LA TOUR SOMBRE, audio


Commentaire sur l’octalogie
de Stephen King

LA TOUR SOMBRE
version audio

LA TOUR SOMBRE, Stephen King, série de huit livres écrits sur une période de trente ans. T.F. Éditions J’ai lu, 1991-2012. Version audio : livres 1 à 4 : Gallimard éditeur, 2017-2018, livres 5 à 8, Audible éditeur, 2021. Narrateurs : voir ci-bas. Durée totale d’écoute : 179 heures


NARRATEURS : Jacques Frantz ―à gauche― pour les tomes 1, 2, 3,
4 et 5. Nicolas Justamon ―à droite― pour les tomes 6, 7 et 8.

Bonjour à tous et à toutes. Un peu comme je l’ai fait avec la trilogie de Tolkien LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, récemment sur ce site, je viens réactualiser la célèbre octalogie de Stephen King LA TOUR SOMBRE. Cette fois, je commente la version audio éditée par Gallimard et Audiolib et lue par Jacques Frantz pour les cinq premiers livres et Nicolas Justamon pour les cinq derniers.

Comme je ne commenterai que la version sonore, je vous invite à lire ou relire le commentaire que j’ai publié en décembre 2012.

L’article comprend mon opinion sur l’histoire, les notes biographiques et cinématographiques. À cette époque, la série était une septalogie.

Comme on le sait, un huitième livre s’est ajouté à la série : LA CLÉ DES VENTS. Sur le plan chronologique, cette histoire se déroule entre le livre 4, MAGIE ET CRISTAL et le livre 5, LES LOUPS DE LA CALA. Ce qui fait qu’on aurait pu alpha-numéroter le livre 4―B. Quoiqu’il en soit, mon opinion n’a pas changé.

Sur le plan littéraire, LA TOUR SOMBRE est un chef d’œuvre et demeure un monde à part dans l’œuvre de Stephen King. Donc, cette fois, je commenterai seulement la version sonore.

 

<Si tu as renoncé à ton cœur pour la Tour, Roland, tu as d’ores et déjà perdu. Un être sans cœur est un être sans amour, et un être sans amour est une bête. Être une bête est peut-être supportable, encore que l’homme qui accepte de se ravaler à ce rang finira sûrement par payer son tribut à l’enfer, mais pourquoi pas, si atteindre son objectif est à ce prix ? Si, sans cœur, on réussit à investir la Tour et à la conquérir ? Mais si tu n’as en toi que noirceur, que peux-tu faire sinon régresser de l’animal au monstre ?> Extrait du livre 2 : LES TROIS CARTES

Voici l’histoire de Roland de Gilead, dit <le pistolero>, dernier justicier et aventurier d’un monde destiné au chaos et dont il cherche à inverser la destruction programmée. Pour ce faire, il doit trouver l’homme en noir et lui arracher les secrets qui le mèneront vers la Tour Sombre, pivot central de tous les mondes où convergent tous les temps, toutes les dimensions et tous les lieux.

La Tour est malade parce qu’elle est régentée par un fou aussi puissant que dément et qui se fait appeler le Roi Cramoisi. Roland devra éviter quantité de pièges diaboliques et suivre son destin inscrit dans trois cartes d’un jeu de tarot très particulier. Sachant depuis le commencement que les voies de la Tour sont impénétrables, Le Pistolero devra faire le pari de les découvrir, et d’affronter la folie et la mort.

Les aperçus

1)     LE PISTOLERO : C’est ici que Rolland rencontre Walter, le mystérieux homme en noir. et décide d’entreprendre sa quête : atteindre la Tour Sombre et ramener l’équilibre entre les mondes. Il se verra attribuer trois cartes maîtresses pour l’accomplissement de cette quête.

2)     LES TROIS CARTES : Les trois cartes représentent trois personnages que Rolland devra arracher à leur monde d’origine, par le biais de portes spatio-temporelles : un toxicomane nommé Eddie, une femme aux prises avec une double personnalité nommée Suzannah et un ado nommé Jake. Ils formeront équipe avec Rolland (Ce que Rolland appelle un ka-tet) pour cheminer vers la Tour Sombre.

3)     TERRES PERDUES :  Ici, Rolland réussit à sauver Jake d’une mort certaine en l’arrachant à son monde pour le ramener dans le monde de Rolland. Il y parviendra en grande partie grâce à Suzannah qui devra distraire sexuellement un démon. Il s’ensuivra une grossesse qui influencera de façon importante le reste du récit. Par la suite, le nouveau Ka-tet fera la rencontre de Blaine Le Mono, un train doté d’une intelligence artificielle mais rendu fou par la dégradation de ses systèmes. Blaine menace de s’autodétruire et de tuer tout le Ka-tet si celui-ci ne réussit pas à vaincre Blaine dans un concours de devinettes.

4)     MAGIE ET CRISTAL : Dans ce tome, Rolland entreprend un long palabre. En effet, il raconte sa jeunesse à ses compagnons. Ici, l’auteur s’étend surtout sur la psychologie de ses personnages.

5)     LES LOUPS DE LA CALLA : Le Ka-tet de Rolland doit combattre les Loups de Tonnefoudre, des créatures monstrueuses qui doivent bientôt venir enlever des enfants de la Calla pour les renvoyer peu de temps après à leur famille, complètement décérébrés.

6)     LE CHANT DE SUZANNAH : Les Loups de la Calla sont vaincus. Le Ka-tet doit maintenant retrouver et récupérer Suzannah qui partage son corps avec Mia, un ancien démon, retrouver Calvin Tower, propriétaire du terrain abritant la rose qui est la représentation de la Tour dans notre monde, et retrouver un certain auteur nommé Stephen King.

7)     LA TOUR SOMBRE : De nombreux devoirs attendent le ka-tet avant d’atteindre la tour : Mia accouche d’un monstre, il faut protéger la rose, donc la Tour Sombre elle-même, échapper aux hommes du Roi Cramoisi qui détraque les rayons de la Tour, sauver Stephen King qui est sur le point d’avoir un accident mortel (ce qui l’empêcherait d’amener son livre LA TOUR SOMBRE à sa conclusion. Enfin, c’est au nom de ses amis morts que Rolland pénètrera enfin dans la tour.

8       LA CLÉ DES VENTS : Alors qu’ils arpentent le Sentier du Rayon, une terrible tempête oblige Roland de Gilead et son ka-tet à s’abriter dans une bourgade abandonnée. Les quatre compagnons écouteront alors le Pistolero lever le voile sur deux épisodes troubles de son passé…

Le chevalier Roland s’en vint à la tour noire
titre d’un poème célèbre de Robert Browning
qui a inspiré Stephen King dans la création de
LA TOUR SOMBRE

C’est une série qui vaut la peine d’être entendue. L’histoire est aussi passionnante qu’en version papier avec, en prime, une qualité narrative exceptionnelle. Dans mon esprit, LA TOUR SOMBRE demeure un monde à part dans l’œuvre de Stephen King,

J’ai encore une fois été fasciné par ces restes d’une haute technologie, symbolisée par la North Central Positronics, omniprésente dans la série et chevauchant la désolation symbolisée par les dérèglements temporels issus de LA TOUR SOMBRE.

Aussi, je ne sais pas pourquoi il fallait la version audio pour me faire réaliser une capacité extraordinaire de Stephen King : celle d’inclure dans son récit tous les âges et conditions : petits, adolescents, adultes, vieillards, hommes, femmes, handicapés et surtout, celle de créer des personnages irrésistibles auxquels on s’attache  instantanément, en particulier Jake et Eddie.

La version audio m’a aussi fait réaliser à quel point la finale de LA TOUR SOMBRE est décevante. Je suis même retourné un temps à la version papier pour vérifier et m’apercevoir finalement que la conclusion est relâchée et frustrante. Mais ce n’est pas une première dans l’œuvre de King et ça n’enlève rien au développement de cette histoire extraordinaire.

Enfin, j’ai écouté LA CLÉ DES VENTS, le tome 8, qui n’était pas publié au moment d’écrire mon commentaire sur l’édition de papier en 2012. Il s’immisce entre MAGIE ET CRISTAL (tome 4) et LES LOUPS DE LA CALA (tome 5)  Intéressant, mais ça n’ajoute pas grand-chose d’original. Une quête de plus, de longs palabres, rien de neuf.

Je veux surtout dire, et c’est le plus important ici que LA TOUR SOMBRE AUDIO est un chef d’œuvre de narration. Par leur voix *orchestre*, Jacques Frantz et Nicolas Justamon ont forcé mon attention, ma fascination et mon sens de l’émerveillement. L’œuvre est très longue. On connait King pour sa manie de s’étendre très longtemps sur ses sujets et prendre un soin particulier à la psychologie de ses personnages.

Malgré le nombre d’heures d’écoute, le temps a coulé sur mon dos, fasciné entre autres par la voix *multipiste* des narrateurs. Je recommande chaleureusement l’audition de LA TOUR SOMBRE.
Suggestion de lecture du même auteur : 22/11/63


L’auteur Stephen King

Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 5 juin 2026

La prophétie Charlemagne

Commentaire sur le livre de
STEVE BERRY

*Les manouvriers s’attelèrent à leur tâche. Deux évêques assistaient à la scène, sans un mot. Le tombeau dans lequel ils s’apprêtaient à entrer était resté clos depuis le 29 janvier 814, le jour où mourut le sérénissime auguste couronné par Dieu, grand empereur qui maintient la paix, gouvernant l’empire romain, roi des francs et de lombards par la grâce de Dieu. Il était d’une sagesse dépassant celle des hommes, faiseur de miracles, protecteur de Jérusalem, d’une clairvoyance de prophète, inflexible et chef des évêques. *

Extrait : LA PROPHÉTIE DE CHARLEMAGNE, de Steve Berry. Édition de papier : Pocket, le Cherche midi éditeur 2010 700 pages.  Format numérique : Cherche midi éditeur 2012, 752 pages, 2012 KB

Avant-propos : Présentation de Cotton Malone

Pour bien saisir cette histoire, il faut bien saisir le profil de Cotton Malone, personnage récurrent dans l’œuvre de Steve Berry. Harold Earl Malone plus connu sous le nom de Cotton Malone est un personnage de fiction héros d’au moins 12 romans. PROPHÉTIE DE CHARLEMAGNE est le quatrième volet de la série.

Ce monsieur a près de 50 ans, en forme, assez baraqué. C’est un passionné de vieux livres, d’ésotérisme et d’énigme. Il a une mémoire phénoménale. Ancien membre de l’unité Magellan, un service de renseignements du département américain, il a la gâchette relativement facile. Enfin, disons qu’il ne tranche pas par sa délicatesse.

Une quatrième mission pour Cotton Malone

Le développement de l’histoire est basé sur l’idée que le célèbre empereur Charlemagne aurait eu connaissance d’une civilisation infiniment plus évoluée et abritant un secret qui, s’il était développé, changerait la face du monde. Une information largement suffisante pour créer une chasse aux énigmes. Entre autres, une expédition allemande en 1935 dans l’antarctique afin de prouver, grâce à Charlemagne, la pureté et la supériorité de la race aryenne, ce qui aurait amené à justifier les atrocités nazies. On sait déjà que ça ne repose sur rien.

Plus tard, en 1971, un sous-marin, le NR1 commandé par le père de Cotton Malone, Forrest part en antarctique pour une mission top secrète. Il disparaît corps et biens avec ses secrets et le gouvernement ne fera à peu près rien pour le rechercher. Toute l’histoire repose premièrement sur le secret entourant la disparition du NR1 et ensuite sur une idée intéressante qui est toujours d’actualité.

C’est l’élément le plus percutant du récit : l’existence d’une ancienne civilisation, vieille de quelques millénaires, fort avancée sur tous les plans. Il n’est pas question ici de l’Atlantide qui a ouvert la porte à beaucoup d’exagération. C’est un peu plus simple : nous ne serions pas les premiers à avoir un niveau intellectuel tel que le nôtre. Selon l’auteur, l’histoire se perd dans la nuit des temps et compte parmi les 90% des connaissances antiques qu’on ne découvrira jamais.

À travers les sépultures et les civilisations et afin d’élucider la mort de son père, Cotton Malone va devoir décoder les énigmes contenues dans deux manuscrits, ce qui l’amènera en Allemagne, en France et dans le mystérieux Antarctique. Vu l’énormité du secret, les lecteurs/lectrices doivent s’attendre aux ingrédients habituels du thriller politique et militaire : meurtres, tueurs à gage, trahison, ambition, intrigue, manigances et manipulation.

J’ai beaucoup aimé l’aspect historique du récit mais la véritable énigme historique n’apparait que dans une brève annexe à la fin du volume, ce qui appauvrit la substance de l’histoire, d’autant que le volume est très long, les personnages très nombreux et les longueurs plutôt abondantes, au moins jusqu’au dernier quart.

Ce qui est intéressant par contre, c’est que les chapitres sont découpés en faisant avancer différentes histoires en parallèle, avec un petit coup de théâtre à chaque fois. Je reconnais bien là le style de Steve Berry. L’histoire peut paraître longue, diluée, l’auteur a réussi à y imprégner un caractère addictif.

Le livre comporte beaucoup de détails historiques intéressants et avérés. Toutefois il faut rappeler que LA PROPHÉTIE CHARLEMAGNE est un mélange de vrai et de fiction. Il faut se reporter à l’annexe pour mieux comprendre. J’ai trouvé le lien avec le troisième Reich intéressant mais pas suffisamment développé à mon goût et les liens avec Charlemagne un peu minces.

Deux éléments m’ont subjugué dans cette histoire et c’est ce qui fait que je recommande ce livre malgré les faiblesses citées plus haut : le caractère véreux de certains personnages comme l’amiral Ramsey par exemple, qui a autant de scrupules qu’il y a de la neige au Sahara et bien sûr Cotton Malone, l’éternel chercheur de vérité, toujours aussi opiniâtre et attachant.

Très bon livre malgré les bémols. Berry reste Berry. S’il m’a donné l’impression d’avoir froid en lisant les nombreux passages se déroulant en Antarctique, c’est qu’il connaît le pouvoir des mots.

Suggestion de lecture : L’APOTHICAIRE de Henri Loevenbruck


L’empereur Charlemagne (742-814)

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le jeudi 4 juin 2026

Train d’enfer pour Ange rouge

Commentaire sur le livre de
FRANK THILLIEZ

*L’homme sans visage, l’Ange rouge, n’avait rien d’humain. Une question me taraudait :
– Six cent soixante-six, cela représente bien le chiffre du Démon ?
– De la bête, de Lucifer. Cinq démons puissants plus Lucifer donnent le premier six. Ensuite, les six jours de terribles souffrances du châtiment. Enfin six seront punis. *

Extrait : TRAIN D’ENFER POUR ANGE ROUGE, de Frank Thilliez. Version papier : Pocket éditeur, 2011, 448 pages. Format numérique : 12-21 éditeur, 2012, 377 pages. Version audio : Lizzie éditeur, 2021, durée d’écoute : 10 heures 25 minutes. Narrateur : Jérémie Covillault.

Très rouge et très noir

J’étais curieux de savoir comment Franck Thilliez avait commencé sa carrière devenue avec le temps si foisonnante. Si j’exclus CONSCIENCE ANIMALE, un essai publié en 2002 et épuisé depuis plusieurs années, Thilliez s’est lancé en littérature en 2004 avec TRAIN D’ENFER POUR ANGE ROUGE, livre dans lequel il introduit un personnage qui deviendra récurrent dans son œuvre, le commissaire Frank Sharko.

Caractériel, froid, calculateur, Sharko démarre sa carrière sur des chapeaux de roues avec une enquête absolument tordue. Un cadavre est retrouvé près de Paris, décapité, les yeux arrachés puis replacés dans leur orbite, les membres suspendus par des crochets. Un meurtre d’une incroyable barbarie qui n’est pas sans rappeler à Sharko que sa femme a été enlevée il y a six mois par un dégénéré du même style.

Enfin, Un autre cadavre de femme ayant succombé à ses blessures est retrouvé dans des abattoirs désaffectés, atrocement torturée et dont l’agonie a été filmée pendant des mois.

Si j’exclus LES 120 JOURNÉES DE SODOME, du Marquis de Sade, c’est la première fois que je lis un tel déploiement de cruauté calculée, de sadisme et de perversité. J’en ai eu le cœur au bord de la gorge. Ça laisse supposer bien sûr que Thilliez a trouvé le ton juste, manifestant une plume extrêmement habile et dont le pouvoir descriptif ne fait pas dans la dentelle.

Ce n’est pas une lecture pour tout le monde. C’est noir, gore, violent et glauque et son atmosphère est étouffante d’autant que l’auteur détaille dans son histoire, un support qui permet de combler les désirs des esprits les plus pervers, des âmes les plus noires : le darknet qui charrie sans limites les horreurs les plus inimaginables, y compris les snuff movies qui permettent à des décérébrés d’assister en réel au meurtre, à la torture ou au viol d’une personne.

Est-ce que TRAIN D’ENFER POUR ANGE ROUGE est un bon roman ? Assurément. Il est bien écrit, fertile en rebondissement et saisit dès le départ le lecteur, la lectrice dans une toile macabre et oppressante. Parfait pour les amateurs de terreur pure.

Ma question c’est : est-ce que l’auteur aurait pu en faire un peu moins pour atteindre les mêmes résultats d’excellence ? Je crois que oui. C’est le premier de mes deux petits reproches. L’autre reproche vise la finale que j’ai trouvée simpliste, éculée et expédiée.

Au final, je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’étaler autant d’atrocités pour atteindre les standards d’un bon thriller. On frôle le voyeurisme là.

J’ai tout de même aimé cette histoire. Elle m’a pris à la gorge et a nécessité de nombreuses pauses. C’est un roman dont l’atmosphère est d’une exceptionnelle opacité. Permettez-moi tout de même de terminer avec un de ces vieux clichés indémodables : Âmes sensibles s’abstenir.

Suggestion de lecture, du même auteur : PANDEMIA


L’auteur Frank Thilliez

Des livres de Frank Thilliez

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 31 mai 2026

ARRIVÉE, Morgan Rice

*-Et si c’était les extraterrestres, ou des personnes contrôlées par eux ? – demanda-t-elle. -Et s’ils faisaient le tour des refuges pour capturer les survivants ? – Pourquoi le feraient-ils ? – Demanda Kevin. Cependant, à cette idée, il sentit la peur l’envahir peu à peu. Et si c’était bien le cas ? Et s’ils entraient ?

Extrait : LES CHRONIQUES DE L’INVASION, tome 2 : ARRIVÉE. Format numérique, Morgan Rice 2018, 290 pages

Le SETI a reçu un signal venant d’une civilisation extraterrestre. Est-il encore temps de sauver le monde ? Pour des raisons à découvrir, Kevin, 13 ans, comprend qu’il le seul à pouvoir sauver le monde. Mais est-il encore temps ? Que doit-il faire ? Et qu’est-ce que les extraterrestres prévoient de faire ensuite ?

Intéressant mais forte
impression de déjà vu

La série développe un sujet encore très prisé des jeunes lecteurs et lectrices : l’envahissement de la terre par des extraterrestres hostiles. Les acteurs de ce drame sont des ados. Morgan Rice s’est appliquée à atteindre directement et sans détour l’imaginaire des adolescents et des jeunes adultes. Vu sous cet angle, je crois qu’elle a réussi. Les lecteurs moins jeunes pourraient trouver le contenu réchauffé.

Kevin a 13 ans. Il souffre d’une maladie incurable au cerveau. Cette même maladie a permis à Kevin de capter un message extra-terrestre annonçant un envahissement imminent de la terre. Kevin reçoit, d’un extraterrestre ami, une idée pour détruire l’envahisseur.

À plusieurs égards, LES CHRONIQUES DE L’INVASION me rappellent INDEPENDANCE DAY, le célèbre film de Roland Emmerich dans lequel on voit des engins volants de 20 kilomètres de diamètres avec des extraterrestres laids et belliqueux, capable de prendre le contrôle de l’esprit humain, et venu vider la terre de ses ressources naturelles. Le même principe est exprimé dans les chroniques de l’invasion, mais différemment, y compris l’idée d’introduire un virus dans le vaisseau pour détruire les envahisseurs, ce qui m’a rappelé un peu la guerre des mondes.

Certaines idées m’ont rappelé L’INVASION DES PROFANATEURS, le film de Philip Kaufman, d’autres idées m’ont rappelé les rencontres du quatrième type qui relèvent plus du paranormal. L’idée de confier à des adolescents le rôle de sauver le monde n’est pas non plus nouvelle en littérature.

J’ai beaucoup aimé cette série. Je me suis attaché rapidement aux jeunes personnages. Je pense quand même que les dialogues et les raisonnements exprimés faisaient un peu trop adulte pour leur âge.

Mais j’ai trouvé ces jeunes profondément humains et l’autrice a évité le piège des *héros sans peur et sans reproche*. Ce ne sont pas des superhéros et c’est exactement ce que je souhaitais.

Donc l’histoire est bonne, quoique pas tellement originale, le rythme est rapide et ça devient même addictif. L’autrice a bien travaillé à rendre son récit le plus plausible possible.

Un récit comme celui-ci, surtout s’il est bien écrit et porteur d’émotions, comme c’est le cas ici, demeure résolument actuel et nous pousse à nous poser la question à laquelle on cherche désespérément la réponse : SOMMES-NOUS SEULS DANS L’UNIVERS ? Très bonne lecture.

Suggestion de lecture : IDEALIS, de Christopher Paolini


L’autrice Morgan Rice

Les autres livres de la série

Autres séries suggérées
de la même autrice

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 30 mai 2026

Fanfreluche

Commentaire sur le livre audio de
KIM YAROCHEVSKAYA

*Tout le monde connait le petit chaperon rouge. N’est-ce pas ? Mais presque personne ne connait le petit chaperon bleu ni le petit chaperon jaune…ha ! Dommage…on aurait avantage à les connaître. Si le petit chaperon rouge les avait connus, elle aurait su quoi faire pour ne pas se faire manger par le loup…

Extrait : FANFRELUCHE, Les contes de Fanfreluche 1 par Kim Yarochevskaya, autrice et narratrice. Version audio chez Coffragants éditeur, 2018, durée d’écoute : 26 minutes. Aussi disponible en CD


Inoubliable

Fanfreluche, c’est avant tout Kim Yarochevskaya, une femme extraordinaire qui a quitté sa lointaine Russie, par la force des évènements et qui s’est installée au Québec à l’âge de 10 ans. Mais Kim, c’est plus encore. Femme de théâtre, de télévision, de radio, de cinéma et qui fût aussi chorégraphe, écrivaine et scénariste.

Par sa voix, son sourire, ses histoires merveilleuses, elle a pris soin de deux générations d’enfants : la mienne avec Fanfreluche et celle de mes propres enfants avec son rôle de grand-mère dans la série PASSE-PARTOUT (1977-1984)

Madame Yarochevskaya a créé Fanfreluche en 1954 d’abord pour le théâtre. Le célèbre personnage fut ensuite introduit à la télévision dans la série FAFOUIN puis dans la célèbre BOÎTE À SURPRISES de Radio-Canada.

J’adorais retrouver Fanfreluche à la télé chaque fois que je le pouvais à cause, en particulier d’un élément qui donnait à la série toute son originalité. Fanfreluche était une poupée qui avait le don d’entrer dans une histoire par le biais d’un grand livre de contes. Elle pouvait transformer cette histoire à sa guise pour la rendre plus belle, ou meilleure.

C’est donc avec beaucoup d’émotion que j’ai écouté le conte des petits chaperons qui sort déjà des sentiers battus par l’ajout des couleurs jaune et bleu. En effet dans ce premier volume, Fanfreluche nous raconte l’histoire du petit chaperon bleu et du petit chaperon jaune, ce qui est déjà original au départ car si le chaperon rouge n’avait pas connu ces deux compères, cette histoire si populaire n’aurait peut-être pas été la même.

Avec sa voix chaude et enveloppante, accompagnée d’une simple guitare acoustique, Fanfreluche m’a fait remonter le temps pour me faire vivre à nouveau l’enchantement du conte.

C’est une autre belle façon d’introduire les enfants à la lecture. L’histoire n’est pas suffisamment longue pour diluer leur attention et ils connaîtront comme moi, la magie de Fanfreluche.

Suggestion de lecture : MONSIEUR ENDORMI, de Roger Hargreaves


     l’autrice et narratrice Kim Yarochevskaya

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 24 mai 2026

 

 

Le trône de fer.1

Commentaire sur le livre de 
GEORGE R.R. MARTIN

En ces temps-là nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, et la mauvaise toute une vie, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures. Au sud, l’ordre établi chancela.

Le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité… Le Trône de fer plonge le lecteur dans un tourbillon d’aventures sanguinaires, peuplé de créatures surnaturelles, de barbares et de traîtres. Un monde où parfois cependant l’amour et la tendresse triomphent.

Après avoir tué le monarque dément Aerys II Targaryen, Robert Baratheon est devenu le nouveau souverain du royaume des Sept Couronnes. Tandis qu’en son domaine de Winterfell, son fidèle ami le duc Eddard Stark rend paisiblement la justice.

Mais un jour, le roi Robert lui rend visite, porteur de sombres nouvelles : le trône est en péril. Stark, qui s’est toujours tenu éloigné des affaires du pouvoir, doit alors abandonner les terres du Nord pour rejoindre la cour et ses intrigues.
L’heure est grave, d’autant qu’au-delà du Mur qui protège le royaume depuis des siècles, d’étranges créatures rôdent.

 Un géant du fantasy
Mais ce soir différait des autres.  Les ténèbres avaient, ce soir,
une espèce d’âpreté qui vous hérissait le poil…

Il sentait les yeux des morts peser sur lui.
Il les savait tous à l’écoute. Et l’hiver venait.

Extraits : LE TRÔNE DE FER, TOME 1, LA GLACE ET LE FEU, de George R.R. Martin. Édition de papier : Jai lu éditeur, 480 pages en format de poche. Format numérique, Pygmalion éditeur, 2017, 420 pages, 4048 KB.

Version audio : Gallimard éditeur, 2015. Durée d’écoute : 17 heures 4 minutes, narrateur :  Bernard Métraux. Format BD : en 9 tomes, publiés entre 2012 et 2020 chez Dargaud éditeur. Aussi, adaptations disponibles en série télévisées, jeux de cartes à collectionner, jeux de société et jeux vidéos.

Quoique peu attiré par cette série, je me suis quand même penché sur le livre 1 pour voir comment l’histoire se présente, pourquoi la série est considérée comme un monument de la littérature du genre fantasy et comprendre aussi pourquoi la masse critique déploie un tel dithyrambe concernant cette saga de George R.R. Martin.

Je ne partage pas tous les avis flatteurs mais je rejoins quand-même beaucoup de commentaires positifs. Il faut admettre que quelque chose, quelque part a accroché le lectorat : 90 millions d’exemplaires vendus dans le monde, traduit en 47 langues et générant une phénoménale quantité de produits dérivés dont la plupart sont connus sous leur nom d’origine : GAMES OF THRONES, en plus de la série Télé.

Côté positif, ce qui m’a frappé, c’est l’élégance de l’écriture. La plume est imagée, recherchée. Elle a quelque chose de théâtral et rappelle fortement la notion de scénario ce qui n’est guère surprenant. Il y a plus d’intrigue que d’action. J’ai senti que Martin prenait bien son temps pour mettre une impressionnante quantité de personnages en place. Je ne vous cache pas que j’ai été mêlé par moment, que j’ai eu de la difficulté à entrer dans l’histoire.

Pour être plus précis sur le contenu, TRÔNE DE FER est un roman de fantasy dont l’histoire se déroule dans un monde médiéval, féodal. En principe, la magie et les créatures de légendes ont disparu mais on pourrait avoir des surprises. Il y a plusieurs intrigues, la principale étant que plusieurs maisons nobles rivalisent pour l’obtention du trône.

C’est ici qu’on entre dans les recettes habituelles du genre : manipulation, alliances douteuses, trahison, complot, hypocrisie. Je crois que l’ouvrage est loin de sortir des sentiers battus comme le suggèrent certains propos à caractère éditorial. On doit aussi faire attention au fait que la télé prend souvent des directions bien différentes des livres et on sait qu’il est souvent difficile de mettre la télé de côté. Moi j’ai préféré le livre. Je m’en suis tenu au premier je le rappelle et je ne crois pas continuer malgré ses belles qualités, momentanément lassé de la fantasy.

Allons-y maintenant avec un rapport de forces et de faiblesses. POINTS FORTS : L’écriture est magnifique et tend à intégrer le fantastique dans une trame où l’ambition est à l’avant-plan. C’est habile. Il se dégage de l’histoire une atmosphère spéciale de vieilles légendes, de créatures de l’ombre, de forêts où planent mystère et froid. Toutefois, dans mon cas, le pouvoir de l’intrigue a dépassé celui du ressenti. Aussi, Martin a le don de raccorder le langage moderne avec celui du médiéval, ce qui met les lecteurs en zone de confort et exacerbe l’intrigue en plus de contribuer à la crédibilité de l’ensemble. Enfin, j’ai été subjugué par la version audio. La narration de Bernard Métraux est tout simplement magistrale. La finale est un peu expédiée mais tout est en place pour donner au lectorat le goût de continuer.

POINTS FAIBLES : beaucoup de longueurs, de palabres. On sent le désir de l’auteur de pousser loin la saga et de tout mettre en place correctement pour la démarrer. Le problème est qu’il s’étend longtemps et avec la quantité énorme de personnages qu’il met en scène, ça peut pousser à la confusion et/ou au découragement.

Je note aussi que, comme ça se produit souvent dans ce genre de récit, beaucoup de personnages sont surfaits, les enfants en particulier à qui on prête une précocité irréaliste. Le début de l’histoire est pénible. J’ai fait des efforts pour m’accrocher et comprendre quelle direction prenait l’auteur. Introduction lente, longue et parfois ennuyante.

Autre irritant qui pourrait nécessiter un maximum de ténacité des lecteurs/lectrices : il y a huit narrateurs. Ça change à chaque chapitre. J’ai trouvé cela irritant parce que j’avais le sentiment que les personnages étaient dilués, moins intéressants ou attachants. Heureusement, dans la deuxième moitié du récit, l’histoire gagne un peu en limpidité.

Voilà. En ce qui me concerne, j’en reste là. Non que la saga ne mérite pas d’être poursuivie, au contraire mais j’ai besoin de sortir de l’univers de la fantasy pour un temps.

UNE PARTIE DE LA SUITE


L’auteur George R.R. Martin

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 23 mai 2026

MARC LAURENDEAU, Pierre Huet

C’est d’abord au sein de l’inoubliable quatuor humoristique Les Cyniques, fondé par lui avec trois camarades d’université au début des années 1960, qu’il a entrepris sa carrière publique. Avec leur humour iconoclaste et subversif, Les Cyniques ont largement participé à l’éveil collectif des Québécois et ont reçu du gouvernement du Québec la médaille de Grands artisans de la Révolution tranquille.

La vie de Marc Laurendeau a été marquée par un passage qui n’a pas son pareil au Québec. En pleine gloire, après onze ans au firmament des étoiles du showbiz, il a tourné le dos à la scène pour entamer une toute aussi florissante carrière en journalisme, tant à la radio et à la télévision que dans la presse écrite.

De la Casa Loma, mythique cabaret montréalais où Les Cyniques ont naguère
triomphé, à la place Rouge, où il a couvert en direct une tentative de coup d’État ;
de son enfance à Notre-Dame-de-Grâce à ses 22 années à la revue de presse
radiophonique matinale de Radio-Canada, Marc Laurendeau nous entraîne dans
son univers.

Artiste et artisan

Marc Laurendeau a toujours été une énigme pour moi. Je me suis longtemps demandé comment un personnage aussi versé dans l’humour et qui a fait rire des millions de fois pendant plus de 10 ans avec ses trois comparses, ait pu passer de l’humour cynique au journalisme d’enquête et d’analyse sans jamais perdre de crédibilité. C’est toujours une énigme pour moi mais les faits sont là, Marc Laurendeau est un témoin rigoureux de la révolution tranquille au Québec et son esprit analytique fascine les Québécois.

Pour apprécier ce livre et, comme moi, le savourer sur le plan contextuel, il faut comprendre l’époque dans laquelle a évolué le personnage. Suivre Marc Laurendeau, c’est comprendre la révolution tranquille au Québec, incontournable période de réforme et de modernisation de l’état québécois, jugée inachevée par l’auteur mais qui a tout de même sorti le Québec de la grande noirceur.

Pour comprendre le cheminement de Marc Laurendeau, il faut retourner en arrière, autant au niveau de l’humour avec les Cyniques que dans son intégration au monde journalistique. : *…ce n’est pas une bonne idée de regarder le passé en le jugeant avec une grille du présent et des critères récemment forgés. * (Extrait)

Pour comprendre Laurendeau, il faut comprendre l’époque dans laquelle il a évolué, époque qui fut critique pour le Québec. Le Québec des années 60 n’avait pas de réseaux sociaux, internet allait connaître ses premiers balbutiements, l’humour n’était pas une industrie comme aujourd’hui et la liberté d’expression n’avait presque pas d’entraves. Il est en effet impensable que de nos jours, on puisse reproduire le sketch des Cyniques LES BALAYEURS dans lequel Laurendeau présente son briquet Lise Payette…une grosse torche…(Les Cynique, album EXIT, 1972)

Les Cyniques (1962-1972) de gauche à droite : Marcel Saint-Germain, Serge Grenier, Marc Laurendeau et André Dubois.

Aujourd’hui, la rectitude politique est la règle, les droits et liberté, le respect, la tolérance et un tas d’autres notions qui poussent à la rectitude littéraire. Ce qui a amené, pour ne donner qu’un exemple, les propriétaires des droits littéraires des œuvres d’Agatha Christie à changer le titre d’un des romans les plus vendus au monde LES DIX PETITS NÈGRES pour ILS ÉTAIENT DIX.

DU RIRE CYNIQUE AU REGARD JOURNALISTIQUE est plus qu’une biographie. C’est un manuel d’histoire. À l’époque des Cyniques, Laurendeau était déjà mon préféré, à cause sans doute de sa voix qui force l’attention, de son sens de la répartie et plus tard à cause de son sens aigu de la recherche et de ses exceptionnelles capacités analytiques. Il possède de plus un magnétisme hors du commun et une personnalité attachante.

Je précise ici que la transition de l’humour au journalisme n’a pas été simple. Elle aura nécessité sept années de travail acharné : *La mutation n’aura pas été facile et elle aura été semée d’embûches. J’ai trouvé le ton approprié à force d’ajustements et appris le métier en l’exerçant… * (Extrait) Malgré tout, les Cyniques sont omniprésents dans le livre de Laurendeau. Comme quoi on n’échappe pas à son passé. Ça ajoute une petite touche intrigante à l’œuvre.

J’ai beaucoup aimé cette autobiographie de Marc Laurendeau. Elle est un peu fleurie, sensiblement empreinte d’autosatisfaction mais tellement riche en histoire, celle d’un peuple, celle d’un quatuor versé dans l’humour et celle d’un homme, puits de connaissances, sympathique et attachant.

Suggestion de lecture : DOCTEURE IRMA, de Pauline Gill

Autre livre de Marc Laurendeau

SUGGESTION DE LECTURE

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 17 mai 2026

LE VER À SOIE, Robert Galbraith

*— Je n’imagine pas une femme capable de commettre de telles atrocités, rétorqua        Robin en regardant le portable de Strike, posé sur le bureau.
— C’est que vous ne connaissez pas l’histoire de cette Australienne qui a écorché son amant, lui a coupé la tête et les fesses et les a fait cuire en ragoût. Elle a poussé le vice jusqu’à servir le plat aux enfants de sa victime.
— Vous plaisantez ?
— Pas du tout. Vous n’avez qu’à regarder sur Internet. Quand les femmes s’y mettent, elles n’y vont pas de main morte. *

Extrait : LE VER À SOIE, UNE ENQUÊTE DE CORMORAN STRIKE, de Robert Galbraith. Édition de papier : Le Livre de Poche éditeur, 2015, 696 pages. Format numérique, Grasset éditeur, 2014, 574 pages, 1 237 KB. Version audio : Audiolib éditeur 2014, durée d’écoute : 17 heures 5 minutes, narrateur : Philippe Résimont.

VITRIOLIQUE

Robert Galbraith récidive avec un autre opus ayant comme héros le détective privé Cormoran Strike et sa débrouillarde assistante Robin Ellacot. Un célèbre écrivain, Owen Quine a disparu. Faut-il s’en surprendre ? Quine a écris un roman pour le moins acide, caricaturant des personnalités bien connues et très chatouilleuses.

Le livre, intitulé BOMBIX MORI (traduction : LE VER À SOIE) publié suite à une maladresse d’une éditrice contient du matériel suffisamment explosif pour énerver beaucoup de personnalités en vue. Son corps est retrouvé complètement éviscéré, tel que Décrit d’ailleurs dans une scène macabre de BOMBIX MORI. Œuvre d’un tueur particulièrement cruel tel que Strike n’en a jamais vu dans sa carrière.

Pour résoudre cet horrible crime, Cormoran et sa fidèle Robin devront remonter une filière complexe : pénétrer le monde hermétique de l’édition dont Galbraith donne une image peu flatteuse. En fait, dans LE VER À SOIE, le portrait que dresse Galbraith des auteurs et des éditeurs est carrément négatif, noir.

C’est une histoire complexe, un peu lourde mais je l’ai trouvé originale parce que, comme je l’ai exprimé dans mon commentaire sur SANG TROUBLE, le cinquième volume de la série Cormoran Strike, elle repose davantage sur l’intuition que sur le dialogue ainsi que sur le caractère glauque de son atmosphère.

C’est bien écrit, avec beaucoup d’imagination, encore faut-il tolérer les états d’âme de Strike. C’est parfois lourd mais je maintiens que la force de ce roman réside dans la force de caractère de Strike et Ellacot. Je les ai trouvé attachants. Cormoran est un fils de star, unijambiste dont la prothèse le fait souffrir et ça se sent tout le long du récit. Ça peut paraître énervant mais j’ai fini par développer de l’empathie. Robin est une débutante qui rêve de devenir détective et qui donne un soutien inconditionnel à son bourru collègue.

J’ai trouvé ces deux héros humains et ça donne à ce roman particulièrement gore, un très bel équilibre. Autre point positif, malgré la complexité du sujet et une certaine lourdeur, il n’y a pas de longueur. Le rythme est élevé et constant jusqu’à la finale que j’ai trouvé très bien imaginée quoiqu’abrupte.

Une petite curiosité soit-dit en passant. Il m’est venu à l’idée de relire le livre, ne serait-ce que pour compter le nombre de fois où Strike prononce le mot *merde*. J’ai renoncé évidemment. Disons que son utilisation est abondante…peut-être un peu trop.

Donc, LE VER À SOIE est une très bonne histoire avec des personnages forts et des couteaux qui volent bas.

Suggestion de lecture : UNE PLACE À PRENDRE, de J.K. Rawling


L’autrice Robert Galbraith

LA TRILOGIE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 16 mai 2026

Vol de nuit

Commentaire sur le livre
d’ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY

*Il n’y a pas de fatalité extérieure. Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l’on se découvre vulnérable ; alors les fautes vous attirent comme un vertige. *

Extrait : VOL DE NUIT, d’Antoine de Saint Exupéry. Volume réédité à plusieurs reprises. Papier : à l’origine, 1931 chez Gallimard. Réed. : 1972. Édition numérique proposée : Gallimard éditeur, 2010, 605 kb. Pour la présente, version audio : Frémeaux et associés éditeur, 2021, durée d’écoute 2 heures 34 minutes, narrateur : Francis Huster. Format illustré, BD de Bernard Puchulu, Futuropolis éditeur, 2011, 91 planches.

L’HÉRITAGE DE SAINT-EXUPÉRY

Nous sommes en Amérique du sud, dans les années 1930. L’aviation commerciale en est à ses premiers balbutiements. Antoine de Saint-Exupéry est alors directeur de l’aéropostale d’Argentine. Tout laisse supposer que le récit est largement autobiographique. Vol de nuit raconte le destin d’hommes coincés entre l’angoisse et le courage alors que leur appareil est menacé par un violent orage. Les communications sont coupées.

Le chef de l’aéropostale s’appelle Rivière, un peu rustre, parfois acariâtre, soucieux toutefois du bien-être de ses hommes à ceci près qu’il tente désespérément de prouver la nécessité des vols de nuit, considérés alors comme extrêmement dangereux, afin d’acheminer le courrier le plus rapidement possible dans l’axe Buenos Aires-Patagonie. Rivière est lui-même coincé entre la nécessité de performer et le risque de rendre ses hommes sacrifiables.

J’ai lu le livre qui se lit quand même bien et vite et j’ai écouté la version audio de Frémeaux. Je ne recommande pas cette dernière car la narration de Francis Huster est théâtrale à l’extrême et surréaliste. Vous avez plus de chance d’apprécier la qualité littéraire de VOL DE NUIT en préférant le bon vieux papier ou l’édition numérique de Gallimard qui est très acceptable.

Vous pourriez ne pas me trouver objectif mais le premier livre que j’ai lu de Saint-Exupéry est LE PETIT PRINCE, ce conte philosophique qui m’a enveloppé, subjugué à un point tel que j’ai développé l’idée que je ne trouverais jamais mieux du même auteur. Et c’est une idée tenace.

Toutefois, j’ai ressenti de l’angoisse en cours de lecture. J’ai développé de l’empathie pour les pionniers de l’air face à une fin potentielle imminente, et je suis mitigé sur le personnage central, Rivière. Je ne l’ai pas aimé, je ne l’ai pas détesté et pourtant, il ne m’a pas laissé indifférent.

Quand on lit Saint-Exupéry, il faut savoir identifier notre état d’esprit car tous les écrits de ce géant, presque mystique, s’ouvrent à différents niveaux de lecture. Mais avant tout, VOL DE NUIT est un livre profondément humain qui met sur les plateaux d’une balance les forces et les travers de l’Homme.

Ça ouvre évidemment la voie à l’interprétation et c’est ce que j’aime de Saint-Exupéry dont l’esprit, au premier regard, semble impénétrable laissant à penser que VOL DE NUIT, tout comme LE PETIT PRINCE est un récit initiatique.

C’est bien écrit, truffé de passages sublimes sur les thèmes de l’amour, de l’amitié, du courage, de la confiance. Le livre n’a absolument pas vieilli et tous les âges peuvent y puiser de l’inspiration. À lire absolument.

Suggestion de lecture du même auteur : LE PETIT PRINCE


L’auteur Antoine de Saint-Exupéry

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 9 mai 2026

L’ultime expérience

Commentaire sur le livre
de BRUCE BENAMRAM

*Leur idée était donc de mettre au point un système permettant de contrôler ou de modifier la mémoire d’une certaine partie de la population afin de lui retirer du crâne la notion même de subversion ou de rébellion. *

Extrait : L’ULTIME EXPÉRIENCE, de Bruce Benamram. Étion de papier, Flammarion éditeur, 2020, 425 pages. Format audio : Audible studios éditeur, 2021, durée d’écoute : 9 heures 33 minutes. Narrateur : Sylvain Agaësse.

 

LES CLÉS DU PASSÉ

C’est une histoire étrange et complexe. Elle est tellement tirée par les cheveux qu’il est très difficile d’y trouver des éléments crédibles.

Imaginez un instant que votre cerveau reçoit tout le contenu mémoriel d’un autre cerveau. Celui d’un homme sur le point de mourir. Selon une procédure informatique courante, le nouveau contenu écrase l’ancien. Vous avez le même corps avec la mémoire d’un autre. Mais que devient votre personnalité ? Comment votre corps réagira à cette abomination ?

*- Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Demanda-t-elle, incrédule.
-Son profil répondit Sylvain. Il s’est connecté à la machine et a fait une sauvegarde complète de ses propres souvenirs. Toute son histoire se trouve ici, de son premier baiser jusqu’au goût de son repas du réveillon 1976, en passant par chacun de ses brossages de dents. Tout y est. *
(Extrait.)

Toute cette machination est issue d’un savant fou, le docteur André Fournier, complètement dépourvu du sens de l’éthique et dont on ne comprendra les motivations que tard dans le récit. Ce que je peux vous dire, c’est que tout le monde veut sa peau et on se demande jusqu’à la toute fin si quelqu’un l’aura et si oui, qui ??

Pendant ce temps, la pauvre inspectrice Marion Lambert, dont le rôle m’a paru insignifiant dans cette histoire, se trouve devant une inimaginable mystification :  *Elle avait donc une affaire avec une mise en scène d’accident très élaborée, des disparitions inquiétantes, un meurtre sans victime, un nettoyage de scène de crime, le tout sans suspect ni mobile et aucune certitude que Sylvain Guérin soit toujours en vie. * (Extrait)

Le récit s’appuie sur les dérives d’un scientifique tordu et les mécanismes de la mémoire. Malheureusement, il se lance dans toutes les directions et brille par ses imprécisions. C’est plutôt étonnant de la part de l’auteur qui est youtubeur professionnel spécialisé dans le traitement de sujets complexes.

L’idée de départ est originale. Le quatrième de couverture laisse à penser que l’histoire est crédible. Malheureusement, j’ai déchanté dès que j’ai  senti que l’histoire est développée à la façon d’un scénario de film. Le titre est bien choisi car il sous-tend un rêve vieux comme le monde. Le rythme est rapide mis en évidence par des chapitres très courts, peut-être trop, et la plume est fluide. Je ne regrette pas la lecture de ce livre car il contient des trouvailles très intéressantes.

Malheureusement, l’intrigue est en dents de scie. Les personnages sont peu développés et pas très attachants. L’ensemble est froid et sans profondeur. Il a toutefois le mérite de faire travailler l’imagination du lecteur car manipuler la mémoire n’est pas simple.

C’est une histoire compliquée. Un peu trop inutilement. La finale est ouverte mais j’espère qu’on ne donnera pas suite. Beaucoup d’éléments sont de nature à décourager le lecteur, la lectrice. Il eut été plus simple je crois de réaliser directement un film et d’écrire une novellisation par la suite. Ce livre est un brassage d’idées, de science et d’intrigues. Plusieurs de ses trouvailles m’on atteint. Ça pourrait aussi vous arriver.

Suggestion de lecture : POPULATION : 48 d’Adam Sternbergh


L’auteur BRUCE BENAMRAN

DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 8 mai 2026