NOA, de Marc Levy

*La cupidité est une tare que l’on peut pardonner, mais trahir son pays pour de l’argent, c’est un acte inacceptable. Le XXIe siècle est l’histoire de la victoire progressive de la démocratie sur les idéologies fascistes, communistes et nationalistes, le XXIe siècle est l’histoire inverse. *

Extrait : NOA, de Marc Levy. Versions papier et numérique:  Robert Laffont/Versilio éditeur, 2022, 367 et 332 pages.  Version audio : Lizzie éditeur, 2022, durée d’écoute : 7 heures 43 minutes. Narratrices : Audrey Sourdive et Marie Bouvier.

9 hackers combattent un dictateur.

Des vies sont en danger.

Une reporter d’investigation va s’infiltrer en terrain ennemi.

Le temps est compté.

Le Groupe 9, plus uni que jamais, repart en mission.

L’avenir de tout un peuple est en jeu.

Le pouvoir du hacking

NOA est un drame d’espionnage extrêmement bien ajusté à la réalité géopolitique des années 2021-22 et 23. Peut-être même trop selon une partie de la masse critique. Mais moi, j’ai passé un bon moment.

Une entité que je vous laisse découvrir, crée un groupe de 9 hackers qui doivent s’infiltrer dans un vaste complot international visant à détruire les démocraties. Le tout premier membre recruté fut une femme appelée NOA. La mission des 9 : utiliser leur génie technologique pour empêcher les russes d’arriver à leur fin.

Dans ce troisième tome, les 9 veulent protéger un reporter d’investigation infiltré en Biélorussie où le dictateur Loutchine met le pays à feu et à sang pour s’enrichir, foulant du pied le moindre droit humain.

Pas besoin d’être sorcier pour deviner que Loutchine est en fait le nom compressé de deux despotes tristement célèbres : Loutchenko, dictateur biélorusse et Poutine président de la fédération de Russie.

Même si le roman a été écrit avant l’invasion de l’Ukraine, le récit fait référence à des évènements qui ont fragilisé le monde, mettant à mal, l’équilibre géopolitique, la liberté de la Presse, les droits de la personne.

Dans ce roman aux multiples facettes, ce n’est pas l’action qui manque et elle se déroule partout dans le monde. Toutes les recettes du genre sont réunies : dessein hégémonique, meurtres à glacer le sang, énigmes, poursuites sans oublier ce qui fait la grande force du récit : une incroyable technologie de pointe dans laquelle se déploient les génies du piratage.

C’est riche en rebondissements, en revirement, en action, en vitesse et en trouvailles de toutes sortes. C’est un récit électrique qui se dévore et qui n’est pas sans rappeler les grands *James Bond* du cinéma.

Les petites faiblesses maintenant… la principale n’est pas forcément une faiblesse. Ça dépend de vos attentes et de la perception que vous avez eue des deux premiers tomes.

Ici, Marc Levy nous rapproche beaucoup trop d’une réalité alors qu’habituellement, il nous en éloigne. J’avais parfois l’impression de lire un grand reportage. Moins romanesque, plus réaliste. Moi ça m’a plu.

Il y a beaucoup de personnages. La galerie est même imposante. Il est facile de s’y perdre. Je note aussi dans la série un certain essoufflement…quelques idées qui s’étirent ou se répètent. Enfin toute bonne chose a une fin. De toutes façons, ça n’arrêtera pas les inconditionnels des nouvelles technologies.

J’ai trouvé fascinant le déploiement d’imagination dont l’auteur a fait preuve dans cette histoire. C’est un livre qui fait beaucoup réfléchir sur les effets de l’hégémonie, les droits humains et sur la valeur de la vie humaine…des grands principes dont les besoins de domination et de pouvoir ne s’encombrent pas tellement.

Une très bonne lecture.

Suggestion de lecture : LE CRÉPUSCULE DES DIEUX, de Stéphane Przybylki


L’auteur Marc Levy

Autres livres de Marc Levy

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 15 mars 2025

Une rose au paradis

Commentaire sur le livre de
RENÉ BARJAVEL

Une gigantesque manifestation réunit des milliers de femmes enceintes venues dénoncer les effets de la bombe U. Mais il est trop tard… Le cataclysme se déclenche. La planète Terre est réduite à néant. Cependant, Lucie, l’une des manifestantes, échappe mystérieusement à la déflagration.

Seize ans plus tard… elle vit avec son mari et ses enfants dans un univers étrange où le temps n’existe plus, où il suffit d’appuyer sur un bouton pour obtenir vêtements et nourriture. Au centre de ce mystère… l’énigmatique monsieur Gé. Serait-il un dieu ?

 

L’important c’est la rose

Contexte : La course aux armements est effrénée. Le génie destructeur de l’homme a fini par inventer l’utopique bombe universelle, commodément appelée la bombe U : très accessible, pas chère, petite dimension et surtout effroyablement puissante. La bombe atomique est un pétard à mèche à côté de la bombe U.

Tous les pays du monde ont la bombe U. Ce que le monde ne sait pas, c’est que l’explosion d’une seule bombe provoquera, par résonnance, l’explosion de toutes les bombes du monde. Le jour où la terre s’embrasa, Henri et Lucie Jonas, sur le pont d’accoucher de jumeaux, s’enfouirent profondément à trois kilomètres sous terre en compagnie de l’énigmatique monsieur Gé qui a conçu et financé une arche capable de garder en vie 5 personnes et de répondre à tous leurs besoins pendant 20 ans.

L’histoire commence dans l’arche puis, rapidement, fait un bond en arrière pour bien comprendre l’origine, les espoirs et les motivations des personnages puis, retour dans l’arche où la question est de savoir si la petite communauté tiendra 20 ans dans ce vase clos, avec plantes et animaux endormis et s’ils en sortent, ce sera dans quelles conditions.

C’est du grand Barjavel. Visionnaire, tragédien, philosophe, poète, tendance à la dystopie. Son écriture est simple, très directe et ses personnages très recherchés. J’ai eu en particulier beaucoup de plaisir à sonder l’obscur monsieur Gé qui donne au récit pourtant très simple un caractère mystérieux. L’histoire comme telle véhicule du déjà vu. Encore du post-apocalyptique. Ce n’est pas ce que Barjavel a écrit de plus original et pourtant, j’ai été fasciné par les trouvailles qu’il a imaginées dans la création de l’arche, de son environnement et de l’interaction des personnages, pouvant sembler par moments immorales mais nécessaires dans un contexte d’avenir.

J’ai du bon tabac…dans ma tabatière

L’auteur n’a pas manqué d’imagination en créant par exemple un synthétiseur pour fabriquer les repas, essentiellement du poulet. Essayez ça pendant 20 ans. Quand c’est l’heure du repas, la cloche est remplacée par une voix qui scande J’AI DU BON TABAC. Je pense aussi aux enfants qui ont grandi et ont appris à lire dans les fables de Jean de La Fontaine, sans compter le problème majeur que posera une relation incestueuse entre les jumeaux.

J’ai été surtout fasciné par la rose, omniprésente dans l’histoire et que je défini comme le fil conducteur du récit, un trésor symbolisant l’espoir et la continuité un peu comme dans LA TOUR SOMBRE de Stephen King ou le ka-tet doit protéger la rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magie et de pureté. <Voir MAGIE ET CRISTAL, le dossier de Lou Van Hille>

Peu importe les évènements, l’action, les égarements, certaines longueurs, la rose m’a toujours gardé sur le sentier d’une histoire attractive et liée à des mythes vieux comme le monde comme l’Arche de Noé sans oublier ADAM ET ÈVE puisqu’il est question de repeuplement dans cette histoire.

Ce n’est pas le meilleur de Barjavel. Je préfère, de loin, LA NUIT DES TEMPS ou mieux encore, RAVAGE. Mais j’ai quand même apprécié UNE ROSE AU PARADIS… avant-gardiste, prophétique, idéologique. C’est bien écrit, les personnages sont attachants et il y a toujours cette touche d’espoir qui caractérise les œuvres de Barjavel. Et puis…je suis très sensible aux roses…

Suggestion de lecture : CHRONIQUES POST-APOCALYPTIQUES D’UNE ENFANT SAGE, d’Annie Bacon


L’auteur René Barjavel

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 15 février 2025

ÉTERNELLE ODYSSÉE

Commentaire sur le livre de
A.F. LUNE

*Les souvenirs prennent possession de moi et oblitèrent la réalité. Les cristaux mémoriels greffés dans mon cerveau libèrent images, sons, odeurs et sensations, et me les imposent en m’incarnant dans un autre présent. Le temps subjectif. La seule vraie mesure temporelle. Le problème quand cela survenait, c’est que tout me revenait avec clarté, mais en bloc. En quelques minutes, je revivais une compression de plus de trois mille ans de vie sur mes cinq millénaires d’existence. *

(ÉTERNELLE ODYSSÉE, A.F. Lune, format numérique, Noir d’Absynthe éditeur, 2019, 666 kb, 446 pages)

Harms Moyser est un soldat Lycaon engagé sur le Prétorien, vaisseau spatial amiral de la flotte humaine. Au cours d’une bataille contre les Enkidous, l’ennemi héréditaire de l’humanité, le vaisseau est happé par une tempête stellaire et doit se poser en catastrophe sur une planète inconnue.

L’équipage y découvre des hommes, au stade de civilisation antique, qui les prennent pour des dieux. Et si ces derniers n’avaient pas tort ? Un texte unique, au carrefour entre Planet Opera et Tragédie grecque, véritable relecture des mythes antiques où dieux et hommes sont les jouets d’un Destin implacable.

De Homère à Lune

ÉTERNELLE ODYSSÉE est une œuvre qui verse dans le plus pur style de la littérature de l’imaginaire. Ce n’est d’ailleurs pas l’imagination qui manque dans cette histoire qui est un mélange de science-fiction et de croyances, de fantastique et de décors futuristes sur lesquels plane l’apocalypse. Et il y a plus, dans ÉTERNELLE ODYSSÉE, la technologie et la mythologie s’imbriquent. Notez, ce n’est pas une première, Rick Riordan a fait la même chose avec son célèbre personnage Percy Jackson. Mais ici A.F. Lune va un peu plus loin.

J’’étais curieux de voir, tout au long de l’histoire, si TYPHON, le dieu titanesque, cruel et destructeur de la mythologie grecque, supposé fils de Héra, n’avait qu’à appuyer sur la touche <enter> pour déclencher la fin du monde. J’exagère à peine.

Nous sommes donc dans le futur et suivons Harms Moyser, appelé le NAIN par ses supérieurs. Mais ne vous y fiez pas. Le personnage est plus grand que nature, ombrageux, courageux, dont la force et le pouvoir iront crescendo dans le récit. Harms sert à bord du Prétorien, un vaisseau gigantesque qui, frappé par une tempête stellaire, assortie d’une faille temporelle doit se poser d’urgence sur une planète inconnue.

Harms et tout l’équipage seront perçus par les habitants comme des dieux. En sont-ils? Le récit vous réserve de belles surprises je crois car il est une montée graduelle vers une guerre des dieux dont Typhon fait partie d’ailleurs.

C’est un récit complexe. On y trouve les lycaons, Harms en est un, les <hommes vrais> les Enkidous, ennemis des lycaons et une brochette de dieux qui sont ou qui rappellent les divinités grecques. Il y a beaucoup de personnages. On s’y perd un peu car le fil conducteur est en dents de scie. Autre élément qui m’a déstabilisé dans la compréhension de l’histoire est que le passé, le présent et le futur s’entremêlent.

Il faut être attentif et ne pas craindre la relecture car le récit est riche et l’auteur nous entraine dans un très beau déploiement d’imagination. De plus, l’épilogue dévoile tous les mystères dans lesquels les lecteurs risquent de patauger. L’intrigue est bien développée, captivante. Certains passages sont merveilleux, d’autres plus erratiques.

Pour mon goût personnel, j’ai trouvé le personnage de Harms Oyster trop surréaliste, comme l’ensemble du récit d’ailleurs. Au fur et à mesure que Harms renforçait son pouvoir, il m’a semblé que l’histoire devenait un peu fantaisiste, manquait de crédibilité mais ce n’est qu’une question de perception. J’ai aimé cette histoire dans son ensemble et je la recommande. Je vous recommande toutefois de lire attentivement le prologue car sa compréhension sera essentielle pour vous permettre d’apprécier l’histoire.

Suggestion de lecture : PERCY JACKSON LE VOLEUR DE FOUDRE, de Rick Riordan

Rêveur éveillé, si Lune a une passion pour tous les genres de l’imaginaire, il nourrit un amour particulier pour la SF. Sa carrière militaire, faite de rencontres et de voyages entre Europe et Afrique, a constitué un vivier dans lequel il puise son inspiration. —- Les éditions Noir d’Absinthe publient dans les littératures de l’imaginaire : Fantasy, Fantastique, Science-Fiction et Horreur.

Nous brouillons cependant les genres avec délectation et, avec nous, les frontières deviennent muables et poreuses. Nous sommes des enfants de la nuit et préférons les livres en nuances, affichant avec orgueil leurs doutes et leurs ambiguïtés.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 25 janvier 2025

 

 

SÉCESSION, Julien Centaure

*Depuis de nombreuses années, tous les colons étaient descendus sur Terra et Madeleine avait dû admettre que son ami faisait partie des cinq millions de malheureux perdus pendant le voyage de 15 000 ans à travers l’espace… *

(Extrait : ESPERANZA 64 TOME 3, SÉCESSION de Julien Centaure, version audio, audible studio éditeur, 2019. Durée d’écoute : 16 heures 48 minutes, narrateur : Renaud Dehesdin. Équivalence : 541 pages.)

20 ans après l’arrivée de l’Esperanza 64 en orbite de Terra, tous les colons, qui dormaient dans des soutes vivent désormais sur la planète. Chacun possède un logement, un travail et mange à sa faim. La mission, confiée par Exodus à l’équipage du grand vaisseau, peut donc être considérée comme accomplie. Cependant, ce succès se doit d’être relativisé, car la grande majorité des colons abhorrent le système en place. Ils voudraient retrouver les fondements, si adaptés au genre humain, que sont la démocratie, la propriété privée et la liberté d’entreprendre. La révolution couve et Élisabeth, acculée, cherche désespérément une solution.

Tant qu’il y aura des hommes…

SÉCESSION est le troisième livre de la saga ESPERANZA 64. Bien qu’il peut être lu ou écouté indépendamment, pour mieux apprécier le volume, il est préférable d’avoir pris connaissance des deux premier livres. À ce propos, je vous réfère à un article que j’ai publié sur ce site en mai 2019 sur ESPERANZA 64. Dans ce troisième opus, les rescapés d’Esperanza ont fondé une colonie en plusieurs cités sur Terra, l’exoplanète qui les accueille.

Elizabeth a mis en place un système politique qui se rapproche de l’état de droit mais qui a toutes les apparences du communisme. Rien à voir toutefois avec les régimes qui se sont succédés en Union Soviétique. Sur Terra, le système était viable à cause de l’importance accordée aux droits de la personne. Mais les hommes étant ce qu’ils sont, une scission s’est opérée dans la population : une partie souhaitant de continuer à soutenir le régime en place, l’autre désirant l’économie de marché, bref, l’instauration du capitalisme.

Toutes les parties se sont mises d’accord pour qu’Élizabeth et ses partisans fassent sécession et aillent vivre ailleurs, sur une autre planète déjà détectée. Personnes, installations et matériel seraient envoyés sur la nouvelle planète appelée LUMIÈRE <Parce qu’elle a deux soleils> grâce à la technologie avancée d’une race appelée -superhumains- et basée sur une science devenue légendaire en science-fiction, grâce à Gene Roddenberry et sa création, STARTREK : le télétransport.

SÉCESSION raconte le transfert de ces gens sur une planète plus ou moins accueillante, l’obligation pour eux de coexister avec d’autres races extra-terrestres en particulier les KEINIS avec l’obligation morale du respect des différences, l’établissement d’alliances et la préparation d’un avenir satisfaisant pour tous. Ce n’est pas simple, mais les hommes ne sont pas simples. Julien Centaure a relevé, je crois, un très beau défi.

Beaucoup de critiques considèrent que la série s’essouffle. Je ne trouve pas. La sécession à elle seule est tout un défi à développer et Centaure l’a fait avec une parfaite connaissance de la nature humaine.

Disons que ce que j’ai trouvé le plus difficile est que l’exploration spatiale a laissé sa place aux sciences de la terre et aux tendances humaines. Mais la grande force de Centaure est le message qu’il insère un peu partout dans son récit sur la tolérance et le respect des différences. L’action et les revirements ne manquent pas. Un fil conducteur efficace fait qu’il est facile de suivre l’histoire qui évolue dans une parfaite cohérence.

Le récit accuse quelques longueurs, un peu de redondance comme on en trouve souvent dans les grandes sagas. Les personnages sont bien travaillés, particulièrement les extra-terrestres à qui l’auteur a donné un rôle de premier plan. La description d’une planète neuve témoigne d’une grande imagination de l’auteur, En fin, je signale l’excellente prestation du narrateur Renaud Dehesdin qui ne m’a jamais déçu.

Suggestion de lecture du même auteur : LES NETTOYEURS

Les autres tomes

Pour lire mon commentaire sur le livre premier d’ESPERANZA 64, cliquez ici


Bonne écoute
Bonne lecture
Claude Lambert.
Le dimanche 8 décembre 2024

 

La fin et autres commencements

Commentaire sur le livre de
VERONICA ROTH

*Cette fois-là, je ne me suis pas contentée de regarder.
J’ai reculé de quelques pas, secoué mes mains
tremblantes, et me suis élancée en courant. Un moment
terrifiant de liberté et d’apesanteur. *
(Extrait : LA FIN ET AUTRES COMMENCEMENTS, Veronica
Roth, illustrations : Ashley McKenzie, Nathan éditeur, 2020,
édition de papier, 305 pages)


Six univers. Dans chacun de ces mondes futuristes parfois proches du nôtre et parfois si différents, la technologie transforme les êtres et façonne de nouvelles possibilités. Pourtant, chacun reste confronté à des problématiques profondément humaines. Plongez dans ces futurs, et explorez des histoires de mort et de renouveau, de haine et d’amour, de vengeance et de pardon… dont la fin n’est qu’un nouveau commencement.

 

Les univers de l’être et du mal-être
*Je connaissais le conteur car il aidait les gens à fuir la tyrannie
de la lignée des dictateurs Shotets. Et parmi ces gens, ma mère…
Elle avait dû quitter la planète pour échapper à son exécution, une
peine prononcée par le souverain en personne, parce qu’elle avait
commis le crime d’enseigner aux enfants une autre langue que le
Shotet * 
(Extrait)

C’est un recueil de six nouvelles.  Des récits étranges, teintés de psychologie et de science-fiction, des histoires qui se déroulent dans le futur caractérisé par une technologie suffisamment forte pour transformer l’être humain. Mais vous vous en doutez, l’être humain restera toujours humain. L’auteure est restée fidèle à ce concept.

J’ai eu de la difficulté à embarquer, à m’accrocher à ces brèves histoires. Peut-être à cause de leur petit côté initiatique et de beaucoup de passages que j’ai trouvés trop moralisateurs, l’amour étant par exemple une valeur qui supplante les autres. Il en est question partout et je trouve ça un peu minimaliste, voire irritant.

Le concept est intéressant car il oppose les contraires qui jalonnent et façonnent la vie : Désorienter pour réorienter, désapprendre pour réapprendre, défaire pour refaire, déconstruire pour reconstruire…finir pour recommencer quoi, le tout véhiculant des valeurs enveloppantes et positives : l’amour, l’empathie, le pardon et j’en passe. Je me demande même si ce concept n’est pas apparenté à celui des cours sur le développement de la personnalité.

J’ai trouvé aussi très intéressante la dernière nouvelle : LE TRANSFORMATISTE qui pourrait d’après moi, traduire le mieux la pensée de l’auteure : *Tout est réglé à l’avance dans ce monde ; tout est voué à devenir adulte. Et le chemin qui y conduit n’est pas toujours agréable vois-tu ? Les calamitas le savent. Ils vont jusqu’à se dévorer eux-mêmes pour accomplir leur transformation. * (Extrait ) Donc la transformation détruit, reconstruit, appelle au renouveau. Voilà qui met bien en lumière le titre de l’œuvre.

J’adhère très peu à ce genre de littérature mais je lui reconnais ses forces, à cause, en particulier, des valeurs qu’elles véhiculent. Dans LA FIN ET AUTRES COMMENCEMENTS, l’auteure déploie avec habilité sa principale force : la création d’univers originaux. Je ne peux pas en dire autant de ses personnages auxquels je me suis senti détaché tout au long de la lecture. Les thèmes ne manquent pas de profondeur et je dois le dire, la présentation de l’œuvre est magnifique.

L’édition est bien ventilée et magnifiquement illustrée par Ashley MacKenzie, une spécialiste des illustrations conceptuelles complexes qui soutiennent visuellement les auteurs. Je dois dire qu’elle traduit même à merveille l’esprit de l’auteure Veronica Roth qui en a séduit plusieurs avec son livre MARQUER LES OMBRES. Je ne suis pas trop preneur mais ce genre de littérature est proche des gens et pointe gentiment du doigt la Société. C’est la raison pour laquelle je vous recommande LA FIN ET AUTRES COMMENCEMENTS.

Suggestion de lecture : LE GARÇON ET L’UNIVERS, de Trent Dalton

Veronica Roth est née le 19 août 1988 à Chicago. C’est une romancière américaine de littérature pour jeunes adultes. Elle est diplômée de l’Université Northwestern, en écriture créative. Elle termine la trilogie qui l’a rendue célèbre deux mois avant la fin des cours : Divergent le premier tome de sa saga paraît en mai 2011, Insurgent en mai 2012 et Allegiant en octobre 2013. La jeune romancière explore un modèle de contre-utopie post apocalyptique qui se déroule à Chicago. La ville est divisée en six factions, Altruiste, Audacieux, Érudit, Sincère, Fraternel et les « sans faction ». 

La trilogie DIVERGENCE, de la même auteure

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 22 septembre 2024

BIENVENUE À GOMORRHE

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE TOM SHATFIELD

<Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien, mais les biscuits en forme d’os que vous avez semés jusqu’à votre porte permettent de tirer des conclusions logiques. > BIENVENUE À GOMORRHE, Tom Shatfield, format numérique, Hugo thriller éditeur, 2020, 430 pages, 1 531 kb.

 » Gomorrhe. Un nom murmuré dans les recoins les plus sombres des forums les plus tordus. Un endroit que la lie du Darknet rêve de visiter. Tout le monde sait comment on se divertissait à Sodome, mais de quelle nature étaient les moeurs de Gomorrhe pour mériter, elle aussi, d’être détruite par « une pluie de souffre et de feu » ?  Infiltrer des néo-nazis occupés à faire de notre planète un endroit infréquentable suffisait largement à remplir la vie d’Azi Bello, et à lui permettre de faire la démonstration de ses talents d’hacker.

Mais lorsque la mystérieuse Anna s’invite dans l’abri de jardin qui lui sert de bureau, la vie d’Azi prend une toute autre tournure. Car Anna et l’organisation secrète pour laquelle elle travaille en savent suffisamment sur Azi pour qu’il n’ait pas d’autre choix que de leur obéir. Et ceux qu’on lui ordonne de mettre hors d’état de nuire sont considérablement plus dangereux que la meute de suprémacistes qu’il combattait derrière ses écrans.

Azi va découvrir que le monde réel est infiniment plus dangereux que le virtuel. Et que d’un monde à l’autre, Gomorrhe se nourrit avec la même avidité de l’argent des uns et de l’idéologie des autres pour étendre son règne de terreur.

LA FOSSE D’INTERNET


C’est un livre au contenu technique plutôt lourd mais je l’ai tout de même trouvé très intrigant. C’est un thriller fort qui développe un thème qui a quelque chose de dérangeant puisqu’il développe le sujet du Darknet : le sous-sol d’internet, le <côté obscur> de la technologie dans lequel on trouve des services et des produits qui échappent au contrôle des lois et de la morale.

Et dans son livre, Tom Shatfield va encore plus loin en imaginant GOMORRHE, la basse fosse du darknet, sécurisé au-delà de tout entendement et qui facilite les trafics de toutes sortes, meurtres, complots, armements et par-dessus tout, facilite le terrorisme et va jusqu’à encourager le néonazisme. Gomorrhe masque l’identité de l’utilisateur et ceux avec qui il partage <toute cette désinformation pornographico-islamo-complotisto-nazie> (Extrait)


Afin de mettre hors d’état de nuire le site maudit, on fait appel à Azzi Belo, peut-être le hackeur le plus brillant au monde, <un fantôme dans la machine> (Extrait)

Quoique difficile à suivre tellement son esprit est bouillonnant, Azzi n’a pas fini de vous remuer. Ce thriller m’a captivé et m’a laissé jusqu’à la fin sur mon questionnement : comment venir à bout d’une poudrière aussi intouchable.

Le dernier quart du récit m’a laissé sur un revirement de situation que je n’ai jamais pu prévoir. Gomorrhe cache autre chose…une inimaginable machination, et c’est pas joli.

C’est une histoire solide, haletante, bien écrite et son personnage central est bien travaillé. L’auteur l’a rendu attachant ce qui fait du bien dans un techno-thriller. Azzi est humain, connait des défaites, des déceptions, frôle la mort devant la plus colossale et meurtrière machine issue du darknet.

Il faut prendre ce livre pour ce qu’il est aux dires de l’auteur : <Une œuvre de fiction qui joue délibérément avec la réalité – mélange de plausible et de fantastique, de faits historiques > Extrait. Pour moi, c’est une œuvre d’une grande crédibilité qui n’est pas sans faire réfléchir sur l’incroyable pouvoir que peut procurer internet à des êtres malveillants et sur la nécessité d’en contrôler l’éthique. Un livre dense, rythmé, addictif, un auteur à surveiller.

Suggestion de lecture : PANDEMIA, de Frank Thilliez

l’auteur Tom Shatfield. Son livre a remporté le prix
Douglas Kennedy 2020 du meilleur thriller étranger.

 

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 23 juin 2024

2010 : L’ODYSSÉE 2, d’Arthur C, Clarke

*Quatre hommes étaient morts et un cinquième
avait disparu…là-bas…parmi les lunes de Jupiter. *
(Extrait : 2010. L’ODYSSÉE DEUX, Arthur C. Clarke.
Albin Michel éditeur 1983. Version audio : Audible studios
2019. Durée d’écoute : 8 heures 55 minutes. Narrateur :
Mathieu Dahan.)

Rappelez-vous 2001 : l’odyssée de l’espace. Pourquoi Hal, l’ordinateur plein de science et de sagesse, a-t-il assassiné l’équipage du Discovery 2010 . Dans L’ODYSSÉE DEUX, nous suivons des hommes qui vont se lancer dans l’espace, bien décidés à rapporter à la Terre les réponses attendues. L’équipage composé de Russes et d’Américains s’embarquera à bord du vaisseau Alexeï Leonov. Quand la navette s’arrache du terrain de Cap Canaveral, commence une mission qui peut décider du sort de l’humanité…

*Mon Dieu ! C’est plein d’étoiles*
(Extrait légendaire de ODYSSÉE DE L’ESPACE 2001 et 2010)

J’ai trouvé ce deuxième opus de L’ODYSSÉE DE L’ESPACE très intéressant. Malheureusement, je n’arrivais pas à m’enlever le film de la tête. Aussi je vous dirai dès le départ que les scénaristes ont pondu une adaptation très libre du livre en film. Les deux sont excellents, mais je crois que le livre est supérieur.

Dès le départ, l’auditeur/auditrice est embarquée dans une énigme : l’orbite de Discovery se modifie…dix ans après… Conscients que des évènements extraordinaires se déroulent à proximité de Jupiter et ne comprenant toujours pas pourquoi le superordinateur HALL9000 s’est dérèglé, les russes et les américains conviennent de s’unir pour aller voir et ils ne seront pas au bout de leurs surprises et  Arthur C Clarke sait ménager les surprises avec un extraordinaire savoir-faire.

Le texte est moins tendu que dans le livre premier et sensiblement plus descriptif. Il frôle même la lourdeur mais sans jamais l’atteindre. Je pense en particulier au contenu scientifique qui a été particulièrement bien vulgarisé. Pour moi en tout cas, c’était limpide. Même la description physique de la géante Jupiter avait pour moi quelque chose de bucolique, apaisant. La plume est détaillée mais pas jusqu’à l’ennui à quelques exceptions près.

La principale faiblesse du récit repose sur HALL9000 et David Bowman car l’auteur ne leur a attribué rien de neuf comme rôle et leur discours est non seulement remâché mais il est aussi surexploité. Mis à part le froid Shandra, papa de Hall, j’ai été enveloppé par des personnages chaleureux et attachant, le docteur Floyd en particulier et le russe Max, amical, rassurant, sans peur et sans reproche et sur lequel tout coule ce qui n’est pas sans faire sourire.

Et c’est Max justement qui m’amène à vous parler du narrateur. Mathieu Dahan n’a pas lu…il a raconté l’histoire avec un talent qui force l’admiration et une exceptionnelle capacité de rendre l’accent russe crédible, mélodique mais sans excès et c’est un beau défit car il est en général très facile de caricaturer l’accent russe. Donc, excellent travail de narration par un professionnel qui a su filtrer suffisamment d’émotion pour faire oublier le film.

Tout le livre est crédible autant sur le plan littéraire que sur le plan scientifique. En bref : la lecture est captivante. La plume est fluide, la voix du narrateur est très agréable. Il y a un petit peu de redondance par rapport au livre premier. J’ai été déçu par HALL9000 mais séduit par l’imagination débordante de l’auteur et son aspect visionnaire. C’était pour moi un très bon moment d’écoute.

Suggestion de lecture : LE DÉCHRONOLOGUE, de Stéphane Beauverger

Arthur Charles Clarke est un auteur et un inventeur britannique. Il a commencé assez tôt à vendre des histoires de science-fiction. Il ne se consacre pleinement à l’écriture qu’à partir de 1951. C’est avec 2001, l’odyssée de l’espace que vient la célébrité pour Sir Arthur C. Clarke. Ce roman est basé sur la nouvelle La Sentinelle, qu’il a réécrit à l’époque où Stanley Kubrick en tirait une adaptation cinématographique. Son oeuvre comporte de nombreux autres titres, notamment des suites à 2001 et des essais. L’écrivain s’est retiré au Sri Lanka, où il est mort le 19 mars 2008. Une académie y porte son nom.

2010 :L’ODYSSÉE DEUX

Au cinéma

Le film a été réalisé en 1981 par Peter Hyams. Une production américaine qui réunit à l’écran entre autres Roy Scheider, John Lightgow et Helen Mirren. Neuf ans se sont écoulés depuis l’incident du vaisseau Discovery, toujours en orbite autour de Jupiter. Pour le professeur Floyd, créateur du super robot HAL 9000, il est temps d’éclaircir ce mystère et ramener Discovery sur Terre. A bord du vaisseau Leonov, américains et soviétiques vont devoir s’unir pour lutter contre la folie de HAL… (Allo Ciné)

Bonne écoute

Claude Lambert

CRASH, le livre de J.G. Ballard

*Voyeurisme, dégoût de soi, puérilité de nos rêves et de nos aspirations – ces maladies de la psyché sont toutes contenues dans le cadavre le plus considérable de l’époque :celui de la vie affective.* 
(Extrait : CRASH ! de J.G. Ballard,  Denoël 2006 en format numérique 220 pages)

Après avoir causé la mort d’un homme lors d’un accident de voiture, James Ballard, le narrateur, développe une véritable obsession pour la tôle froissée. Enrôlé par Vaugham, un ex-chercheur qui aime reconstituer des accidents célèbres et va même jusqu’à en provoquer pour assouvir ses pulsions morbides, Ballard se verra progressivement initié à une nouvelle forme de sexualité : le mariage de la violence, du désir et de la technologie.  Crash est le premier volet de la «Trilogie de béton de J. G. Ballard.

 

SEXE DE MÉTAL
*Les brosses cylindriques ont tambouriné sur le capot,
poussant vers le pare-brise un tourbillon baveux…sur
le tempo des brosses frappant le toit, Vaughan a balancé
ses reins, soulevant presque ses fesses de la banquette.
Avec des gestes maladroits, Catherine a ouvert sa vulve
au sexe de Vaughan. Tous deux ondulaient au rythme
grondant des brosses…*
(Extrait)

Crash est un récit démesuré qui lie la mécanique et l’esthétique automobile à la pornographie. Qui aurait pu dire qu’un jour, un auteur baserait l’originalité de son livre sur le coït automobile. CRASH, c’est 220 pages d’excès et de déviance. Du cul et des coïts à toutes les pages sans oublier une obsession pour le sperme avec lequel sont enduits les garnitures et accessoires de bord.

Ajoutons à cela les frissons que l’auteur attribue à la tôle froissée…frissons d’excitation il va sans dire : *Vaughan a déballé pour moi toutes ses obsessions concernant le mystérieux érotisme des blessures : la logique perverse des tableaux de bord baignés de sang, des ceintures de sécurité maculées d’excréments, des pare-soleil doublés de tissu cérébral. Chaque voiture accidentée déclenchait chez Vaughan un frisson d’excitation.* (Extrait)

On connait bien l’addiction que beaucoup de personnes manifestent pour les voitures et la mécanique. Les hommes en particulier. Cette addiction est portée par l’auteur au rang de fétichisme sexuel : *Son corps ferme, son aura de sexualité crispée s’unissaient de façon troublante à la carcasse défoncée et salie de l’auto.* (Extrait)

Ici, James Ballard qui est le narrateur est embauché par Vaughan qui s’amuse de façon addictive à reconstituer des accidents célèbres ou en provoquer, essentiellement pour assouvir ses pulsions morbides. Ballard est ainsi initié au mariage du sexe et de l’automobile. C’est le résumé de l’histoire…histoire qui semble bien secondaire. Il est évident que c’est le sujet qui compte…du sexe et encore du sexe par voitures embrochées interposées.

Hétérosexuel, homosexuel…*autosexuel* pas de différences…seul le désir satisfait compte : *…des fragments de calandres et de consoles de commande se mêler à nos corps, celui de Vaughan et le mien. Tandis que je défaisais sa ceinture et baissais son jean. En le sodomisant, je célébrerais les formes les plus harmonieuses de pare-chocs arrière, l’union de ma verge à tous les possibles d’une technologie…* (Extrait)

C’est étrange. Dans sa préface l’auteur dit que CRASH est avant tout une *merveilleuse histoire sentimentale* mais il ajoute plus loin que l’objet affectif importe peu. Il déclarera aussi, dans un entretien accordé au magazine LIRE en 2001 : <Je vois l’accident de voiture comme un sacrement et mon roman CRASH ! Comme un livre de prière.> Le sexe automobile est ici érigé en institution surtout s’il se traduit par des lambeaux de tôle enduits de sperme…Je suis désolé. Pour aborder autant de crudité, je devais être un peu cru moi-même.

Bien que j’admette l’impressionnante originalité de l’œuvre ainsi que la justesse et la brutalité de la plume, j’ai personnellement trouvé le récit névrotique, subversif, redondant, long et répétitif…bref, ennuyant. Est-ce que c’est parce que je suis coincé ou que je refuse obstinément d’assumer mes fantasmes. Je ne crois pas.

Je pense surtout que l’auteur s’est fait plaisir en m’envoyant gentiment promener grâce à une habile manifestation de la plume. C’est cette plume qui marie grâce et violence qui m’a évité finalement de classer cette œuvre au rang de littérature ordurière, en particulier, la conclusion de la préface dans l’édition française.

Ballard y précise qu’en dernière analyse, la fonction de Crash est prémonitoire…*Une mise en garde contre ce monde brutal aux lueurs criardes qui nous sollicite de façon toujours plus pressante en marge du paysage technologique. * (Extrait de la préface)

Cet ouvrage a suffisamment de points forts pour ne pas le jeter. Mais si vous ne gardez pas l’esprit ouvert, il vous sera impossible de dépasser le premier chapitre. Personnellement ça ne m’a pas plus. Comme je l’ai déjà exprimé sur l’œuvre du Marquis de Sade, je n’ai aucune attirance pour ce genre de littérature neurasthénique.

Suggestion de lecture : LE SINGE NU, de Desmond Morris

James Graham Ballard (15 novembre 1930 – 19 avril 2009 ) était un romancier et écrivain britannique de premier plan qui était un membre éminent de la nouvelle vague de science-fiction. Parmi ses livres les plus célèbres, citons le controversé Crash , High-Rise et le roman autobiographique Empire of the Sun , qui ont tous été adaptés au cinéma.

Au cinéma

Image extraite  de l’adaptation cinématographie de 1996.

Le film a été réalisé par David Cornenberg

Production : Britannique, canadienne.

Distribution :James Spader
Holly Hunter
Rosanna Arquette
Elias Koteas

Musique : Howard Shore

Bonne lecture
Claude Lambert
Le samedi 25 mars 2023

American Gods, le livre de NEIL GAIMAN

*Enfin, il va sans dire que tous les personnages
morts ou vivants, ou les deux, de cette histoire
sont imaginaires ou utilisés dans un contexte
imaginaire. Seuls les Dieux sont réels
.*
(Extrait de l’avertissement au début du récit, American
Gods, Neil Gaiman, Au Diable Vauvert éditeur, 2002
papier, 700 pages. Version audio : Audiolib éditeur,
2018, durée d’écoute : 19 heures 11 minutes, narration :
Valentin Merlet.)

À peine sorti de prison, Ombre apprend que sa femme et son meilleur ami viennent de mourir dans un accident de voiture et qu’ils étaient amants. Désemparé, il accepte de travailler pour l’énigmatique Voyageur qui se prétend Roi de l’Amérique. Entraîné dans une aventure étrange, Ombre va découvrir que son rôle dans les desseins de Voyageur est bien plus dangereux qu’il aurait pu l’imaginer. Se prépare une guerre sans merci entre les anciens dieux saxons des premiers migrants, et les nouveaux dieux barbares de la technologie qui prospèrent aujourd’hui en Amérique…

AMÉRIQUE EN DÉRIVE
*si je gagne, je te casse la tête avec mon marteau.
D’abord, tu t’agenouilles, ensuite, je te cogne et
tu ne te relèves pas…Ombre…acquit la certitude
qu’il ne plaisantait pas. * 
(extrait)

American Gods est un récit fantastique qui emprunte un peu au conte initiatique avec des réflexions parfois très profondes et d’autres fois de la philosophie bon marché : *Il n’est nullement trop tard pour passer du côté des vainqueurs, mais bien sûr vous êtes aussi libre de rester exactement où vous êtes. Voilà ce que ça signifie d’être américain. Voilà le miracle de l’Amérique…* (Extrait)

Facile à dire. Voici l’histoire d’un homme appelé Ombre qui deviendra plus tard, Mike. Personne avant de redevenir Ombre. À sa sortie de prison, Ombre se fera embaucher par un mystérieux personnage qui se fait appeler Voyageur. Le contrat consiste à protéger Voyageur et à bousculer un peu si nécessaire.

Ombre sera entraîné dans un  long périple à travers le territoire américain et découvrira que Voyageur est en fait une réincarnation du dieu Odin, le principal dieu de la mythologie nordique qui tente de réunir d’autres anciens dieux et personnages de légende afin de livrer une lutte sans merci aux dieux de la modernité : l’argent, la luxure, internet, les médias. Ici, une foule de manies humaines porteront le nom de *dieu*.

Au milieu de la tourmente, Ombre est-il vraiment libre : *La liberté est une garce à baiser sur un matelas de cadavres…* Toujours est-il qu’il entreprend une quête de son identité, un voyage introspectif dans lequel la mort et la vie s’imbriquent et apparaissent des personnages surfaits ou accomplis comme par exemple sa femme, Laura, morte quelques jours avant la sortie de prison d’Ombre.

C’est un roman intéressant signé par un libre penseur qui impose d’abord à l’auditeur/auditrice, une imposante galerie de personnages dont beaucoup sont surréalistes…parce qu’ils sont ou ils se croient au-dessus de la condition humaine, ils sont des dieux mais on ne peut chasser l’homme de l’homme.

L’auditeur et l’auditrice devront être très attentifs car le récit devient parfois confus. Ce détail est sensiblement occulté par la qualité des personnages dont Ombre lui-même, pour lequel j’ai éprouvé de l’empathie à cause de son caractère anti-héros un peu confus, dépassé par sa condition.

Sa fragilité, sa vulnérabilité tout autant que son courage le rendent attachant. Quand on le perd de vue, parce que ça arrive souvent, l’histoire devient plus morne et accuse du remplissage.

L’histoire comporte en effet beaucoup de longueurs et n’est pas vraiment aboutie. On dirait une suite de petites histoires sans vraiment de finales, mais avec une petite lumière qui s’allume à la fin.

Je m’attendais à mieux quant au développement d’un thème déjà élimé sur le plan littéraire, l’omniprésence de dieux qui se bousculent dans un panthéon définitivement trop petit. Le texte a aussi des forces. Son cachet fantastique est intéressant, spécialement les déplacements d’Ombre au royaume des morts.

La grande force d’AMERICAN GODS ici est la performance du narrateur Valentin Merlet qui est la voix d’Ombre dans la série télé produite en 2017. La narration de Merlet est parfaite, s’activant à capter l’attention de l’auditeur et de l’auditrice avec des registres vocaux spécialement étudiés pour chaque personnage important de l’histoire.

J’ai été particulièrement séduit par sa capacité à reproduire l’accent slave. Sa voix incarne TCHERNOBOB, un petit dieu qui vit dans l’ombre de Voyageur l’arnaqueur, tordu et retors, avec un talent qui force l’attention.

Pour ce qui est de l’histoire, c’est celle des dieux qui s’opposent…ça serait du déjà vu si les anciens dieux n’étaient pas opposés aux dieux de la modernité…ceux des biens matériels, de l’internet et de la technologie.

Ça peut pousser à un certain questionnement qui aurait des échos jusque dans la théologie : est-ce vrai que les dieux qu’on a tendance à oublier sont des dieux mourants ? Laissez-vous tenter. L’écoute en vaut la peine.

Suggestion de lecture I V, de Raphaël Grangier

Neil Gaiman est un auteur anglais de courts métrages de fiction, de romans, de bandes dessinées, de romans graphiques, de théâtre audio et de films. Il est surtout connu pour la série de bandes dessinées The Sandman et les romans Stardust, American Gods, Coraline et The Graveyard Book.

Lorsqu’il était enfant et adolescent, Gaiman a lu les œuvres de CS Lewis, JRR Tolkien, Lewis Carroll, Mary Shelley, Rudyard Kipling, Edgar Allan Poe et Alan Moore.
Gaiman a également écrit des épisodes de la série de science-fiction Doctor Who de la BBC, dans le cadre de Matt Smith, en tant que Docteur.

Valentin Merlet est un acteur français. Actif dans le doublage, il est notamment la voix française régulière d’Adam Driver et une voix récurrente de Jamie Dornan et Alexander Skarsgård. Le livre audio est une corde supplémentaire à son arc.

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 6 mars 2022


 

 

L’ODYSSÉE DU TEMPS, livre 1 ARTHUR C. CLARKE

L’OEIL DU TEMPS

*Josh fut le premier à entendre le crépitement. Il
se tourna vers l’est pour voir les nuages de
poussière soulevée dans les airs. Ça recommence.
J’ai déjà entendu ça. Rudy, accaparé par le
déferlement de violence en cours marmonna : Qu’
est-ce qu’il y a encore ? *
(Extrait : L’ODYSSÉE DU TEMPS, tome 1 L’ŒIL DU TEMPS,
Arthur C. Clarke, Stephen Baxter, édition originale, 2003,
édition de consultation : Bragelonne, 2010, 381 pages. Version
audio : Hardigan 2017, durée d’écoute : 11 heures 3 minutes,
narration : Arnauld Le Ridant.)

En un instant, une force inconnue a morcelé la Terre en une mosaïque d’époques, de la préhistoire à l’an 2037. Un gigantesque puzzle qui résume l’évolution de l’espèce humaine. Depuis, des sphères argentées planent sur toute la planète, invulnérables et silencieuses. Ces objets mystérieux, issus d’une technologie prodigieuse, sont-ils à l’origine de ces bouleversements ? La réponse se trouve peut-être dans l’antique cité de Babylone, dont proviennent des signaux radios… Une poignée de cosmonautes et de casques bleus sont jetés dans cette situation incroyable, les uns dans l’armée d’Alexandre le Grand, les autres aux côtés des hordes de Gengis Khan !

Tous convergent vers Babylone, déterminés à connaître son secret… et accaparer le pouvoir qu’elle recèle. Mais une puissance mystérieuse observe les deux armées, attendant l’issue de la bataille…

MORCELLEMENT TEMPOREL
*La lente rotation du vaisseau offrait maintenant à Kolia
une vue de l’immense disque de la terre. Ils survolaient
l’Inde en train de s’enfoncer dans le crépuscule. Au nord
du sous-continent, l’ombre des chaînes de montagnes
s’allongeait mais il paraissait y avoir des changements
à la surface de la terre. Des tavelures, comme le jeu des
reflets du soleil sur le front d’un lac aux eaux agitées.
(Extrait)

Au départ, tout m’a attiré dans ce livre : la page couverture, le synopsis, la réputation des auteurs et le titre qui évoque un de mes thèmes favoris dans l’univers de la science-fiction : LE TEMPS : voyage dans le temps, paradoxes temporels, compression de l’espace et du temps. Lire des histoires qui manipulent le temps est une passion pour moi car ces histoires posent des problèmes qui constituent pour le lecteur un véritable défi.

Voyons ce qui se passe dans L’OEIL DU TEMPS : Nous sommes en 2037, l’hélicoptère Little Bird des Nations unies s’écrase au Pakistan avec son équipage formé des trois officiers.

Les naufragés, qui sont tous sains et saufs, sont alors capturés par des soldats de l’empire britannique de l’an 1885 et ramenés dans la forteresse de Jamrud où ils feront la connaissance du célèbre écrivain britannique Rudyard Kipling. Toutefois, en 1885, Kipling est jeune et encore inconnu. Que s’est-il passé…un saut de 2037 è 1885.

Nos héros ont été victimes d’une déchirure du temps, une discontinuité temporelle qui a départagé le monde en portions spatio-temporelles et va le reconstruire,  forçant les rescapés à forger des alliances improbables avec des gens d’époques différentes.

C’est ainsi que Rudyard Kipling s’est retrouvé dans le décor et qu’on assiste au déplacement de deux méga-armées : celle de Gengis Khan (1155-1227) fondateur de l’Empire Mongol et l’armée d’Alexandre Le Grand (356 avant J.C.-323 avant J.C.) considéré comme un des plus grands généraux de l’histoire.

La discontinuité spatio-temporelle réunit deux personnages historiques de premier plan dont les armées convergent vers Babylone, source d’un signal et même d’un mystérieux pouvoir. Ces évènements sont observés de très près par des sphères étranges que l’auteur appelle *des oeils* et qui s’alignent tout le long du parcours de nos héros dans cette terre refaçonnée par un caprice du temps. Caprice ou machination?

C’est un roman plein de trouvailles, riche en histoire et en science bien sûr, je pense à la célèbre théorie de la relativité du non moins célèbre Albert Einstein et de la théorie des cordes qui expliquerait la réorganisation de l’espace conjuguée avec celle du temps. J’avais peur que les auteurs se perdent dans des envolées scientifiques interminables. Mais non.

Je dirais que le roman est parfaitement en équilibre. Il est magnifiquement documenté sur les plans de l’histoire, de la science et de la géographie. L’histoire a été bien imaginée et bien travaillée. On sent que les auteurs ont vraiment travaillé fort à chercher une vraisemblance quant aux effets d’un morcellement du temps et de l’espace.

La richesse des dialogues est aussi digne de mention. Nos héros philosophent sur le devenir de l’humanité, les mécanismes du temps et sur les paradoxes temporels : *Ces deux-là sont un seul et même homme, le moinillon et le vieux lama réunis par les failles temporelles et le garçon sait que quand il sera vieux, il se verra un jour tout jeune arrivé à la steppe…* (Extrait)

Dans ce livre, la matière à se creuser la tête ne manque pas et c’est un vrai régal. Par exemple, dans L’ŒIL DU TEMPS, si Kipling meurt jeune et inconnu, est-ce que ses écrits célèbres disparaîtront si on tient compte du fait qu’ils n’ont jamais été écrit ?  Je terminerai avec les personnages. Je les ai trouvés bien travaillés, soignés et d’une belle profondeur et ils sont attachants. On est bien quand ils sont là.

Bref, très bon livre. L’histoire est assortie d’une intrigue solide comprenant des sous-intrigues qui seront finalement résolues au fil de la saga comme les mystérieuses sphères. Le domaine mystérieux du temps y est abordé d’une façon crédible et originale. Excellent divertissement.

Suggestion de lecture : AU COEUR DU TEMPS, de Didier Liardet

Sir Arthur C. Clarke (1917-2008) est l’un des plus grands écrivains de science-fiction de l’histoire avec H.G. Wells et Isaac Asimov. Il a livré d’innombrables classiques et des chefs-d’œuvre tel que le célèbre 2001 : l’odyssée de l’espace.

À ce propos, Le 10 septembre 2007, alors qu’il ne peut plus se déplacer autrement qu’en fauteuil roulant à cause des séquelles de la poliomyélite, il envoie depuis le Sri Lanka un message de félicitations pour le survol par la sonde Cassini du satellite de Saturne JAPET. Cet évènement représente pour lui une référence à son roman 2001 : l’Odyssée de l’espace.

Son œuvre visionnaire et humaniste a influencé d’autres grands auteurs comme Stephen Baxter. Né en 1957, ce dernier est l’un des chefs de file de la SF contemporaine, avec plus de trente romans à succès, dont Voyage et Les Vaisseaux du temps.

Auteur très prolifique si on ajoute à ses trente romans plus de 150 nouvelles, Baxter écrit de la science-fiction critique, pointilleuse, basée sur des découvertes technologiques et scientifiques solidement attestées.

La conquête spatiale et les défis technologiques, politiques et humains qu’elle pose font parties de ses thèmes de prédilection (Titan, Voyage, Poussière de Lune). Il situe ses œuvres dans un futur proche, ou même revisite le passé pour recomposer l’histoire de la conquête spatiale, ce qui ne l’empêche pas du tout de cultiver un sens aigu de l’intrigue.

LA SUITE

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 19 septembre 2021