À l’ombre de la montagne, de KATHLEEN BRASSARD

*-J’ai retrouvé ta maman. Elle va bien. Elle t’attend.
Viens, donne-moi la main, elle est impatiente de te
revoir…Ce n’est pas la perspective de revoir sa
mère qui l’a fait se lever et suivre le croque-mitaine.
C’est la terreur. Personne n’échappe au croque-
mitaine. C’est comme ça. *
(Extrait : À L’OMBRE DE LA MONTAGNE, Kathleen
Brassard, Éditeur: CreateSpace Independent Publishing
 Platform, 2017. Papier 358 pages, numérique, 938 Ko)

Qui a dit que le croque-mitaine, c’est de la foutaise? Dans un futur pas si lointain, Kay Frarma, analyste comportementale dans un bureau régional de la police d’une ville moyenne, s’ennuie à mourir à brosser le portrait psychologique de petits malfrats sans envergure. Elle ne se doute pas que bientôt, sa vie va basculer d’une effroyable manière. Elle devient la cible d’un tueur en série qui parsème les lieux qu’elle fréquente de bouts de cadavres non identifiables. Dans quel but? Est-ce que le Tueur tente de lui passer un message ou ses actes cachent-ils d’autres agissements encore plus macabres? 

Croque-mitaine du futur
*Le corps de Marco Delano a été retrouvé
dans les bois près de l’établissement au
fond d’un parking peu fréquenté. Démembré. *
(Extrait)

Voici l’histoire de Kay Frarma, une profileuse judiciaire qui exerce son métier dans une ville où il ne se passe à peu près jamais rien. Difficile de se faire un nom comme analyste comportementale quand on n’a à se mettre sous la dent que des petites affaires qui envoient aux travaux communautaires des petits délinquants sans envergure. Kay ne rêve que d’une chose : une vraie enquête sur un crime grave, une enquête qui la mettra à l’avant-scène.

Sa chance se présente quand, lors de son jogging quotidien sur la montagne, Kay découvre un bras. Voilà qui devrait mobiliser toute la brigade et Kay en particulier car quelques jours après la macabre découverte, notre profileuse reçoit une lettre dans laquelle l’assassin, qui la vise personnellement, déclare qu’il n’en restera pas là. Kay entreprend une recherche pour essayer de comprendre qui peut lui en vouloir à ce point.

Débute alors un jeu complexe du chat et de la souris. Avec la découverte d’autres parties de l’anatomie humaine et d’éléments qui visent directement Kay, notre profileuse découvre avec horreur qu’elle a affaire à un mégalomane tordu, décérébré qui côtoie tout le monde dans une ville où tout le monde connait tout le monde et ce sous l’apparence de la banale normalité.

Et ce n’est rien en comparaison de ce qui attend Kay en finale. Ce psychopathe se livre à une des plus basses activités criminelles qui soit. Je vous laisse évidemment découvrir de quelle saloperie il s’agit. Mais je peux vous dire que si Kay s’ennuyait et rêvait d’une affaire digne du titre, elle sera servie jusqu’à s’en dégoûter :

*Malgré mes longues années d’étude, les analyses comportementales de centaines de délinquants, des milliers d’heures de lecture sur le sujet, jamais je n’aurais cru me retrouver un jour dans une situation aussi…comment dire…* (extrait)

J’ai été agréablement surpris par la qualité du texte, de l’intrigue, de l’écriture car À L’OMBRE DE LA MONTAGNE est le tout premier roman de la québécoise Kathleen Brassard. Pour un départ de carrière littéraire à 49 ans, c’est à mon avis, fulgurant. Notez que le sujet n’est pas d’une grande originalité…un policier qui s’ennuie parce qu’il ne se passe rien et qui subitement s’accroche les pieds dans les traces d’un inimaginable monstre. C’est banal.

C’est bien le seul petit point négatif que je peux apporter et il est facilement surmontable avec tout ce qu’offre l’histoire en imagination, énigme, mystère et aussi et surtout pour le défi aux lecteurs qu’elle représente. En effet, plus les lecteurs/lectrices découvrent plein d’éléments clés leur permettant d’anticiper sur l’identification du (de la)  ou des coupables.

Ajoutons à cela le mystère qui s’épaissit et pourtant, la galerie de personnages est passablement restreinte, on en a vite fait le tour. Kathleen Brassard réussit cet exploit avec un naturel qui m’a mystifié. Ce livre est devenu un véritable tourne page…très difficile d’en arrêter la lecture. Le roman est bien construit et son rythme est relativement élevé.

En terminant, un mot sur les personnages. Ils sont bien travaillés. Kay en particulier. Elle est intelligente, volontaire et forte. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai trouvé les personnages attachants sauf peut-être Julius, un jeune albinos, personnage central de cette histoire et suspect potentiel.

Peu importe ce qu’on lui reproche dans cette histoire, il a attiré ma sympathie en cours de lecture et quant à ses relations avec Kay, j’ai trouvé l’écriture aussi efficace que mystifiante. En fin de compte je crois que madame Brassard a lancé sa carrière littéraire sur une base solide.

Aussi, je vous recommande sans hésiter la lecture de cet excellent thriller policier : À LOMBRE DE LA MONTAGNE. Vous serez peut-être aussi tenté de lire son deuxième roman IVRE DE TOI.

Suggestion de lecture : LE BALLET DES OMBRES, de Marika Gallman

Écrivaine, bibliothécaire et traductrice, Kathleen Brassard est née à Québec en 1966. À 49 ans, elle écrit son premier vrai roman, À L’OMBRE DE LA MONTAGNE. Un deuxième suit…IVRE DE TOI.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 23 janvier 2022

EN SACRIFICE À MOLOCH, livre d’ASA LARSSON

VERSION AUDIO

*La salle de classe pue la crasse, la laine
humide et la peau de renne sure. Mais elle
ne sent pas l’étable et ici, elle a le droit
d’ouvrir la fenêtre.*
Extrait : EN SACRIFICE À MOLOCH, Asa
Larsson, à l’origine : Albin Michel éditeur, 2017,
448 pages, version audio : Audiolib éditeur, 2018,
durée d’écoute : 10 heures 58 minutes.
Narratrice : Odile Cohen, prix meilleur polar suédois)

Au terme d’une traque impitoyable dans les forêts de Lainio, en Laponie suédoise, un ours féroce est abattu. Dans sa panse : les restes d’un homme…cette macabre découverte est suivie quelques mois plus tard par l’assassinat d’une femme à coups de fourche. Chargée de l’enquête, la procureure Rebecka  Martinsson ne tarde pas à recouper ces faits a priori sans rapport : les deux victimes avaient un lien de parenté ; ils étaient père et fille.

Mais ils ne sont ni les premiers ni les derniers à disparaître, comme si une étrange malédiction frappait leur famille… Une odyssée dans les paysages crépusculaires et inquiétants du Grand Nord suédois.

(NOTE : Kiruna existe vraiment. C’est une ville de moins de vingt mille habitants où se déroule l’action de la plupart des romans d’Asa Larsson)

UN THRILLER BORÉAL

 

*N’importe qui peut avoir pris cette fourche
dans cette grange. Il serait normal  d’y
trouver les empreintes de Jinny Egroth.
Elle peut parfaitement l’avoir utilisée…*
(Extrait)

C’est un polar intéressant et même accrochant selon l’état d’esprit du lecteur. En effet, avant d’entreprendre la lecture de ce livre, il faut connaître un peu la nature de la littérature scandinave tout au moins dans sa façon de développer les polars. Au moins trois éléments nous donnent un excellent point de départ : la notoriété de l’auteure Asa Larsson, le fait que ce livre a décroché le prix du meilleur polar suédois en 2012 ainsi que la narration chaude et dynamique d’Odile Cohen qui nous fait oublier un peu le petit côté ennuyeux du style littéraire suédois.

En effet, l’histoire est développée dans le décor boréal de la Laponie suédoise…le froid, la neige et le vent sont omniprésents. L’approche psychologique de l’histoire et de ses personnages prend le pas sur l’action et les rebondissements. Ne vous attendez à rien de particulièrement enlevant. Toutefois, le développement, bien qu’un peu paresseux est fort et très intriguant. J’ai beaucoup apprécié le personnage de la procureure Rebecka Martinson qui en est à sa cinquième enquête dans l’œuvre de Larsson.

C’est un personnage particulièrement bien travaillé, abouti, attachant et très humain et je pourrais parler aussi longtemps de son intuition et de son sens aigu de la déduction. Ici, elle perd l’enquête à cause d’un imbécile mais elle continue tout de même, bravant les interdits. C’est un aspect très intéressant de l’histoire.

Même si son décor est blanc, EN SACRIFICE À MOLOCH est un polar très noir, obscur. Le roman démarre sur des chapeaux de roues avec la découverte, dans l’estomac d’un ours abattu, de restes humains…un homme. Cette découverte macabre sera suivie un peu plus tard de l’assassinat d’une femme. Recoupant les faits la procureure Martinson découvrira rapidement que l’homme et la femme étaient père et fille.

D’autres disparitions surviendront un peu à la façon des malédictions qui sillonnent les légendes scandinaves comme celle de Moloch*divinité capable de donner richesses, belles moissons et victoires au combat… Des nouveau-nés étaient donnés en sacrifice. On fabriquait des statues creuses en cuivre. Avec une large poitrine. On allumait un feu à l’intérieur des statues qu’on chauffait à blanc puis on déposait les enfants vivants entre les bras de Moloch*.  (Extrait)

Le lecteur et la lectrice doivent se concentrer quelque peu car l’auteure nous fait faire de nombreux voyages dans le temps. Je l’avoue, je me suis parfois un peu perdu. Ça donne un petit côté assommant au récit si je tiens compte de la lenteur du rythme. C’est l’intrigue qui maintient l’intérêt.

Quoique l’histoire soit parfois difficile à suivre, la beauté de l’écriture m’a séduit ainsi que l’originalité de l’ensemble. Par exemple, Asa Larsson fait parler la nature et les animaux avec les légendes et l’histoire qui sous-tendent le récit, ça donne à l’ensemble un petit goût surnaturel pas désagréable.

Aussi beaucoup de passages font place à de petites morales pas toutes très recherchées mais intéressantes qui rendent évident le fait que l’auteur a pour habitude de prendre son temps. *Qui aime la perfection ? L’amour ne va pas sans le dévouement et le dévouement ne peut s’attacher qu’aux imperfections de l’être aimé, à ses blessures, à sa folie.

*L’amour veut combler les manques et la perfection n’a pas besoin d’être comblée. Une personne parfaite, on ne l’aime pas, on la vénère.* (Extrait)

Donc pour résumer, EN SACRIFICE À MOLOCH est un roman fort. Pas toujours facile à suivre, empreint de longueur et d’un peu d’errance quoique calculée. Mais le mystère savamment entretenu et la force des personnages ont capté mon attention et maintenu constant mon intérêt. C’est très noir comme roman. Sinistre à la limite.

Mais il y a du mystère, de l’intrigue et la finale vaut bien l’attente. J’ai assez bien apprécié. Il faut se rappeler ici que le style de l’auteur est conforme à la tradition littéraire scandinave. Je n’ai pas tout à fait compris pourquoi ce livre s’est mérité un prix national mais bon…je fais peut-être trop nord-américain.

Suggestion de lecture : LES MYSTÈRES D’AVEBURY, de Robert Goddart

Asa Larsson a grandi à Kiruna, 145 km au-dessus du cercle polaire Arctique, où se déroulent ses romans. Avocate comme son héroïne, elle se consacre désormais à l’écriture. Les cinq tomes de la série autour de Rebecka Martinsson sont en cours de traduction dans 30 pays.

Travaillant sur scène, à l’écran et dans le doublage, Odile Cohen est notamment la voix française régulière de Renée Zellweger et Uma Thurman, ainsi qu’une des voix françaises d’Andie MacDowell (l’autre étant Rafaèle Moutier), Carla Gugino Rebecca Mader, Jennifer Connelly et Anna Torv. Odile Cohen a un impressionnant parcours en théâtre, télévision, cinéma comme actrice et au doublage en livres audio et même un jeu vidéo à son actif.

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 16 janvier 2022

TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE, Florian Dennisson

*La mine déconfite et le teint blafard, Anna
accueillit quelques minutes plus tard les
gendarmes et s’autorisa enfin à pleurer à
chaudes larmes alors qu’on l’interrogeait
sur les circonstances exactes de la
découverte du corps.*
(Extrait : TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE,
Florian Dennisson, Chambre noire éditeur, 2016
papier : 162 pages, format numérique : 4592 KB)

 

Privé de son quotidien de prédilection, Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, se retrouve à éplucher les faits divers d’un journal de province. Il s’entiche d’une affaire étrange qui va le mener dans la noirceur des secrets d’une des familles les plus puissantes de Courchevel. Un magnat du monde de la nuit laissé pour mort au beau milieu de son chalet de luxe et de vieilles connaissances de Gabriel accusées à tort, c’est le Poulpe au pays de l’or blanc.

 

 

Intrigue sur fond blanc
*Le métal froid de son Beretta se rappela à lui et le
rassura. Il appuya sur l’interphone et sans même
attendre une quelconque réponse, la porte d’entrée
s’entrouvrit lentement sur un couloir sans lumière.*
(Extrait)

TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE met en scène un personnage assez singulier. Il s’agit de Gabriel Lecouvreur, appelé LE POULPE, quelque fois aussi appelé LE CÉPHALOPODE. On dit de lui qu’il a de longs bras tentaculaires. Pourquoi ? Eh bien j’ai découvert que LE POULPE est issu d’un phénomène littéraire relativement rare. Le personnage a été créé par Jean-Bernard Pouy, un auteur qui a dirigé pendant plusieurs années la collection éponyme par Jean-Bernard Pouy aux éditions Baleine.

Par la suite, il a été donné à plusieurs auteurs, émergents ou confirmés, la chance de publier, selon un code d’éthique précis et à certaines conditions, une histoire, un roman avec comme personnage central LE POULPE. Voilà pourquoi, je suppose, on dit du POULPE qu’il est tentaculaire. Parce qu’on le retrouve dans plusieurs histoires crées par des auteurs différents.

L’expérience a tenté un Haut-Savoyards, Florian Dennisson qui a bâti son tout premier roman avec LE POULPE comme héros. Le polar n’a pas été intégré à la collection pour des raisons techniques, donc rien à voir avec la qualité du roman. Ça donne au récit un caractère piraté, ce qui ne m’a pas ému plus qu’il faut.  Dans un petit journal de province, Gabriel lit un article évoquant une affaire étrange.

Un magnat du jeu, issu de la riche famille des Courchevel est assassiné dans son chalet de luxe. Il se trouve que les coupables potentiels sont au nombre des relations de Gabriel. Cette affaire intrigue le POULPE au plus haut point, Il décide de mener lui-même l’enquête avec ses propres méthodes qui ne versent pas toujours dans la dentelle :

* Hercule Poirot se serait assis dans un fauteuil au beau milieu d’un living-room de cottage anglais, pensa-t-il et Sherlock Holmes n’aurait analysé strictement que les faits tangibles. Qu’allait faire LE POULPE ? Partir à la pêche à l’aide de ses tentacules en laissant faire le destin ? Non. Il fallait qu’il ne lâche rien et qu’il continue dans sa lancée. * (Extrait)

À travers l’action, un certain sens de l’humour, une amourette et quelques aventures sexuelles, LE POULPE entraîne le lecteur dans les secrets obscurs d’une famille dont la conscience est loin d’avoir la blancheur de la neige.

C’est une histoire bien bâtie. Son personnage principal est d’une trempe vigoureuse, opiniâtre et assez originale. Autre aspect original du récit est le lien que l’auteur a créé entre LE POULPE et la loi de Murphy développée par Edward A Murphy Jr qui réunit des édits philosophiques dont l’adage principal s’énonce ainsi :

Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal : *Voilà qui correspondait bien à la philosophie de Gabriel. Beaucoup le taxaient de pessimiste…alors que lui se voyait plutôt comme un fataliste voire tout simplement quelqu’un de réaliste. Il se devait d’être paré à toute éventualité et dans le champ des possibles, il lui fallait toujours considérer les dénouements même négatifs de chaque évènement. * (Extrait) Le livre dévoile beaucoup d’éléments intéressants sur la loi de Murphy.

Évidemment ça en dit long sur le personnage mais ça ne dit pas tout. Il aurait été intéressant d’en savoir un peu plus sur ses origines, ses motivations, son statut. L’auteur aurait gagné à enrichir l’introduction de son héros. Si je peux me permettre une autre petite faiblesse, le langage du récit est très argotique. J’aurais préféré évidemment un français un peu plus universel.

Qu’à cela ne tienne. L’enquête se suit bien. Elle est intéressante, intrigante. Le rythme est soutenu. LE POULPE est un original et son sens de l’humour est un élément qui marque tout spécialement le roman. Un humour qui confine parfois à la dérision. Lire TELESKI QUI CROYAIT PRENDRE est une excellente façon de s’introduire au personnage issu de *l’ingéniosité littéraire* LE POULPE*. Je pense que ce premier roman lance très bien la carrière littéraire de cet auteur émergent qu’il faudra surveiller : Florian Dennisson.

Suggestion de lecture : ENTRE LES LIGNES ou LE JOURNALISTE ASSASSINÉ, de Jérôme Bellay 

Né à Annecy en Haute-Savoie, Florian Dennisson quitte les bancs de la fac pour se consacrer à sa première passion : la musique. Il écumera les salles de concert du monde entier avec pour compagnon fidèle : l’écriture. Les paroles couchées sur des carnets font peu à peu place aux histoires avec l’envie de faire frissonner, de faire vibrer et d’interroger, en silence cette fois.
Fervent adorateur du personnage du Poulpe, c’est avec “Téléski qui croyait prendre” qu’il franchit le pas et vient à bout de son premier roman.

Encouragé par le très bon accueil de ce premier polar, Florian continue dans la même veine et signe “Liberté conditionnelle”, premier volet d’une série qu’il espère longue et pérenne. Au moment d’écrire ces lignes, Il vit à Lyon, là où se déroulent les intrigues de la plupart de ses romans.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 18 décembre 2021

Les mystères d’Avebury, de ROBERT GODDART

*Tout commence donc dans un paysage où
 L’inexpliqué et l’inexplicable se confondent,
où les témoignages d’un lointain passé,
construit  par l’homme, se rient du monde
réglé et ordonné que voudrait être
l’insaisissable, l’éphémère présent.*
(Extrait : LES MYSTÈRES D’AVEBURY, Robert Goddart,
Sonatine éditeur, 2017, 400 pages. Version audio :
Audible studios éditeur, 2017, narrateur : Emmanuel
Bonami. Duré d’écoute : 10 heures 27 minutes)

Les souvenirs peuvent parfois être aussi irréels que l’imagination.
Été 1981. Alors qu’il attend à la terrasse d’un café, David Umber est témoin d’un fait divers qui va bouleverser son existence. Trois jeunes enfants qui se promenaient avec leur baby-sitter sont victimes d’une terrible agression. Un homme kidnappe Tamsin, deux ans, et s’enfuit à bord de son van. Alors qu’elle essaye de s’interposer, la petite Miranda, sept ans, est percutée par le véhicule. Tout se passe en quelques secondes. David, comme les deux autres témoins de la scène, n’a pas le temps de réagir. À peine peuvent-ils donner une vague description de l’agresseur.

Printemps 2004. Prague. Après une histoire d’amour avortée avec la baby-sitter des enfants, David a tout quitté pour refaire sa vie. Il est contacté par l’inspecteur-chef Sharp, chargé à l’époque de l’enquête. Sharp lui demande de l’accompagner en Angleterre pour essayer de faire enfin toute la lumière sur la disparition de Tamsin. Littéralement hantés par cette affaire, les deux hommes reprennent un à un tous les faits. Bientôt de nouvelles questions se posent sur la configuration des lieux, sur la présence des témoins, sur la personnalité des victimes. Le drame cache en réalité encore bien des secrets.

De la poussière ressortira…
Rouvrir le carton de Umber ramena Junius, le temps d’une
nuit blanche à un passé longtemps laissé de côté. Son passé.
Avant Avebury, avant le dernier lundi du mois de juillet 1981.

(Extrait)

C’est la première fois que je lis Robert Goddard et ma foi, j’ai été déçu. C’est un roman long, compliqué et ennuyant par moment. Pourtant, l’auteur frappe fort dès le départ : La vie de David Umber bascule lorsque celui-ci voit des enfants être victime d’une fulgurante agression. Tamsin, deux ans est kidnappé. En voulant sauver son petit frère, Miranda est frappée par le véhicule du ou des kidnappeurs.

Tout se passe très vite, personne n’a le temps de réagir. Vingt-cinq ans plus tard, David Umber, qui tente de reconstruire sa vie, est contacté par l’inspecteur Sharp qui était chargé de l’enquête à l’époque et qui est maintenant à la retraite. Sharp soupçonne d’abord Umber. Finalement, les deux hommes feront équipe pour reconstituer les faits et trouver des réponses. Ils trouveront plus que des réponses, déterrant des secrets qu’il eut mieux fallu garder enfouis.

En cours d’enquête, Sharp est victime d’un coup monté et se retrouve en prison pour trafic de drogue. Peut-être a-t-il été jugé un peu trop fouineur. Toujours est-il que David Umber poursuivra l’enquête seul. Dès ce moment, le récit prend toutes sortes de directions et dévoile une impressionnante galerie de personnages. C’est une des raisons qui exige une attention soutenue de la part des lecteurs/lectrices et une bonne concentration.

Comme un quart de siècle après les terribles évènements, le mystère n’est toujours pas résolu, les hypothèses les plus improbables son avancées…Avebury étant un site néolithique comme Stonehenge, on attribuerait le drame à une puissance magnétique inconnue, de source surnaturelle possible. On avance même la possibilité que Tamsin ait été enlevé par des extra-terrestres en évoquant l’affaire Roswell

Les choix de l’auteur sont un peu difficiles à comprendre. Les lettres de Junius par exemple. L’histoire reconnait que ces lettres de Junius, pamphlétaire et polémiste anonyme, constituent un des chef-d ’œuvres de la littérature pamphlétaire anglaise. Elles datent de la fin du XVIIIe siècle. Elles sont censées aider à la compréhension du récit. Ça ne m’a pas aidé. Le rôle de l’ancien commissaire Sharp est malheureusement sous-exploité.

Lorsqu’il devient victime d’un coup monté, le récit devient multidirectionnel. Dommage parce que dans la partie du récit ou Sharp et Umber travaillent en binôme, le récit est plus facile à suivre. Il y a un fil conducteur. Après l’élimination de Sharp, le récit s’essouffle et dérape. Et le tout amène à une finale qui m’a laissé perplexe.

Le roman a tout de même quelques forces, l’auteur recréant cette atmosphère recherchée par beaucoup de lecteurs-lectrices : lourde, noire, intrigante et mystérieuse. Le roman comporte aussi un aspect historique intéressant. C’est le cas aussi de l’aspect géographique qui enveloppe le lecteur de la mentalité et de l’environnement anglais et d’Avebury, réputé pour ses sites néolithiques.

L’auteur a bâti son intrigue sur des réalités historiques et en accord avec la mentalité britannique. C’est un point positif. Toutefois, peut-être suis-je trop impatient en matière de lecture ou pas assez tolérant, dès que je perçois de l’errance dans le récit, j’ai tendance è décrocher même si je tiens le coup la plupart du temps. Le problème c’est que l’histoire s’empêtre avec trop de voyages, de bonds dans le temps, trop de personnages, trop d’hypothèses, le personnage du policier Sharp qui est sous-développé.

En conclusion, cette histoire, qui contient tout de même une intrigue forte, souffre de confusion et m’a laissé sur ma faim. La narration d’Emmanuel Bonami et plutôt monocorde et peu convaincante, le registre vocal étant à peu près le même pour tous les personnages.

Suggestion de lecture EN SACRIFICE À MOLOCH, D’asa Larsson


Robert Goddard est un romancier anglais né en 1954. Il s’est spécialisé dans le roman à énigmes et policier. Ses récits policiers font habituellement appel à des éléments historiques et sont souvent situés dans les villes et les campagnes d’Angleterre. Ses romans mettent souvent en scène un personnage qui découvre une conspiration longtemps gardée secrète et dont la révélation va bouleverser sa vie. LES MYSTÈRES D’AVEBURY est un livre de cette génération. Tout comme INTO THE BLUE, OUT OF THE SUN et NEVER GO BACK

 

Emmanuel Bonami est un acteur français qui enregistre des voix off publicitaires, des doublages de jeux vidéo, des bandes annonces, des documentaires et des émissions de télé.

<Après avoir passé près de 12 ans à travailler à l’étranger, Angleterre, Turquie et Ukraine, j’ai posé mes valises en France.

Depuis, l’aventure continue devant une caméra, sur des planches… ou derrière un micro. Que du bonheur!>

Emmanuel Bonami

les voix.fr

Bonne écoute
Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 28 novembre 2021

LES LUCIOLES, le livre de DAVID MENON

*Qui avait pu vouloir faire cela ? Il se laissa glisser le long du mur et s’écroula au sol. Son cœur était en miettes et son âme aussi. Il se mit à pleurer. Il lui semblait qu’il ne pourrait plus jamais s’arrêter.* (Extrait : LES LUCIOLES, David Menon, série DSI Jeff Barton,  cop. David Menon 2014, Silver spring press. Format numérique 200 pages.)

L’Inspecteur en Chef Jeff Barton est de retour pour enquêter sur une série d’ assassinats de jeunes hommes le soir de leur enterrement de vie de garçon à Manchester. Est-ce le fait d’un psychopathe ou l’œuvre angoissante d’une personne agissant pour le compte d’une autre et prête à tout pour se sentir exister ?
Durant l’enquête, Jeff est confronté à un vieil ennemi qui n’est autre qu’un célèbre gangster de Manchester. Mais ce maître du crime est-il vraiment lié aux meurtres, ou Jeff ne voit-il que ce qu’il veut voir ? Jeff et sa collègue l’Inspecteur Rebecca Stockton continuent à hésiter sur les sentiments qui les unissent, sans avoir le temps de s’y attarder s’ils veulent démasquer le meurtrier …

Enterrement définitif
*Il était assis dans sa voiture, en opération de
surveillance, quand quelqu’un s’est approché
et l’a abattu…Andy approchait du but, il allait
coincer Connelly et c’est ça qui l’a fait tuer.*
(Extrait)

C’est un roman intéressant quoique très expédié si je me réfère à sa présentation générale. Mais voyons d’abord le contenu. Cette histoire met en scène le commissaire Jeff Barton, récurrent dans l’œuvre de David Menon. Un sympathique personnage, veuf, tiraillé entre un travail exigeant et son fils de cinq ans, Toby.

Le soir de leur enterrement de vie de garçon à Manchester, un singulier psychopathe tue et mutile de jeunes hommes. Cette affaire serait-elle liée à l’assassinat d’une jeune mariée à Manchester?

Le pauvre nouveau marié n’était sorti que pour fumer et à son retour la jeune fille gisait dans un bain de sang. Jeff travaillera avec sa collègue Rebecca Stockton. Ce sera une enquête longue et très difficile qui amènera les limiers jusqu’au cœur de la mafia locale mais avec un succès limité. Ils iront de déduction en déduction, rassemblant patiemment, un par un et dans le bon ordre, les éléments d’une implacable logique.

C’est ainsi que Barton est propulsé dans un giron de haine, de traîtrise, de vengeance et de punition aussi, semble-t-il, car on pourrait penser que le meurtrier se prend pour dieu le père appliquant aléatoirement le droit de vie ou de mort.

L’auteur a très bien travaillé son enquête et les efforts de Barton pour concilier le travail et la famille le rendent attachant et sympathique, autant il peut être redoutable sur le plan professionnel. Il apprend même des choses qui le pousseront à préparer son fils à affronter la Société…*Je vais m’assurer que Toby soit au courant de ce que c’est que le harcèlement et de ses effets à long terme.* (Extrait) 

Pour l’enquête comme telle, il n’y a pas de problème, c’est du bon policier. Mais le livre a un sérieux problème de remplissage. Je note de l’errance et des longueurs. Je me suis même demandé si on aurait pu faire une simple nouvelle avec l’histoire.

Le fil conducteur prend toutes sortes de directions. Comme une des victimes était un chaud lapin, le sexe prend une place importante dans le récit qui expose des passages très explicites et qui frôlent le mauvais goût. Plusieurs passages ayant le racisme et la ségrégation comme toile de fond ouvrent la voie à des moments ennuyeux, teintés de paranoïa.

L’enquête est palpitante mais le reste n’est que du remplissage, phénomène courant en littérature et que je n’apprécie guère. J’ai aussi trouvé la traduction un peu fantaisiste. Beaucoup de personnages intéressants sont sous-exploités ou peu travaillés.

Mais suivre Jeff Barton qui ne m’a pas tapé sur le système avec ses états d’âmes a été pour moi un plaisir et j’ai pu admirer le calme olympien dont il fait preuve presqu’en toute circonstance. Vous comprenez mon dilemme : enquête passionnante incluant la finale même si elle aussi traîne un peu en longueur. Toute ce qui n’est pas enquête abaisse le rythme de lecture et devient beaucoup moins intéressant.

Donc c’est une lecture qui me laisse mitigé. Ça peut vous paraître étrange, mais je vous recommande cette lecture en misant sur Jeff Barton et aussi en misant sur la recherche du ou de la coupable question de comprendre comment une personne peut être fêlée à ce point.

Suggestion de lecture : PROIES, De Mo Hayder

David Menon est né à Derby, Angleterre en 1961. Il a vécu un peu partout au Royaume-Uni et à présent, En 2009, il a mis fin à une longue carrière dans l’industrie aéronautique pour se consacrer à l’écriture. LES LUCIOLES est le second roman d’une série mettant en scène l’inspecteur Jeff Barton. LE SORCIER était le premier. Puis après LES LUCIOLES, il y a eu TEMPÊTES, AUCUNE QUESTION, RETOUR À L’ENVOYEUR et BALANCÉ.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 27 novembre 2021

LA COUPURE, le livre de FIONA BARTON

*Il paraît que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Mais c’est faux. Ça brise les os en mille morceaux qu’on recollent maladroitement avec des bandages souillés et
du sparadrap jaunissant. Il reste des fissures tout le long des failles. On en sort fragile et épuisé à force de résister. *

(Extrait : LA COUPURE, Fiona Barton, publié en 2018, version papier, Fleuves édition, 480 pages. Version audio : Lizzie éditeur, diff. : Audible, durée d’écoute :  11 heures 2 minutes Narration : Anne Tilloy, Anne Kreis, Anne O’Dollan, Daniel Kennigsberg et Clémentine Yelnick.)

Un journal rapporte la découverte d’un squelette de bébé sur un chantier de la banlieue de Londres. Pour trois femmes, cette nouvelle devient impossible à ignorer. Angela revit à travers elle le pire moment de son existence : quarante ans auparavant, on lui a dérobé sa fille à la maternité. Pour Emma, c’est le début de la descente aux enfers, car ce fait divers risque fort de mettre son secret le plus noir à jour et de détruire sa vie à jamais. Quant à Kate, journaliste, c’est une affaire qui pourrait bien lui coûter quelques nuits blanches. Une affaire qui pourrait faire resurgir des vérités que personne ne souhaite connaître

Les trois visages de la peur
*<J’étais en train de déplacer un gros bac en béton…et
il était là…il était enterré profondément. Je me suis
penché pour toucher la terre…> Il se mit à sangloter,
le visage rougi caché par ses mains gercées…*
(Extrait)

Qui est le bébé du chantier?

LA COUPURE est un roman noir à constance dramatique qui entretient une intrigue forte du début à la fin. Tout commence avec une petite coupure de presse qui annonce la découverte du squelette d’un bébé dans un chantier de construction de la région de Londres. Si cette *coupure* ne suscite pas grand intérêt du lectorat anglais, elle attire l’attention d’une jeune journaliste, Kate, qui décide d’enquêter.

Cette enquête, qui devient attractive pour les policiers, va chambouler le destin de deux femmes : Angela, à qui, 40 ans plus tôt, on a volé le bébé dans la maternité même de l’hôpital où elle a accouché, une petite fille appelée Alice.  Et puis, il y a Emma qui porte en elle un lourd secret qui la lie avec la découverte du *bébé du chantier* .

LA COUPURE raconte l’histoire de ces deux femmes, d’abord en parallèle, puis en convergence et enfin, deux vies s’entrecroisent dans une finale d’une forte intensité dramatique où la vérité éclate et où sortent de l’ombre les acteurs qui croyaient ne jamais avoir à subir et assumer les conséquences de leurs actes.

C’est un roman très sombre écrit avec un étonnant souci du détail. Il est possible que certains lecteurs certaines lectrices trouvent le récit quelque peu prévisible. J’avais une assez bonne idée de qui était le *bébé du chantier* mais qu’à cela ne tienne, avec la plume de Fiona Barton on est sûr de rien. Résultat, vous avez un récit addictif qui vous tient en haleine jusqu’à la fin.

L’auteure, qui a été elle-même journaliste judiciaire, imbrique intelligemment les enquêtes journalistique et policière. La ténacité et l’empathie de Kate sont remarquables et elle n’en est que plus attachante. Par la gravité de son sujet et la fluidité de son écriture, c’est un roman qui se dévore.

Les personnages développés par Barton sont profonds et les secrets de leur passé, enfouis profondément sont élevés graduellement en surface par l’auteure qui décidément, ne ménage pas ses personnages et renvoie constamment les lecteurs/lectrices à la même question : Qui est le bébé du chantier?

Un mot sur la version audio, que j’ai choisie pour ce livre de Fiona Barton : quoique soucieuse de transmettre avec un maximum de justesse l’intensité dramatique du récit, la multi-narration ne m’a pas vraiment emballé. On se retrouve avec plusieurs voix pour un même personnage dans un système d’alternances vocales. Je me suis retrouvé quelque peu en situation d’inconfort.

Pour moi, c’est *jouable* mais ce n’est pas l’idéal. Ce sont surtout des narratrices, je peux comprendre, la seule voix masculine, celle de Daniel Kenigsberg n’est entendue que pour un chapitre. Je n’ai pas vraiment compris ce choix.

Cette faiblesse n’est pas suffisante pour diluer l’intérêt d’une histoire comme la COUPURE car le roman réunit toutes les qualités qu’on recherche habituellement en littérature policière comprenant le fameux fil conducteur qui est ici très solide : Qui est le bébé du chantier? Des éléments qui sont un défi de taille pour les auteurs.

Pour résumer, je ne me suis pas ennuyé avec ce récit parce qu’il n’y a pas de longueurs. L’intrigue est nourrie jusqu’à la fin et l’ensemble ne manque pas de rebondissements, spécialement celui de la fin qui m’a pris par surprise.

Les chapitres donnent, en alternance, la parole aux héroïnes, Angela, Jude, Emma et Kate et qui sont toutes, nonobstant les secrets qui rongent certaines d’entre elles, attachantes. L’histoire a aussi un caractère psychologique développé avec finesse.

J’ai eu le petit frisson que je cherche dans ce genre de récit qui est le deuxième roman de Fiona Barton après LA VEUVE. Une auteure à surveiller sans aucun doute. Entre temps, je vous recommande avec plaisir LA COUPURE, une histoire sombre qui se joue sur un petit article de journal.

Pour ce qui est des supports, ils sont tous bons mais malgré les faiblesses de la version audio, elle traduit mieux je crois l’instinct maternel de Jude, Angela et Emma et pour moi, c’est un élément important.

Suggestion de lecture : PHOBIE, de Sarah Cohen-Scali

Fiona Barton est journaliste et formatrice internationale dans les médias. Elle a notamment écrit pour le Daily Mail, a été rédactrice pour le Daily Telegraph et rédactrice en chef du Mail on Sunday. Née à Cambridge, elle vit aujourd’hui dans le Sud-Ouest de la France. La Coupure est son second roman après La Veuve qui l’a immédiatement propulsée sur le devant de la scène du thriller. Ses œuvres sont traduites dans une trentaine de pays.

Bonne écoute
Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 14 novembre 2021

L’OUTSIDER, le livre de STEPHEN KING

*Il y avait un banc en pierre au milieu. Couvert de
sang, partout, même dessous. Le corps était
allongé à coté, dans l’herbe. Le pauvre garçon. Il
avait la tête tournée vers moi, les yeux ouverts.
Mais il n’avait plus de gorge…*
(Extrait : L’OUTSIDER, Stephen King, Albin Michel
éditeur, 2019, édition de papier, 570 pages)

Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes.

Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute. Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.

Et si c’était vrai ?

Pas trop de *Ça*
*<Terry>, dit Ralph. Il voyait la sueur de son front
goutter sur le visage du coach et se mêler au
sang qui coulait de sa plaie au crâne. <Vous
allez mourir Terry. Vous m’entendez ? Il ne vous
a pas loupé. Vous allez mourir.>*
(Extrait)

On dirait que le Maître de l’épouvante et du suspense n’a pas livré sa marchandise habituelle. L’Outsider est loin d’être le meilleur livre de King à mon avis. Il relève plus du roman policier que de l’histoire d’épouvante. Je ne partage pas l’avis de certaines critiques qui comparent l’Outsider à *ÇA* l’œuvre la plus aboutie de King dans laquelle on n’entend jamais parler des policiers. C’est le surnaturel qui nous enveloppe dans l’histoire.

Si l’outsider n’est pas le meilleur de King, il n’en demeure pas moins un thriller intéressant qui a capté mon attention. Je mentionne au passage qu’OUTSIDER est un terme anglais utilisé pour désigner <celui qui est en dehors.> Par extension, celui qui est en dehors de la normalité. Le terme peut désigner par exemple celui qui a perdu son humanité. Le titre de l’histoire est ce qui crée le lien entre l’enquête et son petit côté surnaturel inavoué par les policiers évidemment. Voyons voir l’histoire car King frappe fort dès le départ.

Terry Maidland, citoyen modèle, bon père de famille et entraîneur bénévole de l’équipe locale de baseball, est arrêté par la police de façon spectaculaire devant la foule réunie au stade. Terry est formellement accusé d’avoir violé, mutilé et assassiné le petit Frank Peterson, 11 ans. Pour des raisons qui déstabilisent sensiblement les policiers, Terry Maidland sera assassiné quelques minutes avant sa comparution devant le juge au Palais de justice.

En cours d’enquête, l’inspecteur Ralph Anderson s’aperçoit très vite que quelque chose cloche. En effet les empreintes ADN confirment que le tueur aurait été à deux places en même temps séparées par une distance trop importante pour se déplacer. L’ubiquité étant une chose impossible…il y a quelque chose de pas naturel et c’est là qu’intervient Holy Gibney une enquêteuse spéciale qui a l’esprit très ouvert et qui émet l’hypothèse de l’outsider, une entité mystérieuse capable de prendre le contrôle d’un corps et le transformer.

L’objectif et le fil conducteur de l’histoire tiennent sur l’enquête policière et la capacité des enquêteurs à composer avec un phénomène qu’ils ne comprennent pas d’une part et d’autre part la question qui est de savoir si on pourra réhabiliter la mémoire de Terry Maidland…

L’aspect surnaturel du récit est développé avec beaucoup de retenue. Malgré les passages où je reconnais moins le style de King, je dois admettre que l’enquête policière a quelque chose d’addictif, que l’intrigue est habilement menée. Le fait que les enquêteurs admettent avec une évidente difficulté, l’hypothèse du paranormal, une possibilité dérangeante, un mur sur lequel généralement, les enquêteurs se cassent le nez.

Mais qu’est-ce qu’on doit faire quand toutes les explications plausibles et les hypothèses raisonnables ont été épuisées. C’est une bonne histoire mais ce n’est pas ce à quoi m’a habitué King : je n’ai pas senti l’épouvante, les rebondissements s’enchaînent parfois mais l’auteur garde le cap sur l’enquête même si le dernier quart du récit sombre beaucoup plus dans l’obscur et l’étrange.

On avance dans le paranormal avec des armes à feu…ça fait bizarre et c’est inhabituel chez Stephen King. Malgré tout, je trouve sain que l’auteur essaie quelque chose de différent. Je n’ai pas pu m’accrocher à ses personnages sauf à Holly, audacieuse et perspicace.

On ne peut pas vraiment comparer l’OUTSIDER avec ÇA, sauf peut-être à la fin alors que Holy cherche un troglodyte, mais c’est sans commune mesure avec l’oppressante intensité de *ÇA*. Pour résumer, je m’attendais à un drame d’épouvante mais j’ai eu plutôt droit à un simple roman policier où l’irrationnel prend péniblement la relève du pragmatisme.

J’ai été juste un peu surpris du changement de style. C’est pas un chef d’œuvre mais ça se lit bien et j’ai aimé. Je note autour de 75%.

SUGGESTION DE LECTURE : pour ceux et celles qui veulent s’ajuster à la critique et fare la comparaison, je vous invite à lire mon commentaire sur ÇA, de Stephen King

Stephen King a écrit plus de 50 romans, autant de best-sellers, et plus de 200 nouvelles. Couronné de nombreux prix littéraires, il est devenu un mythe vivant de la littérature américaine (médaille de la National Book Foundation en 2003 pour sa contribution aux lettres américaines, Grand Master Award en 2007 pour l’ensemble de son oeuvre). En février 2018, il a reçu un PEN award d’honneur pour service rendu à la littérature et pour son engagement pour la liberté d’expression. Pour tout savoir sur Stephen King, cliquez ici.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 24 octobre 2021

 

UNE FORÊT OBSCURE, le livre de FABIO M. MITCHELLI

<Louise Beaulieu, tome 1>

*…le poids qui s’écrase sur le métal souple de la carrosserie… un froissement de tôle Emma fut projetée à quelques dizaines de mètres…son corps s’immobilisa…stoppée par le tronc d’un cèdre… La forêt de Tongas, immuable, venait une fois encore d’engloutir la vie d’un enfant de Juneau. * (Extrait : UNE FORËT OBSCURE, Fabio M. Mitchelli, à l’origine : Pocket éditeur 2017, 408 pages, version audio : Audible studios éditeur, 2017, durée d’écoute : 10 heures 34 minutes. Narratrice : Christine Bellier)

À Montréal, Luka diffuse sur le Web les images des animaux qu’il torture, puis celles de son amant qu’il assassine à coups de pic à glace. Pour enquêter sur une telle affaire, il faut un flic borderline comme Louise Beaulieu.

En Alaska, dans la petite ville de Juneau, deux jeunes filles sont découvertes en état de choc. Pour comprendre, il faut un flic comme Carrie Callan, qui va exhumer les vieux secrets et regarder le passé en face.

Le point commun à ces deux affaires : Daniel Singleton, un tueur en série. Du fond de sa cellule, il élabore le piège qui va pousser Louise à aller plus loin, toujours plus loin… Jusqu’à la forêt de Tongass, là où le mensonge corrode tout, là où les pistes que suivent les deux enquêtrices vont se rejoindre.

LA NOIRCEUR QUI TIENT EN HALEINE
*A présent il ne pouvait plus contenir le poison qui lui infectait le sang,
 ce venin qui incendiait et ravageait ses chairs, ses entrailles. Il lui fallait
s’ouvrir en deux et se dégorger de ce pus immonde qui coulait en lui,
vomir de trop-plein de rage et de honte qu’il aurait tant aimé cracher à la
gueule du monde avant de sombrer. *
 
  (Extrait)

Bien que cette histoire soit une fiction, elle est amplement et librement inspirée par l’actualité judiciaire. Ici, un petit rappel des faits s’impose. L’auteur débute d’ailleurs son livre par une petite synthèse des évènements.

Le roman s’appuie sur des faits divers qui se sont réellement déroulés à Montréal et à Anchorage en Alaska. Certaines scènes évoquent aussi des évènements liés à la catastrophe écologique causée par l’Exon Valdez en 1989.

L’ouvrage s’inspire également de l’escalade criminelle de Luka Rocco Magnotta et du meurtre prémédité qu’il a commis en 2012 sur la personne de Lin Jun, un jeune étudiant chinois installé au Canada ainsi que des crimes de Robert Christian Hansen qui a violé et assassiné entre 17 et 21 femmes dans les environs d’Anchorage entre 1971 et 1983.

Donc les auditeurs et auditrices devront jongler entre la réalité et la fiction. Peut-être même cette histoire leur imposera une certaine recherche pour faire la différence. Personnellement, j’ai trouvé le défi plutôt emballant.

C’est un roman très noir et très librement inspiré de l’œuvre de deux grands criminels. Tous les acteurs du récit un subi un ou plusieurs traumatismes dont quelques-uns liés au naufrage de l’EXXON VALDEZ, le célèbre pétrolier américain qui s’est échoué en 1989 sur la Côte de l’Alaska, provoquant une colossale marée noire.

Une chaîne d’évènements amènera deux enquêtrices : Carrie Callan, une américaine en poste à Juneau, Alaska et Louise Beaulieu du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) à collaborer sur deux affaires qui n’ont rien d’évident en commun au début en tout cas : la découverte de deux jeunes filles en état de panique à Juneau et un homme assassiné à coup de pic à glace par son amant à Montréal.

Le reste est une affaire de police qui va de découverte en découverte à un rythme très élevé et qui paralyse en quelque sorte les auditeurs/auditrices : torture, meurtres, pédophilie, séquestration, prostitution. Il n’y a pas de limites pour les esprits tordus et comme l’auteur a puisé sans retenue dans les faits divers, il n’a pu éviter une certaine crudité dans le langage.

Les auditeurs/auditrices vont peut-être s’attacher, comme moi aux enquêtrices, en particulier Louise Beaulieu du SPVM, une caractérielle accro au poker et qui jure comme une charretière mais qui est dotée d’un remarquable instinct et qui traîne elle aussi de dures épreuves de la vie. Ici, j’en profite pour dire que j’ai beaucoup apprécié la narration de Christine Bellier.

J’ai trouvé remarquable sa façon de passer au français dit standard à l’accent québécois pure laine incluant une façon très crue de descendre les saints du ciel. Pour ce qui est de raconter, madame Bellier a un registre vocal qui force l’attention. Elle m’a donné l’impression de s’adresser à moi.

Pour écouter ou lire cette histoire, il faut être ajusté à l’actualité jusqu’à un certain point parce qu’on sait ce qui va arriver. Ce qui est beaucoup moins évident, ce sont les motivations des tueurs.

Le récit est empreint d’une analyse des mobiles qui nous tient prisonnier de la trame et ça pousse au questionnement : est-ce suffisant d’évoquer la maladie mentale ou les traumatismes subis dans l’enfance. Y a-t-il autre chose? Personne ne peut rester indifférent à un tel récit d’autant qu’il a été plus vécu que fantasmé.

Donc pour résumer, c’est un roman fort, très noir, très violent, certains passages sont difficiles. La finale est un peu obscure. Excellente narration. Beaucoup de québécois trouveront la couleur locale divertissante dans un contexte aussi sombre. Ensemble détaillé, rythme élevé…pas de temps morts et pas tellement conçu pour les âmes sensibles. Seule petite faiblesse, le lien de l’histoire avec l’Exon Valdez est un peu mince, sous-développé. Sinon, c’est un ouvrage fascinant.

Suggestion de lecture : INTIMIDATION, de Harlan Coben

Fabio M.Mitchelli, est un musicien et écrivain né à Vienne (Isère) en 1973, auteur de thrillers psychologiques inspirés de faits réels. Il a signé « La trilogie des verticales » parue aux éditions Ex-aequo entre 2010 et 2012, dont La verticale du fou, le premier opus de ce singulier triptyque, a été classé dans le top 3 des romans les plus téléchargés sur le territoire français en 2011 aux côtés de David Foenkinos. Mitchelli se consacre désormais à l’écriture de true crime et thrillers psychologiques. « La compassion du diable », paru aux éditions Fleur Sauvage en octobre 2014 a reçu le Prix du polar Dora-Suarez 2015.

Christine Bellier est une actrice canadienne. Notamment active dans le doublage, elle a été entre autres la voix québécoise de Drew Barrymore, Tara Reid, Reese Witherspoon, Charlize Theron, Piper Perabo, Shannon Elizabeth et Kate Winslet lors de son activité au Québec. Elle aime aussi à l’occasion, jouer le rôle de narratrice.

Aussi à écouter :
le 2e tome de la série Louise Beaulieu

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
Le samedi 23 octobre 2021

17 nouvelles enquêtes de Sherlock Holmes…

ET DU DOCTEUR WATSON
version audio

Commentaire sur les récits d’
ARTHUR CONAN DOYLE

*Et voici pourquoi un grand scandale menaçait le royaume
de Bohême et comment les plans de Sherlock Holmes furent
déjoués par une femme. Il avait l’habitude d’ironiser sur la
rouerie féminine. Depuis ce jour, il évite de le faire.*
(Extrait : 17 NOUVELLES ENQUÊTES d’après Arthur Conan
Doyle, éditeur : Compagnie du savoir, 2018, durée d’écoute :
17 heures 12 minutes.  Narrateur : Nicolas Planchais)

Les  titres :
Un scandale en Bohême,
La disparition de Lady Frances Carfax,
La ligue des rouquins,
Le rituel des Musgrave,
Le pouce de l’ingénieur,
Flamme d’argent,
Le gentilhomme célibataire,
Le diadème de béryls,
La bande mouchetée,
Une affaire d’identité,
Les Hêtres d’or,
L’escarboucle bleue
L’aventure du pied du diable,

L’aventure du cercle rouge,
Les cinq pépins orange,
Le mystère de la vallée de Boscombes,
L’homme à la lèvre tordue.

UNE PETITE PARTIE DU CANON
*J’ai en effet quelques raisons de croire que
toutes sortes de bruits ont couru un peu
partout concernant la mort du docteur
Grimesby Roylotte tendant à rendre cette
affaire un peu plus terrible que la vérité.*

Sherlock Holmes est une des plus grandes figures de la culture populaire et son seul nom est synonyme de mystère policier, de brouillard londonien et d’énigmes. Devenu très rapidement un véritable mythe, avant même la sortie de sa soixantième et dernière aventure, Sherlock Holmes demeure un héros de fiction créé par Arthur Conan Doyle.

Mais pour le plus grand nombre, c’est un homme « qui a vraiment existé », dont les enquêtes sont rapportées par son ami, le docteur Watson. Les exploits de Sherlock Holmes ont été traduits dans le monde entier, ils ont été adaptés de multiples fois au théâtre, à la télévision, en BD et au cinéma.

Ce fut un plaisir pour moi de renouer avec le grand Sherlock Holmes impliqué cette fois dans 17 nouvelle enquêtes colligées et racontées par le biographe de Holmes, le célèbre docteur Watson. Je reviens souvent sur ces grands classiques de l’investigation comme je le fais par exemple avec Agatha Christie.

ENTENDRE 17 récits d’enquête du célèbre détective fut pour moi une très belle expérience pour plusieurs raisons : d’abord l’aura très particulière qui se dégage de Holmes, son caractère, sa personnalité.

Dans l’ensemble de l’œuvre de Conan-Doyle, Holmes est constant : doté d’une mémoire extraordinaire, d’un calme olympien, majestueux, guindé, très british, sûr de lui. Plusieurs de ces attributs ont contribué à mettre quelque peu dans l’ombre de célèbres limiers de la littérature comme le chevalier Auguste Dupin d’Edgar Allan Poe par exemple.

L’influence de Sherlock Holmes sur la littérature policière moderne est évidente même si le personnage représente, pour moi en tout cas, l’antithèse du détective moderne. Je note par exemple, que dans les enquêtes de Holmes, il n’y a à peu près aucune mention des états d’âmes du détective alors que les auteurs modernes ne se privent pas pour les étaler.

Une autre raison qui m’a fait apprécier 17 NOUVELLES ENQUÊTES est l’excellente performance du narrateur Nicolas Planchais. Il accorde à chaque personnage un registre vocal très précis, en plus de s’ajuster aux autres personnages en leur donnant une signature suffisamment distincte pour être efficace.

Il a aussi magnifiquement relevé le défi avec les personnages féminins. De plus, Nicolas Planchais a poussé son harmonique vocale jusqu’à faire ressortir les personnalités de Holmes et Watson et certains attributs peu signalés dans les critiques en général comme le snobisme par exemple et dans le cas de Holmes, une estime de soi un peu hors-norme.

Étrangement, cette qualité du narrateur a fait ressortir, ce qui serait pour moi une des rares faiblesses de l’œuvre: par la vitesse et la qualité de ses déductions, Holmes fait parfois paraître Watson sensiblement insignifiant. Ce n’est qu’une apparence mais il en résulte que j’ai peu d’empathie pour Holmes et beaucoup pour le bon docteur.

J’ai donc beaucoup aimé mon expérience audio. Nous avons ici 17 récits variés, un mélange hétéroclite de genres. Chaque récit débute par un soupçon de philosophie *Holmsienne* avant d’introduire le cas d’enquête.

Ce recueil est à l’image de l’œuvre de Conan-Doyle. Son héros planche d’abord sur la résolution d’énigmes avant la résolution d’un crime, ce qui donne des raisonnements souvent complexes et profonds. Près de 135 ans après sa création, Sherlock Holmes demeure une légende, un monstre sacré de la littérature à l’échèle planétaire. Cette œuvre audio est un enchantement.

Suggestion de lecture, du même auteur : LE CHIEN DES BASKERVILLE

Arthur Ignatius Conan Doyle (22 mai 1859-7 juillet 1930) est un écrivain écossais, célèbre pour ses romans mettant en scène le détective Sherlock Holmes. Cet écrivain prolifique a également travaillé dans le domaine de la science-fiction, des romans historiques, des pièces de théâtre et de la poésie. C’est en 1887 qu’apparaissent sur la scène littéraire britannique le détective londonien et son ami et assistant le docteur Watson.

L’engagement politique de Conan Doyle, notamment en faveur de la guerre en Afrique du Sud, ainsi que son titanesque travail littéraire (plus de cinquante livres et un nombre impressionnant de nouvelles), lui valent d’être proclamé chevalier en 1902: il devient alors « Sir » Arthur Conan Doyle. Sir Arthur Conan Doyle meurt d’une crise cardiaque le 7 juillet 1930, riche et célèbre.

Comédien, Nicolas Planchais tourne régulièrement au cinéma et à la télévision. Il aime particulièrement travailler avec sa voix qu’il prête à de nombreux documentaires et, plus récemment, à des livres audios.



Peter Cushing et André Morel comptent parmi les plus célèbres interprètes de Sherlock Holmes et du docteur Watson.

Bonne écoute
Claude Lambert
Le dimanche 3 octobre 2021

 

CETTE NUIT-LÀ, le livre de LINWOOD BARCLAY

VERSION AUDIO

*Trois types débattant des mérites d’un groupe de rock des années soixante-dix pouvaient-il réellement envisager de m’emmener quelque part pour me tuer ? L’ambiance dans la voiture n’aurait-elle pas été un peu plus sinistre ? *

(Extrait : CETTE NUIT-LÀ. Linwood Barclay, J’ai lu éditeur pour l’édition originale, traduction française. 474 pages. Version audio : Audiolib studios éditeur, 2016. Narrateur : Éric Aubrahn, durée d’écoute : 11h26)

 

Imaginez… Vous êtes une ado de quatorze ans. Vous avez fait le mur pour la première fois. Vous rentrez en cachette la nuit. Au matin, la maison est vide. Toute votre famille a disparu sans laisser de traces. Apparitions suspectes, coups de fils anonymes, messages accusateurs : vingt-cinq ans plus tard, le passé ressurgit… CETTE NUIT-LÀ suit le destin de Cynthia dont les proches disparaissent sans laisser aucun indice…


CRUEL MAL-ÊTRE
<Écoute-moi ducon. Tu sais seulement
à qui tu parles ? Ces types qui t’ont emmené ici.
t’as une idée de ce qu’ils sont capables de faire ?
Tu pourrais finir dans un broyeur à bois. Tu pourrais
être balancé d’un bateau au milieu du détroit…*
(Extrait)

Ce récit de forte intensité raconte l’histoire de Cynthia Bigge et de son mari Terry. L’histoire commence vingt-cinq ans après la disparition de la famille de Cynthia. En effet. Il y a déjà un quart de siècle, au retour d’une petite fugue nocturne bien alcoolisée, alors qu’elle avait quatorze ans, Cynthia constate avec horreur la disparition de sa famille.

Elle n’en aura plus jamais de nouvelles avant au moins 25 ans. La détresse de Cynthia est inimaginable.

Après vingt-cinq ans, Cynthia est obsédée par la disparition de sa famille. Sont-ils morts ? Et pourquoi Cynthia est encore là ? Vingt-cinq ans après, non seulement rien ne s’est arrangé mais Cynthia a développé une véritable obsession :

*Par moment, je les entends. Je les entends parler, maman, mon frère, Papa, je les entends aussi clairement que s’ils étaient dans la pièce. Avec moi. Ils me parlent…* (Extrait)

Décidée à tout essayer pour retrouver son frère et ses parents, Cynthia participe à une émission de télévision appelée DEADLINE qui se spécialise dans l’appel des personnes disparues.

Cette initiative de l’appel télévisé a le don d’entretenir le feu. En effet, Cynthia décèle plusieurs indices qui laissent supposer que sa famille est vivante. Pourquoi ne se montre-t-elle pas. Toute cette histoire ne serait qu’une sordide machination. Même son mari Terry croit que Cynthia pourrait développer une paranoïa.

Terry qui va prendre la relève, décidé à aller au bout de cette histoire grâce à certains jeux d’alliance dont une avec un truand qui était avec Cynthia il y a vingt-cinq ans. Une chose est sûre, quelqu’un sait quelque chose et Linwood Barclay a réussi à jouer avec mes nerfs, curieux de voir un petit prof d’anglais, Terry, aller de découverte en découverte.

Les trois premiers quarts du récit mettent l’accent sur l’obsession et l’opiniâtreté de Cynthia. Le dernier quart enchaînera les revirements et les rebondissements. Il suit Terry dans son enquête qui devient de plus en plus agressive. Ce genre de récit est courant en littérature. Barclay ne réinvente pas le genre et est tombé dans certains pièges : les longueurs et la redondance.

Les trois premiers quarts sont riches en indices, en petites observations intrigantes. L’intrigue est coriace…c’est la qualité de son défaut. Ça tient en haleine, d’autant que Terry prendra conscience de la folie d’une femme qui n’est rien de moins qu’un monstre. Toutefois, la motivation de cette femme est au cœur de milliers d’histoires comme celle-ci.

Je n’ai pas pu vraiment m’attacher aux personnages. Difficile de dire pourquoi mais une étincelle manquait. Certains même me tapaient sur le système comme Vince, ce petit dur qui me donnait l’impression de caricaturer un cowboy sortant d’un saloon avec l’envie de tuer.

Toutefois, je crois que le poids des forces excède celui des faiblesses. CETTE NUIT-LÀ est un suspense efficace doublé d’un thriller psychologique.

Le rythme est élevé, l’écriture efficace, le fil conducteur est solide et le tout maintient le lecteur ou l’auditeur dans une espèce de zone grise qui l’oblige à jongler avec des indices dont plusieurs sont très intéressants.

J’ajoute à cela que j’ai été enchanté par la performance narrative d’Eric Aubrahn qui a trouvé globalement le ton juste avec une signature vocale très distincte pour chacun des principaux personnages. CETTE NUIT-LÀ ne réinvente pas le genre, mais le thriller est fort bien ficelé et il m’a fait l’effet que j’attendais de lui : il m’a gardé captif.

Un thriller qui tient en haleine…à lire.

Suggestion de lecture : NE TE RÉVEILLE PAS, de Liz Lawler

Star aux États-Unis et en Angleterre, Linwood Barclay s’est fait un nom dans le club très fermé des grands maîtres du thriller. Belfond a déjà publié treize de ses romans, dont Cette nuit-là (2009), Fenêtre sur crime (2014), La Fille dans le rétroviseur (2016), ou encore la série des aventures de Zack Walker. Tous sont repris chez J’ai lu. Après Fausses promesses (2018 ; J’ai lu, 2019) et Faux Amis (2018), Vraie folie clôt la trilogie consacrée à la petite ville fictive de Promise Falls.

Bonne écoute
Claude Lambert