, ce qui n’a pas manqué de me faire sourire.

*Pourquoi sommes-nous toujours si pressés ? Comment guérir de notre obsession du temps ? Est-il possible ou seulement désirable d’aller moins vite ? * (Extrait)

Donc l’auteur développe la philosophie de la lenteur en expliquant les différentes formes prises par le phénomène et tout y passe, même le sexe. Tout l’argumentaire débouche forcément sur les bienfaits d’un retour au calme.

*Une fois que vous commencez à vous poser des questions sur la vitesse au volant, vous vous posez les mêmes à propos de votre vie en général : pourquoi suis-je pressé ? Quel intérêt ai-je à me dépêcher pour gagner une minute ou deux? Lorsque vous devenez plus calme au volant, vous l’êtes aussi en famille, au travail, en tout. *

C’est le titre qui m’a accroché, avec le dessin de la tortue. L’idée de base est originale et rejoint un large courant d’opinion et explique en détail les avantages d’un ralentissement du rythme de notre vie. Chaque chapitre développe un thème de la vie quotidienne et débouche invariablement sur un ralentissement du rythme de vie, ce qui m’a fait beaucoup déchanter. Malgré le fait que je suis resté attaché au sujet, j’ai trouvé l’ensemble indigeste, lourd, mal ventilé, redondant, répétitif. Le livre souffre de remplissage et en qualifiant le tout de *philosophie de la lenteur* l’auteur fait preuve d’une certaine arrogance.

Dans les faits, j’ai trouvé le livre plus mercantile que philosophe car il est présenté un peu à la façon d’un cours de développement personnel : une idée à vendre avec parfois l’énergie de l’obsession : une grande quantité de témoignages qui reviennent pas mal au même, beaucoup d’exemples par lesquels je ne me suis pas senti concerné. L’écriture est froide et sans émotion.

J’avais très hâte de terminer ce livre. L’aurais-je lu trop rapidement ? Si c’est le cas, ce n’est pas vraiment un bon point pour l’auteur. Toutefois, sans prendre l’allure d’un escargot, l’idée de ralentir notre rythme de vie est très intéressante.

Suggestion de lecture : TA DEUXIÈME VIE COMMENCE QUAND TU COMPRENDS QUE TU N’EN AS QU’UNE de Raphaëlle Giordano

L’auteur Carl Honoré

BONNE LECTURE
BONNE ÉCOUTE
Claude Lambert
le vendredi 19 septembre 2025

État de terreur

Commentaire sur le livre de

Hillary Rodham Clinton
et
Louise Penny

Aram Wani courut. Conscient que sa vie en dépendait. Même s’il lui était désormais égal de vivre ou de mourir. Fuir était instinctif. Rien de plus. Et pourtant il courait, fuyait la mort. L’homme armé. L’homme qui avait assassiné sa femme et son enfant. Aram Wani courut.

Extrait : ÉTAT DE TERREUR, de Hillary Rodham Clinton et Louise Penny. Flammarion Québec 2022 pour la traduction française. Édition de papier, 525 pages.

Après une période politique tumultueuse aux États-Unis, une nouvelle administration prend ses fonctions. Contre toute attente, le président choisit Ellen Adams comme secrétaire d’État, réduisant ainsi au silence l’une de ses critiques les plus acerbes. Peu après, une série d’attentats terroristes ébranle l’ordre mondial. Face à cette menace croissante, la secrétaire d’État réalise que l’administration précédente, déconnectée des relations internationales, a laissé le pays isolé, sans de nombreux alliés.

Elle découvre que la conspiration est bien plus complexe, les enjeux plus importants, et les ennemis de l’État bien plus proches qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Pour les contrer, elle forme une équipe hors du commun, composée notamment de sa fille, une jeune agente dévouée du Service extérieur, et de sa plus fidèle amie et conseillère.

 Un thriller géopolitique intense

ÉTAT DE TERREUR est un thriller géopolitique captivant qui m’a tenu en haleine du début à la fin. Bien que l’idée de départ soit simple, l’histoire s’étend largement et explore les ramifications complexes du terrorisme. Voici un aperçu. Après les élections présidentielles américaines, Eric Dunn, un président incompétent et douteux, est évincé du pouvoir et remplacé par Doug William, qui hérite d’un mandat difficile. Pour des raisons que je ne détaillerai pas ici et qui sont quelque peu secondaires dans l’histoire, William nomme Helen Adams, une fidèle de Dunn et adversaire politique, comme secrétaire d’État.

Le mandat d’Helen Adams débute sur les chapeaux de roues avec des attentats meurtriers en Europe qui plongent le monde dans la peur et provoquent l’angoisse des Américains. 

Préoccupée par la sécurité intérieure, la secrétaire d’État mène une enquête minutieuse qui la conduit au cœur du terrorisme : dans des pays musulmans et même à Moscou, où elle parvient à mettre le président dans une position délicate. Ses nombreux déplacements révèlent un complot machiavélique visant l’Amérique et le monde occidental.

Depuis Henry Kissinger, secrétaire d’État sous Nixon en 1973, qui a marqué l’histoire avec sa politique de détente pendant la guerre froide, j’ai toujours été fasciné par le rôle du secrétaire d’État, véritable bras international du président américain.

Je doutais de la qualité que pourrait offrir l’association d’une ancienne secrétaire d’État et première dame avec une écrivaine renommée, mais j’ai été agréablement surpris. Ce livre m’a paru d’une crédibilité incontestable.

Les autrices dévoilent avec précision le rôle et le quotidien effréné d’une secrétaire d’État tout en plongeant profondément dans les arcanes du terrorisme, ses ramifications, ses idéologies radicales et ses extrémistes prêts à mourir pour des idées absurdes, et pire encore, à faire mourir d’autres pour ces mêmes idées.

Suggestion de lecture : L’ORDRE DU MONDE, de Denis Lépée


Les autrices Hillary Rodham Clinton et Louise Penny

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 7 septembre 2025

 

Deception point

Commentaire sur le livre de
DAN BROWN

*Il était déjà debout, criant son indignation, lorsque les deux hommes s’emparèrent de lui et le tirèrent vers la porte. Tétanisé, il joua des poings pour tenter d’écarter les mains puissantes qui le poussaient vers l’extérieur. Le combat était inégal. Quelques secondes plus tard, il plongeait à la rencontre des précipices glacés. * (DECEPTION POINT, Dan Brown, t.f. Jean-Claude Lattès éditeur 2006, édition de papier 690 pages)

2001, 3e roman de Dan Brown
(avant Da Vinci Code)

Une incursion dans le complotisme

Ce livre a été publié entre ANGES ET DÉMONS et DA VINCI CODE. J’ai lu plusieurs critiques classant le livre comme roman policier, ce qui m’a bien fait rire car il n’y a pas l’ombre d’un policier dans cette histoire. Pour moi, DECEPTION POINT est un thriller politique et scientifique.

Si vous lisez DECEPTION POINT après les deux ouvrages précités, alors je vous suggère fortement de désapprendre et d’oublier le genre mystique et ésotérique que l’auteur y développe. Il n’y a rien de tout ça dans DECEPTION POINT. C’est un livre qui fait bande à part.

L’histoire se déroule à un moment où la NASA a très mauvaise presse à cause des erreurs et des échecs qu’elle a accumulé faisant de l’agence un gouffre financier considérable et même indécent. Or, la NASA prétend avoir fait une découverte qui redorerait son blason, la remettrait sur les rails et à l’abri du manque de financement.

Le président Herny, qui est dans une situation électorale précaire envoie Rachel Sexton, des services secrets enquêter et éventuellement confirmer la véracité des faits. Or, Rachel Sexton est la fille de Sedgewick Sexton, sénateur favori dans la course à la présidence.

Rachel et ses collègues sont en danger de mort, poursuivis par une mystérieuse unité d’élite qui pourrait être rattachée à la maison blanche car il semble que cette découverte miraculeuse de la NASA soit une énorme boulette, une mystification, une supercherie que certains personnages haut-placés tentent de camoufler à tout prix.

C’est un thriller enlevant, haletant, un enchaînement de courses contre la montre. C’est une histoire très bien documentée mais malheureusement bourrée d’irritants. Mais, comme moi, vous pourriez l’apprécier à certaines conditions : l’histoire contient beaucoup de longueurs et de palabres plus ou moins utiles. Il faut bien le dire, ça dilue l’intrigue. Il faut donc être patient car la partie <thriller> en vaut la peine.

Ensuite il faut aimer les sciences et être capable de se concentrer car les explications scientifiques sont longues, souvent complexes et parfois carrément indigestes. J’ai appris toutefois beaucoup de choses intéressantes.

Enfin, il faut avoir une certaine connaissance de la crasse que cachent les hautes instances américaines en partant de la maison blanche et descendant vers le sénat, les services secrets et autres agences obscures qui ne communiquent pas entre elles ou si peu.

Mais si je fais référence à l’intrigue comme telle, même diluée, celle qui fait de ce livre un thriller, j’ai trouvé cette histoire passionnante et addictive. Le rythme est élevé, l’intrigue est intense. Les gentils et les méchants se confondent, on ne sait plus qui détester, d’autant que les personnages sont peu approfondis. Mais ça nous amène à une finale explosive.

C’est un roman fort quoique bourré de détours. On est loin du roman le plus abouti de Brown mais je n’ai pas regretté ma lecture.

Suggestion de lecture : De Dan Brown, j’ai commenté les livres suivants sur ce site : INFERNO, LE SYMBOLE PERDU

Pour tout savoir sur le parcours de Dan Brown, cliquez ici.
Pour les adaptations cinématographiques des livres de Dan Brown je vous réfère à ALLO-CINÉ.

Du même auteur

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 10 août 2025

Pas le choix

Les chroniques d’un quotidien extraordinaire, tome 1 
d’AURÉLIE VENEM

*Beaucoup de gens disent que faire face à la mort, dans un accident par exemple, change votre vie. Pour moi, c’est exactement ce qui s’est produit. Sauf que ce soir-là, je me suis retrouvé non face à la mort mais devant des morts…et qui étaient pourtant bien vivants. * (prologue)

Extrait : SAMATHA WATKINS ou LES CHRONIQUES D’UN QUTIDIEN EXTRAORDINAIRE, tome 1 : PAS LE CHOIX, de Aurélie Venem. Édition de papier : Aurélie Venem éditrice, 2016, 460 pages. Format audio : Audible studios éditeur, 2017, durée d’écoute : 13 heures 18 minutes, narratrice : Ludmila Ruoso. Aussi disponible en version numérique.

Une nuit, alors qu’elle rentre chez elle, Samantha Watkins, jeune bibliothécaire au quotidien morne et insipide, va voir sa vie prendre un virage à 180 degrés de par sa rencontre avec un « ange »…

Loin des gardiens du paradis, l’homme qui la choisit pour devenir son assistante et mettre sa vie en danger dans l’enquête sur les étranges disparitions de la région, est un vampire de cinq-cents ans, dont la fonction principale est de veiller au maintien du secret de l’existence de son espèce. N’ayant d’autre choix que d’accepter, Samantha va découvrir un monde surnaturel tout aussi fascinant qu’effrayant…

 

Dans le sillage de TWILIGHT

La vie d’une jeune femme, Samantha Watkins va basculer alors qu’une chaîne d’évènements l’amènera à être sauvée par un ange. Mais celui-ci est loin de venir du paradis car il s’agit d’un vampire. Il a 500 ans et se fait appeler Phénix. Il a pour tâche de garder farouchement secrète l’existence de son espèce.

Phénix choisit Samantha pour être son assistante dans une importante enquête. Vous comprendrez très tôt dans l’histoire que Samantha n’a pas le choix. Elle doit aider son nouvel *employeur* à élucider le mystère de nombreuses disparitions dans la région. L’enquête s’annonce complexe, ardue, voire mortelle, même pour un vampire, car il pourrait s’agir de l’œuvre d’un réseau de trafiquants de sang et ils n’entendent pas à rire.

C’est ainsi que Samantha va entrer dans un monde surnaturel, effrayant et redoutable. Fait tout à fait prévisible, la relation d’employeur à employée devient une amitié et on pourrait bien assister à la naissance d’un petit sentiment entre un vampire et une humaine.

Variation sur un thème connu évidemment. Encore des vampires. Toutefois, il faut connaître les deux héros. Phénix a 500 ans. Il est bourru, grognon, intraverti et secret. Samantha, elle, est une caractérielle opiniâtre et tenace. Elle est pétillante et n’envoie pas dire ce qu’elle a à dire.

Voilà toute l’originalité de cette histoire. Deux solitudes, deux caractères aux antipodes qui, par la force des choses et la nature des évènements seront appelés à s’apprivoiser mutuellement.

Oui, ça peut rappeler Twilight mais *PAS LE CHOIX* est, à mon avis, moins abrutissant et moins fleur bleue avec des vampires et quelques humains. Pas de loups-garous, pas de séquences amoureuses interminables et ennuyeuses

L’histoire pose une intéressante question sur le plan littéraire : est-ce qu’un amour potentiel entre un vampire et une humaine peut amener à une union?

À Travers l’intrigue, le danger et la mort qui rôde en permanence, le sujet de l’amour est développé d’une façon sensible et assez particulière à cause du caractère de nos deux héros que tout oppose. Prévisible peut-être, mais loin d’être mièvre. Disons, sans être méchant, moins kitch que Twilight.

Au-delà d’un style pas toujours adroit, d’un sentimentalisme parfois mielleux et d’un thème dont on a de la difficulté à occulter la banalité, PAS LE CHOIX demeure une histoire intéressante à cause de la force de ses principaux personnages et de leur dualité qui n’a pas manquer de me faire sourire.

Aurélie Venem a mis en place, assez habilement, tous les éléments pour la suite des CHRONIQUES D’UN QUOTIDIEN EXRAORDINAIRES.

Suggestion de lecture : FASCINATION, de Stephenie Meyer


L’autrice Aurélie Venem

Bonne lecture
bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 9 août 2025

Sang trouble

Commentaire sur le livre de
ROBERT GALBRAITH
Cinquième volume de la série CORMORAN STRIKE

*Strike avait du mal à résister à l’envie de savoir. C’était un besoin impératif chez lui, comme une démangeaison. *
Extrait : SANG TROUBLE, Robert Galbraith, Grasset éditeur 2022, édition de papier, 906 pages. VERSION AUDIO : Audiolib éditeur, 2022, durée d’écoute : 33 heures 2 minutes. Narrateur Philippe Résimont.

Cormoran Strike est en visite dans sa famille en Cornouailles quand une inconnue l’approche pour lui demander de l’aide. Elle aimerait retrouver sa mère, disparue dans des circonstances jamais éclaircies en 1974. Intrigué, Strike accepte, malgré la longue liste des cas sur lesquels lui et son associée Robin Ellacot travaillent déjà.  Petit à petit, l’enquête apparaît comme très complexe. Sur leur chemin, Robin et Strike rencontrent des témoins peu fiables, s’interrogent sur des jeux de tarots, tout en poursuivant des pistes qui semblent mener vers un serial killer psychopathe. Ils apprendront bientôt, à leurs dépens, que même des affaires classées peuvent se révéler dangereuses…

Un duo attachant

C’est une enquête très complexe, un défi de lecture dans la mesure où on peut rester concentré. Car comment une enquête pourrait ne pas être complexe quand elle reprend une affaire insoluble depuis 40 ans.

En effet, un soir, la docteure Margot Bamborough quitte son cabinet médical pour un rendez-vous auquel elle ne se présentera jamais. En fait, on ne l’a jamais revue. L’enquête sera confiée à un policier nommé Talbot, mentalement instable et fortement influencé par l’astrologie et le tarot.

Résultat : l’enquête n’aboutira jamais et Talbot finira à l’hôpital psychiatrique. 40 ans après la disparition de Margot Bamborough, sa fille Anna Phillips demande au détective privé Cormoran Strike et à son adjointe Robin Ellacott de reprendre l’enquête et de trouver le fin mot de l‘histoire.

La force du récit réside dans le parcours des détectives qui doivent reprendre une enquête qui fut un véritable gâchis… un parcours labyrinthique qui leur fera croiser le chemin de deux psychopathes, tueurs en série d’une inimaginable cruauté dont un raconte en détail à Strike son palmarès de meurtres avec une légèreté choquante.

Ce qui m’a captivé particulièrement dans cette lecture fut les personnages particulièrement bien travaillés avec une psychologie bien développée, peut-être un peu trop car la vie privée des détectives est compliquée et ça se ressent beaucoup dans leurs interactions. Cela provoque beaucoup de longueurs et un peu d’errance, malgré toute la force et la conviction de la plume.

C’est effectivement bien écrit. De plus, malgré les nombreux étalements d’états d’âmes de Strike et Ellacott, l’auteure a créé un contexte fort de nature à rendre les détectives attachants. Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé malgré les longueurs et le fait que j’ai été un peu déçu par la finale, un peu simpliste.

Détail intéressant : Chaque chapitre est précédé d’une citation de LA REINE DES FÉES, un célèbre poème épique d’Edmund Spenser (1552-1599). Le lien avec SANG TROUBLE n’est pas évident, d’autant que l’œuvre de Spenser est essentiellement dédié à la vertu. Un défi de plus pour la compréhension des lecteurs et lectrices et aussi les auditeurs et auditrices (car je dois le dire en passant, la version audio est excellente).

En résumé c’est un bon roman, long et complexe en partie parce qu’il repose davantage sur l’intuition que sur le dialogue d’où l‘impression d’une histoire qui ne finit pas de finir. Heureusement, l’enquête est passionnante, intrigante et j’ai développé une belle empathie pour les détectives, Robin en particulier pour qui le bourru Cormoran n’est pas toujours facile à suivre même si l‘auteure l’a doté d’une belle sensibilité.

Malgré la lenteur de son développement, SANG TROUBLE est une très bonne histoire à lire ou à écouter.

Suggestion de lecture : L’APPÂT, de Sylvie G.


Robert Galbraith est un pseudonyme de la célèbre J.K.Rawling

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