HEYDRICH, LE GRAAL ET LA MARMOTTE, de Peter Berling

Il est entré dans la SS sans s’interroger sur
les valeurs qui y sont considérées comme
une loi d’airain. Au sein de l’ordre,
l’homosexualité est un crime capital passible
de la peine de mort ! La moindre des
sanctions, c’est le camp de concentration,
et cet idiot de Rahn a pu découvrir
personnellement ce que cela signifiait.
(Extrait : HEYDRICH, LE GRAAL ET LA MARMOTTE,
Peter Berling, éditions Piranha 2016 pour la
traduction française. Édition num. 350 pages)

Max Wittacher est un jeune Suisse. Son don pour les massages lui vaut dès le début des années 1930 les faveurs de l’inquiétant Reinhard Heydrich, qui fait de lui son physiothérapeute personnel. En côtoyant les dirigeants de la SS, Max découvre l’engouement de Himmler pour l’ésotérisme et pour le Graal et est le témoin des rivalités entre cadres du parti. Impliqué malgré lui dans la lutte que se livrent services de sécurité nazis et espions anglais, il observe les mesures de plus en plus radicales prises à l’encontre des Juifs. Avec les aventures de ce héros naïf, Peter Berling revisite les heures les plus sombres de l’Allemagne.

À gauche, Reinhard Heydrich, SS-Obergruppenführer allemand, adjoint direct de Heinrich Himmler.  À droite, un des plus hauts dignitaires du troisième reich, Heinrich Himmler qui était obsédé par le GRAAL.

Le Saint GRAAL est le trésor le plus insaisissable de l’histoire. C’est la coupe que le Christ utilisa lors de son dernier repas, un objet auquel on prête des pouvoirs miraculeux. Le Saint Graal a ensorcelé des chasseurs de trésors depuis plus de 1000 ans et Heinrich Himmler est devenu obsédé par le calice et a tout fait pour le retrouver.

LA COUPE À TOUT PRIX
*« Désormais plus rien ne s’oppose à l’exterm… »
Schellenberg s’étrangla, et j’en eus moi aussi
le souffle coupé. « …au nettoyage en masse. »
Schellenberg s’efforçait de conserver une certaine
dignité teintée de colère. « Les portes sont ouvertes  !*
(Extrait : HYDRICH, LE GRAAL ET LA MARMOTTE)

Ce roman est en fait la chronique d’une relation particulière entre Max Wittacher, appelé la marmotte, physiothérapeute de son état mais qui devient beaucoup plus que ça au fil de l’histoire, et Reinard Heydrich, officier SS cruel et impitoyable, un monstre issu des basses fausse Nazies.

La première chose qui m’a frappée dans la lecture de ce roman est la façon dont l’auteur a travaillé ses personnages fictifs d’une part et les personnages qui ont vraiment existé d’autre part, réalistes eu égard à leur vraie personnalité et en accord avec l’histoire. C’est un travail minutieux, approfondi et recherché.

Max est la marmotte du titre, sûrement parce qu’il réunit un amalgame de qualités et de défauts attribués à la marmotte qui est ingénieuse et calculatrice mais aussi pusillanime jusqu’à la couardise. Max est un physiothérapeute de talent, remarqué pour son malheur par Heydrich qui exigeait de Max une présence entière et permanente.

La marmotte est donc devenue plus qu’un thérapeute. Il est devenu confesseur d’un esprit chaviré. Quant à Heydrich, le personnage est conforme à ce que l’histoire en rapporte : Heydrich s’efforçait d’inspirer la peur. Il voulait s’entourer de l’aura d’un monstre auquel rien, aucune émotion humaine, ne demeure dissimulé. Cela diffusait angoisse et terreur… (extrait)

Quant au Graal, c’est la principale faiblesse de l’histoire. À part peut-être une mise en scène grotesque dans la deuxième moitié du livre, l’auteur ne m’a pas fait sentir l’importance que le graal aurait dû avoir étant donné qu’il obsédait Himmler comme un instrument qui lui aurait permis de déployer encore plus de puissance.

La force du livre réside principalement dans la façon de faire de la marmotte un témoin des bassesses et des exactions du régime Nazi, le tout dans un crescendo très graduel parsemé de mondanités hypocrites et de plans machiavéliques partant de l’historique nuit de cristal jusqu’à l’holocauste.

La psychologie de Max est particulièrement intéressante. L’histoire se concentre surtout sur Max, Heydrich, Himmler st son aide de camp wolf. Il y a toutefois une grande quantité de personnages plus secondaires, suffisamment pour s’y perdre. Le fil conducteur de l’histoire est parfois fragile.

C’est un bon livre, une histoire qui nous fait voir les hautes sphères du troisième Reich sous un angle différent. Dommage que le Graal n’ait pas été mieux exploité. Car il est avéré que le graal a ensorcelé les chasseurs de trésor pendant plus de 1000 ans et qu’Henrich Himmler, le plus haut dirigeant nazi a tout fait pour le retrouver. (Voir documystère.com).

Le thème est malheureusement sous-exploité dans le livre. Autrement, c’est un livre qui m’a captivé, Max devenant les yeux et les oreilles du lecteur. Donc à lire…

Suggestion de lecture : LE MYSTÈRE MENGELE, de Jorge Camasara

Peter Berling est un acteur, producteur, scénariste et écrivain allemand né en 1934. Malgré une bibliographie respectable (il est l’auteur d’un cycle de livres consacrés à l’ésotérisme et à la quête du Graal traduits dans plus de vingt langues), c’est surtout le septième art qui a contribué à faire connaître Peter Berling. Il côtoie Jean-Jacques Anneau pour le film LE NOM DE LA ROSE et Martin Scorcese (LA DERNIÈRE TENTATION DU CHRIST.)

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le jeudi 20 février 2020

MOMENTUM, Patrick de Friberg

*À la moindre hésitation de sa part, sa vie, sa carrière, sa légitimité seraient considérées comme celles d’un criminel de droit commun au mieux, et au pire, il serait lâché entre les mains du grand frère américain et de ses débauchés paranoïaques de La CIA* (EXTRAIT : MOMENTUM, Patrick de Friberg, les Éditions
Goélette, 2011, édition de papier, 320 pages)

Beaupré, 1962. Un jeune Soviétique fanatisé est infiltré au Québec sous l’identité d’un immigrant anglais. Moscou, 1985. Le KGB met sur pied un complot qui lui permettrait de prendre le contrôle du gouvernement du Canada. Québec, 2012. Gilles Drouin est en tête des sondages. Il sera le prochain premier ministre sur fond de magouilles et de meurtres… Ajoutons à cela une mission secrète initiée trente ans plus tôt dans un troisième pays, une magouille autour du KGB, des services secrets et une galerie de personnages aux motivations singulières. Question… la fiction pourrait devenir réalité ?


LE CÔTÉ OBSCUR DES SERVICES SECRETS

*Il l’avait laisser débiter son baratin au sujet
de retrouvailles et avait déployé de grands
efforts à la trouver suffisamment belle pour
l’emmener dans la chambre. Jusqu’à lui
faire l’amour. Dans la brume, le soleil se
cachait. Il sortit son pistolet…*
(Extrait : MOMENTUM)

C’est un livre m’a captivé pour plusieurs raisons, d’abord son actualité. Revenons d’abord sur le synopsis : les services secrets russes qu’on appelait autrefois le KGB s’impliquent dans la campagne de Gilles Drouin, pressenti comme prochain Premier Ministre du Québec.

La Russie compte ainsi à long terme, prendre le contrôle du gouvernement canadien. Des espions et contre-espions œuvrent dans l’ombre pendant que Gilles Drouin est en tête des sondages et que s’accumulent meurtres et obscurs complots.

Le livre MOMENTUM a été publié en 2011. Je ne sais pas si la plume de Patrick de Friberg était prémonitoire mais son livre est encore aujourd’hui d’une terrifiante actualité, plusieurs observateurs de la politique américaine considèrant que la Russie de Vladimir Poutine s’est impliquée dans l’élection américaine de Donald Trump en 2017.

Le récit est aussi fort intéressant compte-tenu que le Québec est au cœur d’un obscur plan d’action impliquant les services secrets russes et français, la CIA américaine et le gouvernement du Québec. Pour ce qui est de mettre le Québec à l’avant-scène d’un complot d’espionnage, l’auteur a bien tiré son épingle du jeu, d’autant que le cinéma ne nous a pas encore habitué à ce genre d’intrigue, ce qui consacre l’originalité de l’histoire.

Comme je l’ai déjà exprimé en commentant sur ce site le livre de Robert Littel LA COMPAGNIE, le grand roman de la CIA, explore les souterrains des services secrets, c’est comme plonger dans un panier de crabes. C’est un territoire peu connu, mais on sait toutefois qu’il n’est pas très propre.

Plusieurs pensent que les services secrets ont joué un rôle majeur dans l’équilibre géopolitique actuel, mais à quel prix, meurtres complots, infiltration et même des guerres. Dans MOMENTUM, De Friberg vient nous rappeler que le système n’a jamais été repensé.

J’ai parlé de panier de crabes plus haut, c’est un peu ce qu’on trouve dans MOMENTUM et c’est là la faiblesse du récit : la trame est complexe parce que l’histoire implique une grande quantité de personnages, plusieurs pays et les motivations politiques de la Russie demeurent assez obscures.

Donc malgré un effort évident de ventilation et de simplification, l’histoire demeure compliquée : Résumons…On a une équipe de tueurs russes à nos trousses, mais qui a soudainement renoncé à l’évidente mission de récupération de l’ambassadeur. On a l’élection prochaine d’un premier ministre du Québec dont on sait qu’il était l’amant du mort et qu’il est vraisemblablement un agent du KGB (Extrait)

Donc, c’est pas évident de suivre l’histoire jusqu’au bout sans confondre les personnages dont plusieurs changent de nom. Toutefois, le fait que l’intrigue se déroule en grande partie au Québec et que l’actualité démontre clairement que l’implication d’un pays dans l’élection d’un autre pays est une réalité formant un tout qui motive le lecteur et la lectrice à se concentrer pour bien comprendre le rôle de chacun et où tout le monde s’en va.

Je crois que ça vaut la peine de bien saisir l’intrigue car elle nous mène à une finale surprenante…une finale qui m’a donné des frissons dans le dos. Donc ce livre m’a aspiré et a provoqué bien sûr quelques questionnements sur la vie privée entre autres et sur l’espionnage. Entendons-nous…je ne deviens pas paranoïaque mais on peut quand même se questionner. Un bon divertissement…à lire : MOMENTUM de Patrick de Friberg.

Suggestion de lecture : LE DOSSIER MÉTÉORE, de Benjamin Faucon

Patrick de Friberg est un écrivain français né en 1964. Il a vécu à Château-Richer près de Québec. Il se spécialise dans les romans d’espionnage et d’anticipation. Son œuvre, en pleine évolution, est déjà doté d’honneurs significatifs dont le grand prix 2011 du Cercle Littéraire Caron. Il a été élu Chevalier des arts et des lettres en 2015. Patrick de Friberg a traduit LA VÉRITABLE HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE DES SIXTIES de John Barnet. Il a publié près d’une vingtaine de livres et ça continue.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 16 février 2020

MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE, EVA BARONSKY

*Quelque chose n’allait pas. Il n’était plus
à la maison. Sa couche était différente,
plus molle et inégale, plus souple en fait;
un parfum subtil, féminin s’y trouvait. Où
l’avait-on amené? Qui pouvait donc bien
être ces méchants bougres?*
(Extrait : MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE, Eva
Baronsky, Édition Piranha pour la présente
version électronique, aussi en version papier,
200 pages sur liseuse, 2009 original, t.f. : 2014)

Il s’appelle Wolfgang Mozart et hier soir encore, il était étendu sur son lit de mort. À son réveil, il ne trouve aucune explication à ce monde différent, étrange, où la lumière ne provient pas des bougies, où les carrosses se déplacent sans chevaux…Tout ce qui lui arrive ne peut avoir qu’une seule raison : il a la mission divine de terminer l’œuvre de sa vie, son Requiem. Et le voici, anachronisme vivant déambulant dans les rues survoltées de la Vienne du début du XXIe siècle. Tant de nouveaux compositeurs, tant de sonorités inédites ! Mais, plus le temps passe, plus il se demande ce qu’il adviendra de lui, une fois son chef-d’œuvre terminé…

LE TEMPS D’UN REQUIEM
*Avec respect, presque tendrement, il passa
la main sur la fine écriture. En voilà un qui
était à la hauteur du requiem de Mozart,
qui savait l’achever et…qui damait le pion
au génie de Mozart avec une légèreté qu’
il n’aurait jamais cru possible.
(Extrait : MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE)

L’idée n’est pas nouvelle en littérature : réveiller un mort célèbre, lui laisser tous ses souvenirs et en faire un anachronisme vivant dans un but précis. Pourtant, j’ai trouvé le livre de Baronsky extrêmement bien construit. Il m’a fait rire et surtout, il m’a ému. Quand un livre parvient à ce résultat avec moi, je suis comblé. Alors imaginez un peu.

Deux cents ans après sa mort. Mozart se réveille avec le même esprit, dans un environnement étrange. Il faut dire qu’au départ Mozart ne comprenait pas qu’il venait de sauter deux cents ans d’évolution : *Il comprit par la suite que derrière la plupart des miracles ne se cachait rien d’autre qu’une nouvelle forme d’énergie…* (Extrait)

Au début, ce fut une dure épreuve : Où se loger ? Comment se nourrir ? Restait à comprendre le but de ce miracle : *Chez soi, ce ne pouvait être qu’un petit endroit, au plus profond de soi…tout au fond de son cœur, au plus profond de lui-même, il y avait la musique, rien que la musique et il n’y aurait jamais rien d’autres.* (Extrait)

Mozart comprit qu’il devait finir le célèbre requiem, œuvre majeure mais inachevée au moment de sa mort. La chose la plus difficile pour Mozart dans ce récit était d’établir son identité et ça devenait urgent car son talent s’imposait. Chose difficile voire impossible. Personne ne comprenait :

*Wolfgang Musterman. Il n’avait pas été le seul à remarquer ce nom singulier, la presse l’avait fait aussi. Un pianiste surgi du néant, sans parcours de vie, sans que quiconque ait pu apprendre quelque chose sur lui. Un phénomène ! * (Extrait)

Un jour, le musicien miraculé en a eu marre et a fini par dévoiler son véritable nom à un impresario qui avait besoin d’une preuve d’identité : *Oui, reconnut Wolfgang à voix basse. Joannes Chrysostomus Wolfgangus Théophilus Mozart. Né à Salzbourg le 27 janvier 1756. Puis-je m’en aller maintenant ?* (Extrait) Cette explosion de sincérité a fini par amené Mozart dans un hôpital psychiatrique.

J’ai adoré cette histoire parce qu’elle m’a émue. Elle m’a émue parce que l’auteure Eva Baronsky a réveillé Mozart en lui conservant toutes ses qualités de corps, de cœur et d’esprit. Mozart était un être bon, généreux mais aussi brouillon, désordonné et insouciant, sans le sou et pas toujours facile à vivre. Pour Mozart, tout n’était que musique. La musique est partout dans le récit qui est profondément imprégné de l’esprit de Mozart.

J’ai trouvé aussi le récit drôle parce qu’après un sommeil de deux-cents ans, Mozart se débrouillait plutôt mal avec la modernité ce qui a donné lieu à beaucoup de situations cocasses. Enfin, j’ai trouvé le récit touchant pour plusieurs raisons : la qualité des personnages, la profondeur de leur psychologie.

Par exemple, l’auteur a mis sur le chemin de Mozart un personnage appelé Piotr, musicien violoniste polonais qui a pris Mozart en amitié car Piotr a compris qu’au-delà des qualités de cœur, Mozart était un génie de la musique avec un talent qui avait quelque chose de surnaturel.

Autre personnage un peu plus intriguant celui-là : c’est Anju, l’amour de la nouvelle vie de Mozart, celle qui a touché son cœur et qui apportera une contribution extraordinaire jusqu’à la finale qui est particulièrement poignante.

C’est donc un livre que je recommande. On sent bien que l’auteure admire Mozart. Elle a imprégné son récit du cœur et de la musique de Mozart et avec humour car elle a exploité les anachronismes qui ne manquaient pas d’ébranler le génie musical.

Par exemple, pouvez-vous imaginer comment Mozart a interprété le nom AC/DC trouvé sur un chandail ? Ne se doutant pas qu’il s’agissait d’un des groupes rock les plus populaires de l’heure. Mozart lui, a trouvé une toute autre interprétation : *AC/DC. Il se tortilla le sourcil : Adorate, Cherubim, Dominum Cantu. Adorez le Seigneur avec vos chants. Oui, ça devait être cela* (Extrait)  Un récit magnifique, profondément humain…un coup de cœur.

Suggestion de lecture : LE PETIT MOZART, la BD de William Augel

Wolfgang Mozart est né le 27 janvier 1756 à Salzbourg. Il écrit son premier opéra à l’âge de 11 ans ! Mozart devient de plus en plus connu . Puis, il se marie avec Constance Weber et travaille comme professeur de musique particulier auprès de familles riches. Mais, s’il gagne beaucoup d’argent, il ne sait pas le gérer. Mozart passe des années difficiles avec la mort de son père, la maladie et des dettes.

En 1791, il compose tout de même deux chefs-d’œuvre : la Flûte enchantée et le Requiem. Mozart meurt à Vienne, en Autriche, le 5 décembre 1791 à seulement 35 ans, en laissant plus de 600 œuvres à la postérité. Le REQUIEM est une œuvre inachevée de Mozart. L’idée de Baronsky était de donner du temps à Mozart pour achever lui-même le REQUIEM.

Eva Baronsky est une auteure allemande née en 1968. Après des études de marketing et de communication, elle a été tour à tour consultante en communication, graphiste, vendeuse de confiture et journaliste. MONSIEUR MOZART SE RÉVEILLE est son premier roman, publié en 2009. Avant sa traduction en français plusieurs années plus tard, l’œuvre de Baronsky a reçu le prix Friedriech Hölderlin, un prix d’encouragement de renommée internationale.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le samedi 15 février 2020

PETITES HISTOIRES DE LA MYTHOLOGIE,

Commentaire sur la série écrite par
HÉLÈNE MONTARDRE

 Quelques livres de la série

À la demande de Minos, le roi de Crète, Dédale, génial inventeur, a imaginé un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure, monstre à la tête de taureau. Mais il aide le jeune Thésée à tuer ce monstre et à s’enfuir. Furieux, le roi fait enfermer Dédale et son jeune fils, Icare, dans le Labyrinthe. Pour s’échapper, Dédale se fabrique des ailes, avec de la cire et des plumes d’oiseaux. Icare et lui s’envolent. Mais Icare ne prend pas garde et s’approche trop près du soleil. Lentement, la cire fond et il tombe dans la mer. Dédale se réfugie en Sicile. Mais Minos est toujours sa poursuite…

Achille est un guerrier invincible, car il a été doté par sa mère, la néréide Thétis, d’une force incroyable. Seule une partie de lui reste fragile : son talon. Malgré son talent de guerrier, Achille se cache lorsque s’annonce la guerre de Troie, car sa mère lui a prédit qu’il y trouvera la mort. il se déguise même en jeune fille pour ne pas être reconnu ! Mais Ulysse, le roi d’Ithaque, parvient à le retrouver. Achille doit alors participer à la guerre contre les Troyens, et affronter son destin…

Jason a été dépossédé du trône d’Iolcos par son oncle Pélias. Pour le récupérer, il doit rapporter de Colchide la Toison d’or. Jason rassemble les plus valeureux héros pour mener à bien cette expédition : le colosse Hercule, le héros Thésée, les jumeaux Castor et Pollux, l’aède Orphée… À bord du navire l’Argo, les cinquante Argonautes partent pour la Colchide. Là-bas, Jason devra surmonter des épreuves pour obtenir la Toison : maîtriser des cracheurs de feu, anéantir des guerriers Spartes. Il y parvient grâce à l’aide de Médée, la fille du roi Aétés, l’amour vient au secours de Jason

La Grèce est un pays extraordinaire, magique diront certains. J’ai toujours été fasciné par la Grèce, ses îles, ses ports, son histoire, les philosophes qui en sont issus. Pour être franc, je dois dire que c’est surtout la mythologie qui est venue me chercher. L’Olympe nous a laissé la mémoire des héros qui sont venus émoustiller mon adolescence et encore aujourd’hui.

C’est le cinéma qui m’attirait à l’époque, les adaptations homériennes avec leur caractère fantastique et bien sûr les effets spéciaux. Puis je suis passé à la lecture parce qu’elle m’offrait des horizons beaucoup plus larges. Malheureusement à cette époque. La littérature jeunesse balbutiait. Mais avec le temps, elle s’est enrichie de trésors extraordinaires.

Voici une magnifique petite collection que j’aurais dévoré quand j’étais tout jeune (et aujourd’hui, je ne me suis pas gêné) PETITES HISTOIRES DE LA MYTHOLOGIE. Une série de petits livres écrits par Hélène Montardre et illustrés par Nicolas Duffault.

Chaque livre adapte une mythologie à la compréhension des jeunes lecteurs de 9 à 13 ans toujours en respectant l’esprit des textes originaux. Les ouvrages rapportent très simplement les légendes qui lient la vie des Dieux, des humains, des créatures mythiques et aussi des demi-dieux comme Hercule, Achille, Persée et plusieurs autres.

La collection comprend une vingtaine de volumes. Pour vous en parler, j’en ai lu douze afin d’identifier les points en commun. Mon volume phare est LES DOUZE TRAVAUX D’HERCULE, Hercule étant mon héro mythologique préféré. Pour d’autres, ce sera Thésée, la belle Hélène de Troie, ou encore Jason et ses argonautes.

Pour d’autres, ce sera Ulysse, Persée ou même Pégase. Qu’à cela ne tienne, ils y passent tous. Le meilleur pour moi fut définitivement hercule, fils de Zeus, héros grec de Thèbes, descendant de Persée et dotée d’une force extraordinaire, tellement que son nom s’est frayé un chemin jusque dans le langage francophone moderne.

LES PHARES DE LA MYTHOLOGIE
*-J’ai vaincu le lion de Némée, l’hydre de
Lerne, la biche de Cérynie, le sanglier
D’érymanthe et les oiseaux du lac Stymphale.
Ton taureau ne m’effraie pas !- affirme Hercule.*
(Extrait : LES DOUZE TRAVAUX D’HERCULE)

De tous temps, les hommes ont eu besoin de modèles de force, de bravoure, de héros. Hercule est mon personnage préféré de la mythologie grecque pour ces raisons mais aussi, il faisait preuve d’un très bel équilibre entre la force et la douceur. Peut-être est-ce à cause de cet équilibre qu’Hercule est devenu le héros le plus renommé de la mythologie. Ici, l’auteure raconte l’épisode probablement le plus intense de la vie d’Hercule : pour expier une faute grave, Zeus ordonne à Heraclès de se mettre au service d’Eurysthée qui soumet le demi-dieu à 12 travaux…

Ce qui m’a le plus émerveillé dans ces petits livres est la simplicité de la présentation et la beauté du langage. L’auteure a su relever le défi de tamiser la violence et le pouvoir parfois trop descriptif du langage homérien pour rendre le tout accessible à la jeunesse.

Chaque livre est bien ventilé et facile à lire. Par exemple, dans mon volume phare, chacun des travaux d’Hercule est très bien identifié et magnifiquement décrit. Les enfants peuvent aisément interrompre leur lecture et la reprendre plus tard. Reprendre le fil de l’histoire est facile.

Chaque récit est imprégné du caractère fantastique de la mythologie grecque. Cette omniprésence de la magie stimule la capacité d’émerveillement de l’enfant et les parents peuvent être tranquilles car la violence qui caractérise l’œuvre originale est très bien feutrée dans les livres d’Hélène Montardre. Ce sont d’excellentes adaptations.

Enfin, comme pour aller au-devant des questions que les enfants pourraient se poser en cours de lecture, chaque histoire se termine par un petit documentaire présenté sous forme de questions-réponses. Par exemple, dans mon livre phare, l’auteure explique qui est Hercule. A-t-il déjà existé ? C’est quoi un centaure ?

Les jeunes trouveront de nombreuses réponses susceptibles de satisfaire leur inépuisable curiosité. Donc je n’hésite pas à inviter les jeunes lecteurs et lectrices à se lancer à la découverte de cette magnifique série, près d’une vingtaine de volumes qui sont autant d’épisodes phares de la mythologie et complétés par une petit documentaire très accessible.

Suggestion de lecture : LES CHRONIQUES DE LA FAUCHEUSE, de Mickaël Druart

Née en 1954 à Montreuil, Hélène Montardre est passionnée depuis toujours par les voyages, l’écriture et les enfants.  À travers ses livres, elle veut transmettre les rêves, l’espoir mais aussi la force et la fragilité de la vie et de la mémoire. Ses livres, romans, contes, albums, documentaires s’adressent à tous ceux et celles qui aiment le fantastique.

Nicolas Duffaut a commencé sa carrière sur les murs de sa chambre. Au fil du temps, l’illustrateur a mis ses talents au service de Milan jeunesse, Nathan, Bayard, le poisson soluble, Flammarion, Magnard, Tourbillon et plusieurs autres. Ses outils : un ordinateur, une bonne tablette graphique, et quelques carnets de croquis. On peut suivre l’artiste : http://pendantcetempsailleurs.blog.spot.fr/


BONNE LECTURE

Claude Lambert

Le dimanche  février 2020

HANTISE : LA MAISON HANTÉE, Shirley Jackson

<Voyons se dit-elle, voyons. Ce n’est qu’un bruit, et
un froid terrible, terriblement, affreusement froid.
C’est un bruit au fond du couloir, à l’autre
extrémité. Près de la porte de la nursery, et un
froid terrible. Ce n’est pas ma mère qui frappe le mur.>
(Extrait : HANTISE : LA MAISON HANTÉE, Shirley
Jackson, Éditions Presses Pocket, collection Terreur,
1999, édition numérique, 180 pages.)

Le docteur Montague, intéressé par les phénomènes parapsychologiques, décide de passer un été dans une maison réputée hantée appelée HILL HOUSE. Il est accompagné de l’héritier de la maison, et deux femmes qu’il a choisies pour leurs dons paranormaux : Ils se rendent compte que les rumeurs sont justes : la maison abrite quelque chose ou quelqu’un…quelqu’un qui ne veut pas se taire. HILL HOUSE est une maison de 80 ans construite par Hugh Crain qui avait des goûts architecturaux très particuliers. La plupart des maisons ont une bonne nature. Certaines sont mauvaises…

UNE BICOQUE BELLIQUEUSE
Un tout petit rire ténu leur parvint, apporté
dans la chambre comme par un courant d’air
un minuscule ricanement teinté de folie, le
plus faible des chuchotements de rire.
(Extrait : HANTISE : LA MAISON HANTÉE)

Encore une maison hantée me direz-vous ? Vous avez raison, le sujet est très réchauffé mais on en a peut-être pas exploité toutes les facettes. Le livre qui nous intéresse aujourd’hui est un classique. Il a corrigé le tir dans certains cas et ouvert la voie dans d’autres cas. Donc comme dans tout classique, il y a des choses qui ne changent pas.

Par exemple, le gentil professeur qui réunit des sujets, autant que possible avec des talents médiumniques afin de vérifier et prouver ses théories : *Mais il comptait bien être récompensé de toutes ses peines par la sensation qui ne manquerait pas de saluer la publication de son ouvrage sur les causes et les effets des perturbations parapsychologiques dans une maison communément dite ‘hantée’.* (Extrait)

C’est l’adaptation du livre à l’écran qui m’a donné l’idée d’entreprendre la lecture du livre. Les deux versions m’ont fait réaliser qu’en général, les auteurs, et surtout les réalisateurs se dépêchent de passer à la violence, l’agressivité, les effets visuels spectaculaires. Dans notre livre du jour, Shirley Jackson installe l’horreur tout doucement, graduellement, donnant une place à l’expression corporelle, au non-dit.

Elle explore avec une lenteur étudiée non seulement la psychologie des personnages, Nellie en particulier, mais aussi à la psychologie de la maison : HILL HOUSE qui…*C’était une maison sans gentillesse, qui n’était pas destinée à être habitée. Il n’y avait pas en elle la moindre place pour l’homme, ni pour l’amour, ni pour l’espoir* (Extrait)

Le but de l’auteur n’était pas de faire éclater des têtes ou de faire pourrir la chair mais d’installer graduellement une peur qui devient une terreur qui va crescendo. C’est ainsi que le ton s’intensifie et la maison devient alors pire que ce que l’on croyait : *Un réservoir de méchanceté contenue* (Extrait) Il y a une espèce de jeu dans lequel l’auteur tente d’entraîner le lecteur.

Si le livre a pu me donner l’impression que j’étais un cobaye dans cette étude, c’est je crois parce qu’il a trouvé le ton juste. Ce livre a quelque chose d’hypnotisant. Ses personnages ont été bien développés. En particulier celui de Léonore (NELLIE) dont l’exaltation est un facteur de stress non négligeable. Et encore plus fort : l’énigmatique madame Dudley qui semble la seule à savoir ce qui se passe.

J’ai toutefois trouvé plutôt ordinaire de voir se pointer dans le cours de l’histoire un personnage qui s’insère mal : madame Montague en personne. Une sorte de miss-je-sais-tout qui porte sur les nerfs et accompagné de son sous-fifre : Quant à l’inclusion de ce  personnage dans l’histoire, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris le choix de l’auteur.

Pour toutes les raisons expliquées plus haut, je considère ce livre de Shirley Jackson comme un chef d’œuvre. Ce livre a été plus qu’une addiction pour moi, je suis carrément devenu acteur du drame qui se joue entre les murs de HILL HOUSE. C’est un livre d’horreur écrit avec une grande intelligence et beaucoup d’imagination afin de garder le lecteur alerte.

Le talent de Jackson force l’admiration car même lorsque la maison est calme et ses occupants en repos, la grande HILL HOUSE demeure inquiétante. Il y a très peu de coups de théâtre. La force du livre est sa capacité de jouer sur le ressenti et l’atmosphère avec une lenteur calculée et voulue.

Quant à savoir si on doit lire le livre avant de voir le film. Moi, c’est ce que je recommande. Le livre est plus prenant, assorti d’un rythme efficace. J’ajoute que le livre exploite vraiment bien le personnage de madame Dudley, personnage beaucoup plus discret dans le film. C’est donc un bon livre à lire à la lueur d’une chandelle, juste pour le plaisir et vous laissez la porte de votre penderie ouverte. Qui sait si elle ne va pas se fermer toute seule…

Suggestion de lecture : CRÉATURE, de John Saul

Shirley Jackson est une romancière américaine née à North Bennington, Vermont. C’est une spécialiste du récit fantastique et dhorreur. Elle a écrit entre autres NOUS AVONS TOUJOURS VÉCU AU CHÂTEAU, considéré comme un chef d’œuvre. Son livre LA MAISON HANTÉE est tenu par Stephen King pour lun des meilleurs romans fantastiques du XXe siècle. En 1948 paraît THE ROAD THROUGHT THE WALL, un premier roman dhorreur, suivi dune série de nouvelles réunies plus tard dans le recueil LA LOTERIE ET AUTRES HISTOIRES. Sy déploient les qualités qui ont fait la notoriété de lauteur : une mise en situation ancrée dans un quotidien banal, le passé trouble des personnages, lentretien diabolique du doute sur les évènements surnaturels qui simposent peu à peu. (voir Polars pourpres)

LA MAISON HANTÉE AU CINÉMA

Je suis peut-être à contre-courant de plusieurs critiques mais je trouve l’adaptation du livre de Shirley Jackson au grand écran en 1999, très intéressante. Il s’agit donc du film réalisé par Jan De Bont.

Il est possible toutefois que j’ai un parti pris car la distribution de LA MAISON HANTÉE comprend deux de mes acteurs préférés : Liam Neeson dans le rôle du docteur David Marrow (Montague) et la magnifique Marian Seldes qui incarne l’énigmatique madame Dudley, un personnage tout à fait fascinant de la distribution du film et omniprésent dans le livre.


À gauche l’affiche du film, à droite, Liam Neeson incarne le docteur Marrow qui est en fait le docteur Montague dans le livre. Les deux ont les mêmes motivations.

Marian Seldes incarne madame Dudley qui tient dans une stressante routine verbale qui va au-delà du domaine domestique :

*Je ne reste pas, une fois que jai préparé le dînerje ne reste pas ici après la tombée de la nuit. Je men vais avant quil ne commence à faire noirce qui veut dire quil ny aura personne dans les environs si vous avez besoin daidenous ne pourrions pas vous entendre, pendant la nuitpersonne ne pourrait vous entendrependant la nuitdit madame Dudley avec un large sourire.*

Cette dame a quelque chose de glaçant, terrifiant. Je suis peut-être naïf mais selon moi, elle est le personnage le plus énigmatique du moins si je me limite à l’aspect littéraire.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le jeudi 6 février 2020

LES CLOCHES DE L’ENFER, de JOHN CONNOLLY

*Longtemps Mme Abernathy avait partagé
le désir de son maître de voir la terre
transformée en une autre version de
l’enfer, mais quelque chose avait changé.*
(Extrait : LES CLOCHES DE L’ENFER, John Connoly,
T.F. Éditions l’archipel, 2012, papier, 340 pages)

À 11 ans, Samuel Johnson déjoue les plans machiavéliques de l’horrible Ba’al, un démon qui prépare l’invasion de la terre et l’avènement de son maître : le mal Suprême. Deux ans plus tard, Ba’al n’a toujours pas digéré son échec quand arrive enfin l’heure de la revanche. Et c’est ainsi que Samuel et son chien Boswell se retrouvent propulsés en enfer… Ba’al n’en fera qu’une bouchée ! Promis, juré.

Mais il oublie un peu vite les ressources insoupçonnées de Samuel et de ses compagnons d’infortune : quatre nains énervés, deux agents de police tatillons et un marchand de glaces. Et puis Samuel pourra aussi compter sur le soutien d’une vieille connaissance : Nouilh, petit démon aussi gaffeur que poltron. Qui donc, à la fin, se fera sonner les cloches ?

ENFER HORS-SENTIER
*Dans le chaos et le fracas qui avaient suivi l’échec de
l’invasion, personne n’avait remarqué que deux
phacochères nommés Shan et Gath avaient disparu,
et qu’il y avait donc deux paires de bras en moins
pour jeter des pelletées de charbon dans les grands
brasiers de l’enfer.*
(Extrait : LES CLOCHES DE L’ENFER)

LES CLOCHES DE L’ENFER est un livre aussi étrange que fascinant. Le titre ne prend sa véritable signification que vers la fin du récit. Ce livre est la deuxième partie de la saga de Samuel Johnson. N’ayant pas trouvé la première partie (LES PORTES), je me suis rabattu sur la deuxième qui peut se lire indépendamment. Je précise aussi que l’auteur fait un retour sur le premier volet donc le confort avec l’histoire s’installe rapidement.

Voyons rapidement l’histoire. Deux ans après avoir déjoué les plans diaboliques de Ba’al, incarné dans le récit par l’horrible madame Abernathy, Samuel et son chien Boswell sont subitement propulsés en enfer par Abernathy, fort désireuse de finaliser son plan de vengeance afin de se réconcilier avec le Mal Suprême.

Mais Samuel a des ressources et des amis aussi : quatre nains énervés, deux agents de police, un marchand de glace et Nouilh, un petit démon maladroit mais très sympathique. Il est évident que tôt ou tard, quelqu’un quelque part va se faire sonner les cloches.

C’est un livre très original et comme je le précise au début, il est un peu étrange, mettant en scène des personnages disparates dans un univers peuplé de créatures bizarres et où règne le mal évidemment avec le grande Maître du Mal et ses lieutenants dont Abigor et Abernathy.

Ce sont des noms qui évoquent la trahison, la soif de pouvoir et un ardent désir d’envahir la terre pour en faire une prolongation de l’enfer. Cet univers a été bien imaginé. Il y a un petit quelque chose de folklorique dans le récit. L’auteur étant Irlandais, il ne faut peut-être pas trop s’en surprendre,

Ce n’est pas un livre qui va vous donner des cauchemars bien au contraire. Le sens de l’humour de Connolly est particulièrement aiguisé partout : le titrage, le texte et les renvois en bas de pages qui à eux seuls consacrent le caractère rafraîchissant de l’ouvrage :

*Pas même le travail des démons les plus nuls comme Dhïnhg-Dhônhg, le démon des gens qui sonnent à la porte quand on est sur le point de passer à table; Woüa, le démon des choses mortes qui flottent dans la soupe (et du proverbial cheveu dans la soupe)…Plouf, le démon des choses qui coulent quand il vaudrait mieux qu’elles remontent à la surface et grrrin’s’Äbl, le démon qui bloque les engrenages.* (Extrait)

Donc l’humour est omniprésent. À cela s’ajoute une plume fluide et très descriptive, beaucoup d’imagination, un fil conducteur efficace et le concept de l’enfer imaginé par l’auteur m’a agréablement surpris. L’enfer est au cœur de l’aventure mais Connolly y a laissé un petit message à l’effet qu’il y a toujours de l’espoir et même lorsqu’elle devient des plus improbable, la rédemption est toujours possible :

*…Il arrive même que le Bien naisse du Mal…Et le Mal, comme l’épisode du forgeron l’a démontré, contient toujours en lui-même la possibilité de sa propre rédemption.* (Extrait)

Côté faiblesse : le récit est bien structuré mais l’émotion manque à l’appel. La finale m’a semblé expédiée. Le récit accuse aussi quelques longueurs et le début est un peu lent. À part, peut-être Samuel, j’ai eu de la difficulté à m’attacher aux personnages. Mais en général l’originalité a le dernier mot avec l’humour omniprésent et souvent subtil de l’auteur.

Quant aux Cloches de l’enfer, je vous laisse découvrir ce qu’elles annoncent. Ce n’est vraiment pas un livre méchant bien au contraire. LES CLOCHES DE L’ENFER est un livre jeunesse mais les adultes y trouveront aussi de quoi se divertir.

Suggestion de lecture : LES NEUF CERCLES, de R.J. Ellory

John Connolly est un écrivain irlandais. Il est surtout connu pour sa série de romans mettant en vedette le détective privé Charlie Parker. Avant de devenir un romancier à temps plein, John Connolly travaille comme journaliste, barman, fonctionnaire du gouvernement local, serveur et coursier au grand magasin Harrods à Londres.

Il devient rapidement frustré par la profession, et commence à écrire « Every Dead Thing » (Tout ce qui meurt) pendant son temps libre qui obtient un Shamus Award. Le site officiel de John Connelly est en anglais mais j’ai beaucoup apprécié ma visite, en particulier l’imposante bibliographie du créateur de Charlie Parker. Allez voir.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 2 février 2020

LE PASSE-MONDES, livre de THIBAULT ROLLET

L’histoire de Mr.N
(Tome 1)

*Mais c’est qu’il serait sourd le monsieur ! Youhou,
par là,  non,  plus bas, et aveugle avec ça ! Sur la
table enfin ! Je restai coi. C’était le livre qui me
parlait. Deux yeux et une bouche étaient sortis de
la couverture. J’étais certain qu’ils n’y étaient pas
auparavant.*
(Extrait : LE PASSE-MONDES L’HISTOIRE DE Mr N. tome 1,
Thibault Rollet, Éditions du Petit Caveau, collection Sang
noir, 2014, papier et numérique, 200 pages pour le num.)

Neeyers est journaliste de son état. C’est un homme droit et intègre. Sa vie va basculer le jour où un étrange personnage lui rendra visite pour lui apprendre que le journalisme, c’est fini pour lui. À la place, il s’occuperait de guider les morts et de veiller sur eux. Passe-Mondes. C’est ainsi que je me nomme et ce sera votre patronyme désormais. Monsieur N. entreprendra ainsi une étrange formation et découvrira en même temps que le lecteur, un univers parsemé de légendes fantomatiques et vampiriques ainsi qu’une vision de la mort plutôt décalée et assez drôle…

DES MONDES QUI SE FRÔLENT
*Dan passa un coup de fil pour qu’un groupe
passe détruire les corps. On m’expliqua
qu’effectivement, chez les vampires,
l’enterrement n’était pas pratiqué.*
(Extrait LE PASSE-MONDES, L’HISTOIRE DE Mr N)

Un livre très intéressant. Une histoire originale : *Monsieur Neeyers, je vous nomme Passe-Mondes. Puissiez-vous accomplir votre travail avec perfection…* (extrait) N pour Neeyers.

Un journaliste qui fait son travail, qui a une vie ordinaire comme les autres mais qui va basculer complètement quand il reçoit la visite d’un étrange personnage qui dit s’appeler Passe-Mondes et dont le but est de guider les morts et d’exécuter les commandes des grands Maîtres : le Très-Haut et le Très-Bas.

Par la décision des Grands-Maîtres, Passe-Mondes dirige les morts vers les portes qui leurs sont destinées et qui se trouvent dans le Middleway…le chemin du milieu où habite Passe-Mondes. Il voit aussi à l’équilibre des destins, attribuant récompenses et punitions. Neeyers a été désigné pour remplacer Passe-Mondes. Pas le choix…très peu d’explications.

Une formation lui est imposée… : *Ainsi commença le récit le plus fou que l’on puisse raconter, à la fois le plus invraisemblable…et le plus plausible. Celui d’un être aux frontières de la vie et de la mort. L’histoire du Passe-Mondes…* (Extrait)

L’originalité du récit réside en partie dans les pouvoirs extraordinaires dont Neeyers hérite, et la façon dont il reçoit la commande des grands Maîtres : un parchemin qui apparaît dans la poche de son manteau tout simplement.

Un jour, Neeyers reçoit une commande très particulière qui le propulse dans le monde des vampires pour régler un conflit entre les différentes castes vampiriques dont une en particulier dirigée par l’incarnation de la cruauté : Prâal, un monstre qui à lui seul met en danger l’humanité entière.

Plusieurs éléments m’ont accroché dans ce récit m’entraînant graduellement vers l’addiction. Je ne citerai que les principaux : la vision de Thibault Rollet d’une vie après la mort et cette nonchalance avec laquelle les décisions sont rendues et appliquées, manque d’allure et d’ardeur. Notez que c’est plus drôle que dramatique parce que ça rappelle assez bien la bureaucratie du monde des vivants.

Autre élément original : les pouvoirs de Mr N., celui par exemple de faire apparaître un whisky dans ses mains…une boisson venue de nulle part et haut de gamme encore… l’humour qui se dégage de l’ensemble est un autre élément original : il est noir, mais il fait ressortir de l’œuvre, un petit quelque chose de réaliste, de plausible.

La principale faiblesse que je relève du récit tient dans le fait qu’on sait peu de choses sur Passe-Mondes avant son implication dans le conflit entre vampires et même avant de passer officiellement dans le middleway. J’aurais aimé suivre plus longtemps Mr N. dans son quotidien et savourer des anecdotes qui s’en dégagent.

Pas encore une histoire de vampire… Peut-être Thibault Rollet a-t-il prévu le coup car sa plume habile m’a aspiré dès les premiers moments dans une intrigue solide qui va crescendo jusqu’à une finale surprenante et forte…très forte.

Si vous vous considérez lassé des histoires de vampires, essayez PASSE-MONDES. Je pense que c’est une histoire qui sort de l’ordinaire et qui laisse à penser que tout n’a pas été dit sur les vampires. Je vous ai dit que la finale est forte.

Elle vous oblige presque à ne pas échapper à la suite : L’HISTOIRE DE Mr N. tome 2 LES TROIS GRANDS alors que le *Service après-Mort* impose à N. une surprenante mission… (eh oui, l’humour est toujours présent surtout si on considère le traitement d’une âme en peine comme un service après-vente)

Le livre a presque tout pour plaire. Il y a un peu d’émotion mais surtout de la magie, du surnaturel et une intrigue puissante. Un dernier mot, pas besoin d’être amateur de fantastique pour lire ce livre car il contient plusieurs avenues intéressantes.

Suggestion de lecture : PASSAGE, de Yanick St-Yves

Thibeault Rollet (1991-   ) est un musicien, professeur de guitare et écrivain français. C’est un passionné de fantastique. Ces univers extraordinaires ont marqué son adolescence : Edgar Allan Poe, Tim Burton et plusieurs autres. Aujourd’hui, cette influence transpire dans l’œuvre musicale de son groupe rock qui a pour nom Mr N. qui fait aussi l’objet de son roman. Rollet a créé tout un univers autour de ce personnage fétiche.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le samedi 1er février 2020

Que s’est-il vraiment passé ? Collectif

Commentaire sur le Collectif de
SÉLECTION DU READER’S DIGEST

*Sainte-Beuve disait qu’il y a des façons
infinies d’écrire l’histoire. Il en est une qui
privilégie les épisodes mystérieux, sujets à
controverse; en même temps qu’elle pique
la curiosité, elle donne à penser. C’est celle
que nous proposons.*

(Extrait : introduction de QUE S’EST-IL VRAIMENT
PASSÉ ? Édition originale, SÉLECTION du Reader’s
Digest, Traduction Canadienne-Française, les
publications Modus Vivendi, 2014, réed. 2017.
Collectif, édition de papier, 350 pages)

Que s’est-il vraiment passé depuis la nuit des temps ? Les mystères et les drames entourant les évènements historiques et les personnages célèbres, ceux qui piquent la curiosité tout en donnant à réfléchir…Sélection du reader’s digest a réuni 116 énigmes appartenant à différents moments de l’humanité.

Des énigmes comme celles issues de la théorie du complot dont la mort de John F Kennedy, des mythes comme Robin des bois et le roi Arthur et les mystères actualisés par le nouveau millénaire comme la possibilité d’une vie sur d’autres planètes. Une impressionnante collection des mystères les plus intrigants de l’histoire.


À gauche en haut, « L’une des énigmes posées par le nazisme réside dans l’envoûtement qu’Hitler exerça sur les foules allemandes. » (Extrait : QUE S’EST-IL VRAIMENT PASSÉ)
À droite en haut, «L’identité de Jack L’éventreur a obsédé de nombreux détectives amateurs et professionnels, mais elle reste un mystère. » (Extrait) En bas, l’arche de Noé. Le déluge n’a jamais été prouvé hors de tout doute, mais les scientifiques continuent de rassembler des éléments qui tendent à démontrer qu’il a bel et bien eu lieu.

MYSTÈRES HISTORIQUES
À ces énigmes passionnantes, les avancées de
sciences comme l’astronomie, la paléontologie
et l’archéologie commencent à proposer des
réponses.
(Extrait : QUE S’EST-IL VRAIMENT PASSÉ?)

QUE S’EST-IL VRAIMENT PASSÉ ? réunit les grands mystères non élucidés de l’histoire de l’humanité. En tout, 116 énigmes qui défient l’imagination. L’ouvrage est présenté en sept parties qui sont autant de grandes époques historiques : l’Aube des temps, le Monde Antique, le Moyen-âge, l’Époque Moderne, le XXe siècle en deux parties et les Énigmes du IIIe millénaire.

Tout y passe, de la naissance de l’art à la recherche de la vie extra-terrestre en passant par l’assassinat de de John F Kennedy et le naufrage du Titanic. Le livre tente aussi de séparer les mythes de la réalité en parlant par exemple de Robin des bois, du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde et du suaire de Turin…

Le collectif comprend de nombreuses photos et illustrations, je ne les ai pas comptées mais il y en a plus de 400. Enfin, initiative que j’apprécie au plus haut point, le livre se termine par un index substantiel. L’ouvrage est d’une présentation magnifiquement soignée et publie de nombreuses photographies d’œuvres d’art pour appuyer le propos.

Évidemment, ce livre dit tout mais n’explique rien, c’est classique dans ce genre de livre. Mais le genre a évolué en même temps que la science et on trouve plusieurs pistes d’explications, des observations pertinentes ajustées aux connaissances actuelles, des hypothèses qui semblaient farfelues au XXe siècle mais qui sont revisitées de façon plus rigoureuse en ce IIIe millénaire. On y trouve aussi bien thèses, conjectures et postulats.

Le livre m’a fourni ce que j’en attendais : une collection de ce que l’histoire a de plus énigmatiques, des photos couleurs abondantes avec une magnifique mise à contribution de l’art pictural, des explications et analyses plausibles, ajustées à la science moderne.

Dès les premières pages, le collectif a piqué ma curiosité à cause, en particulier, des drames entourant les personnages célèbres. Il y a Kennedy bien sûr, mais si on remonte le temps jusqu’aux *superstars* de l’antiquité, j’ai réussi à en savoir plus sur Jules César, Cléopâtre, le roi Salomon, Marco Polo, Moïse et j’en passe.

Mon article préféré est celui consacré à la Tour de Babel car il vient nourrir une question que je me suis posée : D’où viennent les langues et dialectes ? Il doit bien avoir une explication qui transcende les aspects culturels et environnementaux. Pour faire une histoire courte, les descendants de Noé (Très nombreux et éparpillés sur la terre d’orient) qui ne parlent qu’une seule langue, décident de construire une tour tellement haute qu’elle toucherait le ciel.

Pour punir les hommes de leur orgueil, Dieu leur a fait perdre la possibilité de se comprendre en créant plusieurs langues et en les dispersant sur la terre. C’est finalement une forme de décadence qui serait à l’origine des langues. Il s’agit d’une explication essentiellement biblique. La science n’a pas encore de réponses Pour l’instant, ça reste une question de foi.

On ne peut pas vraiment critiquer un tel livre. C’est un long argumentaire en photos, en textes et en anecdotes. Moi j’ai aimé. C’est un ouvrage de collection qui sera sans doute dépassé dans quelques années mais j’y ai appris beaucoup de choses et j’ai compris que plus que jamais, l’homme cherche à comprendre, à percer les mystères emprisonnés dans l’histoire, pour mieux se connaître, tendre vers le savoir et prendre sa place dans l’univers.

C’est un bon livre. Il serait même le cadeau parfait pour l’insatiable curieux…

Suggestion de lecture : NON RECONNU, de Steven M. Greer

On ne peut pas vraiment parler d’une collection de mystères s’il n’est pas question de la catastrophe du Titanic.

Sélection du Reader’s digest est un magazine mensuel qui touche un peu à tout. Il est d’un petit format qui rappelle les livres de poches. Reader’s digest est aussi un club de livres comparables à Québec Loisirs et qui diffuse des succès d’éditeurs sous sa propre couverture et bien sûr des ouvrages conçus pour le club. Dans les deux cas on retrouve des ouvrages de références, des atlas, des guides, des enquêtes et des compilations.

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 26 janvier 2020

HERGÉ FILS DE TINTIN, partie 2 de BENOÎT PEETERS

*Une information a circulé, dès le lendemain de
la mort de Hergé : il n’y aura plus de nouveaux Tintin.
À tel point que certains, croyant que tous les albums
allaient être retirés de la vente se sont précipités
chez les libraires pour compléter leur collection. Le
vrai message est plus simple…*
(Extrait : HERGÉ, FILS DE TINTIN voir partie 1 pour les
détails d’édition)


Les principaux personnages de la série TINTIN

Salutations amis lecteurs et lectrices. Aujourd’hui, je poursuis et complète mon article sur le livre de Benoît Peeters : HERGÉ, FILS DE TINTIN. D’abord, quelques mots sur l’auteur Benoît Peeters :
HERGÉ FILS DE TINTIN est une des nombreuses biographies de Georges Rémi dit Hergé. Je l’ai choisie parce que son auteur, Benoît Peeters est considéré comme une référence. Dans son livre, Benoît Peeters  explore la personnalité de l’homme et l’artiste dans toutes ses nuances, avec toutes ses contradictions et explique comment l’homme est devenu artiste en donnant naissance à une œuvre unique: LES AVENTURES DE TINTIN.

C’est une série qui a enchanté plusieurs générations de lecteurs partout dans le monde avec, outre le jeune reporter, des personnages colorés comme le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, Dupont et Dupond, Nestor, Bianca Castafiore… Les péripéties de Tintin constituent une autobiographie indirectement car Hergé a placé en Tintin toutes ses espérances, ses rêves, ses souhaits, ses désirs.

Ce livre est comme une sorte de journal dans lequel on pourrait lire les événements qui ont marqué la vie de Hergé. C’est ce qui explique le titre qui donne à penser que c’est Tintin lui-même qui a enfanté son créateur. En ouvrant le livre, le lecteur entre dans les coulisses d’une personnalité en apparence insaisissable et qui s’est donné à son œuvre jusqu’à l’épuisement.

Benoît Peeters est né en 1956 à Paris. Écrivain, réalisateur et scénariste de bandes dessinées, Benoît Peeters est connu comme étant l’un des meilleurs spécialistes de Hergé. Il est aussi, avec François Schuiten l’auteur de la célèbre série LES CITÉS OBSCURES. Il a publié LIRE LA BANDE DESSINÉE en 2003.

Pour ce qui est de Tintin et surtout de son créateur, Peeters a écrit trois livres qui ont fait époque : Le Monde d’Hergé (Casterman, 1983), Hergé, fils de Tintin (Flammarion, enrichi et réédité en 2006) et Lire Tintin. Son exploration rigoureuse et profonde de l’univers de Tintin et d’Hergé fait de Benoît Peeters un véritable exégète, crédible et recherché.

 Je vous propose maintenant deux lectures parallèles issues de l’extraordinaire bibliographie annexée au livre de Benoît Peeters. Le premier concerne mon personnage préféré après Tintin : le capitaine Haddock, fier marin au caractère très trempé, grand amateur de whisky et aussi réputé pour sa capacité à proférer des jurons et des insultes dans de surprenantes envolées…

Nul autre que l’auteur lui-même n’est mieux placé pour décrire ce petit livre consacré à un personnage extraordinaire : LE CAPITAINE HADDOCK.
Le Haddock illustré est un instrument culturel présentant explications historiques et étymologiques, modifications de sens, archaïsmes, régionalismes et haddockismes. Insultes, injures, jurons : pour la première fois, tout l’arsenal des “mots” du Capitaine est présenté et analysé avec autant de sérieux que d’humour.

« Puisse le lecteur trouver ici de quoi insulter ses contemporains en s’instruisant. Qu’élargissant à son tour les limites de la langue, il fasse preuve de la féroce fantaisie du Capitaine. »
Albert Algoud

Nestor nous fait part, grâce à Serge Provencher, de sa vision de la vie à Moulinsart et en révèle certains détails méconnus. Un portrait très attachant de ce discret personnage.  Les mémoires de Nestor, Récit – Serge Provencher. Livre de 1991, édité par Le Jour / Vlb éditeur, 203 pages. Nestor y dévoile tantôt les dessous d’un album, tantôt un secret bien gardé, mais, surtout, des détails sur son quotidien. Il nous réserve également un certain nombre de belles surprises.

TINTIN AU CINÉMA

TINTIN ET LE MYSTÈRE DE LA TOISON D’OR est un film d’aventures franco-belge réalisé par Jean-Jacques Vierne et sorti en 1961. C’est le premier film inspiré des aventures de Tintin de l’auteur-dessinateur HERGÉ. Il s’appuie sur un scénario original et des acteurs réels.

Jean-Pierre Talbot Tintin par Julius Anudasson

En haut à gauche, l’affiche du film TINTIN ET LES ORANGES BLEUES, un film d’aventures franco-espagnol réalisé par Philippe Condroyer et sorti en 1964. En haut à droite, image extraite du film d’animation LE SECRET DE LA LICORNE, production américano-néo-zélandaise en capture de mouvement 3D réalisé par Steven Spielberg et produit par Peter Jackson. Le film est sorti en 2011. En bas, une mosaïque de photos de JEAN-PIERRE TALBOT réalisée par Julius Anudasson.

Durant son adolescence, alors qu’il est moniteur de sport sur une plage d’Ostende, Jean-Pierre Talbot est remarqué par Jacques Van Melkebeke pour sa ressemblance physique avec Tintin. On le présente à Hergé avec qui il sympathise immédiatement. En 2008, Jean-Pierre Talbot publie son autobiographie, revenant sur sa brève incursion dans le milieu du cinéma :

J’étais Tintin au cinéma.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
le dimanche 19 janvier 2020

HERGÉ FILS DE TINTIN, partie 1, de BENOÎT PEETERS

*«Tintin, c’était moi, avec tout ce qu’il y a
en moi de besoin d’héroïsme, de courage,
de droiture, de malice et de débrouillardise…»*

Hergé (Extrait: HERGÉ FILS DE TINTIN,
Benoît Peeters, Éditions Flammarion, 2006,
collection Champs essais, édition de papier,
540 pages pour l’édition numérique)

L’ART DU DESSIN
ET LA SCIENCE DE LA NARRATION
<«Au fil des ans, je n’ai cessé de retrouver
Hergé : j’ai lu des dizaines de livres et de
manuscrits à son propos, préfacé de
nombreux volumes…mon regard sur Hergé
avait changé : son travail continuait de me
parler, mais chaque fois différemment.
Benoît Peeters.>
(HERGÉ FILS DE TINTIN. Extrait de l’introduction)

Dans cette première partie d’un dossier consacré à HERGÉ, FILS DE TINTIN, je me limiterai à vous communiquer mon commentaire et mes sentiments sur ce livre fascinant…personnellement, je le considère fascinant d’une part parce qu’il y est question de deux de mes meilleurs amis d’enfance : Tintin et Milou et d’autre part parce qu’il s’agit d’une des meilleures biographies d’un personnage adulé par ses pairs et par des millions de jeunes lecteurs et lectrices qui connaissent Georges Rémi sous le nom de HERGÉ.

D’abord, dès les premières lignes de l’ouvrage, l’éditeur, Flammarion, nous donne une précieuse indication sur la façon dont on doit aborder le livre : *…dans ce singulier roman de formation, c’est surtout le personnage qui a construit son auteur. Le jeune employé du quotidien LE VINGTIÈME SIÈCLE était parti de bien peu de chose. Album après album, Tintin a fait l’éducation de Hergé, le conduisant vers des horizons inimaginables. * (Extrait)

Cette belle histoire commence en 1929 avec une idée qui débouche sur la naissance de Tintin. Au début, des revues et des magazines jusqu’en 1930 où parait le premier album officiel : TINTIN AU PAYS DES SOVIETS et suivront 22 albums canoniques, de TINTIN AU CONGO jusqu’à TINTIN ET LES PICAROS. Il faut mentionner aussi qu’entre les albums de Tintin, Hergé développait d’autres séries qui allaient faire la joie des jeunes lecteurs et lectrices : Quick et Flupke et les aventures de Jo, Zette et Jocko.

Du livre HERGÉ, FILS DE TINTIN en général, j’ai apprécié le caractère exhaustif. J’ai tout appris : chaque album a son histoire et fait un pas de plus dans l’évolution de son auteur, on apprend aussi que la plupart des personnages ne sont pas là par hasard. Ils ont été inspirés par la réalité, même les Dupond-Dupont. Par exemple, une des premières amies de Hergé s’appelait Marie-Louise Van Cutsem. Son surnom était …Milou! Vous devinez la suite. J’ai aussi appris que, malgré tout le respect qu’on lui vouait, Hergé était souvent critiqué. 

En fait, plusieurs attribuaient à certains albums un caractère politique qui passe évidemment tout droit aux yeux des enfants. J’ai aussi appris que Hergé était un homme fragile à l’esprit tourmenté, devenu un peu dépressif suite au fameux retour d’âge de la  quarantaine. Les relations avec ses pairs étaient souvent houleuses, d’autant que Hergé était perfectionniste jusqu’à l’obsession.

Une chose m’est apparue évidente : outre l’altruisme et l’empathie qui caractérisent Tintin, c’est le caractère propre insufflé au personnage qui forcera son créateur à grandir et évoluer, sans compter l’interaction du héros avec ses amis dont le capitaine Haddock qui est mon préféré…Mille sabords qu’il m’a fait rire celui-là!

Peeters a passé en revue chaque étape de la vie de Hergé, a interrogé de nombreux témoins, lu une impressionnante correspondance et appuyé sur le concept historique de chaque album et l’influence de la deuxième guerre mondiale. C’est fouillé, c’est approfondi, documenté et complété par une impressionnante bibliographie.

Suggestion de lecture: GEORGE LUCAS UNE VIE, de Brian Jay Jones

Je suis devenu *tintinophile* dès le premier album. Je ne me souciais sûrement pas des côtés sombres de son auteur et de ses États d’âme. Quand j’ai terminé ce livre remarquable de Peeters, je me sentais un peu bizarre. J’ai vite compris pourquoi. Lire ce livre comporte un danger, celui de briser la magie. J’ai connu le monde magnifique de Tintin et de ses amis, maintenant je connais l’essence floue et compliquée de son auteur. On finit par passer par-dessus cette faiblesse. Je vous recommande ce livre sans hésiter.

Dans un deuxième volet consacré à HERGÉ, FILS DE TINTIN, je vous proposerai, à la prochaine publication,  une courte biographie de Hergé, deux lectures parallèles issues de l’extraordinaire bibliographie sur le célèbre auteur-dessinateur dont une sur les célèbres jurons du capitaine Haddock et je complèterai en parlant brièvement de la présence de Tintin au cinéma.


BONNE LECTURE

CLAUDE LAMBERT

Le samedi 18 janvier 2020