LE LIVRE DU DÉSERT, Mo Hayder

*-Vous vous souviendrez sans mal de ce terme, jeune homme, car le Sarkpont ne tardera pas à devenir votre obsession. C’est un terme hongrois, il me semble, qui signifie « pivot ». Le sarkpont se trouve dans une piscina, à l’angle nord-ouest d’un rectangle, et je vous promets qu’à la fin de cette aventure c’est une phrase que vous pourrez vous réciter à l’envers jusque dans vos rêves. *

Extrait : LE LIVRE DU DÉSERT, de Theo Clare. Version papier et numérique : Presses de la Cité éditeur, 2022, 556 pages. Format audio : Lizzie éditeur 2022, durée d’écoute : 16 heures 20 minutes. Narratrice : Valérie Muzzi.

Ils sont treize, originaires des quatre coins du monde, et bien qu’issus de milieux différents, ils forment une famille : *les Sensitive*. Ensemble, ces hommes, femmes et enfants parcourent le Cirque, vaste désert dont ils sont prisonniers, à la recherche du Sarkpont, leur porte de sortie. Ils n’ont pour cela que douze chances et leur temps est compté… Dans un environnement hostile où des créatures assoiffées de sang sillonnent les nuits grises, leur quête peut s’avérer fatale.

Quête dans un cirque de sable

C’est un livre étrange qui développe en parallèle deux histoires : celle de McKenzie, une jeune fille obsédée par les déserts et tourmentée par des hallucinations centrées spécialement sur un lézard. D’autre part, on suit un groupe de treize personnes issues d’un peu partout dans le monde et réunies pour des raisons obscures dans un vaste désert appelé cirque. En fait, cet environnement malsain est postapocalyptique.

L’âme dirigeante du groupe s’appelle Spider qui est aussi le personnage central du récit. Les errants du désert recherchent une porte de sortie. Cette porte précieuse qui leur permettra de sortir de cet environnement de poussière et extrêmement hostile  s’appelle SARKPONT et elle se trouve dans une espèce d’enclave de sable appelée PISCINA.

Ici encore, pour des raisons que je peine à comprendre, les prisonniers du désert n’ont que douze chance d’atteindre le Sarkpont, autant de cycles appelés RÉGYRE. Le groupe s’appelle LES SENSITIVE et sont talonnés par un autre groupe, malveillant celui-là, appelé LES ÉLÉPHANTS.

Le but est simple : sortir du désert et comprendre ce qui arrive à la jeune McKenzie. Malheureusement, le fil conducteur est tordu, l’histoire prend toutes sortes de direction, accuse du remplissage et de l’errance. Je peux me tromper, mais j’ai perçu de l’autrice une volonté d’étirer pour assurer une suite, une continuité, bref, une série.

Le parallèle entre la jeune fille et les *Sensitive* est bizarre. Bien sûr, on a quelques réponses en cours de lecture mais je suis resté sur ma faim.

Toutefois, l’intrigue est là, entretenue par une bonne description de l’environnement et la recherche désespérée du Sarkpont qui est devenue tellement urgente pour les Sensitive.

L’autrice m’a entraîné dans son récit moins moins à cause de l’intrigue, que par son atmosphère et son vocabulaire. Pour cette raison, l’histoire ne manque pas d’originalité même si le thème du post apocalyptique est en surchauffe sur le plan littéraire.

L’histoire n’est pas dépourvue d’intérêt, mais je n’y ai pas suffisamment adhéré pour entreprendre la suite. J’espère toutefois que l’autrice présentera une forme de préquelle expliquant comment des personnes venant des quatre coins du monde se sont retrouvés au beau milieu d’un désert à la recherche d’une porte de sortie, précisera leurs motivations, l’avenir de McKenzie, ce qui justifie l’existence des régyres et bien sûr, ce qu’il y a de l’autre côté de la porte.

suggestion de lecture : LA LUNE DES FEUILLES ROUGES de waubgeshig rice


L’autrice Theo Clare

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 11 janvier 2026

ANAN T1, Lili Boisvert

*…La foudre éclaire l’objet qui émerge enfin des flots. C’est un coffret incrusté de coquillages. Un marin en brise le loquet avec le pommeau d’un poignard et l’entrouvre dans la pénombre revenue. Une lueur bleue, patiente, en émane. *

Extrait : ANAN, tome 1, LE PRINCE, de Lili Boisvert. Édition de papier et numérique : VLB éditeur, 2020, 376 pages, 2211 KB. Version audio : Vues et voix éditeur, 2021, durée d’écoute : 7 heures 30 minutes, narratrice, Macha Limonchik.

UN UNIVERS MATRIARCAL

ANAN est un livre écrit à la façon d’un conte et on y retrouve les ingrédients habituels de la recette fantasy : Une quête, le bien et le mal, les bons et les méchants, beaucoup de machinations, de complots et bien sûr l’alliance classique entre deux royaumes avec un mariage princier. Il y a toutefois une petite exception à la règle. Le royaume d’Anan est essentiellement matriarcal. Les femmes dirigent absolument tout.

Notre société d’aujourd’hui est malheureusement toujours en retard sur le plan de l’égalité des sexes. Mais dans ANAN, tous les clichés ont été remplacés…par d’autres clichés. Exemple cité dans le livre : on ne peut pas éduquer un homme parce qu’il préfère les travaux manuels. Lili Boisvert a complètement inversé les rôles sans nuances, sans subtilité et dans la complète absence de sentiments faisant de son livre un roman féministe.

En principe, le féminisme tend vers l’amélioration et l’extension du rôle, des droits et des privilèges des femmes dans la Société et non à la domination. Le vrai féminisme est une tendance que, personnellement j’approuve et j’encourage. Dans ANAN, j’aurais de beaucoup préféré une gestion stricte de l’égalité à une inversion complète des rôles. Ce n’est guère mieux et ça joue négativement sur la qualité des personnages.

J’ai eu en effet beaucoup de difficulté à m’attacher aux personnages, en particulier la capitaine Chaolih, personnage principal. Je l’ai trouvé froide et antipathique.

Quant à l’histoire, outre le manque d’originalité et d’équilibre, il y a de l’action. C’est parfois même étourdissant. Enchaînements rapides, rythme élevé, revirements, tout ça pour protéger un prince timoré, à la limite insignifiant afin de lui permettre d’épouser une princesse dont on n’entend jamais parler dans le tome 1.

Je dirais que L’action et la logique militaire sont les points forts de l’histoire ainsi que la description des enjeux géopolitiques et celle des combats qui est fort bien détaillée.

Principaux points faibles : le récit est tellement féminisé qu’il en est lourd et pas toujours cohérent. Manque d’équilibre et de réalisme, C’est ce dernier élément manquant qui fait, je crois que Lili Boisvert est passée à côté d’un chef d’œuvre.

Suggestion de lecture : ANAVÉLIA, de Kim Fournelle


L’autrice Lili Boisvert

LA SUITE

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 10 janvier 2026

L’affaire Jésus

Commentaire sur le livre
d’ANDRES ESCHBACH

*Samuel Barron n`est pas un dingue isolé avec ses lubies. Bien au contraire. Il fait partie du mouvement évangélique, la religion qui connait la croissance la plus rapide à notre époque. Ce n`est pas l`islam comme beaucoup le croient. Je parle d`une fédération mondiale de groupes chrétiens qui, malgré leurs différences, attendent tous le retour prochain de Jésus. Je parle de plus de cinq cents millions de personnes qui attendent l`Armageddon de pied ferme, et certaines d`entre elles siègent dans les plus hautes sphères de l’État. *

Extrait : L’AFFAIRE JÉSUS, d’Andres Eschbach. Édition de papier et numérique : Atalante éditeur, 2016, 672 pages. (1020 KB) Version audio Lübbe éditeur, 2017. Durée d’écoute : 21 heures 40 minutes. Narrateur : Emmanuel Dekoninck.

LE PRÉSENT DU FUTUR

L’AFFAIRE JÉSUS est un savant mélange de science-fiction, de politique, de médecine et surtout de religion chrétienne poussée jusqu’au fanatisme. Ce livre est la suite de JÉSUS VIDÉO mais peut se lire indépendamment. Avant d’aller plus loin, je vous propose ici, un bref résumé de JÉSUS VIDÉO :

Non loin de Jérusalem, dans une tombe inviolée depuis deux mille ans, une mission d’archéologie exhume le manuel d’utilisation d’une caméra vidéo dont la sortie sur le marché est prévue- dans trois ans. Un homme muni d’un caméscope aurait-il visité la Palestine du Ier siècle ? Si oui, que sont devenus l’appareil et les enregistrements ? Et, qu’a-t-on ou qui a-t-on filmé ? Découverte archéologique du siècle ou canular ?

En terre de Palestine et d’Israël, sur fond de science, de négociations acharnées et de sectes obscurantistes, s’engage une course effrénée où s’affrontent chercheurs, médias avides de sensationnel et le Vatican. Tandis que trois jeunes gens téméraires poursuivent leur quête parallèle et s’approchent pas à pas de révélations que tous ne jugent pas bon de rendre publiques.

L’histoire est celle de Michael Baron, fils de Samuel, un multimillionnaire américain, chrétien intégriste qui n’hésite pas à utiliser sa fortune pour soutenir les organisations évangéliques les plus radicales. Samuel s’est emparé de la mystérieuse vidéo où apparaîtrait Jésus au premier siècle de notre ère, témoignant ainsi qu’un voyage dans le temps a bel et bien eu lieu.

Mais ce n’est pour Samuel Barron qu’une étape dans une entreprise colossale mûrie de longue date et dont le but n’est rien moins que de se faire l’instrument du Tout-Puissant et de hâter l’accomplissement de la prophétie… l’Armageddon.

Michael se prépare donc à une odyssée qui dépasse l’entendement :  remonter le temps avec une équipe de scientifiques grâce à une technologie pointue, aller à la rencontre du Christ, préparer et hâter son avènement en revenant à sa propre époque. Jouer avec le temps est loin d’être simple et les conséquences peuvent être brutales.

C’est un roman solide, très fort, dans lequel le fanatisme religieux, surtout chrétien dans ce cas-ci s’imbrique avec les paradoxes temporels et l’exploration d’un esprit tortueux et même torturé par son obsession pour le retour de Jésus et le jugement des vivants et des morts.

Je suis devenu captif du récit dès le début car il intègre deux antagonismes de notre Société qui m’ont toujours fasciné : la science (et ses dérives) et la religion (qui ne manque pas de dérives non plus). Le tout a comme toile de fond le voyage dans le temps.

Impossible de s’ennuyer avec un tel livre mais il faut souvent creuser les effets de nos actes sur le temps, soit les paradoxes, les nombreux aller-retours du passé au présent.et une finale un peu rapide sur ce que j’appellerais une *sentence* du temps que vous aurez à découvrir. Cette ventilation timide d’un thème aussi complexe est la principale faiblesse du récit.

Mais l’histoire demeure passionnante, bien documentée, spécialement sur le plan religieux et riche en information. Le livre pose beaucoup de questions qui sont toujours d’une brûlante actualité ? Par exemple : Pourquoi, dès qu’il est question de religion, les hommes versent dans l’aberration ? Qu’est-ce qui se passerait si Jésus revenait aujourd’hui ?

Quant à la fin du monde, L’Armageddon et le jugement dernier, le livre d’Eschbach m’a conforté sur l’opinion que je m’en fais depuis mon enfance :  on ne sait pas quand ça se produira. Personne ne le sait. J’ai au moins retenu ça du Catéchisme. Et entre vous et moi, on est passé à côté de combien de fins du monde depuis que le monde est monde ?

L’histoire est bien structurée, développée avec une intelligence remarquable. Je note une légère faiblesse dans la limpidité, je pense en particulier à la vulgarisation scientifique, mais les personnages sont forts et la psychologie très bien travaillée, en particulier celle des Baron, père et fils.

J’ai adoré ce livre. Sans faire de jeux de mots, je dirais que pour moi, le temps s’est arrêté pendant près de 700 pages. Allez-y…vous ne vous ennuierez pas.

Suggestion de lecture :
L’ODYSSÉE DU TEMPS, d’Arthur C. Clarke


L’auteur Andreas Eschbach

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute

Claude Lambert
le vendredi 9 janvier 2026

 

 

 

PEUR SUR LA CROIX

Commentaire sur le livre de
JEAN-MARC FAYOLLE

*ces pseudos journalistes qui nous abreuvent à longueur d’année d’articles critiquant nos institutions qu’ils considèrent blasphématoires… Ces pseudos croyants qui sont à la solde du Vatican ou de l’opus-Dei. Ces individus, chers frères, sont à faire disparaître de la circulation.

On ne peut tolérer de tels propos insultants envers nos soldats. Rappelez-vous mes frères que nous combattons cette église… depuis que la vérité a été occultée lors du concile de Nicée en l’an 325…Rappelez-vous toutes ces horreurs que nous a infligées le clergé durant ces deux millénaires, tous nos soldats brûlés vifs sur le bûcher pour hérésie. *

Extrait : PEUR SUR LA CROIX, de Jean-Marc Fayolle. Édition de papier et format numérique: Erato éditeur, 2016, 330 pages. (923 KB)

Une menace à fuir

Je ne sais pas trop comment classer ce roman. Sa structure est étrange et ses changements de direction sont frustrants. Je trouve même que le titre et le quatrième de couverture ne remplissent pas leur office.

L’histoire, du moins dans sa première partie repose sur le terrorisme religieux. Rien à voir avec l’Islam. Il s’agit d’une secte chrétienne appelée SARAH qui combat l’Église Catholique prétendant que les deux mille ans d’histoire de cette Église repose sur le mensonge et qu’il est grand temps de scander la vérité à la face du monde.

Comme c’est trop souvent le cas dans les conflits religieux, la secte se radicalise et décide d’utiliser des moyens musclés pour se faire entendre. Résultat : violence et terrorisme.

Une chaîne d’évènements amène un expert en compétitions automobiles à combattre cette secte et tenter d’empêcher une inimaginable catastrophe.

Si je me base sur la première moitié du récit, le roman aurait pu être très intéressant, captivant même. Mais vers la fin du troisième quart, l’histoire accuse une chute vertigineuse de l’action et de l’intrigue et verse mielleusement dans le romanesque avec de longs palabres courtois, des propos explicites et des descriptions sexuelles à peine voilées.

Puis vers la fin, un revirement de situation que j’ai trouvé assez insignifiant pour me rendre compte finalement qu’il était parfaitement inutile. Mais je l’admets, il a quand même attisé ma curiosité, croyant que l’aspect dramatique de la première moitié allait revivre et me donner quelques frissons. À la place, j’ai simplement eu l’impression que l’auteur s’adonnait au remplissage.

J’ai trouvé ça dommage car l’introduction de l’histoire était vraiment prometteuse et s’ajustait avec les réalités du terrorisme et du fanatisme religieux. J’ai déchanté quand le texte a pris les allures d’un drame d’espionnage où tout s’imbrique un peu trop facilement pour finir enfin par une passion amoureuse avec, au passage, une petite chicane de ménage, le tout, entremêlé de courses automobiles.

Autre facteur qui ne m’a pas vraiment aidé à aimer ce roman, c’est qu’il est bourré de fautes. L’orthographe y est malmenée, des mots sont escamotés, d’autres sont glissés par erreur. Je crois que l’éditeur ne s’est pas trop forcé.

Il faut donc considérer la première partie du récit comme une base de roman, mais ça s’est arrêté là. Pas fort.

Suggestion de lecture : LA RELIGION, de Tim Willocks

Du même auteur

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 21 décembre 2025

Les Hauts de Hurle-vent

Commentaire sur le livre
d’EMILY BRONTË

*Mon amour pour Linton est comme le feuillage dans les bois : le temps le transformera… comme l’hiver transforme les arbres. Mon amour pour Heathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en dessous : source de peu de joie apparente, mais nécessité. Nelly, je suis Heathcliff ! Il est toujours… dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être. Ainsi, ne parlez plus de notre séparation ; elle est impossible…*

Extrait : LES HAUTS DE HURLE-VENT, d’Émilie Brontë. Édition de papier : Livrepoche éditeur, 1997, 403 pages. Format numérique : Culture commune éditeur, 2011, 1646 KB. Version audio : Éditions Thélème 2016, durée d’écoute : 14 heures 8 minutes, narratrice : Mélodie Richard.

Un fleuron de la littérature

LES HAUTS DE HURLE-VENT est l’unique roman d’Emily Brontë, emportée par la tuberculose à l’âge de 30 ans seulement. Pourtant, ce roman est considéré comme un des plus grands de la littérature du XIXe siècle. Pour moi, c’est peut-être un peu fort, mais il reste que c’est un roman dérangeant, qui ne laisse pas indifférent. Résumons d’abord un peu l’histoire.

LES HAUTS DE HURLE-VENT est le nom qu’on donne à un domaine dans lequel vit confortablement une famille : monsieur et madame Earnshaw qui ont deux enfants, un garçon et une fille. Un jour, monsieur Earnshaw ramène avec lui, d’un de ses voyages, un enfant abandonné appelé Heathcliff, ne se doutant pas qu’il a introduit dans la famille rien de moins qu’un serpent.

Dès le départ, les enfants de Earnshaw méprisent le nouveau venu. Heathcliff devient amoureux de la fille, Catherine, mais ça n’ira pas loin. Dès lors Heathcliff n’est mû que par la vengeance et ça coûtera très cher à la famille ainsi qu’à sa descendance, au moins jusqu’à ce que la fille de Catherine tombe amoureuse d’une petite réplique d’Heathcliff, un être tout ce qu’il y a de méprisable.

C’est un roman très sombre, insolite, dur, atypique par sa violence si on tient compte des conventions morales qui régissaient la Société Britannique du XIXe siècle, ce qui a valu d’ailleurs beaucoup de critique à l’endroit d’Emily Brontë. Je ne me suis pas soucié des conventions de l’époque mais j’ai été ébranlé par la plume redoutable de Brontë et l’oppression qu’elle inspire est avérée.

Il n’y a pas beaucoup de monde dans cette histoire qui aurait le bon Dieu sans confession ce qui m’amène aux irritants. Le monde de Hurle-vent est peuplé de salauds, de coups bas, de vengeance. La vertu est rare. Il y a dans cette histoire un certain déséquilibre qui fait toute la différence entre le drame et le mélodrame. Ça devient lassant parce que sans aboutissement.

Heureusement, les descriptions environnementales sont tout simplement magnifiques et à elles seules en valent la peine.

L’histoire est assez agréable à lire mais attention. Il y a plusieurs narrateurs qui s’entrecroisent et il me serait difficile de démontrer l’utilité de quelques-uns d’entre eux. LES HAUTS DE HURLE-VENT demeure pour moi un très bon roman, probablement emblématique de son époque, mais pas assez convaincant à mon goût pour le qualifier d’un des meilleurs de la littérature.

Trop de tristesse sans compensation, trop de redondance, pas assez de conviction. Il y a toutefois suffisamment d’éléments pour faire bouillir les lecteurs et lectrices.


Suggestion de lecture : LA DERNIÈRE DES STANFIELD, de Marc Levy

Au cinéma

Il existe de nombreuses adaptations de l’oeuvre LES HAUTS DE HURLE-VENT, y compris celle de 2026. Pour en parcourir la liste, je vous réfère au site SENS CRITIQUE.


L’autrice Emily Brontë (1818-1848)

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
Le samedi 20 décembre 2025

Cemetery boys

Commentaire sur le livre de
AIDEN THOMAS

*-Tu sais qui tu es, je sais qui tu es et Notre Dame le sait aussi… alors que tous les autres aillent se faire voir. Maritza lui lança un sourire malicieux.
-Souviens-toi pourquoi on fait tout ça…Yadriel se blinda et parla avec tout le courage qu’il put rassembler. -Pour qu’ils voient bien que je suis un Brujo.
-Ils vont se sentir bien bêtes lorsque tu leur feras voir.

Extrait : CEMETERY BOYS, version française, d’Aiden Thomas. Édition de papier (poche) Big Bang éditeur, 2023, 456 pages. Format numérique : Actu SF éditeur, 2023, 405 pages, 1136 KB. Version audio : VOolume éditeur, 2023, durée d’écoute : 12 heures 37 minutes, narrateur : Loïc Richard.

Le choc de la tolérance

C’est un très bon roman. J’ai trouvé sa lecture agréable. Le thème est sensible mais habilement développé, en douceur, avec délicatesse. Pour le résumé de l’histoire, vous pouvez vous fier au quatrième de couverture plus haut. On ne pourrait faire mieux. Ce qu’il faut retenir, c’est que Yadriel est un garçon transgenre et qu’il veut devenir Brujo pour invoquer les esprits disparus, un pouvoir traditionnellement réservé aux garçons

Yadriel veut utiliser son pouvoir pour faire revenir l’esprit de son cousin qui a connu récemment une mort violente. Yadriel réussit effectivement à faire revenir un esprit. Mais voilà, ce n’est pas le bon. Ce qui apparaît est l’esprit d’un jeune homme lui aussi victime de mort violente. Il s’appelle Julian.

Julian ne veut pas repartir. Il veut rester pour protéger ses amis qui sont menacés et a besoin pour ce faire de la complicité de Yadriel. S’ensuit toute une série d’aventures et surtout, la naissance d’un petit sentiment qui grandit doucement surtout chez Yadriel. Mais bref, au départ, Julian veut rester pour sauver ses amis, Yadriel veut que Julian reparte mais on se rend vite compte qu’il en a de moins en moins envie.

Je veux m’attarder un peu sur Julian qui fut de loin mon personnage préféré. Jeune homme en fin d’ado, il est rebelle, un peu bougon, têtu et traînait de son vivant, une réputation de méchant garçon. Pourtant, L’auteur l’a doté d’une très bonne nature. Il a une carapace de dur à cuir mais ce n’est qu’une apparence. Il est sensible, protecteur et surtout, il a accepté Yadriel dans sa différence…le genre de bonhomme qu’on serait heureux d’avoir comme ami.

C’est un récit bien développé. L’action n’est pas à l’emporte-pièce mais il y a de l’émotion et la plume pousse les lecteurs à sympathiser avec les personnages qui ont tous un côté attachant et chaleureux. C’est un roman pour jeunes adultes mais aussi une réflexion de société alors que la reconnaissance des genres est au cœur de l’actualité. (voir LGBTQIA+)

Si le livre est venu me chercher et m’a touché, il comporte tout de même quelques irritants et faiblesses. Je note d’abord une surexploitation de mots et de termes espagnols. C’est un peu dérangeant, La version audio en particulier n’est pas aisée à suivre. Et puis, je suis toujours un peu heurté quand un livre en français porte un titre anglais. Pas fort. Enfin, l’intrigue tourne en rond et accuse un peu d’errance mais elle nous amène pourtant vers une finale surprenante. Le genre de finale qu’on a l’impression de vivre entre les mots…

Enfin, un mot sur les personnages. Ils sont forts mais sensibles. Certains luttent pour les traditions, d’autres luttent contre. Outre Julian et Yadriel, vous ferez la connaissance de Maritz, une vraie flamme celle-là, attachante et empathique, rejetée par les siens parce qu’elle est végane. Heureusement, deux petites perles que je vous laisse découvrir la protègent : Donatello et Michelangelo.

C’est un livre plein des mystères latins que l’auteur Aiden Thomas nous fait découvrir en toute simplicité en plus de thèmes que nous avons besoin d’explorer comme société : Amitié, Amour et bien sûr Respect des différences, Tolérance, Acceptation.  Je qualifierai ce livre de doux et fort.

Suggestion de lecture : LE BLEU DES GARÇONS, d’Éric Leblanc


Aiden Thomas est un auteur à succès figurant sur les listes best-sellers du New York Times. Il détient une maîtrise en création littéraire. Originaire d’Oakland (Californie), il est installé à Portland (Oregon). En tant que queer, trans et Latinx, il plaide pour une représentation de la diversité dans les médias.

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 19 décembre 2025

L’apothicaire

Commentaire sur le livre 
D’HENRI LOEVENBRUCK 

*Malgré le froid et l’heure matinale, les ouvroirs bigarrés des épiciers envahissaient l’allée, avec leurs odeurs mêlées de suif à bougies, de cannelle, de gingembre… et de clou de girofle. L’apothicaire soupira. Ces vulgaires marchands faisaient passer de simples blandices pour de vrais médicaments en les vendant à des prix que seule la mode expliquait, sans les justifier pour autant. *

Extrait : L’APOTHICAIRE, de Henri Loevenbruck. Édition de papier : Jailu éditeur 2013, 800 pages. Format numérique : Flammarion éditeur, 2011, 774 pages, 1517 KB, version audio : Audible studios éditeur, 2017, durée d’écoute : 22 heures 22 minutes. Narrateur : Jean-Christophe Lebert.




Une grosse machination




L’APOTHICAIRE est un roman historique qui pourrait bien être addictif pour de nombreux lecteurs et lectrices à cause des faits historiques qui y sont détaillés, soutenus par une imposante recherche, du caractère intrigant de l’ouvrage et de la qualité de ses personnages.

Nous suivons un énigmatique personnage, Andreas Saint-Loup, appelé l’apothicaire car il est très versé dans les soins du corps par les plantes. Saint-Loup est un peu atypique pour son époque et intrigue beaucoup ses contemporains. Nous suivons aussi son apprenti, Robin Messonier, adolescent à l’esprit vif, et une jeune fille appelée Aaliss qui a fui la cruauté de ses parents et croisé le destin de l’apothicaire et de Robin. Maintenant résumons brièvement l’histoire.

Nous sommes en France, en 1313, sous le règne du roi Philippe IV LeBel, celui-là même qui a envoyé au bûcher les derniers templiers. (voir LES ROIS MAUDITS de Maurice Druon) Un matin de la nouvelle année, un apothicaire, Andreas Saint-Loup, découvre qu’il y a une pièce dont il n’a jamais réalisé l’existence, à mi-étage de sa boutique. À partir de ce moment, et de celui où il découvrira une toile effacée du tiers de sa surface, la vie de Saint-Loup basculera complètement.

Une chaîne d’évènements amène la cour de France à accuser l’apothicaire d’hérésie ce qui pousse Philippe LeBel à le pourchasser, faisant même intervenir le grand inquisiteur de France, le redoutable Guillaume Imber qui joua un sinistre rôle dans le sort des templiers, un autre produit de la charité débordante de l’Église.

L’apothicaire, son apprenti et Aaliss deviennent des fugitifs et frôlent la mort. Saint-Loup, obsédé par la présence de sa chambre mystérieuse entreprend, parallèlement la recherche du *livre qui n’existe pas*. Le périple entraînera nos héros sur les traces du prophètes Moïse, jusqu’au buisson ardent sur le mont Sinaï. 

J’ai trouvé ce roman très fort, nullement influencé par une partie de la masse critique qui considère le récit lourd et parfois ennuyeux à cause de ses longs descriptifs historiques et religieux. Moi j’ai adoré ça car j’ai appris beaucoup de choses qui ont totalement mobilisé mon attention et les exemples sont nombreux. Je dois me limiter évidemment.

J’ai lu par exemple, avec beaucoup d’intérêt, les origines du Chemin de Compostelle, le sens de ce pèlerinage, les mystères de la basilique de Saint Jacques. J’ai appris beaucoup de choses intéressantes, entre autres sur le gnosticisme, le moyen âge qui est magnifiquement bien décrit, sur l’intolérance religieuse, les templiers et même sur le pouvoir des plantes.

J’ai appris beaucoup tout en me divertissant car l’ouvrage est riche d’intrigues, sa finale est renversante. Et ses personnages attachants, Robin en particulier.

Voyons maintenant les faiblesses et irritants. L’ouvrage accuse une surexploitation de locutions latines et grecques. Quoiqu’elles soient bien placées dans le contexte, il y en a trop et ça rend le récit un peu ampoulé, prétentieux. Il faut lire le livre avec patience et aussi de l’intérêt pour le moyen-âge car l’intrigue est souvent noyée dans les descriptifs.

Je crois enfin que le personnage principal manque de fluidité et garde un côté mystérieux jamais vraiment éclairci, abouti. Je l’ai trouvé un peu imbu et je n’ai pas réussi à m’y attacher.

Je me rabats plutôt sur l’exactitude des faits historiques, l’intrigue, qui m’a gardé sur la touche, avec un petit soupçon d’ésotérisme et de philosophie, et la nature de la quête qui est pour le moins originale. Je peux dire que ce roman initiatique a été pour moi un coup de cœur.

Suggestion de lecture, du même auteur : le rasoir d’Ockham


L’auteur : Henri Loevenbruck

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 14 décembre 2025



 

Un homme et son péché

Commentaire sur le livre de
CLAUDE-HENRI GRIGNON

*…et il pensait à tous les billets qu’il avait accumulés à des taux variant entre huit et vingt-cinq pour cent et aux gages qui s’entassaient près des trois sacs d’avoine. Puis, suprême bonheur, Donalda ne lui arrachait plus ses pièces de vingt-cinq sous pour s’acheter des épingles à cheveux, du ruban, de la flanelle, des lacets de bottines, du coton, toutes choses enfin dont il se passerait bien, lui, et qui sont des objets de luxe et de perdition… *

Extrait : UN HOMME ET SON PÉCHÉ, de Claude-Henri Grignon. Édition de papier, Stanké éditeur, 2003, 216 pages. Édition audio : Vues et Voix éditeur, 2022. Durée d’écoute : 4 heures 15 minutes. Narrateurs : Nicholas Gendron et Pierre Lebeau.

Sous le regard du redoutable curé Labelle, protecteur des pays d’en haut, les bâtisseurs s’acharnent à développer les Laurentides. Des terres de roche qui nécessite un travail colossal. Séraphin Poudrier, lui l’avare, compte son or aux dépens des pauvres colons qu’il exploite. La richesse et les rêves d’ailleurs meilleurs séparent les *nés-pour-un-petit-pain* des audacieux qui aspirent à briser le carcan traditionnel de la société québécoise. Pour agir et cesser de subir, il y a un prix à payer.

 

Un immortel de l’imaginaire québécois

Séraphin, homme avare à l’extrême, prête aux habitants de son village à taux usuraires, étouffants. Sa femme, la courageuse Donalda, est le seul être vivant que Séraphin semble aimer sincèrement. Pourtant, lorsqu’elle tombe malade, Séraphin refuse les services d’un docteur de peur que ça lui coûte trop cher mais demande à Alexis s’il peut emprunter sa fille pour faire les corvées et aider Donalda.

Les soins nécessaires faisant défaut, Donalda meurt. Séraphin la place dans un cercueil trop petit pour elle et l’enterre au cimetière, dans le lot des Poudrier. Peu touché, il se console en se disant qu’il n’aura plus à l’entretenir.

Même pour les cœurs de pierre, il arrive que le vent vire. Un jour, une des vaches de Séraphin tombe à l’eau. Au moment où il tente de la sauver, il se rend compte que sa maison est en feu. En panique, Séraphin se précipite pour sauver les pièces d’or qu’il avait cachées dans un sac d’avoine. Je vous laisse découvrir, chers lecteurs/lectrices, le destin de l’avare.

UN HOMME ET SON PÉCHÉ était un radioroman de la génération de mes parents. À la fin des années 1950, j’ai eu l’occasion d’écouter quelques épisodes à CBF 690 qui avait attisé ma curiosité. Mais ce n’est rien à côté de l’intérêt que je développerai plus tard pour la série télévisuelle LES BELLES HISTOIRES DES PAYS D’EN HAUT diffusée plus tard à partir des années 1960 à la télévision de Radio-Canada, CBFT canal 2 à l’époque. Mais ça, c’est une autre histoire.

Plus de 60 ans plus tard, je lis le livre et j’écoute une version audio. J’en ai été enchanté et aussi émerveillé de la prestation de Nicholas Gendron et Pierre Lebeau. C’était un défi pour moi ce retour aux sources car la seule référence que j’avais de Séraphin Poudrier remonte aux BELLES HISTOIRES DES PAYS D’EN HAUT avec Jean-Pierre Masson dans le rôle de Séraphin. Auparavant, je n’avais vu Hector Charland dans ce rôle que deux ou trois fois, c’est un beau livre à découvrir ou redécouvrir.

Jamais un roman québécois de Claude-Henri Grignon ne s’est multiplié à ce point depuis sa parution en 1933. Feuilleton radiophonique puis téléromans refaits puis repris à répétition, cinéma, bande dessinée, l’avare Séraphin et sa pauvre Donalda ont enragé ou fait pleurer plusieurs générations de québécois.

Sous la férule du gros curé Labelle, les personnages de ce roman culte s’acharnent à peupler puis développer le territoire à la terre ingrate des Laurentides. L’avare y fait figure de démon qui compte son or aux dépens des pauvres colons qu’il exploite. La richesse et les rêves d’ailleurs meilleurs séparent les nés-pour-un-petit-pain des audacieux qui aspirent à briser le carcan traditionnel de la société québécoise. Pour agir et cesser de subir, il y a un prix à payer. Cet HOMME ET SON PÉCHÉ en profite d’une mesquinerie à l’autre.

©none Les Éditions Kampus (P)2021 Vues et Voix

Suggestion de lecture : LES FILLES DE CALEB, d’Arlette Cousture

Quatre comédiens du radioroman « Un homme et son péché » de Claude-Henri Grignon, jouant sur les ondes de la station CBC (Radio- Canada) à Montréal. De gauche à droite, nous reconnaissons Hector Charland (Séraphin Poudrier), Juliette Béliveau, Paul Guèvremont et George Alexander


UN HOMME ET SON PÉCHÉ donnera naissance à une des téléséries les plus adulées par la francophonie canadienne dans l’histoire de la télévision : LES BELLES HISTOIRES DES PAYS D’EN HAUT.


L’auteur Claude-Henri Grignon


Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 13 décembre 2025

Les surveillants du fleuve

Commentaire sur le livre de
NORMAND PAYETTE

Kevin n’en croit pas ses yeux ! Il repense aux deux étrangers sur la terrasse de LA RAFALE, au Bureau de commerce… il dévore le texte en tentant de lire entre les lignes et afin de bien comprendre : « Treize inspecteurs allemands arriveront très bientôt dans le but de visiter les installations forestières et portuaires et d’examiner la possibilité d’acheter l’île d’Anticosti. »

Extrait : LES SURVEILLANTS DU FLEUVE, tome 1, INCURSION DES ALLEMANDS SUR LE SAINT-LAURENT (1937-1945), par Normand Payette. Édition de papier : Norpay éditeur, 2022, 475 pages. Version audio : Vues et Voix éditeur, 2019. Durée d’écoute : 15 heures 18 minutes. Narrateur : Jacques Tremblay



De 1937 à 1945, Normand Payette nous entraîne de Montréal à Terre-Neuve, en passant par Québec, Trois-Pistoles, Matane et Anticosti, sans oublier la Côte-Nord du Saint-Laurent. Autour de Kevin O’Connor, un pilote du Saint-Laurent, et de Conrad Tremblay, directeur de la GRC, le défi des surveillants du fleuve sera de faire échec aux manœuvres belliqueuses des Allemands, dont les agents dormants sont infiltrés partout… 

Révélant des faits historiques que le gouvernement canadien a longtemps cachés à la population de l’époque, l’auteur nous plonge avec réalisme dans la bataille du Saint-Laurent et dévoile le rôle majeur de ces pilotes, gardiens de phare et pêcheurs qui empêchèrent les Allemands de mettre la main sur l’île d’Anticosti.

 Roman sur un pan d’histoire

Malgré quelques irritants sur lesquels je reviendrai plus loin, ce livre, un drame d’espionnage m’a captivé… serré, car il développe un thème rare de la deuxième guerre mondiale : la présence d’espions allemands et de nombreux agents dormants au Québec pendant la guerre d’une part, et des nombreux navires destinés à l’approvisionnement des alliés en Europe, coulés ou lourdement endommagés dans le golfe et le fleuve Saint Laurent.

C’est un fait historiquement avéré que les Allemands étaient infiltrés partout au Québec, intéressés par la situation stratégique du Saint-Laurent pour empêcher l’accès à l’océan Atlantique. Ils ont même tenté de se porter acquéreur de l’île d’Anticosti.

Pour tenir tête aux allemands, un réseau de surveillance s’est mis tout naturellement en place, composé de pilotes du Saint-Laurent, des gardiens de phares qui sillonnent le fleuve, et de pêcheurs. Ce réseau portera le nom de SURVEILLANTS DU FLEUVE et prendra une importance telle qu’il sera appuyé par la GRC, l’armée et la police provinciale.

Nous suivons plus particulièrement Kevin O’Connor, un pilote à l’origine du réseau, Conrad Tremblay et Wolfgang Eichman, un espion allemand fantôme, prétendu chef des services secrets allemands au Québec.

Normand Payette reconstitue ici une partie dramatique de notre histoire au Québec avant et pendant la deuxième guerre mondiale et je dois dire que ça manquait à notre littérature. La présence allemande au Québec a été longtemps occultée pour deux raisons en particulier : la crainte du gouvernement de McKenzie King de semer la panique et de commettre de graves erreurs de stratégie et bien sûr, le fait que tous les yeux étaient tournés vers l’Europe, théâtre sanglant qui allaient confirmer la folie d’Hitler.

Des faits historiques avérés comme l’espionnage et les attaques de sous-marins allemands sont insérés dans un roman d’espionnage dans lequel des agents secrets s’autorisent à infiltrer, tuer et promouvoir au maximum le nazisme au pays. J’ai trouvé le récit instructif, captivant. J’ai appris beaucoup de choses tout en savourant une intrigue extrêmement serrée donnant parfois des passages à l’emporte-pièce. L’ensemble est crédible et rigoureux.

Ce livre comporte des irritants que je vais toutefois nuancer. D’abord, il met en scène une imposante galerie de personnages. C’est à s’y mêler mais je souligne que l’auteur, Normand Payette, qui se publie lui-même soit dit en passant, a eu la gentillesse de publier une liste des principaux personnages. C’est une attention qui manque à beaucoup de livres. J’ai dû référer à cette liste souvent mais je suis reconnaissant à l’auteur pour cette initiative.

Il y a dans le récit de nombreux passages un peu *fleur bleue*, d’autres suggestifs, qui s’insèrent laborieusement dans l’histoire.

C’est une tendance un peu agaçante mais il faut la tolérer car dans ce contexte d’espionnage et de guerre, l’amour joue un rôle capital et je vous laisse découvrir pourquoi. Vous verrez que tout se tient.

Enfin, l’auteur décrit chaque attaque de sous-marins allemands dans le fleuve et le golfe Saint-Laurent sur des navires d’approvisionnement à destination d’Europe. Il y en a eu 29. La liste est publiée aux pages 386 et 387 avec la carte signalant les attaques. Était-ce bien nécessaire de décrire chaque attaque avec le cri d’attaque désormais célèbre : ACHTUNG ! Torpedo…LOS. C’est redondant. Répétitif.

Mais je suis un peu mitigé. Peut-être au fond était-ce une nécessité car j’ai été choqué de réaliser que les allemands pouvaient tirer sur tout ce qui bouge en mer en toute impunité. J’ai ressenti colère et tristesse et réalisé que le livre est beaucoup plus porteur d’émotions que je croyais.

C’est un livre haletant. Sa plume est alerte, sa finale, surprenante. À mon avis, l’œuvre vient combler un vide important dans la littérature québécoise.

Suggestion de lecture : LA CHANCE DU DIABLE d’irwin Kershaw
Autre suggestion : L’ESPIONNE (l’histoire de Mata Hari) de Paulo Coellho

La suite

L’auteur Normand Payette

 

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le vendredi 12 décembre 2025

 

 

La création du monde

Commentaire sur le livre de
JEAN D’ORMESSON

*Vous avez beau vous débattre, chacun de vous est prisonnier de son temps. Il y a un air du temps, il y a un esprit du temps qui est plus fort que tout et dont vous êtes prisonniers. Il commande votre action, il commande votre pensée. *

Extrait : LA CRÉATION DU MONDE, de Jean D’Ormesson. Édition de papier et format numérique : Robert Laffont éditeur, 2006, 210 pages. (Num. 481 KB)

Une question existentielle

LA CRÉATION DU MONDE est une cosmogonie, un essai philosophique aux limites du roman et qui est centrée sur un long dialogue avec Dieu. Voyons le contexte.

Depuis de longues années, quatre amis se donnent rendez-vous annuellement pour des vacances sur une île de la Méditerranée. Cette dernière rencontre sortira des sentiers battus car un des participants soumet au groupe un manuscrit écrit par Simon Laquedem qui se dit choisi par Dieu pour devenir le nouveau Moïse. Le manuscrit reproduit le dialogue entre Simon et Dieu.

Chaque membre du groupe lira un chapitre à tour de rôle. L’ensemble de l’œuvre provoquera des réactions opposées ou s’imbriquant selon le thème développé. Tous semblent s’entendre à l’idée que Laquedem est un illuminé mais la raison et le cœur sont deux choses différentes.

Première chose : L’œuvre est centré sur Dieu qui règle ses comptes avec Simon. Le reste est accessoire, ça se sent. L’auteur n’a pas vraiment travaillé ses personnages et n’a rien fait pour les rendre attachants. D’Ormesson s’est vraiment concentré sur les questionnements de Simon et l’argumentaire de Dieu.

Ici, les thèmes développés prennent pratiquement la forme d’un parcours initiatique : l’existentialisme, l’Angélologie, relation entre Dieu et l’homme, les origines, ce qui s’est passé dans le premier dixième de la première seconde, le mur de Planck, l’espace-temps, l’évolution, la réalité de l’invisible, les mécanismes de la pensée, la vie et la mort, le créationnisme… cette liste est loin d’être exhaustive.

Je l’avoue honnêtement, il a été difficile pour moi de plonger dans de telles profondeurs :

*L’éternité n’est pas un temps interminable : c’est une absence de temps. *
*L’éternel, le néant et moi ne sommes qu’une seule et même chose. *
*Les morts sortent du temps, ils retournent au néant, ils se jettent dans mon sein, ils entrent dans l’éternité. Ils regagnent le royaume, sans frontière et sans roi, où le néant est esprit, qu’ils avaient quitté en naissant pour entrer dans le temps. *
*L’histoire n’est rien d’autre que le combat entre le passé et l’avenir autour d’un présent toujours là et pourtant toujours absent. *
(Extraits)

Ce livre nécessite beaucoup de réflexion, de concentration et d’introspection. Malgré tout, plusieurs passages me sont apparus simplement indigestes. Cela va bien au-delà de la religion, transcende la théologie et frôle l’ésotérisme. C’est très bien écrit même si par moment, l’idéologie fonce sur des portes ouvertes.

Je pense qu’au fond, il n’y a rien à comprendre. Il faut prendre le livre pour ce qu’il est : un débat d’idées et ces idées sont à peine débattues dans le dialogue entre Simon et Dieu. C’est un livre sans histoire mais l’écriture est tellement belle et c’est une des grandes qualités de Jean D’Ormesson.

Étrange à dire, mais c’est la beauté de la plume qui rend finalement admissible l’absurdité de beaucoup de dialogues. Aussi je suis heureux de constater que l’auteur a séparé Dieu de L’Église, habituellement habile à dénaturer les messages divins.

C’est au final un livre intéressant mais ampoulé et parfois emphatique. Heureusement, il n’est pas très long et contient quelques réflexions qui sont venues me chercher, notamment sur les livres et les arts.

Suggestion de lecture : LE PARFUM D’ADAM, de Jean-Christophe Rufin


L’auteur Jean D’Ormesson

Bonne lecture
Claude Lambert
le dimanche 7 décembre 2025