WILD WHISPER, Collectif

Robots aux angoisses existentielles, mission polaire schizophrène, ruches humaines, plantes envoûtantes et laboratoires de viande de synthèse, Wild Whispers nous plonge dans un univers futuriste, où la Nature a décidé de reprendre le contrôle.

Quand les arbres ne seront plus que des monceaux de poussière, et quand l’air aura l’odeur et le goût de la suie : qu’allons-nous devenir ? Nous n’avons pas la réponse à cette question. Peut-être simplement parce qu’elle ne peut pas venir de nous…

Wild whisper explore la qualité de nos liens avec la nature.

Wild Whispers, auteurs : Amélia Adelin, Selim Azzazi, Latishaka Babel, Sarah Brau-Mouret, Loïc Flameng, Noémie Landreau, Valérie Maureau, Romain Protat.
Comédiens : Bérénice Béjo, Béatrice Dalle, Dominique Pinon, Finnegan Oldfield, India Hair et Amaury de Crayencourt.

Uniquement en version audio. Audible originals éditeur, 2022. Durée d’écoute : 4 heures 55 minutes

Des dystopies sonores immersives

C’est du bon cinéma audio, un multicast de grande qualité avec une impressionnante distribution, Dominique Pinon en tête. Wild whispers est un recueil de cinq nouvelles séparées chacune en deux chapitres. C’est un mélange de thriller, d’horreur, de comédie, le tout lié par un même thème : la maltraitance de l’environnement et l’avenir qu’on lui réserve.

Sur le plan du choc environnemental, rien n’est vraiment nouveau mais le multicast, le scénario de type cinéma est développé avec un tel réalisme avec les effets sonores, bruitages, musique et mises en contexte percutantes qu’il m’a ébranlé d’une certaine façon. L’interprétation est en effet magistrale et on ne peut faire autrement que de se demander quel est notre rapport avec la nature. Qu’est-ce qu’on fait pour ? Qu’est-ce qu’on fait contre ?

L’intensité dramatique est forte un peu partout mais diffère tout de même d’une nouvelle à l’autre. Les récits abordent la révolte de la nature, l’intelligence artificielle, le futur de l’humanité, la philosophie avec en bout de ligne le sens de la vie et les dérives psychologiques.

Sur ce dernier thème, la cinquième nouvelle m’a particulièrement fasciné. Elle raconte l’histoire de Patrick Langevin qui anime le soir, une émission radiophonique appelée LE BOUDOIR qui permet des échanges de confidences et d’indiscrétions.

Patrick, qui demeure dans une maison dont l’intendance est assurée par un ordinateur, a vécu une séparation douloureuse avec Catherine et force dangereusement sur sa consommation de whisky, jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance d’une plante et dialogue avec celle-ci. Une violette appelée violette et qui a la même voix que celle de Catherine. Patrick plonge-t-il dans la folie ?

Les dialogues semblaient raisonnés jusqu’à ce que je comprenne que Violette reprochait à Patrick d’être un *consommateur d’environnement* et que l’homme ne peut changer son rapport avec la nature s’il ne change pas lui-même en profondeur en quête d’harmonie et d’équilibre.

Bien sûr, Patrick se parlait à lui-même, mais s’en est-il sorti, je croyais que oui jusqu’à la conclusion du récit qui m’a laissé pantois.

J’ai beaucoup aimé WILD WHISPERS, cinq épisodes d’environ une heure, développés dans le style *black mirror*, cette série d’anthologie britannique, créée par Charles Brooker qui développe chaque épisode dans des environnements dystopiques et met en perspective différents problèmes sociaux en utilisant surtout les supports de la technologie et de la science-fiction.

Je vous recommande chaleureusement WILD WHISPERS. C’est bien fait, fortement immersif. Petit bémol, les nouvelles sont inégales. La principale faiblesse réside dans les dialogues qui manquent parfois d’imagination. Les nouvelles ne brillent pas toutes par leur originalité mais sont porteuses d’émotions et de questionnements.

Suggestion de multicast : ASTÉRIX GLADIATEUR/LE TOUR DE GAULE D’ASTÉRIX, par Albert Uderzo et René Goscinny.


Le réalisateur de Wild Whispers Sélim Azzazi


Musique originale par Étienne Forget

 

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 22 février 2026

La porte d’Abaddon

Commentaire sur le livre de
MATHIEU BERTRAND

*-En premier lieu, ce ne sont pas des prisonniers classiques mais des hommes qui vont être transformés en âmes damnées pour permettre à un démon de venir sur terre et en second lieu, nous devons capturer Bune vivant pour qu’il nous permette de mettre la main sur deux choses : un grimoire et, surtout, la position exacte de la porte noire pour que nous la détruisions. *

Extrait : LA PORTE D’ABBADON, de Mathieu Bertrand. Format numérique et édition de papier : M+ éditeur, 2021-2022, Version audio : Saga Egmont éditeur, 2022. Duré d’écoute, 8 heures 7 minutes., narrateur : Bastien Nicolaï.



Un thriller ésotérique oppressant

Deux histoires complètement différentes entrent en conjonction pour offrir aux lecteurs/lectrices un mélange de thriller policier, activités paranormales, sorcellerie et même possession. D’une part, au début du XVIe siècle, en France, Le capitaine Philippe d’Alesani a pour mission de débarrasser le pays des sorcières qui échappent toujours à l’inquisition. Un sorcier appelé Bune tente d’ouvrir la porte d’Abaddon, l’Ange exterminateur désigné dans l’Apocalypse.

Bune sera tué avant d’avoir dévoiler l’emplacement de la porte. D’autre part, cinq cent ans plus tard, une officière de la gendarmerie affectée aux phénomènes inexpliqués, Patricia Lagazzi, enquête dans les landes sur de nombreuses disparitions très étranges.

L’auteur frappe fort dès le départ en racontant comment Isabelle et son fils Franck doivent affronter quotidiennement le mari et père, un alcoolique extrêmement violent, sans conscience, empathie ou scrupule. Une erreur de la nature… Frank songe sérieusement à assassiner ce monstre au moment où les disparitions se multiplient dans les landes.

*«Il est violent, con, méchant, mais en plus, il est dégueulasse», songe le jeune homme avant de se retourner de nouveau vers la table de nuit en réalisant que le rejet de son père, un peu plus chaque jour, transpirait par tous les pores de sa peau. *

Entre temps, Patricia prend conscience du retour du sorcier Bune et réalise que la porte d’Abaddon fait peser un danger réel sur le monde entier. L’assassinat du père sonne le départ d’une course contre la montre.

LA PORTE D’ABADDON est donc un thriller fantastique à saveur ésotérique et il est efficace. C’est le moins que je puisse dire. Une histoire de sorcellerie, servie à la moderne, avec de la crédibilité. C’est aussi un roman d’atmosphère oppressante et angoissante. L’ambiance y est glauque et tout à fait ajustée au thème développé.

C’est un roman très noir, violent mais ficelé avec précision. L’auteur y réactualise le thème de l’exorcisme en le dépoussiérant et en le rendant plus crédible, et ce faisant, plus angoissant, plus stressant.

*Pour commencer, ôtez-vous de la tête les images des films, notamment L’EXORCISTE… ce n’est jamais aussi violent même si certaines choses vont néanmoins vous étonner. -Comme quoi ? questionna Eva, -Comme se mettre à parler une langue qu’il n’a jamais apprise ou vous attaquer verbalement de façon extrêmement méchante. *  (Extrait)

Ce livre est un mélange de genres mais j’ai beaucoup apprécié la façon dont l’auteur démarque le fantastique tout en gardant l’accent sur le thriller policier, ce qui n’est pas sans me rappeler Edgar Allan Poe. Ceux et celles qui me connaissent bien comprendront alors l’opinion très favorable que je porte sur LA PORTE D’ABADDON.

Ma seule déception sur ce livre est sa finale qui est pour moi à la limite de l’insignifiance. À moins que l’auteur ait imaginé un obscur lien avec la logique du texte, ce qui n’est pas impossible mais que je n’ai vraiment pas ressenti, ça sent le remplissage, un happy ending qui sonne faux.

Sinon, l’ensemble est fluide, ça se lit bien et c’est très captivant.

Suggestion de lecture : HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, recueil d’Edgar Allan Poe


L’auteur Mathieu Bertrand et quelques-uns de ses livres

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 25 janvier 2026

 

L’homme aux papillons

Commentaire sur le livre de
DAVID MOITET

*Étrange…conclut la jeune femme. En résumé, le type est assassiné d’un coup
au cœur, puis on s’amuse à briser presque tous ses os, pour ensuite
le congeler ? *

Extrait : L’HOMME AUX PAPILLONS, de David Moitet. Édition de papier et format numérique : Les Nouveaux auteurs, éditeur, 2010. 372 pages, 2794 Kb

Mené en bateau

C’est un roman fort. Une histoire solidement bâtie, avec beaucoup d’habileté et surtout beaucoup d’imagination. Et…oui…l’auteur m’a mené en bateau car chaque fois que je croyais avoir trouvé une clé de l’énigme, on m’aiguillait sur une piste plus plausible à laquelle m’accroché…alors, je m’accrochais. C’est ainsi que de revirement en rebondissement, le livre est devenu addictif.

L’histoire est celle d’Alex Ablance, un policier de la brigade criminelle, brillant, sans histoire et dont les relations sentimentales sont tortueuses. Un jour, un appel anonyme place Alex devant une mise en scène pour le moins macabre : un cadavre, vêtu d’un costume neuf, tenant dans ses mains une enveloppe portant le nom d’Alex Ablance et contenant une photo déchirée et un poème étrange.

Le poème laisse à penser qu’il faut raisonner le mystère comme on raisonne dans une partie d’échecs. Un pion menace…dangereux parce que porteur de vérité. À partir de cette découverte, la vie d’Ablance deviendra une véritable descente aux enfers, le chasseur devenant le chassé dans une histoire qui n’a pas de sens…et pourtant, l’auteur a tout mis en place pour amener le lecteur où il veut.

L’intrigue est un calcul parfait, l’écriture bien maîtrisée au point de me donner le goût de protéger Ablance. Je ne peux pas dévoiler l’intrigue ni vous dire le lien entre l’histoire et les papillons que j’ai trouvé brillant. Mais je peux vous dire que le mystère est épais et agrippe les lecteurs/lectrices au collet :

*Une autre question commençait à prendre forme dans l’esprit du policier. Il avait l’impression d’avoir été entraîné dans un tourbillon sans pouvoir à aucun moment se raccrocher à quelque chose. Et plus il y réfléchissait, plus il était convaincu que cet enchaînement d’évènements qui l’avaient peu à peu transformé en homme à abattre ne devait rien au hasard. * (Extrait)

Mais il y a quand même une raison pour laquelle la vie d’Alex Ablance bascule à un tel point :

*Alors oui, d’une certaine manière, quand on se projetait quinze jours en arrière, le commandant Alex Ablance, jeune limier de la crim, était bel et bien perdu… Mais en deux semaines, tant de choses avaient changé. Il était passé de traqueur à traqué, sans même s’en apercevoir. * (Extrait)

Cette raison est expliquée vers la fin dans un déploiement comparable à une fontaine. Je ne peux en dire plus sauf peut-être ce détail : L’HOMME AUX PAPILLONS est surtout une histoire de famille d’une horreur sans nom. Notre sympathique Alex a un lien avec cette famille, à découvrir. Ça risque d’occuper les lecteurs-lectrices pour quelques heures.

Voilà L’HOMME AUX PAPILLONS. De l’action, un rythme rapide, une trame angoissante, une intrigue ficelée au quart de tour, une finale surprenante. Le personnage central est d’une trempe singulière, obligé qu’il est de se méfier de tout le monde

Et dire que c’est un premier thriller pour Moitet, un auteur émergent déjà détenteur d’un grand prix et qu’il faudra surveiller de près car à mon avis, il démarre sa carrière sur des chapeaux de roues

Suggestion de lecture : ENFERS, d’Ismaël Lemonnier


L’auteur David Moitet


Du même auteur


BONNE LECTURE
CLAUDE LAMBERT

le vendredi 23 janvier 2025

ENFERS, Ismaël Lemonnier

*Une tête de taureau apparut dans leur champ de vision, vissée sur le haut du corps, se substituant à ce qui aurait dû être une tête humaine. De longues cornes pointues aux extrémités, le poil rêche et frisé de couleur sable, les naseaux grands ouverts et encore humides, de grandes oreilles tombantes et poilues…Ils hurlèrent comme jamais ils n’avaient hurlé… *

Extrait : ENFERS, d’Ismaël Lemonnier, versions brochée et numérique : Hugo roman, 2022, respectivement 375 et 288 pages.

C’est le premier jour de Clément dans la brigade criminelle de Paris. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne sera pas de tout repos. Le jeune bleu au QI hors normes se retrouve associé au capitaine Lothar Kessel, son opposé en tout point. Et, pour couronner le tout, les cadavres semblent se multiplier dans la capitale !

Les deux flics vont devoir mettre de côté leurs différends pour comprendre qui se cache derrière le tueur infernal et, surtout, pour l’empêcher de récidiver… Enfers, troisième série originale proposée par NEXTORY, vous plongera dans les sous-sols parisiens à la recherche d’un tueur à l’imagination débridée et aux méthodes particulièrement violentes.

 

Un récit asphyxiant

Le moins que je puisse dire, c’est que ce livre m’a rivé à mon siège. Son idée de base est une série de meurtres basée sur LA DIVINE COMÉDIE, le célèbre poème de Dante Alighieri qui décrit les neuf cercles de l’enfer. Le but du tueur, aussi fou que génial, est de compléter les neuf cercles. Et les meurtres, d’une horreur inimaginable, s’accumulent.

L’idée de s’inspirer de la DIVINE COMÉDIE pour faire évoluer un monstre est loin d’être neuve. Elle a fait par exemple l’objet du livre de Matthew Pearl LE CERCLE DE DANTE en 2004.

Et puis le modus operandi du tueur me rappelle beaucoup le célèbre Jigsaw dans la série de film DÉCADENCE produite entre 2004 et 2025. DÉCADENCE est un mélange de policier, thriller et de torture porn gore. Jigsaw, incarné par Tobin Bell était un tueur *justicier* qui utilisait son génie hors du commun pour torturer et tuer ses victimes en leur laissant une ridicule possibilité de rédemption.

ENFERS m’a rappelé aussi le livre culte de Dan Brown DA VINCI CODE qui est un véritable jeu de piste aux énigmes pénibles à résoudre. De plus, que ce soit ENFERS, DÉCADENCES ou DA VINCI CODE, c’est toujours une course contre la montre.

Pour moi, le lien était facile à faire avec ENFERS, le livre d’Ismaël Lemonnier qui est un véritable recueil d’abominations. Le tueur s’aligne parfaitement avec la philosophie de LA DIVINE COMÉDIE, sa cruauté est au-delà de toute description, tout comme l’imagination qu’il déploie pour les exécutions.

Bien que l’histoire puisse sembler réchauffée, une foule de détails et un soupçon d’originalité font d’ENFERS un ouvrage intéressant. Par exemple, l’auteur dirige l’enquête vers deux lieux célèbres de la France : LES CATACOMBES, véritable labyrinthe dans le sous-sol parisien de 1,5 kilomètres à 20 mètres de profondeur. Le plus grand ossuaire du monde et le CIMETIÈRE DU PÈRE LACHAISE, autre lieu non moins mythique, un des plus grands cimetières du monde (45 hectares de superficie) où reposent de nombreuses célébrités.

J’avais l’impression d’être dans une visite guidée…pas du tout désagréable.

Autre détail, les deux principaux enquêteurs. Deux êtres totalement disparates : un vieux de la vieille, grincheux et mal embouché et un jeunot débutant, ce que les français appellent un *bleu* … donc sans expérience mais extrêmement brillant. Ça fait des étincelles et ça amène une agréable diversion dans une histoire froide et violente.

Pour conclure, ENFERS est un roman fort, noir et violent. La cruauté qui l’imprègne induit des passages à soulever le cœur. La plume est solide, fluide et très directe. Un petit cauchemar de 300 pages développé avec intelligence.

Suggestion de lecture : CHARADE, de Laurent Loison


L’auteur Ismaël Lemonnier

Bonne lecture

Claude Lambert

le samedi 8 novembre 2025

Dix petites poupées

Commentaire sur le livre de 
B.A. PARIS

<Je me détourne, en me demandant ce qu’elle dirait si je lui annonçais que je viens de trouver une seconde poupée russe. Si le corps de Layla avait été retrouvé, elle aurait pris ma découverte sur le compte d’une étrange coïncidence. Mais son corps n’a jamais été retrouvé. Et s’l y a bien une chose que je redoute, c’est qu’Ellen croie que Layla puisse être encore en vie. >

Extrait : DIX PETITES POUPÉES, B.A. Paris, Hugo Roman éditeur, 2019, format numérique, 2,5 Mo. Équivalence : 194 pages. Version papier chez Hugo Roman : 336 pages

Layla a disparu il y a douze ans, en pleine nuit, sur une aire d’autoroute, alors qu’elle rentrait de vacances en France avec son petit ami, Finn. On ne l’a jamais revue depuis. Finn a raconté la vérité sur ce qui s’est passé cette nuit-là. Mais pas toute la vérité. Ni aux policiers qui l’ont interrogé lors de l’enquête, ni même à Ellen, la sœur de Layla, avec laquelle il a refait sa vie et qu’il s’apprête à épouser.

Quand un de leurs voisins croit apercevoir Layla près du cottage où vivent Finn et Ellen, le passé ressurgit. Finn reçoit d’étranges et inquiétants e-mails. Layla serait-elle encore en vie ? Et pourquoi des petites poupées russes, souvenirs de l’enfance des deux sœurs, font-elles soudain leur apparition ?

Esprit à la dérive

C’est une histoire étrange, étriquée, un peu confuse. Elle tourne autour de trois personnages auxquels se rajoutent quelques figurants. Une nuit, une jeune femme, Layla disparaît dans une aire d’autoroute. Son ami, Finn McQuaid est dans tous ses états. Parce qu’il adore Layla. Les recherches ne donnent rien. Après quelques temps, Layla est considérée comme morte mais pas pour tout le monde. Finn n’a pas tout révélé aux policiers.

Douze années se sont écoulées. Finn a refait sa vie avec la sœur de Layla, Helen. Mais bientôt, un voisin croit avoir aperçu Layla. Finn reçoit d’étranges courriels et accumulent des petites poupées russes déposées bien en vue sur son passage. Layla serait-elle de retour 12 ans après ? Finn va-t-il reconsidérer sa relation avec Helen

C’est donc l’histoire du bizarre triangle amoureux qui repose sur un trouble de la personnalité. Finn a une situation très particulière à gérer et ce qui complique davantage cette situation est qu’il a de la difficulté à se gérer lui-même car Finn est un caractériel colérique et prompt :

<…parfois, quand nous nous promenons sur un sentier qui borde un à-pic, à quelques pas seulement, je me prends à me demander ce que ça ferait de la pousser dans le vide, pour qu’elle s’écrase en bas et cesse de respirer. Je ne peux plus dormir du sommeil paisible de l’innocent. Tout comme je faisais des cauchemars à l’idée d’avoir tué Layla, je fais maintenant des cauchemars dans lesquels je tue Hellen.> Extrait

C’est un récit difficile à suivre qui met en scène des personnages qui brillent par leur immaturité. Layla est partout mais elle est insaisissable, Finn ne s’endure pas et Helen n’est peut-être pas celle qu’on pense. Ajoutons à cela les poupées. Le titre précise qu’il y en dix mais il me semble qu’il y en a partout. Aucun doute, c’est un récit qui joue avec les nerfs du lecteur.

C’est un thriller psychologique, violent mais sans artifice. Il est relativement bien développé mais pas des plus abouti. Les personnages sont froids et ne portent pas à l’empathie. C’est une forme de huis-clos dans lequel l’ambiance est plus oppressante que le suspense comme tel. Avec toutes ces poupées et ces courriels énigmatiques, j’avais l’impression que le récit prenait toutes sortes de directions…pénible à suivre par moment.

Le sujet est intéressant, original même. La finale est prévisible à partir de la deuxième partie de l’histoire et je l’ai trouvée un peu tirée par les cheveux, peu réaliste. Le rythme est bon, dans une alternance de personnages et de temps. C’est un thriller intrigant mais pas vraiment inoubliable.

De B.A. Paris, je préfère de loin DÉFAILLANCE que j’ai lu avec beaucoup plus d’avidité.

Suggestion de lecture : À TRAIN PERDU, de Jocelyne Saucier


L’auteure B.A. Paris

 De la même auteure

Bonne lecture
Claude Lambert

le samedi 30 août 2025

Deception point

Commentaire sur le livre de
DAN BROWN

*Il était déjà debout, criant son indignation, lorsque les deux hommes s’emparèrent de lui et le tirèrent vers la porte. Tétanisé, il joua des poings pour tenter d’écarter les mains puissantes qui le poussaient vers l’extérieur. Le combat était inégal. Quelques secondes plus tard, il plongeait à la rencontre des précipices glacés. * (DECEPTION POINT, Dan Brown, t.f. Jean-Claude Lattès éditeur 2006, édition de papier 690 pages)

2001, 3e roman de Dan Brown
(avant Da Vinci Code)

Une incursion dans le complotisme

Ce livre a été publié entre ANGES ET DÉMONS et DA VINCI CODE. J’ai lu plusieurs critiques classant le livre comme roman policier, ce qui m’a bien fait rire car il n’y a pas l’ombre d’un policier dans cette histoire. Pour moi, DECEPTION POINT est un thriller politique et scientifique.

Si vous lisez DECEPTION POINT après les deux ouvrages précités, alors je vous suggère fortement de désapprendre et d’oublier le genre mystique et ésotérique que l’auteur y développe. Il n’y a rien de tout ça dans DECEPTION POINT. C’est un livre qui fait bande à part.

L’histoire se déroule à un moment où la NASA a très mauvaise presse à cause des erreurs et des échecs qu’elle a accumulé faisant de l’agence un gouffre financier considérable et même indécent. Or, la NASA prétend avoir fait une découverte qui redorerait son blason, la remettrait sur les rails et à l’abri du manque de financement.

Le président Herny, qui est dans une situation électorale précaire envoie Rachel Sexton, des services secrets enquêter et éventuellement confirmer la véracité des faits. Or, Rachel Sexton est la fille de Sedgewick Sexton, sénateur favori dans la course à la présidence.

Rachel et ses collègues sont en danger de mort, poursuivis par une mystérieuse unité d’élite qui pourrait être rattachée à la maison blanche car il semble que cette découverte miraculeuse de la NASA soit une énorme boulette, une mystification, une supercherie que certains personnages haut-placés tentent de camoufler à tout prix.

C’est un thriller enlevant, haletant, un enchaînement de courses contre la montre. C’est une histoire très bien documentée mais malheureusement bourrée d’irritants. Mais, comme moi, vous pourriez l’apprécier à certaines conditions : l’histoire contient beaucoup de longueurs et de palabres plus ou moins utiles. Il faut bien le dire, ça dilue l’intrigue. Il faut donc être patient car la partie <thriller> en vaut la peine.

Ensuite il faut aimer les sciences et être capable de se concentrer car les explications scientifiques sont longues, souvent complexes et parfois carrément indigestes. J’ai appris toutefois beaucoup de choses intéressantes.

Enfin, il faut avoir une certaine connaissance de la crasse que cachent les hautes instances américaines en partant de la maison blanche et descendant vers le sénat, les services secrets et autres agences obscures qui ne communiquent pas entre elles ou si peu.

Mais si je fais référence à l’intrigue comme telle, même diluée, celle qui fait de ce livre un thriller, j’ai trouvé cette histoire passionnante et addictive. Le rythme est élevé, l’intrigue est intense. Les gentils et les méchants se confondent, on ne sait plus qui détester, d’autant que les personnages sont peu approfondis. Mais ça nous amène à une finale explosive.

C’est un roman fort quoique bourré de détours. On est loin du roman le plus abouti de Brown mais je n’ai pas regretté ma lecture.

Suggestion de lecture : De Dan Brown, j’ai commenté les livres suivants sur ce site : INFERNO, LE SYMBOLE PERDU

Pour tout savoir sur le parcours de Dan Brown, cliquez ici.
Pour les adaptations cinématographiques des livres de Dan Brown je vous réfère à ALLO-CINÉ.

Du même auteur

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 10 août 2025

Faux amis

Commentaire sur le livre de
LINWOOD BARCLAY

L’inspecteur Duckworth aurait voulu que les crimes soient mieux répartis dans le temps. Il n’avait vraiment pas besoin d’une explosion dans le drive-in là, tout de suite. Quitte à faire sauter le Constellation, pourquoi ne pas l’avoir fait au mois de mars? Ou remettre ça à l’automne? Pourquoi les méchants du nord de l’état de New-York ne le consultaient pas avant de passer à l’acte?

<Extrait : FAUX AMIS, Linwood Barclay, J’ai lu éditeur 2020, 544 pages. Version audio chez Audible studios éditeur, 2018, durée d’écoute 12 heures 17 minutes. Narrateur : Arnaud Romain.

Le mystérieux 23

Dans une petite ville appelée Promise Falls et située au milieu de nulle part, une série d’évènements secoue la communauté : l’écran géant d’un ciné-parc explose, faisant quatre morts. C’est l’évènement avec lequel Barclay démarre son roman sur des chapeaux de roues.

L’inspecteur Duckworth enquête mais ses recherches mettent au jour quantité d’autres évènements : des mises en scène macabres comme 23 écureuils morts fixés sur un grillage à la vue de tous.

Est-ce un hasard si l’explosion du drive in a eu lieu à 23 heures 23 ou encore que l’autobus numéro 23 en feu descende une rue…sans conducteur…au cœur de l’histoire, des mystérieux DVD qui sont activement, voire désespérément recherchés parce qu’ils contiennent les petits intermèdes très chauds d’un club d’échangistes. Enfin, les morts et les agressions s’accumulent.

Ce livre est un enchevêtrement compliqué d’intrigues multiples qui se recoupent ou s’imbriquent, ponctuées de quelques revirements et coups de théâtre. Je dois dire que c’est bien écrit, bien imaginé et bien développé, un peu dur à suivre à cause d’une grande quantité de personnages dont les motivations ne sont pas toujours claires.

Ceux qui connaissent bien Linwood Barclay ne seront pas surpris d’apprendre que FAUX AMIS contient beaucoup d’allusions à d’autres livres du même auteur : évènements, personnages, enquêtes, contextes, etc. C’est une habitude qui m’a toujours énervé. Un casse-tête de plus pour ceux et celles qui découvrirons Barclay avec ce livre.  Même si je n’ai pas été emballé par ce livre, de façon générale, je crois qu’il plaira aux amateurs de suspense, d’intrigues et de thriller. La plume est forte, le rythme est élevé. L’ensemble manque d’originalité mais l’évènement de départ ne laisse pas indifférent.

Deux éléments m’ont plus particulièrement déçu dans la lecture de ce livre. La finale n’est pas aboutie. Je n’ai pas eu toutes les réponses à mes questionnements. Je suis resté comme sur ma faim. Même si ce livre devient le point de départ d’une série comme je crois l’avoir compris, j’aurais souhaité un meilleur éclairage sur les motivations et les mobiles. Enfin, il y a le déroulement de l’enquête comme telle.

Le livre m’a tellement donné l’impression d’une chronique sur les magouilles que l’enquête semble avoir été négligée, laissant un peu dans l’ombre le pauvre inspecteur Duckworth qui est à peu près le seul personnage que j’ai trouvé intéressant.

Je ne regrette pas ma lecture, mais je crois que je vais l’oublier et que pour moi, la série s’arrête là.

Suggestion de lecture, du même auteur : NE LA QUITTE PAS DES YEUX


L’auteur Linwood Barclay

Aussi à lire

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 1er décembre 2024

DÉLIVRANCE

Commentaire sur le livre de
JUSSI ADLER-OLSON

 

*Personne ne prit le temps de lire la série de lettres à
demi-effacées en tête du message, et personne ne
se demanda pourquoi quelqu’un avait écrit un jour :
AU SECOURS. *
(Extrait : DÉLIVRANCE de Jussi Adler-Olson. Origine :
Albin Michel littérature éditeur, 2013. 672 pages,
édition de papier, aussi disponible en format numé-
risque, 807 KB)

Au fin fond de l’Ecosse, une bouteille ancienne en verre poli est longtemps restée sur le rebord d’une fenêtre. Personne ne l’avait remarquée, pas plus que le message qu’elle contenait. Un message qui commence par le mot Hjlp, « au secours », en danois, écrits en lettres de sang… Envoyée par la police anglaise à Copenhague, la mystérieuse missive révèle qu’elle provient de deux garçons qui auraient été kidnappés dix ans plus tôt. Chose étrange : leur disparition n’a jamais été signalée… La chasse haletante lancée par les inspecteurs Mørck et Assad derrière un tueur que rien ne semble pouvoir arrêter ne les dispense pas de jeter au passage un regard acerbe et troublant sur la société danoise.

Les mots de la mer
*Que ferons-nous s’il décide de découper mes enfants
en morceaux ? *
(Extrait)

C’est avec un plaisir renouvelé que je plonge dans la littérature scandinave, plus précisément danoise cette fois. C’est un thriller prenant qui provoque autant de frissons qu’il suscite de curiosité car enfin, l’intrigue démarre dans une bouteille jetée à la mer, puis repêchée et qui s’est retrouvée momentanément, et même quelques années aux oubliettes dans un commissariat de police jusqu’à ce que le département V de la police de Copenhague se penche sur l’énigmatique SOS qui se trouve dans cette bouteille et qui suscite rapidement beaucoup de questionnements.

Ce sera un défi de taille pour les policiers Carl et Assad. Le temps presse pour les limiers car le mystérieux message, dénaturé par le temps et l’humidité, laisse supposer, après une étude sérieuse et un examen approfondi que des enfants pourraient être en danger de mort. C’est ça, où ils sont déjà morts. L’enquête qui devient particulièrement poussée lance les policiers sur les traces d’un tueur en série particulièrement singulier par son modus operandi, sa cruauté, et sa façon de se jouer des policiers.

Je cherchais quelque chose qui dressait les cheveux sur la tête, de l’angoisse, de l’intrigue et pour couronner le tout, de l’originalité. Je n’ai pas été déçu surtout si je tiens compte de la façon d’opérer du tueur :

*Le kidnappeur choisit deux des enfants qui, pour une raison ou une autre, ont un statut particulier dans la fratrie. Il les enlève tous les deux, et une fois qu’il a touché la rançon, il en libère un. La famille sait désormais qu’il est prêt à tout. Le meurtrier devient donc crédible quand il les menace d’enlever un autre de leurs enfants, à n’importe quel moment, sans préavis…* (Extrait)

Je m’abstiendrai ici de donner des exemples de ce dont ce tordu est capable mais ça m’ouvre une porte pour vous dire que plusieurs passages sont à soulever le cœur. Rien de gratuit mais c’est gore par moment évoquant le raffinement dans le sadisme.

C’est un roman d’une grande intensité qui mise en particulier sur la psychologie du meurtrier, l’auteur, sans doute fort bien documenté va jusqu’à démontrer comment les mécanismes de l’esprit peuvent s’enrayer au point de devenir psychopathe, voire, fou à tuer. Je note aussi que les personnages ont un caractère bien trempé, ce à quoi nous a habitué la série sur le fameux département V, spécialisé dans les affaires non élucidées. Je pense à l’opiniâtreté de Carl et Assad mais aussi aux excentricités de Rose qui vient alléger un contenu stressant à souhait.

Ce thriller m’a essoufflé et a brassé en moi beaucoup d’émotions et ça risque de vous arriver amis lecteurs, amies lectrices car la corde est sensible puisqu’il est question d’enfants et vous pouvez me croire quand je vous dis que les enfants de cette histoire ne sont pas ménagés. L’ouvrage porte bien son titre, mais il faut voir à quel prix. Les faiblesses de ce livre sont peu signifiantes mais avant d’entreprendre la lecture, rappelez-vous qu’il s’agit d’une histoire sordide développée avec un réalisme ahurissant. Je dirai que j’ai passé un *sale quart d’heure* … fort satisfaisant.

Auteur Danois né le 2 août 1950 à Copenhague au Danemark,  Jussi ADLER-OLSEN a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Il a été éditeur, guitariste. Il aime la scène et transmettre. Il a dans un premier temps écrit des grands thrillers internationaux. Puis il a tourné son regard et ses écrits vers le Danemark. Il connaît en Europe un succès sans précédent avec sa série d’enquêtes de l’inspecteur Mork, couronnée par les prix scandinaves.

Il va créer les enquêtes du département V qui gère les affaires non résolues. La série comportera normalement 10 tomes. Cette grande saga s’inscrit dans le temps. Jussi Alder-Olsen a adoré lire Zola, cela l’a inspiré pour écrire une grande fresque. Le premier tome « Miséricorde » est paru en France aux éditions Albin Michel en 2011. Les quatre premiers tomes ont été adaptés en film. (Extrait du site nordique.zone livre.fr On peut y lire une entrevue passionnante avec l’auteur, par Sophie Peugnez. Intéressé ? Cliquez ici.

 Suggestion de lecture : ENLÈVEMENT, de Tara Taylor-Quinn

DÉLIVRANCE au cinéma

Un film de Christoffer BOE
Ecrit par Nikolaj ARCEL, Christoffer BOE & Mikkel NØRGAARD

D’après le roman de Jussi ADLER-OLSEN (publié aux Editions ALBIN MICHEL et LIVRE DE POCHE et AUDIOLIB)

  • Avec Nikolaj LIE KAAS, FARES FARES, Johanne Louise SCHMIDT
  • Danemark – Durée : 1h58
    Date de sortie : 3 mars 2016 au Danemark

Bonne lecture 
Claude Lambert
le dimanche 3 novembre 2024

LES AVIDES

LES DOSSIERS BLACKWOOD, livre 1 de
GUILLERMO DEL TORO et CHUCK HOGAN

Alors qu’il appréhende un meurtrier déchaîné, l’agent Walt Leppo devient inexplicablement violent. Odessa Hardwicke, sa partenaire, n’a alors d’autre choix que de retourner son arme contre lui. La fusillade secoue profondément la jeune femme, mais la présence ténébreuse qu’elle pense avoir vue fuir le corps de son collègue décédé la trouble encore plus. Doutant de sa santé mentale et de son avenir au sein du FBI, Hardwicke accepte une mission apparemment sans envergure : trier les affaires d’Earl Solomon, un retraité du bureau de New York.

Parmi les premiers Noirs engagés par l’organisation dans les années 1960, ce dernier a dû intervenir au Mississippi lors de crimes raciaux dont le caractère maléfique résonne étrangement avec ce qu’Hardwicke vient de vivre. Il la met sur la piste d’un mystérieux personnage nommé Hugo Blackwood, un homme aux moyens énormes qui prétend être en vie depuis des siècles et qui est soit un fou furieux, soit le dernier rempart de l’humanité contre un mal indicible.

*Solomon enfouit son nez et sa bouche dans son coude. Blackwood, lui, n’avait pas l’air incommodé. La chair de l’homme, au niveau du cou, était presque noire de décomposition. Ses yeux étaient fermés, son visage allongé par l’agonie de ses derniers instants. La peau, sur ses poignets et sur sa gorge, avait été abîmée par le frottement des cordes. Mais Blackwood n’avait pas l’air intéressé par ses blessures. -Voudriez-vous m’aider à le retourner s’il-vous-plaît ? *

(Extrait : LES DOSSIERS BLACKWOOD, livre 1 : AVIDES, de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan. Flammarion Québec éditeur, 2021, ISBN 978-2-89077-967-9, édition de papier, 385 pages, photo : Flammarion Québec, quatrième de couverture)

Du policier glauque au fantastique

Comme vu plus haut dans le quatrième de couverture, l’histoire suit Odessa Hardwick, une jeune agente du FBI mise à pied après une enquête ayant mal tourné et qui se retrouve confrontée à des phénomènes paranormaux. Les romans policiers qui font intervenir le paranormal ou la possibilité de paranormal sont courants en littérature et la roue n’a pas vraiment été réinventée ici.

Mais comme Del Toro et Hogan forment un duo d’auteurs que j’aime beaucoup, j’étais vraiment curieux de voir comment les deux plumes allaient se débrouiller avec le mélange de deux genres différents mais qui ont le mystère comme prise commune. Au début, j’étais vraiment plongé dans un thriller puis ça devenait de plus en plus étrange avec le développement de plusieurs temporalités. Donc, on est en présence de plusieurs trames narratives. Ça peut paraître mêlant et ça l’est pour certains passages. Mais c’est tellement agréable à lire.

Del Toro et Hogan sont vraiment deux auteurs talentueux et la conjugaison de leurs talents nous propulsent comme lecteurs dans une dynamique extraordinaire, spécialement quand on connait les goûts occultes de Guillermo Del Toro qui nous a offert entre autres chefs d’oeuvre, à titre de réalisateur LE LABYRINTHE DE PAN et HELLBOY.

LES AVIDES nous font donc plonger dans un univers glauque, sombre, angoissant. L’enquête est tissée serrée. J’ai développé beaucoup d’empathie pour l’agente Hardwick qui doit composer avec des phénomènes qui vont bien au-delà de sa compréhension : une entité qui trimballe sa malignité d’un corps à l’autre, mystères en série, avec une apparence de malédiction anxiogène qui positionne le lecteur aux frontières du paranormal. Mon attention ne s’est à peu près jamais relâchée.

C’est un livre prenant qui va au-delà du thriller, son atmosphère oppressante est une de ses grandes forces et témoignent de cette chimie particulière qui lie les auteurs et les lecteurs. La plume est fortement descriptive je crois bien que Del Toro, homme de cinéma y a mis tout son influence. Mais ici, la force a sa faiblesse, Tout ce qui touche au fantastique est parfois difficile à suivre dans cette histoire.

Autre petit reproche, l’histoire met un temps fou à démarrer. C’est irritant mais soyez patients. Persévérez même si la plume peut paraître parfois lourde. Le meilleur est à venir, Les personnages principaux sont bien approfondis mais les personnages secondaires ont été un peu négligés.

Qu’à cela ne tienne. Avec les Avides, j’ai affronté l’impossible…le genre de lecture qu’on n’oublie pas.

Suggestion  de lecture : LA MÉMOIRE DU LAC, de Joël Champetier


Les auteurs : Guillermo Del Toro (à gauche et Chuck Hogan)

À lire :

La biographie de Guillermo Del Toro
La biographie de Chuck Hogan 
article de presse

Du même tandem

Pour lire mon commentaire sur LA LIGNÉE, cliquez ici

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 21 septembre 2024

 

LA FILLE DU TRAIN

Commentaire sur le livre de
PAULA HAWKINS

*Nous sommes tous des voyeurs. Les gens qui prennent le train tous les jours pour se rendre au travail sont les mêmes partout dans le monde : chaque matin et chaque soir, nous sommes installés sur notre siège, à lire le journal ou écouter de la musique ; nous observons d’un œil absent les mêmes rues, les mêmes maisons et, de temps à autre, nous apercevons un éclair de la vie d’un inconnu. Alors, on se tord le cou pour mieux voir. *

(Extrait : LA FILLE DU TRAIN, de Paula Hawkins, Pocket, Sonatine éditeur, 2015, papier, 455 pages)

Entre la banlieue où elle habite et Londres, Rachel prend le train deux fois par jour : le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 le soir. Chaque jour elle est assise à la même place et observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par coeur, elle a même donné un nom à ses occupants, qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine heureux, comme Rachel et son mari ont pu l’être par le passé, avant qu’il la trompe, avant qu’il la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit Jess dans son jardin avec un autre homme que Jason.

Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Un long fleuve agité
*temps normal, je simulerais la politesse, mais ce
matin, je me sens authentique, je me sens moi-
même, je suis exaltée, comme si j’étais défoncée,
et, même, si j’en avais envie, je serais incapable de
feindre la gentillesse. *
(Extrait)

C’est un polar psychologique glauque, triste et obsessif. La fille du train, c’est Rachel, une femme déchirée, alcoolique et dépressive. Elle prend le train quotidiennement. Pratique pour faire croire à sa colocataire qu’elle travaille et qu’elle paiera le loyer. Elle prend aussi le train pour faire déraper ses pensées et suivre un couple qu’elle s’est inventé, Jess et Jason, qu’elle croit voir par les fenêtres du train.

Elle imagine bientôt le couple s’enliser dans un cercle d’infidélité jusqu’à ce que Jess disparaisse de la circulation. Le mystère s’intensifie avec la disparition, réelle celle-là d’une jeune femme nommée Mégan.

Les trois femmes au cœur de cette histoire plutôt noire prennent la parole à tour de rôle. Une triple narration qui permet d’explorer en alternance le point de vue de chacune et la façon dont elles sont entraînées dans un cercle de violence et de mal-être. Il y a aussi des hommes dans cette histoire. Deux principalement : Scott et Tom, ce dernier est dépeint d’une façon peu engageante : <La vie entière de Tom était bâtie sur des mensonges, des malhonnêtetés et des semi-vérités censées le faire passer pour quelqu’un de supérieur, de plus fort et de plus intéressant qu’il ne l’était…>

Ce dernier extrait vient préciser l’atmosphère du récit, le non-dit caché entre les lignes qui prend le lecteur au cœur. C’est un récit très riche, un peu lourd, pas toujours facile à suivre mais qui se dévoile sur des chapeaux de roues dans le dernier quart du livre. Il faut être attentif pour bien saisir la vraie nature des personnages et l’enchaînement des rebondissements, exacerbé par la triple narration.

C’est un bon thriller, mais il est complexe et accuse des longueurs. C’est un récit noir dans lequel la seule réalité des personnages est la folie qui les guette. La plume est bien maîtrisée malgré une certaine dérive. On sait que Paula Hawkins veut nous entraîner quelque part, mais impossible d’imaginer la finale.

La nature convergente de la triple narration en alternance m’a plu et je me suis laissé entraîné par l’intensité du récit. Attendez-vous à explorer l’attitude de personnages complexes face à leurs démons. On est loin du genre <C’est beau la vie> . C’est une lecture qui laisse des marques.

Suggestion de lecture : DANS LA TOILE, de Vincent Hauuy

Paula Hawkins a vécu au Zimbabwe, en France et en Belgique et réside maintenant à Londres. Elle a été journaliste pendant quinze ans avant de se consacrer à la fiction. LA FILLE DU TRAIN, son premier roman a été vendu à 18 millions d’exemplaires dans le monde. Dreamworks en a acquis les droits d’adaptation cinématographique, et le film est sorti en 2016. Son deuxième roman, AU FOND DE L’EAU a paru en 2017 chez Sonatine.

De la même auteure

Bonne lecture
Claude Lambert