Les livres de Jimmy Guieu # 2

Commentaire sur la collection SF

2e partie

*<La Maison Blanche a mis en alerte toutes les bases de l’Air Force et des escadrilles de chasseurs ionosphériques dotés de missiles à ogives nucléaires sont prêtes à décoller à tout instant…pour, si possible, intercepter l’engin et le forcer à se poser sur l’une de nos bases militaires. Au cas où il serait … <habité>, M. Barclay, votre concours, en tant que biologiste et en raison de votre odyssée avec mon ami Ronald Morton <au-delà de l’infini>, nous sera très précieux pour étudier les êtres qui, peut-être, se trouvent à son bord. >*

Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, de Jimmy Guieu, Fleuve Noir éditeur, 1952 pour l’édition original. Pour la présente, réédition : Plon-GECEP-Fleuve Noir, 1979, format numérique chez Plon, 146 pages.

Une nuit de réveillon, faite de rires et d’embrassades, un engin mystérieux cinglait vers la Terre. Un engin pacifique qui annonçait pourtant la plus terrifiante des agressions… Jerry Barclay rallierait-il à temps un peuple ami… à plus de deux millions d’années-lumière ?

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-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

*<Cette quatrième expérience prouve surabondamment l’effroyable danger que font peser sur le monde ces folies. Il faut jeter un cri d’alarme et insister. Dans notre papier, sur les risques incalculables que peuvent entraîner ces essais d’armes thermonucléaires.

-Nous pouvons d’ores et déjà en conclure que de nouveaux faits insolites et d’autres disparitions vont vraisemblablement se reproduire…*

(Extrait : LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu, édition originale : Fleuve noir éditeur, 1976, pour la présente, réédition : Plon éditeur-GECEP-Fleuve Noir 1980. Format numérique, 153 pages)

Quand des savants atomistes disparaissent de par le monde et que s’ouvrent des puits insondables engloutissant avions, bases militaires et centres atomiques, il y a tout lieu d’être inquiet, d’invoquer une attaque venue de l’espace… Et l’on peut ainsi se tromper lourdement sur l’origine de la terrible menace…

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-Grand prix du Roman Science-Fiction 1954
-Prix du roman Ésotérique 1969
-Grand Prix du roman S.F. Claude Auvray, 1973

 

La passionnante SF des sixties

C’est la science-fiction d’un autre temps, une autre époque. C’est en effet au milieu du XXe siècle que la SF allait se forger une forte identité. À l’époque, les romans étaient porteurs de science mais il n’y avait pas d’hyper-technologie comme celle qui empreint la SF d’aujourd’hui ce qui la rend moins attrayante pour le jeune lectorat en particulier.

C’est vrai, ces livres ont un caractère vieillot. Mais ils se distinguent par leur caractère visionnaire qui ne se démentira jamais grâce à l’influence de Jules Verne, Isaac Asimov, Georges Orwell, René Barjavel, HG Wells et de plusieurs autres. Ces livres ont une aura particulière. Leur auteur étaient d’abord des créateurs d’atmosphère, puis des inducteurs de mystères et dans une certaine mesure, des sources prophétiques.

Personnellement, je me suis laissé bercé dans une bienfaisante nostalgie, comme je l’ai fait avec l’œuvre de Maurice Limat à qui j’ai consacré mon tout premier article sur ce site en 2012.

Les livres de Jimmy Guieu suivent la tendance de son époque. Les histoires sont brèves, se lisent vite et bien et sautent très vite dans le vif du sujet. Plusieurs de ces récits parlent d’invasion comme L’INVASION DE LA TERRE, un thème très récurent de nos jours :

*Ils perçurent un ronronnement léger et se reculèrent prudemment, levant le nez dans la direction de ce bruit bizarre : des hublots trapézoïdaux apparurent, démasqués par l’escamotage d’une plaque de blindage, à quatre mètres au-dessus du sol. -Attention, lança une voix venant de derrière l’astronef. Un portillon vient de s’ouvrir ! * (Extrait : L’INVASION DE LA TERRE, Jimmy Guieu)

Les auteurs de l’époque ont ouvert un bal, développant des thèmes qui sont encore privilégiés de nos jours : les ovnis, les créatures monstrueuses, le surnaturel, les mondes parallèles, les dérèglements temporels.

Plusieurs thèmes développés dans les années 1950-1970 sont encore aujourd’hui d’une brûlante actualité comme la peur viscérale des armes nucléaires, sujet développé avec une étonnante intensité dans LES ÊTRES DE FEU :

* … Il semble donc bien établi que les nombreuses disparitions d’atomisticiens et électroniciens, les non moins nombreux faits bizarres et inexpliqués que nous enregistrons sur la Terre …depuis le début des expériences atomiques durant ce mois de juillet, sont en corrélation avec lesdites expériences. Il ressort logiquement de ces constatations… dans les jours à venir, nous enregistrerons de nouvelles disparitions de savants et techniciens et que nous assisterons à de nouveaux phénomènes inexplicables. * (Extrait LES ÊTRES DE FEU, Jimmy Guieu)

Aujourd’hui, j’explore avec délice la science-fiction moderne…James Dashner, Richard Morgan, Alexis Aubenque, Catherine Fisher sans oublier George R.R. Martin, Suzanne Collins et beaucoup d’autres mais j’aurai toujours un faible pour la SF des sixties et j’aime à y revenir souvent. Elle a une saveur particulière.

La science-fiction se combine aisément avec la créativité. Jimmy Guieu en est un exemple. Enfin entre la SF du passé et celle d’aujourd’hui, il y a un pont commun : Cette tendance anticipe l’avenir de l’homme et prend parfois un aspect philosophique. Elle annonce presque toujours des temps difficiles et souvent elle a eu raison. La SF appelle à l’imagination et à la raison.

J’explore toutes les tendances littéraires en général mais entre la science-fiction et moi, il y a un élastique.



L’auteur Jimmy Guieu

Suggestions de lecture : Les 25 meilleurs livres de science-fiction de tous les temps, d’après coollibri

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 9 mars 2025

Les livres de Jimmy Guieu, # 1

Commentaire sur la collection SF
1ère partie


Chaleureuses salutations amis lecteurs et amies lectrices. Ceux et celles qui me suivent depuis mes débuts sur ce site savent que je suis généraliste dans mes choix de lectures mais ils savent aussi que j’ai toujours eu un penchant pour la science-fiction.

C’est d’ailleurs avec ce courant littéraire toujours adulé que j’ai inauguré ma série de commentaires avec un article sur la collection sf de Maurice limat (1914-2002) (voir l’article) écrivain extrêmement prolifique qui  a écrit près de 500 livres et fut un des piliers des célèbres éditions fleuve noir.

Celui dont je vais vous parler aujourd’hui fut aussi prolifique sur le plan littéraire que controversé pour ses convictions d’ufologue. Il s’agit d’Henri-René Guilleu. Pseudonyme : JIMMY GUIEU

Henri-René Guieu était un écrivain de science-fiction, ufologue, essayiste, vidéaste et communicateur français. Il a versé aussi dans les romans d’espionnage, policiers et même dans les romans érotiques. Comme Maurice Limat, il a publié abondamment chez Fleuve Noir. Il a emprunté plusieurs pseudonymes.

Outre Jimmy Guieu, il a publié sous le nom de Jimmy G. Quint, Claude Rostaing, Dominique Verseau et Claude Vauzière. Comme ufologue, il était très proche de la théorie conspirationniste en vogue aux États-Unis dans la deuxième moitié du XXe siècle et d’ailleurs encore très actuelle.

C’est de l’écrivain dont je veux surtout parler.

Les avis sur Jimmy Guieu sont très mitigés. Chose sûre, il n’a laissé personne indifférent. Je suis tombé sur ses livres, comme beaucoup de monde, dans les années 1960 et 1970 alors qu’ils étaient partout et bien en évidence avec des couvertures tape-à-l’œil et des titres accrocheurs. La présentation était typique de l’époque et très proche des concepts cinématographiques qui commençait à envahir les écrans.

Moi ça me plaisait beaucoup. Même aujourd’hui, je suis encore accro à ce style devenu vieillot, je dois l’admettre mais qui continue à frapper de plein fouet l’imaginaire des amateurs de sf, spécialement quand il est question de paranormal, d’ovnis et des mystères de l’espace. Guieu croyait dur comme fer aux ovnis et ça transpirait dans son œuvre.

En ce qui me concerne, j’ai lu une trentaine de volumes de la collection SF et pour autant que je sache, comme la collection est quelque peu linéaire, aucun chef d’oeuvre ne figure dans la longue bibliographie de Guieu. J’ai aimé ces livres pour le contexte, la situation et surtout l’atmosphère de chaque histoire, en harmonie avec le mystère, l’intrigue, l’obscur, l’incompréhensible même si le tout rappelle parfois le papier mâché. Guilleu a tout de même frappé mon imagination.

On peut facilement entrer dans l’univers de Guilleu si on surmonte les nombreux irritants qui jalonnent son œuvre. Ici je rejoins la pensée de Richard D. Nolane, écrivain, traducteur, anthologiste et scénariste qui a rédigé un excellent dossier sur Jimmy Guilleu paru en 2004 sur sfmag.net :

À la lecture des romans de Jimmy Guieu, on découvre vite que celui-ci n’est pas un grand styliste et qu’il a un penchant un peu trop prononcé pour les digressions et les explications qui cassent l’action. Quant aux intrigues, il arrive assez souvent que leur déroulement ne soit pas à hauteur de ce que laissait espérer leur début, Jimmy Guieu étant plutôt habile pour capter l’attention du lecteur dans les premiers chapitres. Enfin, les personnages ne sont que très rarement nuancés : les bons sont aussi parfaits que les méchants sont abjects. (Extrait : JIMMY GUIEU, itinéraire d’un franc-tireur de la SF française, Richard D. Nolane, 2004)

Le succès éditorial de Guieu s’explique par le fait qu’il atteint son lecteur avec le pouvoir de faire vibrer ses cordes sensibles et il m’a donné l’impression de participer à l’aventure.

Je poursuivrai dans ma prochaine publication, avec la deuxième partie de mon commentaire sur la collection SF de Jimmy Guieu, deux livres en particulier.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 8 mars 2025

 

NATIVE, livre 1

Commentaire sur
LE BERCEAU DES ÉLUS
de LAURENCE CHEVALIER

*ISABELLE CASTELLANE !
cria l’inquisiteur dont la voix forte fit taire l’assemblée.
-Reconnais-tu devant le peuple les accusations de sorcellerie dont tu fais l’objet ? La femme fixa son bourreau franciscain d’un regard acéré puis toisa la foule massée autour d’elle. Ces gens qui souhaitaient sa mort et dont les yeux fiévreux révélaient le désir impatient d’assister à une exécution…* (prologue)

Extrait : NATIVE, tome 1 : LE BERCEAU DES ÉLUS, de Laurence Chevallier. Format relié : Independantly published éditeur, 2021, 430 pages. Format numérique : Black Queen édition, 2013, 432 pages. Support audio : Audible studio éditeur, 2021, durée d’écoute 9 heures 18 minutes. Narratrice : Ana Piévic.

Gabrielle est une lycéenne de 18 ans, dont une sale rumeur, lancée par son ex, a détruit toute vie sociale. Seule son amie, Olivia, reste fidèle à ses côtés, lorsque deux frères, aussi mystérieux qu’ensorcelants, débarquent au lycée. Gaby découvre alors l’existence des natifs, une élite d’êtres doués d’étonnants pouvoirs dont elle semble faire partie. Destructrice et tentatrice, Gabrielle n’est pas qu’une élue, c’est la seule en son genre…

La maîtrise du pouvoir

Ce livre est le premier opus d’une saga de sept tomes. Je n’ai lu que le livre 1. L’histoire ne m’a pas emballé. Elle est superficielle, manque de profondeur et est beaucoup trop axée sur le sexe à un point que l’histoire est diluée et le fil conducteur est tordu.

Toutefois, si vous passez à travers le premier quart du live, vous pourriez trouvez des éléments intéressants qui pourraient être prometteurs pour les autres tomes. Disons qu’une bonne partie du livre est constituée d’un vigoureux brassage d’hormones qui pourrait plaire au lectorat adolescent quoique j’hésite un peu à classer ce livre *littérature jeunesse* .

Ceci dit, l’autrice tente tant bien que mal, de mettre en place les éléments de la série. Avec l’arrivée des mystérieux frères Valériens dans son lycée, beaux, ombrageux et sexuellement attirants, Gabrielle découvre l’existence des natifs. Ce sont des êtres humains dotés de pouvoirs extraordinaires : télépathie, télékinésie, lévitation et j’en passe.

Gabrielle découvre qu’elle est elle-même une native et apprendra très vite que les natifs se reconnaissent et s’attirent sexuellement entre eux seulement. Prétexte évident de descriptions de nombreuses scènes torrides.

À travers les tribulations des lapins en chaleur, j’ai fini par mieux comprendre la légende des natifs, guerres de clans, lutte de pouvoirs, combats de coqs et au milieu de tout ça, une jeune fille qui se découvre native et dont les pouvoirs pourraient dépasser tout ce qui existe dans l’élite des natifs dont je vous laisse découvrir le but ultime.

Rien de neuf. Variation sur un thème connu. Je n’ai pas trop compris le choix du titre de la série : NATIF, quelle réalité ça représente exactement ?

En ce qui concerne les points positifs, avec les éléments mis en place dans LE BERCEAU DE L’ÉLUE, les prochains tomes s’annoncent meilleurs. Dans le premier quart, l’héroïne est d’une insignifiance navrante mais elle prend par la suite une place beaucoup plus marquante selon une intrigue à évolution en dents de scie. L’écriture est fluide, le style est intéressant.

Le mystère va s’épaississant. Quant à la finale…décevante sur le plan contextuel mais intrigante sur le plan de la continuité. Le fil conducteur est très instable du fait de l’omniprésence de scènes et d’allusions sexuelles.

Enfin, l’idée de base est bonne, il y a quelques trouvailles intéressantes. Je ne regrette pas ma lecture mais je n’irai pas plus loin dans la série.

Suggestion de lecture : LES AILES D’ALEXANNE d’Anne Robillard


L’autrice Laurence Chevallier


La série

Pour parcourir la série NATIVE, cliquez ici

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert

le vendredi 31 janvier 2025

Les ailes d’Alexanne

Tome 1 : 4h44
D’ANNE ROBILLARD

*C’est alors qu’un énorme camion transportant une cargaison de billots de bois fonça droit sur elle… Paralysée, Alexanne assista à la scène cauchemardesque, les yeux écarquillés. À son grand étonnement, en grinçant sur la chaussée, le mastodonte lui traversa le corps, comme si elle avait été un hologramme. *

Extrait : LES AILES D’ALEXANNE, tome 1, 4H44 d’Anne Robillard. Michel Lafon éditeur 2011, format broché, 365 pages. Version Numérique : Guy Saint-Jean éditeur, 275 pages.

Après la mort de ses parents, Alexanne Kalinovsky est confiée à sa tante Tatiana. La vieille dame vit seule dans un immense manoir aux multiples chambres parfumées à l’encens, garnies d’anges et de chandelles. Découvrant l’histoire de ses origines russes et ses propres dons particuliers, Alexanne apprendra toute la vérité sur l’héritage étrange dont son père l’avait tenue éloignée. Pour ceux et celles qui ont apprécié la fabuleuse histoire des Chevaliers d’Emeraude, l’écrivaine crée un univers tout nouveau avec la série Les ailes d’Alexanne. Cette saga explore les phénomènes paranormaux, la guérison spirituelle et les anges. 

Un héritage magique

C’est avec *4h44* que débute le cycle de fantasy LES AILES D’ALEXANNE qui suit des êtres magiques et qui a comme principale héroïne Alexanne Kalinovsky, une jeune fille de 16 ans, sympathique tête dure, qui, après la mort de ses parents est prise en charge par sa tante Tatiana dans les Laurentides.

Graduellement, Alexanne découvre qu’elle possède des dons, certains pouvoirs comme celui de la *double-vue*. Elle accumule les surprises quand elle apprend qu’elle est une fée, comme sa tante, qu’elle a des pouvoirs de guérison et qu’elle peut communiquer avec non seulement les êtres magiques qui peuplent la forêt, mais aussi avec les anges.

Dans ce premier tome de la saga, Alexanne est en apprentissage. Elle apprend de sa tante tout ce qu’elle doit savoir. Mais des événements viendront compromettre leur petit train de vie avec l’arrivée d’Alexei Kalinovsky, l’oncle d’Alexanne qui a toutes les caractéristiques d’un loup. Elle aura aussi le coup de foudre pour un beau jeune homme du village qui s’appelle Mathieu.

J’ai toujours apprécié l’écriture d’Anne Robillard. Elle est fluide, facile à suivre, et souvent touchante. J’ai connu Anne Robillard avec LES CHEVALIERS D’ÉMERAUDE. Cette fois, elle nous entraîne dans quelque chose de différent.

Je pense que l’autrice a tout mis en place pour une série prometteuse. C’est un récit rafraîchissant, plein de candeur, un soupçon de naïveté, de la magie. Le récit ne développe pas tant les fées qui relèvent de la magie que les systèmes de croyances qui relèvent du paranormal : réincarnation, au-delà, lumières mystérieuses, magnétisme, karma, etc.

Anne Robillard démarre sa saga avec de la retenue. Rien de spectaculaire, de tiré par les cheveux. Au contraire, reposant sur des croyances très répandues, l‘histoire est empreinte d’un certain degré de plausibilité. Du fantastique, de la foi et la naissance d’une histoire d’amour. Ça devrait plaire au lectorat adolescent.

Les personnages sont sympathiques et attachants même si certains échappent un peu à ma compréhension faute de précisions. C’est le cas de Mathieu. Le livre manque de détails sur l’origine et le fonctionnement des pouvoirs et établie une différence timide entre la spiritualité et la magie. C’est sa principale faiblesse.

Sinon, l’histoire est très sympathique, développée tout en douceur et sa mission, réussie, soit tout mettre en place pour la suite de la saga avec une bonne injection de *revenez-y*. C’est doux, original, agréablement descriptif et l’heure à laquelle répondent les anges est vraiment une belle trouvaille.

Je recommande la série avec chaleur. C’est tout un univers dans lequel nous plonge madame Robillard. Un heureux mélange de paranormal, de fantasy et d’actuel. Son objectif : permettre à Alexanne de déployer ses ailes.


L’autrice Anne Robillard
une spécialiste des sagas

Bonne lecture
Claude Lambert

le samedi 14 décembre 2024

LES AVIDES

LES DOSSIERS BLACKWOOD, livre 1 de
GUILLERMO DEL TORO et CHUCK HOGAN

Alors qu’il appréhende un meurtrier déchaîné, l’agent Walt Leppo devient inexplicablement violent. Odessa Hardwicke, sa partenaire, n’a alors d’autre choix que de retourner son arme contre lui. La fusillade secoue profondément la jeune femme, mais la présence ténébreuse qu’elle pense avoir vue fuir le corps de son collègue décédé la trouble encore plus. Doutant de sa santé mentale et de son avenir au sein du FBI, Hardwicke accepte une mission apparemment sans envergure : trier les affaires d’Earl Solomon, un retraité du bureau de New York.

Parmi les premiers Noirs engagés par l’organisation dans les années 1960, ce dernier a dû intervenir au Mississippi lors de crimes raciaux dont le caractère maléfique résonne étrangement avec ce qu’Hardwicke vient de vivre. Il la met sur la piste d’un mystérieux personnage nommé Hugo Blackwood, un homme aux moyens énormes qui prétend être en vie depuis des siècles et qui est soit un fou furieux, soit le dernier rempart de l’humanité contre un mal indicible.

*Solomon enfouit son nez et sa bouche dans son coude. Blackwood, lui, n’avait pas l’air incommodé. La chair de l’homme, au niveau du cou, était presque noire de décomposition. Ses yeux étaient fermés, son visage allongé par l’agonie de ses derniers instants. La peau, sur ses poignets et sur sa gorge, avait été abîmée par le frottement des cordes. Mais Blackwood n’avait pas l’air intéressé par ses blessures. -Voudriez-vous m’aider à le retourner s’il-vous-plaît ? *

(Extrait : LES DOSSIERS BLACKWOOD, livre 1 : AVIDES, de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan. Flammarion Québec éditeur, 2021, ISBN 978-2-89077-967-9, édition de papier, 385 pages, photo : Flammarion Québec, quatrième de couverture)

Du policier glauque au fantastique

Comme vu plus haut dans le quatrième de couverture, l’histoire suit Odessa Hardwick, une jeune agente du FBI mise à pied après une enquête ayant mal tourné et qui se retrouve confrontée à des phénomènes paranormaux. Les romans policiers qui font intervenir le paranormal ou la possibilité de paranormal sont courants en littérature et la roue n’a pas vraiment été réinventée ici.

Mais comme Del Toro et Hogan forment un duo d’auteurs que j’aime beaucoup, j’étais vraiment curieux de voir comment les deux plumes allaient se débrouiller avec le mélange de deux genres différents mais qui ont le mystère comme prise commune. Au début, j’étais vraiment plongé dans un thriller puis ça devenait de plus en plus étrange avec le développement de plusieurs temporalités. Donc, on est en présence de plusieurs trames narratives. Ça peut paraître mêlant et ça l’est pour certains passages. Mais c’est tellement agréable à lire.

Del Toro et Hogan sont vraiment deux auteurs talentueux et la conjugaison de leurs talents nous propulsent comme lecteurs dans une dynamique extraordinaire, spécialement quand on connait les goûts occultes de Guillermo Del Toro qui nous a offert entre autres chefs d’oeuvre, à titre de réalisateur LE LABYRINTHE DE PAN et HELLBOY.

LES AVIDES nous font donc plonger dans un univers glauque, sombre, angoissant. L’enquête est tissée serrée. J’ai développé beaucoup d’empathie pour l’agente Hardwick qui doit composer avec des phénomènes qui vont bien au-delà de sa compréhension : une entité qui trimballe sa malignité d’un corps à l’autre, mystères en série, avec une apparence de malédiction anxiogène qui positionne le lecteur aux frontières du paranormal. Mon attention ne s’est à peu près jamais relâchée.

C’est un livre prenant qui va au-delà du thriller, son atmosphère oppressante est une de ses grandes forces et témoignent de cette chimie particulière qui lie les auteurs et les lecteurs. La plume est fortement descriptive je crois bien que Del Toro, homme de cinéma y a mis tout son influence. Mais ici, la force a sa faiblesse, Tout ce qui touche au fantastique est parfois difficile à suivre dans cette histoire.

Autre petit reproche, l’histoire met un temps fou à démarrer. C’est irritant mais soyez patients. Persévérez même si la plume peut paraître parfois lourde. Le meilleur est à venir, Les personnages principaux sont bien approfondis mais les personnages secondaires ont été un peu négligés.

Qu’à cela ne tienne. Avec les Avides, j’ai affronté l’impossible…le genre de lecture qu’on n’oublie pas.

Suggestion  de lecture : LA MÉMOIRE DU LAC, de Joël Champetier


Les auteurs : Guillermo Del Toro (à gauche et Chuck Hogan)

À lire :

La biographie de Guillermo Del Toro
La biographie de Chuck Hogan 
article de presse

Du même tandem

Pour lire mon commentaire sur LA LIGNÉE, cliquez ici

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 21 septembre 2024

 

LES AVENTURES OCCULTES DE LADY BRADSLEY

Commentaire sur le livre de
OLIVIER SARAJA

*…Lady Bradsley soupira de soulagement. Le bandage autour de sa main témoignait du sang qu’elle avait scarifié pour sceller l’âme errante dans un bijou, désormais sous la protection des eaux calmes de la mer de chine. *
(Extrait : LES AVENTURES OCCULTES DE LADY BRADSLEY, 1904-1916, Olivier Saraja, Les Éditions du 38, 2019. 343 pages. Format numérique pour la présente.)

Lady Bradsley est une jeune veuve douée de talents particuliers : elle parle aux morts et décrypte les souvenirs qui imprègnent les lieux qu’elle visite. Elle sillonne le monde du début du XXe siècle, en proie aux rivalités coloniales pour résoudre les mystères occultes qui s’offrent à elle. Mais tandis que le spectre de la première guerre mondiale se profile, comment gèrera-t-elle sa malédiction personnelle ? En effet, Lady Bradsley est elle-même hantée par Henry, le fantôme de son mari, dont l’amour est si fort qu’il transcende les frontières entre les mondes. cette intégrale rassemble cinq aventures. Le monde et ses mystères occultes ne sont pas assez grands pour les talents médiumniques de Lady Bradsley !

Le paranormal de par le monde
*L’activité surnaturelle se montrait telle
que lady Bradsley ne pouvait plus ignorer
cette autre réalité qui se superposait à son
regard. *
(Extrait)

Ce livre est un recueil d’aventures occultes. C’est la première fois que je lis ce genre de livre et j’y ai pris goût dès la première nouvelle. J’ai trouvé le tout intéressant voire original. L’héroïne de ces aventures est Lady Bradsley, une jeune aristocrate, veuve. Lady Bradsley est une spirite, une occultiste. On peut dire aussi voyante même si ça va un peu plus loin.

Elle a un don particulier : elle voit les âmes, ce qui est courant chez une voyante mais surtout, elle perçoit leur détresse, alors que, n’ayant pas repérer ou suivi la lumière, ces âmes errent entre ciel et terre. Parmi ces âmes, il y a celles de son mari, Lord Henry Bradley qui intervient dans chaque aventure, la plupart du temps pour protéger sa femme. Autre élément intéressant qui revient au fil des nouvelles, Lady Bradsley est enceinte d’Henry…une grossesse qui ne finit pas de finir et qui connaîtra un terme spécial…à découvrir.

Enfin, ce qui amène Lady Bradsley à se frotter au monde ectoplasmique à chaque nouvelle, tient au fait qu’elle dirige une petite entreprise d’investigation en occultisme qui lui fait faire presque le tour du monde pour résoudre des mystères occultes, envoyée par les grands de ce côté-ci de l’univers, dont la Couronne Britannique.

Passionnant à suivre d’une nouvelle à l’autre, ce livre n’est pas sans créer dans l’esprit du lecteur des images classiques mais toujours impressionnantes auxquelles nous ont habitué des séries comme POLTERGEIST ou SOS FANTÔMES : apparition d’ectoplasmes, baisses spectaculaires de température, télékinésie, lévitation, apparition d’horribles créatures visqueuses et dégoûtantes, satanisme et j’en passe. Tout ça c’est du déjà vu évidemment mais l’originalité de ces aventures tient dans les interactions entre Lady Bradsley, le monde des esprits et les interventions de l’esprit de son mari, l’infatigable Henry.

J’ai trouvé aussi très intéressant de passer d’un pays à l’autre et à cet égard, le livre est très bien documenté, en particulier sur les traditions, le folklore et les différentes approches du domaine paranormal, superstitions, cultes obscurs et j’en passe. J’ai particulièrement apprécié ce moment passé dans la capitale des Mille et une nuits.

C’est en effet à Bagdad que j’ai vraiment appris à connaître Lady Bradsley qui a elle aussi ses petits secrets et mystères mais qui demeure toujours attachante. Tout comme Henry d’ailleurs, une espèce de grand garçon hyper-protecteur qui continue d’être amoureux fou, même dans son univers occulte.

C’est un bon petit bouquin. L’écriture est fluide mais efficace. C’est-à-dire qu’elle fournit les émotions auxquelles on s’attend lorsqu’il est question de paranormal et de surnaturel, la peur en particulier et ce, que vous croyiez aux fantômes ou pas.

* Surpris par le contact spirituel, l’animal spectral interrompit son geste, mimé par son simulacre sur le plan matériel, leurs deux formes désormais superposées à la vision mystique de la Britannique. La jeune femme supposait que le revenant auquel elle faisait face était le responsable de la triste réputation de la région. * (Extrait) Suivre Lady Bradsley est je crois, s’offrir un agréable voyage.

Suggestion de lecture : NOUVELLES FANTASTIQUES DU XIXe SIÈCLE, collectif

Passionné de science-fiction, de fantastique et de fantaisie, Olivier Sajara a toujours été attiré par les univers imaginaires. Après avoir contribué à l’âge d’or du jeu de rôle en France, il s’est consacré à la découverte de logiciels libres au travers du système d’exploitation GNU/Linux.

Son enthousiasme pour les images numériques (Point à point, vectoriel, synthèse) l’a conduit à écrire de nombreux articles de presse sur ces sujets ainsi qu’un ouvrage de référence sur le principal logiciel libre d’animation et de création d’images de synthèse. Aujourd’hui, à travers ses écrits plus fictionnels, il essaie d’explorer la face sombre de l’humanité pour susciter réflexion, espoir, mais surtout divertissement.

Contenu dans l’intégral

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 17 juin 2023

DEPUIS L’AU-DELÀ, le livre de Bernard Werber

*…l’âme errante du baron remarque l’âme errante de l’écrivain. < Touriste ? Demande-t-il ? -Heu…oui en quelque sorte. Je suis décédé ce matin. -Vraiment ? Alors préparez-vous à beaucoup de surprises. *
(Extrait : DEPUIS L’AU-DELÀ, Bernard Werber, éditeur original : Albin Michel, 2017, papier, 448 p. Version audio : Audible, décembre 2017, narratrice : Carine Obin, durée d’écoute : 13 heures 16 minutes)

Je me nomme Gabriel Wells.
Je suis écrivain de romans à suspense. Ma nouvelle enquête est un peu particulière car elle concerne le meurtre de quelqu’un que je connais personnellement : Moi-même.
J’ai été tué dans la nuit et je me demande bien par qui. Pour résoudre cette énigme j’ai eu la chance de rencontrer Lucy Filipini. En tant que médium professionnelle, elle parle tous les jours aux âmes des défunts. Et c’est ensemble, elle dans le monde matériel, moi dans le monde invisible, que nous allons tenter de percer le mystère de ma mort.

Un esprit à la rescousse
*…<j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Vous
préférez que je commence par laquelle ? – La bonne.
répond Gabriel, passablement irrité. – Je vous ai
menti. Vous n’êtes pas malade. -C’est déjà ça. Et la
mauvaise alors ? -La mauvaise, c’est queeee…vous
êtes mort. *

Voici l’histoire de Gabriel Wells, écrivain, petit neveu d’Edmond Wells qui signe l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu imaginé par Werber et qui est récurrente dans son œuvre, des extraits de l’encyclopédie faisant office d’introduction de plusieurs chapitres.

Une nuit, Gabriel se couche, s’endort et ne se réveillera jamais, ou plutôt si, mais dans l’autre monde, devenu âme errante. De chez les vivants, une médium qui vient à sa rencontre, Lucie Filippini, apprend à Wells qu’il est mort. Ce dernier finit par comprendre qu’il a été assassiné, empoisonné. C’est dit. Wells n’aura de paix que lorsqu’il découvrira qui l’a tué.

Débute alors une enquête complexe menée par le plus improbable des duos d’enquêteurs : une vivante qui communique avec les morts aussi aisément qu’avec des amis qui boivent un verre dans un bar, et un mort, fantôme, âme errante qui ira de surprise en surprise jusqu’à ce qu’il découvre que son assassin est le personnage le plus improbable qui soit.

Vous reconnaîtrez aisément la signature de Werber. Si vous avez lu LA TRILOGIE DES FOURMIS, vous vous demanderez peut-être dans quel monde vous avez atterri. L’après-vie imaginé par Werber rappelle une énorme machine administrée par des fonctionnaires. Je souhaitais au moins un brin d’originalité comme dans les THANATONAUTES ou une certaine essence dramatique comme dans le PAPILLON DES ÉTOILES mais j’ai été déçu.

Werber a misé sur la spontanéité allant jusqu’à exploiter l’écriture automatique, ce qui a donné un récit sans style, une histoire abracadabrante, tirée par les cheveux, sans direction, sans matière à réflexion avec peu ou pas d’essence philosophique et une finale fabulée et sans saveur. À la rigueur, c’est délirant, au pire, ennuyant.

L’ouvrage a quand même des points forts. Je pense à son humour…parfois lourd, parfois noir… : *Le monde est ironique. Je suis mort au moment même où j’avais décidé de rester en vie le plus longtemps possible…* (Extrait) parfois de nature à alléger un peu le texte… : *Cela fait partie des petits inconvénients d’être mort, on ne peut pas demander d’autographes aux célébrités qu’on rencontre dans l’au-delà. (Extrait)

Autre élément encore plus intéressant, l’histoire est développée dans l’univers des écrivains et de la littérature. Werber ne se gêne pas pour faire la promotion du livre en disant, par la bouche d’un de ses personnages que TOUTES les littératures sont dignes d’être défendues en partant du principe qu’aucun livre n’est foncièrement mauvais surtout si on applique un juste rapport de forces et de faiblesses. Ce n’est pas pour me déplaire.

Pour terminer, j’ai beaucoup aimé le clin d’œil fait par l’auteur à ces critiques littéraires tout droit sortis de la cuisse de Jupiter, pontifiants et imbus et qui oublient que le public a le dernier mot. Par exemple, les critiques en général ont plutôt levé le nez sur l’œuvre de Werber. Pourtant, Werber est un des auteurs français les plus lus dans le monde.

Il y a une petite odeur de règlement de compte mais quand-même, Bernard Werber continue de s’interroger sur les mystères de la mort et le don de médiumnité mais il le fait dans DEPUIS-L’AU-DELÀ avec une telle légèreté que ça frôle la dérision. Il y a quelques trouvailles, une suite dans les idées mais peu de profondeur et des personnages pas très fouillés. Le livre n’est pas sans qualité mais Werber a montré qu’il pouvait faire beaucoup mieux. Quant à la version audio, j’ai trouvé la narration de Karine Obin,  ennuyante et soporifique. Rien pour mettre le récit en valeur.

Suggestion de lecture : L’ÉTRANGE DISPARITION D’AMY GREEN, de S.E. Harmon

Bernard Werber fait ses premières armes dans un journal de Cambrai aux rubriques en tout genre, avant de gagner le prix de la fondation News du meilleur jeune reporter qui lui permet de financer son premier vrai grand reportage. A son retour, il devient journaliste scientifique au Nouvel Observateur où il reste 7 ans. Son enquête sur les magnans va lui inspirer son premier roman, Les Fourmis, qui connaît dès sa sortie en 1991, un succès immédiat. Succès qui ira croissant au fur et à mesure de la parution de ses livres (près d’une vingtaine : romans, nouvelles, pièce de théâtre…). Les livres de Bernard Werber sont traduits dans une trentaine de langues.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert

IL NE FAUT PAS PARLER DANS L’ASCENSEUR

Commentaire sur le livre de
MARTIN MICHAUD

*Lorsque les yeux aspirent la mort,
ils ne reflètent que le vide. Je ne
peux me représenter un tel vacuum.*
(Extrait : IL NE FAUT PAS PARLER
DANS L’ASCENSEUR, Martin Michaud,
Coup d’œil éditeur, 2017, 400 pages.
Version audio : Audible Studios éditeur,
2018, durée d’écoute : 9 heures 57.
Narrateur : Louis-Karl Tremblay.)

Après vingt-quatre heures dans le coma, une jeune femme se lance à la recherche d’un homme qui, contre toute attente, ne semble pas exister. Alors que la police de Montréal se concentre sur une étonnante affaire de meurtres dont les victimes sont retrouvées dans des conditions similaires et déroutantes, un chasseur sans merci a choisi d’appliquer sa propre justice, celle où chacun doit payer chèrement pour ses fautes.
Une recherche de la vérité qui révélera trois vies aux destins inattendus et entremêlés. Suivez Victor Lessard, un enquêteur de la police de Montréal tourmenté et rebelle, dans une affaire aux rebondissements troublants

Une vérité pour trois vies
*J’ai inscrit à la hâte sur le bout de papier
les cinq mots qui me carbonisaient l’esprit :
<naturel> <asile> <moi> <mur> <roi>*
(extrait)

Quelle lecture ! Je n’ai jamais vu le temps passer et pour cause…IL NE FAUT PAS PARLER DANS L’ASCENSEUR est un polar nerveux, rythmé et intrigant dans lequel l’auteur a même ajouté une petite touche paranormale. Je vais y revenir. Autre point intéressant. Ce livre est le premier qui met en scène l’inspecteur Victor Lessard d’autres suivront. Je n’ai pas lu les livres dans l’ordre. C’est pourquoi je retrouve, et avec plaisir ce fougueux personnage.

L’intrigue est complexe mais son développement est doté d’un fil conducteur solide qui rend sa lecture confortable et passionnante : un tueur sans pitié décide d’exécuter trois personnes, essentiellement pour appliquer le vieux principe qui veux que chaque personne doit payer pour ses fautes. Les deux premières personnes sont tuées mais dans le cas de Simone Fortin, les choses ne se passent pas comme prévues pour le tueur.

Simone Fortin est happée par la voiture du tueur. Elle passera 24 heures dans le coma et deviendra inatteignable jusqu’à la finale où là encore les choses ne se passeront pas comme prévues pour le chasseur. Celui-ci abandonnera sa voiture avec un cadavre dans le coffre. Cette voiture sera volée par nul autre que le fils de l’inspecteur Victor Lessard, Martin qui fait partie d’un réseau de vols d’autos.

Pour quelles fautes les victimes doivent-elles payer? Victor et ses collègues feront des découvertes étonnantes au cours de l’enquête dont un secret profondément enfoui dans l’esprit de Simone Fortin qui incidemment, fera une expérience de décorporation pendant son coma et développera un sentiment pour un homme appelé Miles, lui aussi dans le coma.

Une rencontre de deux esprits, pas vraiment intimement liée à l’enquête, mais ça ajoute au mystère et ça fait partie d’un lot de surprises et de curiosités comme l’implication de Martin Lessard dans les évènements. Toute l’histoire reposera sur deux éléments:  le mystère entourant le passé de Simone Fortin qui échappe au modus operandi du tueur. et la force de caractère du personnage principal : Victor Lessard.

Victor Lessard est un caractériel, flic jusqu’au bout des ongles, alcoolique abstinent qui se bat contre d’interminables brûlements d’estomac qui le poussent à boire le Pepto-Bismol au goulot. Pratiquement toujours en chicane avec sa hiérarchie, Lessard est souvent victime de son caractère. Il est spontané, parfois brutal. Les qualités du personnage s’imbriquent dans ses défauts. Il a parfois le comportement d’une âme frustrée, privée de sa compagne de vie décédée.

Lessard est capable d’être un parfait mufle et devenir, le temps de se retourner, un gentil nounours gauche et tendre. Il y a des moments dans le récit où il m’a enragé et beaucoup de moments où il m’a fait rire. Mais en tout temps, ce personnage, pépère en apparence, est un opiniâtre, tenace, perspicace…un sympathique têtu. Comment ne pas le trouver attachant.

C’est une excellente histoire. La plume est directe et efficace et la palette de personnage extrêmement intéressante. Ces personnages sont intelligemment développés avec des profils individuels complets. Une toute petite ombre : le lien avec le titre du livre est flou et peu recherché. Il est exposé à deux reprises dans le texte, ce sera à vous de juger.

L’intrigue a un petit caractère déroutant. Elle est entretenue de façon à dévoiler au grand jour l’identité du tueur dans les toutes dernières pages. Le texte donne l’impression de plusieurs récits qui s’imbriquent mais l’auteur a bien soigné la cohérence de l’ensemble et j’ai trouvé le tout crédible. Ajoutons à cela une très bonne narration de Louis-Karl Tremblay.

Un polar comprenant du rythme, de l’action, des rebondissements et même une petite touche de surnaturel…je le recommande sans hésiter.

Suggestion de lecture : LE MYSTÈRE DES JONQUILLES, d’Edgar Wallace

Né à Québec en 1970, Martin Michaud est avocat, musicien, scénariste et écrivain. Lauréat du prix Arthur-Ellis 2012 et du Prix Saint-Pacôme du roman policier 2011, il est qualifié par la critique de « maître du thriller québécois ».

Pour lire mon commentaire sur LA CHORALE DU DIABLE de Martin Michaud, cliquez ici.

Pour lire mon commentaire sur VIOLENCE À L’ORIGINE de Martin Michaud, cliquez ici

VICTOR LESSARD À LA TÉLÉVISION

Victor Lessard est une série télévisée québécoise créée par Martin Michaud d’après ses romans Je me souviens et Violence à l’origine, et mise en ligne depuis le 14 mars 2017 sur le Club Illico, puis à la télévision à partir du 31 janvier 2018 sur addikTV . Patrice Robitaille incarne Victor Lessard. (photo)

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 10 décembre 2022

LES SORCIÈRES DE SALEM, Millie Sydenier

Tomes 1 à 6

*Au XVIIe siècle, il s’est produit à Salem des évènements
dramatiques dont je me suis inspirée pour créer cette
série. Mais qui sait ? Peut-être que l’histoire telle que
nous la connaissons cache en son sein des éléments
que nous ne sommes pas en droit de connaître*
(Extrait : avant-propos, LES SORCIÈRES DE SALEM t.1
LE SOUFFLE DES SORCIÈRES, Millie Sydenier, ABS multi-
média éditeur, durée d’écoute de la série : 30 heures,
narratrice : Marina Graf)

Livre 1 : Le souffle des Sorcières
Livre 2 : La confrérie de la clairière
Livre 3 : La Prophétie de Bajano

Résumé des livres

Livre 1 : Automne 1692. Dans un petit village près de Boston, Abigail et Betty mènent une vie tranquille. Tout bascule lorsque leur père, Samuel Parris, engage une nouvelle domestique nommée Tituba. D’étranges événements semblent se produire en la présence de cette femme mystérieuse . Un climat de peur s’installe.  La sorcellerie est dans tous les esprits. Une délégation d’inquisiteurs arrive à Salem et les arrestations commencent. Or, Abigail et Betty se découvrent elles-mêmes des pouvoirs magiques qu’elles peinent à contrôler. Tituba prendra les deux jeunes filles sous son aile et leur enseignera les rudiments de la magie. L’inquiétude est générale dans le village et les condamnations pour sorcellerie se multiplient.

Livre 2 : Avec l’appui de leur domestique Tituba, les jeunes filles parviennent à rassembler une vingtaine de femmes terrorisées. Elles sont toutes en danger : les inquisiteurs les traquent sans relâche. L’ensemble de la population vit dans une terrible ambiance de délation. Mais fortes de leur association, les sorcières de Salem pratiqueront leur art dans le plus grand secret, pour se préparer à se défendre et à survivre…

Livre 3 : Dans un excès de folie, Patton, le chef des inquisiteurs, se lance dans des arrestations massives, ne laissant aucune chance à ceux qu’il capture. Tous les habitants du village se terrent maintenant dans la clairière, d’où Abigail, Betty, Ezra et Tituba mènent la résistance. Mais un vent de révolte souffle sur la clairière et oppose du coup les filles Parris.

Livre 4 : Grâce à un ensorcellement complexe issu de la magie noire, Tituba s’en prend à trois sorcières et les transforme en esclaves. Les sorcières de Terwik, qui pensaient que cette magie avait disparu avec son créateur, Bajano, ne peuvent rien contre un tel pouvoir. Quel sort attend la communauté des sorcières de Salem ?

Livre 5 : La bataille finale se met en place et les deux camps se préparent avec acharnement. Plus décidées que jamais, la Confrérie de la Clairière et l’Alliance de Terwik s’organisent pour faire face au conflit. 

Livre 6 : Afin de partir à la recherche de la redoutable Tituba, les Sorcières de Salem et leurs alliés doivent rassembler Les pierres d’Éops, mais avant tout, retrouver Harvey, Jack et Joshua, les anciens compagnons d’Ezra. Cette quête les conduira jusqu’en Angleterre, là où tout a commencé. Pendant ce temps, un sorcier du nom de William, se montre sympathique à la cause des sorcières. L’ancien clan se réunit pour se rendre à la Barbade, où il se mesure à Tituba dans un affrontement ultime.

Un plongeon dans le paranormal
*…il avait entendu de nombreuses histoires sur ce
village qui vivait depuis des mois sous le joug
d’inquisiteurs brutaux et cruels. Mais il n’avait
jamais pensé que Samuel serait resté dans cet
endroit après la condamnation de femmes
accusées de sorcellerie. *
(
Extrait, tome 4, L’ALLIANCE DE TERWIK)

C’est une série très intéressante qui a pour cadre SALEM, petit village du Massachusetts, théâtre d’un épisode sombre et triste de l’histoire américaine. J’ai passé de très belles heures à écouter ce récit malgré certains irritants. J’en profite ici pour commenter en un tout, les six épisodes. Évidemment, six épisodes pour plus d’une trentaine d’heures d’écoute, c’est très long surtout quand une série cible particulièrement les adolescents.

Commençons par les points positifs. La grande force de cette série, la première je dirais, c’est Marina Graf qui m’a émerveillé par ses capacités vocales, adaptées pour chaque personnage principal, autant féminin que masculin.

Même si les acteurs sont ados, dont la voix est en plein développement, c’est un énorme défi relevé par madame Graf qui a cette capacité de promener l’auditeur et l’auditrice d’une émotion à l’autre transmettant selon les besoins du récit, la rage, la peur, la menace, la joie, la peine, le défi, la souffrance et j’en passe. Chapeau pour cette excellente narration.

Il y a des passages très violents dans cette histoire mais l’auteure n’a pas versé pour autant dans le gore ou le sensationnalisme. La langue est riche. Les personnages sont bien définis et plusieurs ont du mordant. Il y a des rebondissements, des revirements, beaucoup de passages très intenses.

L’auteure a bien travaillé la reconstitution de l’époque où Salem a été pointé du doigt par le monde entier, vers la fin du XVIIe siècle. C’est un portrait très intéressant de l’obscurantisme qui a marqué cette époque. Peut-être même cette tragédie a-t-elle contribué à sortir le monde de cet obscurantisme. Millie Sydenier s’est basée sur des évènements étranges survenus à Salem et qui, dans un contexte préalable d’agitation sociale ont poussé les autorités à accuser des femmes d’être des sorcières. Voilà pour la partie historique.

Le reste est de la fiction et l’auteure le précise au début de chaque épisode. Les inquisiteurs dont  il est question dans l série n’ont rien avoir avec l’Église. Ce sont des espèces de policiers appelés hommes en noir, dirigés par un psychopathe. Le personnage le plus travaillé et le plus abouti est sans doute Tituba, la barbadienne par qui tout a commencé.

Le récit est sensiblement affaibli par des longueurs, ce qui arrive souvent dans les séries. L’auteure aurait pu se limiter à 25 heures de narration au lieu de 30. L’histoire est longue à démarrer. Les fameux évènements étranges qui ont déclenché la chasse aux sorcières ne sont ni bien définis ni bien développés. 

Le récit souffre d’un léger manque de crédibilité. Même la musique est empruntée, ce que j’ai trouvé plutôt ordinaire. Si l’affrontement entre les sorcières et les inquisiteurs est fort bien développé, entre autres grâce à la danse du chapardeur, l’affrontement final avec Tituba m’a semblé un peu bâclé. Je crois que dans l’ensemble, le rapport de forces et de faiblesses est acceptable.

Ces éléments de faiblesse ne seront peut-être pas un frein pour les jeunes avides de magie et d’aventure. En général, j’ai bien apprécié l’écoute des six épisodes.

Suggestion de lecture : LE SORCIER, de David Menon

Millie Sydenier écrit depuis toujours.

En 2009, après trois années d’études en Lettres Modernes, elle décide de vivre pleinement de son écriture et de réaliser un rêve d’enfant…vivre au Canada. Elle est originaire de Villars-les-Dombes, une commune française de la région de l’Auvergne.

Elle est retournée depuis dans son pays natal, mais garde un merveilleux souvenir de son passage à Montréal !

Marina Graf est chanteuse, pianiste, comédienne voix off, formatrice en piano et narratrice. Elle anime également une chaîne youtube qui donne des astuces pour mieux comprendre la musique. On peut suivre Marina Graf sur son site internet. Cliquez ici.

Bonne écoute
Claude Lambert
Le samedi  4 juin 2022

 

 

L’ÉTRANGE DISPARITION D’AMY GREEN

Commentaire sur le livre de
S.E. HARMON

*Sans surprise, l’esprit ne se reflétait pas dans le
miroir des portes. Et je ressemblais exactement
à ce que j’étais : un fou se parlant à lui-même.*
(Extrait : L’ÉTRANGE DISPARITION D’AMY GREENE,
Les enquêtes extra-lucides de Rain Christiansen, tome 1.
MxM Bookmark éditeur, 2018, format numérique, 441
pages, 4028kb)

L’agent spécial Rain Christiansen est devenu la honte de l’Agence. Alors quand son patron lui offre une dernière chance de se racheter, Rain n’hésite pas à se rendre à Brickel Bay et à se montrer sympa avec la police locale pour résoudre l’enquête qui lui a été confiée. Et ses visions ? Du passé ! Même si ça le tue. La dernière intervention du détective spécialisé dans les Affaires Classées, Daniel McKenna, est en train de stagner. Cinq ans plus tôt, la lycéenne Amy Greene a disparu et n’a jamais été retrouvée. Daniel est heureux d’avoir enfin l’aide du FBI, même s’ils envoient son ex. Avec des fantômes à tous les coins de rues et une affaire au point mort, Rain aura du souci à se faire.

Celui qui voit des fantômes
*-Christiansen, vous êtes un excellent agent, mais vous
me posez un véritable problème. J’essaye encore de
comprendre pourquoi, par tous les diables, vous seriez
allé leur donner un message de leur fille décédée,
«Parce que son putain de fantôme refusait de me
foutre la paix, tout simplement» *
(Extrait)

Ce livre est un mélange de genre : romance, érotisme qui frôle parfois la pornographie. Ce n’est pas à proprement parler un thriller…je n’ai pas été cloué à mon siège. Disons que c’est une intrigue policière qui ne réinvente pas la roue, mais qui a au départ un fort potentiel de développement. L’histoire tourne autour de Rainstorm Christiensen, devenu la honte du FBI à cause de sa capacité à voir et communiquer avec les âmes des défunts.

Appelons cela les fantômes. Rainstorm est un personnage attachant. Je l’ai trouvé drôle et sympa. Son nom est particulier…Rainstorm, surnommé Rain. Et dire que sa mère a failli ajouter Moonbeamer à son nom. Et imaginez…la sœur de Rain s’appelle Skylar, surnommée Sky. Il aurait été intéressant de connaître le profil de la mère, mais il faut s’en passer.

Disons que cette petite excentricité donne le ton à une histoire légère,  avec un petit côté humoristique et beaucoup de sexe. Rain est gay et il enquête sur la disparition, cinq ans plus tôt d’Amy Green à titre de consultant dans la brigade des affaires non résolues. Il travaille avec son ex, Danny, avec lequel il est en train de renouer. Sur le plan physique, ça saute aux yeux.

Le roman est très axé sur le don de Christiansen. Il communique entre autres avec un fantôme nommé Ethan. Il faut donc retenir que la justice pourrait avoir, grâce aux dons médiumniques de Ray, de précieux auxiliaires. L’histoire est développée en ce sens donc sur le plan de l’intrigue, le livre est intéressant.

L’histoire est bien ficelée, mais elle est quelque peu prévisible et malheureusement, elle est noyée, ou tout au moins fortement diluée dans des descriptions détaillées et crues de scènes de sexe pour le moins torrides entre Rain et Danny. Ici, on va un peu au-delà de l’érotisme. De ces scènes, il y en a plusieurs et ça brise le fil conducteur. Il est difficile de rester concentré sur le véritable objectif de l’histoire.

Et même quand on revient à l’enquête comme telle, il est très souvent question de la libido de ces messieurs qui ont un petit côté tordu. Si on enlevait le sexe, et ça ferait un paquet de pages en moins, dans un roman qui n’est déjà pas long, on aurait le développement d’une enquête intéressante qui pousse le lecteur au raisonnement.

Donc le développement de l’enquête est en saccade. Il y a quelques rebondissements. La finale est aussi bien imaginée quoiqu’elle aussi généreusement saupoudrée de désir et d’un évident accent fleur bleue, mais elle m’a plus et elle ouvre la voie à une suite. D’autant qu’elle véhicule une idée qui rappelle la série X FILES et qui nous pousse à réfléchir sur le statut des médiums. Selon Wikipédia, On nomme médium une personne qui serait sensible à des influences ou à des phénomènes non perceptibles par les cinq sens.

Des suppositions avancent que les médiums percevraient les manifestations de l’au-delà, ou bien des esprits. Mettons de côté le charlatanisme et supposons que les esprits nous entourent, mais incapables de communiquer avec nous sauf par un canal précis : un médium. Ça justifierait la création de ce qu’on pourrait appeler la brigade paranormale. X FILES nous a habitué à cette idée mais la série ne l’a jamais développé directement, du moins à ma connaissance.

Je l’ai dit plus haut, cette histoire ne réinvente pas le genre. Même si je suis un peu mitigé quant au fait de recommander ce livre, j’ai aimé suivre l’évolution d’un policier médium dans son enquête et j’ai aussi apprécié que l’auteure, S.E. Harmon ne sombre pas dans la facilité en donnant tous les pouvoirs aux spectres. Le roman est en dents de scie et s’adresse à un public averti.

Suggestion de lecture : LA DISPARITION DE MICHEL O’TOOLE, collectif québécois

Il semble que madame Harmon n’apprécie pas être photographiée. Pour ce qui est de sa biographie, il y en a bien une brève, peu signifiante. La même rengaine est répétée sur à peu près tous les sites. Il y a bien un petit portrait d’auteur publié par Bookmark, le genre question sérieuse, réponse télégraphique. Si ça vous intéresse, cliquez ici. Ça me désole toujours un peu quand un auteur se cache.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 10 avril 2022