CHIMAERIS, le livre d’Éric Tourville

*D’abord, il y a eu l’odeur, puissante, répugnante : un mélange de viande carbonisée, de merde et de produits chimiques, l’impression d’avoir forcé l’arrière-cuisine du diable. (Extrait : CHIMAERIS, Éric Tourville, Slatkine et cie, éditeur. 2018, 500 pages. Version audio éditée par Audible en 2018. Narration : Thierry Debrune. Durée d’écoute : 14 heures 10 minutes)

La vérité est ailleurs.

Dans l’hiver glacial du Vermont, pas très loin de Salem, une maison abandonnée, quatre cadavres de petites filles carbonisés, la cinquième a disparu… l’enquête commence. La presse joue la piste pédophile, la police, celle de la sorcellerie. La première chose qu’il vit, ce fut le symbole rouge au-dessus de la porte d’entrée. Une étoile à cinq branches dans un cercle dont le lieutenant ignorait la signification. L’impression angoissante d’être devant les portes de l’Enfer. »

À L’OMBRE DE SALEM
*La porte de derrière battait. Un volet
claquait. Tous les voyants d’une
situation anormale s’allumaient
un par un. *
(Extrait)

Chimaeris est une extension du mot latin chimaera qui veut dire chimère dont la définition donne froid dans le dos : être bizarre, organique, constitué d’au moins deux variétés de cellules ayant des origines génétiques différentes. Plusieurs utiliseraient sans hésiter le mot MONSTRE. Il se trouve que le titre CHIMAERIS est tout à fait approprié pour ce récit, sans doute le plus intense qu’il m’a été donné de lire.

Le lecteur entrera brutalement dans l’histoire avec la découverte de six petits tombeaux dans une ferme isolée du Vermont, une ferme maudite dont la lugubre réputation remonte à la colonisation du Vermont à la fin du XVIIe siècle, ce qui correspond à peu près avec le procès historique des sorcières de Salem en 1692. Dans les tombeaux se trouvaient cinq corps calcinés de fillettes. Il manquait donc un corps.

Un homme appelé Gus se retrouve inopinément sur les lieux de cette innommable tragédie. Plus tard, Gus recueillera une jeune fille muette, malade, extrêmement faible et effrayée. Gus lui donne un nom : Dawn…elle deviendra le pivot de cette incroyable histoire, d’autant que Gus et Dawn seront impitoyablement traqués.

L’enquête fut confiée à l’inspecteur Fremont et au médecin légiste Edward Todd dont le travail allait être extrêmement complexe du fait que les corps ont été brûlés au phosphore. La première hypothèse, qui fut la plus coriace, voulait que ce carnage fut l’œuvre d’un réseau de pédophiles. Ça aurait fait l’affaire de tout le monde. Dossier classé et on en parle plus. Mais on était très, très loin de la réalité.

Au fur et à mesure que le médecin légiste faisait part de ses hypothèses et ses découvertes, l’inspecteur Fremont devait se tourner vers des filières de recherche peu courantes en investigation policière : exobiologie, génétique, sorcellerie, ufologie, paranormal et j’en passe, ce qui a amené Fremont jusque dans les hautes sphères militaires qui ont beaucoup à cacher dont la légendaire zone 51 pour ne nommer que celle-là.

J’ai adoré ce livre qui est un *page-turner* captivant jusqu’à l’addiction dans la tradition des X-Files en plus poussé et cette façon qu’a l’auteur de frayer avec le surnaturel en mettant en évidence dès le début de l’histoire un pentagramme peint sur la façade de la ferme maudite mettant dans le doute le lecteur et le poussant vers une insatiable curiosité.

*Certains lieux seraient des portes vers…autre chose. Appelez ça comme vous voulez, univers parallèles, passé ou futur. Toujours est-il que quand ses verrous s’ouvrent, les choses se passent généralement mal. * (Extrait)

Je me suis attaché très rapidement à Fremont mais j’ai surtout apprécié le légiste Edward Todd, brillant, humain et audacieux. Sûrement le personnage le plus fouillé et abouti créé par Tourville. Je n’oublie pas Dawn, le personnage central de l’histoire, qui n’a pas cessé de me mystifier.

Ici, tout y est : départ fulgurant, intrigue à forte densité, beaucoup de rebondissements, de l’inattendu, un caractère multi-facette poussant au questionnement sur les valeurs de notre société et sur un rêve récurrent et tenace de l’homme : la création d’un sur-être humain tout-puissant physiquement et intellectuellement.

C’est aussi un thème récurrent en littérature mais il est développé ici avec intelligence et une grande originalité. Tourville est français, mais il a écrit son roman à l’américaine. Il se démarque de Stephen King mais je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement à cause en particulier de l’opacité de l’atmosphère et de la psychologie des personnages, Fremont en particulier dont la philosophie ne manque pas de saveur.

Un petit irritant, que je qualifierais d’insignifiant : la longueur de plusieurs dialogues qui s’étendent sur les caractères scientifiques de l’enquête. Rien de bien méchant.

Je recommande fortement CHIMAERIS, premier livre d’un auteur à surveiller, Éric Tourville. La version audio est aussi recommandée avec la très bonne prestation de Thierry Debrune

Suggestion de lecture : CHIMÈRE de Tess Gerritsen.

au sujet d’Éric Tourville

Bonne écoute
Claude Lambert
le dimanche 30 août 2020

MORTS VIRTUELLES, livre de CATHERINE DORÉ

*<Ça a l’air tellement vrai ! > balbutie Étienne au moment où
sa petite Toyota percute de plein fouet une énorme masse
brunâtre. Sous le choc, le capot de la voiture se replie en
accordéon et le pare-brise vole en éclat… des éclats de
verre viennent se ficher dans ses bras et sa tête. Du sang
lui coule dans les yeux…*
(Extrait : MORTS VIRTUELLES, Catherine Doré, Éditions de
Mortagne, 2007. Édition de papier, 530 pages)

Sur le campus de l’Université Laval, des jeunes amateurs de jeux vidéo meurent l’un après l’autre dans des circonstances étranges et inexplicables? Vague de suicides? Meurtres déguisés? Dans un laboratoire, on teste des drogues pour le bénéfice d’un commanditaire qui doit rester secret. Afin d’alimenter en cobayes, des recruteurs rôdent dans les arcades à la recherche d’élèves présentant les caractéristiques utiles aux expériences. Aux prises avec un trouble de stress post-traumatique, Marie-Paule Chevalier se retrouve au cœur du cyclone, ce qui pourrait mettre sérieusement en jeu son avenir au sein de la police de Québec.

LES JEUX QUI TUENT
*Philippe est le cinquième participant à tenter de
mettre fin à ses jours. Je n’appelle pas cela un
évènement isolé. Et si j’analyse les commentaires
que j’ai ici devant moi, je m’inquiète sérieusement
du nombre de vos participants qui pourraient en
arriver à cette extrémité.
(Extrait)

Pour son deuxième roman, Catherine Doré s’appuie sur une préoccupation sociale non négligeable : l’influence possiblement néfaste des jeux vidéo sur les jeunes cerveaux. Plusieurs suicides de jeunes sont signalés.

Un des héros du premier roman, L’EXÉCUTEUR, le jeune et fougueux policier Simon Bernard ne tarde pas à découvrir des points communs : un tatouage étrange représentant une molécule chimique, le recrutement de jeunes joueurs talentueux dans les arcades, le développement de comportements anarchiques et sacrificiels conduisant au suicide, l’expérimentation d’une drogue.

On découvrira plus tard que toute cette opération part d’un laboratoire dirigé par un docteur de grande réputation commandité par une mystérieuse entité qui paie très cher pour les travaux du bon docteur. Simon Bernard est fermement décidé à découvrir la vérité…toute la vérité, ce qui lui coûtera très cher.

Dans cette histoire, on retrouve l’héroïne de L’EXÉCUTEUR, Marie-Paule Chevalier. Dans ce premier livre, la rencontre de Marie-Paule avec Simon Bernard l’amènera à croiser le chemin d’un tueur en série, Denis Hébert. De toute cette expérience, Marie-Paule Chevalier sortira avec un choc post-traumatique qui va la suivre pendant deux ans alors qu’elle deviendra un objet d’expérimentation du docteur Sévigné dans MORTS VIRTUELLES.

Il y a tellement de renvois à Denis Hébert, que pour comprendre l’état d’esprit de Marie-Paule Chevalier, il est préférable de lire L’EXÉCUTEUR avant d’entreprendre MORTS VIRTUELLES. Il y a des choses qui ne changent pas. Dans MORTS VIRTUELLES, Marie-Paule Chevalier voit Denis Hébert dans sa soupe et Simon Bernard est plus rebelle que jamais.

MORTS VIRTUELLES est un thriller scientifique intéressant. Quoiqu’il n’est pas nouveau, son sujet colle avec une réalité très actuelle : l’influence des jeux vidéo sur les jeunes. On sait que, pour beaucoup de jeunes, les jeux vidéo provoquent un phénomène d’addiction. Les effets directs et à long terme des jeux vidéo sont encore mal compris. S’ajoute une drogue qui améliore la performance, drogue à laquelle les jeunes deviennent accros.

La combinaison des deux addictions amène une altération de l’esprit conduisant au suicide. C’est le fil conducteur de l’histoire et ça se tient… au point que la question se pose : Et si c’était vrai. Le roman explore le milieu de la recherche scientifique, présenté comme un vase clos à protéger. Un milieu, manipulé et financé par de mystérieux commanditaires qui cherchent à créer des esprits supérieurs…un rêve vieux comme le monde.

Le roman est actuel, bien développé et nourrit une réflexion nécessaire, dans un monde où les nouvelles technologies régentent notre quotidien. Toutefois, le récit comporte un irritant et une faiblesse qui m’ont sauté aux yeux. J’aurais vraiment préféré que l’auteure se détache de son premier roman. Les nombreux retours en arrière donnent au personnage principal un cachet misérabiliste. C’est agaçant. Enfin, le développement est prévisible.

J’ai très vite compris ou l’auteure voulait en venir et bien qu’intéressé par le sujet, j’ai lu l’histoire sans trop de surprises. L’intrigue est plus ou moins ficelée. Les personnages ne m’ont pas vraiment emballé sauf Simon Bernard que j’ai trouvé racé, humain par ses faiblesses et son côté rebelle, attachant et captivant à suivre. Un dernier point, l’épilogue, que j’avais pressenti bien avant d’y arriver, est en anglais. Ordinaire…

J’aurais souhaité que la conversation soit traduite par exemple à l’intérieur d’une annotation. Je n’ai pas vraiment apprécié. Je donne tout de même au livre la note de passage.

Suggestion de lecture : REGISTRE DES MORTS, de Patricia Cornwell

Catherine Doré a passé son enfance à Québec avant de partir vivre à Montréal afin d’y compléter un baccalauréat en théâtre à l’Université du Québec. Son intérêt pour les livres s’est manifesté très tôt. Dès qu’elle a su lire, la lecture devint une véritable passion. Le plus beau cadeau qu’on pouvait lui offrir : un livre. Les années passant, et des idées de roman lui trottaient dans la tête.

Sa première tentative d’écriture devait se conclure par un recueil de nouvelles, comme on le conseille aux écrivains en herbe. La nouvelle attendue se transforma en un roman de 450 pages : L’exécuteur voyait le jour et le personnage de Marie-Paule Chevalier était ainsi créé.

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 29 août 2020

 

FAUX-SEMBLANTS, le livre de JEFF ABBOTT

*« Je regrette mais je dois le faire. J’ai besoin de
le faire» répondit le «Saigneur». Il sortit le poignard
de son fourreau et le glissa sous son siège. Il avait
pris soin de le nettoyer et de l’affûter, après sa
dernière utilisation. *
(Extrait : FAUX-SEMBLANTS, Jeff Abott, édition Le Cherche
Midi, éd. Or. 2004, édition numérique, 370 pages)

Lorsque le fils d’un sénateur, Peter James, devenu star du porno, revient dans sa ville natale du Texas, rien de bon n’est à prévoir. Il est d’ailleurs retrouvé mort dans un yacht du Port Leo. Tout porte à croire que c’est un suicide par balle dans la bouche.  Tout porte à croire ?? En fait, c’est pas aussi simple. Whit Mosley et Claudia Salazar chargés de l’enquête ne sont pas au bout de leur peine et vont dangereusement affronter un tueur pervers et manipulateur. Avec FAUX-SEMBLANTS, l’auteur Jef Abbott nous garantit le retour récurrent de Mosley et Salazar.

LES VISAGES DE L’AMÉRIQUE
*Whit pensait qu’elle s’avilissait en travaillant
dans le porno, que dirait-il s’il voyait ce qui
lui arrive maintenant? Il comprendrait alors
ce qu’est vraiment l’abjection. >
Extrait

Au départ, je croyais avoir affaire à la petite lecture légère d’un format de poche, genre salle d’attente. C’est plus que cela. En fait, j’ai creusé ma tête de lecteur pour comprendre la démarche du juge Whit Mosley et tenter de me mettre à sa place pour décider entre autres de la nature du décès de Pete Hubble. Il a toutes les apparences d’un suicide.

Mais un doute persiste et devient même pernicieux à un moment où l’enquête du juge prend un tournant comportant danger de mort. Pour développer son enquête Abbott a créé des personnages un peu particuliers : Whit Mosley : devenu juge par accident, vieux garçon un peu aventurier, au look tape-à-l’œil, ne se prend pas au sérieux mais il reste consciencieux et se débat avec courage dans l’enquête la plus complexe de son mandat.

Autre personnage intéressant : la victime, Pete Hubble, une star de la porno, tourmenté par la mort de son frère Corey Hubble sur lequel il décide de tourner un film…sérieux. Pour ce film, Pete décroche un financement douteux avant de mourir d’une balle dans la bouche. Il est retrouvé, pistolet en main. Il y a aussi Lucinda, une sénatrice qui travaille à sa réélection et qui a tellement de choses à cacher. Toute la famille est  bizarre, un peu tordue.

Enfin, il y a Claudia Salazar, policière nouvellement divorcée, à cheval sur son indépendance et qui cherche du gallon… Parallèlement à ces évènements, un tueur cruel et machiavélique torture et tue dans un environnement très proche de nos personnages

Comment est mort Pete Hubble ? C’est le fil conducteur de cette histoire complexe. L’auteur nous réserve bien des surprises en plus d’une finale tout à fait improbable. Par la puissance de son écriture et son sens pointu de l’intrigue, Abbott fait plus que développer une enquête, il entraîne carrément le lecteur en plein sur le terrain de Mosley et Salazar. À travers revers et rebondissements, je me suis posé la question : Pete s’est-il suicidé ou pas.

Aurait-il été victime du tueur en série ou peut-être de sa propre famille et si c’était le cas, quel est l’intérêt. C’est une histoire bien montée, ficelée au point de mystifier le lecteur. Un seul point faible : l’histoire comporte peu d’éléments qui permettent de comprendre de façon satisfaisante les motivations du meurtrier en série. Toutefois, à la fin, son identité aura de quoi surprendre, le lecteur bien sûr mais en particulier notre ami le juge de paix.

FAUX-SEMBLANTS est un thriller dont l’intrigue est en équilibre avec le rythme qui est élevé et soutenu, parfois même essoufflant. Les personnages sont intéressants et bien travaillés, en particulier les limiers.

Et puis, comment ne pas apprécier à Whitt Mosley, cette tête de mule attachante au look de vacancier qui doit rendre un jugement dont sa vie pourrait dépendre…Les enchaînements et les rebondissements sont de nature à garder le lecteur dans le coup jusqu’à la fin…la fin qui m’a laissé un peu pantois.

L’intrigue n’est pas de nature à nous mettre copain-copain avec la politique. Il est rare dans la littérature policière, que ce milieu soit présenté à son avantage. Même chose pour le monde du porno, présenté comme étant sordide et glauque, sans compter de possibles ramifications avec la Mafia et le monde de la drogue…

Il ne faudra pas s’étonner si le premier tiers de l’histoire semble plus lent et terne. Ne vous y fiez pas. Tout se met en place et après, il faudra bien s’accrocher au fil conducteur de l’histoire car la complexité de l’enquête pourrait vous faire perdre le fil de l’histoire. En gros, je qualifierais FAUX-SEMBLANTS d’*excellent condensé de divertissement*

Suggestion de lecture : HANNIBAL, de Thomas Harris

Jeff Abbott est né en 1963 à Dallas, au Texas. Diplômé de l’Université de Rice, à Houston, en Histoire et Lettres, il se tourne vers l’écriture de romans en créant un personnage récurrent, « Jordan Poteet », bibliothécaire au Texas, et sa famille quelque peu excentrique. Il obtient « The Agatha Award » et « The Macavity Award » pour son premier titre « Do unto others » publié en 1994.

Avec le suivant, il évolue vers le roman un peu plus sombre, et un nouveau personnage : le Juge Coroner Whit Mosley et son investigatrice Claudia Salazar, avec lesquels il écrit trois titres.  En 2005, il passe enfin au thriller avec « Panic », qui va recevoir le « Thriller Award ». C’est avec Panique que les francophones le découvrent en 2006. Depuis « Panic » et quelques 5 autres thrillers, un autre personnage a vu le jour, Sam Capra, jeune agent de la CIA, dans trois romans publiés en 2015.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le vendredi 28 août 2020

ZERO, livre de l’écrivain autrichien MARC ELSBERG

*Paniqués, le Président, sa famille et les fonctionnaires…
n’ont pas remarqué le drone qui les menace…Détonations.
Cris. L’Objectif capture le regard terrifié et la bouche
hurlante de l’homme le plus puissant du monde ; C’est
interminable ! «Bon Dieu de bon Dieu ! pense Erben en
grimaçant. Ces images font le tour du monde… »
(Extrait : ZERO, Marc Elsberg, Pirannah 2016 pour la traduc-
tion française., édition de papier, poche, 505 pages)

Londres, Un adolescent est abattu lors d’une course-poursuite. Ce drame conduit Cynthia Bonsant, journaliste au Daily, à enquêter sur les agissements de Freemee, société américaine high-tech spécialisée dans la collecte et l’analyse de données, qui promet à ses dizaines de millions d’utilisateurs une vie meilleure grâce à ses applis. Dans un monde où réseaux sociaux, sites de e-commerce, caméras de sécurité et objets connectés sont les parfaits alliés de la surveillance globale, le chemin qui mène à la vérité va se révéler aussi ardu que dangereux. Cynthia se rend compte que le taux de suicides est plus élevé parmi les utilisateurs de Freeme, Le monde connecté devient plus puissant.

UN PAVÉ DE QUESTIONNEMENT
*Éviter que les gens ne meurent est sans doute
trop compliqué.*
(Extrait)

*La question est de savoir si vous voulez me
dire ce que vous devez me dire, ou seulement
ce que vous pouvez me dire.
(Extrait)

Zero est un roman actuel et dénonciateur de la toute-puissance des nouvelles technologies. Voyons d’abord un peu l’histoire. Une journaliste du Daily, Cynthia Bonsant, enquête sur Freeme, une société américaine qui développe des nouvelles technologies et se spécialise dans la collecte et l’analyse de données.

À ceux et celles qui acceptent volontairement de mettre leurs données personnelles à la disposition de Freeme, la start-up promet une vie meilleure grâce à un *coaching* personnalisé essentiellement géré par leur téléphone intelligent et leur montre adaptée.

Cynthia découvre que le taux de suicides est beaucoup plus élevé chez les utilisateurs de Freeme. On parle de milliers de morts. Quelque chose cloche. Une mystérieuse organisation se dresse devant la démesure de Freeme : ZERO, qui travaille essentiellement à dénoncer Freeme et alerter l’opinion publique.

Il se trouve que Freeme donnent des points aux abonnés qui révèlent des informations les plus personnelles grâce à 300 questions très précises posées lors de l’inscription. La vie des abonnés devient alors gérée par des *Act app*, Un programme de conseils individualisés qui vous dit quoi faire et vous donne des points si vous êtes obéissants :


*On peut répéter des centaines de fois aux gens de se laver les dents. Ce sera plus efficace si on les récompense pour le faire. Chez Freeme, tes valeurs augmentent. Il faut simplement posséder une brosse à dents électrique qui peut envoyer des informations sur ton compte…*
(Extrait)

Ce roman, implacablement branché sur l’actualité n’a rien de rassurant et nous met en garde par l’intermédiaire de zéro : *Le monde digital se trouve dans la moindre particule du monde réel…On le retrouvera bientôt dans nos aliments, nos vêtements, dans le sol, les murs, l’eau, l’air, dans nos corps. Le monde digital…est le monde réel. * Extrait

Sachant que le gigantesque pouvoir décrit dans ce livre par Marc Elsberg est en marche, ce roman fait carrément peur. Il ne s’agit pas d’une dystopie même s’il est question de surveillance globale : des gens qui nous surveillent, surveillés eux-mêmes par des surveillants qui sont surveillés et ainsi de suite.

Le récit laisse à penser que des sociétés en savent plus sur nous que nous-mêmes et nous fait réfléchir sur les traces que nous laissons sur Internet. En effet, on peut se demander qu’est-ce qui pourrait nous arriver de pire une fois que nous aurons livré aux avides multinationales nos secrets les plus intimes…le cœur de notre vie.

Ce livre est très bien documenté, intimement lié avec l’actualité et des pronostics réalistes, ZERO est donc un polar crédible. Il n’est pas exagéré en effet de dire que nous sommes surveillés, classés, listés. Nous sommes influencés par une volonté qui n’est pas la nôtre et nous dépasse. Très bon livre avec de nombreux rebondissements, des revirements, écriture puissante qui nous amène à remettre en question notre définition de la vie privée.

Je signale toutefois que l’entrée en matière est complexe. Il y a de nombreux personnages qu’il faut garder en mémoire au départ. Il faut être particulièrement attentif au premier quart du volume car les personnages ne sont pas tous bien aboutis et l’auteur ne s’est pas vraiment penché sur leur psychologie.

Donc ZERO est un polar particulièrement engagé qui pousse à la réflexion sur le caractère *subtilement* implacable du monde connecté. Si ça ne donne pas le goût de se débrancher, ça pourrait au moins pousser à la prudence.

Suggestion de lecture : CODE ZÉRO, de Ken Follett

Marcus Rafelsberger est un écrivain autrichien né à Vienne le 3 janvier 1967. En 2012, il adopte un pseudonyme : Marc Elsberg qui le désigne encore aujourd’hui. Il connaîtra alors un succès foudroyant avec BLACK-OUT, un thriller post-apocalyptique et son thriller technologique ZERO, récipiendaire du prix des lecteurs du livre de poche. Dans son troisième livre, HELIX, il est à nouveau question d’évolution technologique de notre société qui fait l’objet d’une révolution secrète : le génie génétique.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le vendredi 31 juillet 2020

LES GESTIONNAIRES DE L’APOCALYPSE

LA CHAIR DISPARUE

Commentaire sur le livre audio de
JEAN-JACQUES PELLETIER

*Quand le mépris pour la politique se généralise et que la confiance dans les institutions disparait quand les appartenances se dissolvent et que l’intérêt personnel devient la seule motivation, quand l’économie souterraine… alors une société est prête à tomber entre les mains de toutes les mafias…* (Extrait : LES GESTIONNAIRES DE L’APOCALYPSE, tome 1 LA CHAIR DISPARUE, réédition papier 1996, 660 pages, éditions ALIRE, publication audio : 2018, éditeur : AUDIBLE STUDIO, durée d’écoute : 20 heures 30 pour le tome 1, version intégrale. NARRATION : JEAN BRASSARD)

1996…Pour avoir démantelé Body Store, une organisation internationale de trafic d’organes, John Paul Hurtubise a subi de terribles représailles : ses enfants ont été « vidés » de tous leurs organes et ses proches, menacés de mort. 1998… Souffrant du syndrome de « personnalités multiples », Hurtubise, devenu Paul Hurt grâce à l’Institut, se terre dans la région de Québec où il tente d’oublier le passé.

Mais voilà : un journaliste offre son cœur – dans une glacière ! – à l’une de ses amies, un artiste fou se met à sculpter dans l’humain, un réseau d’extracteurs sillonne les rues de la ville… Body Store renaîtrait-il de ses cendres ? Les mafias s’unissent à l’échelle mondiale, et si personne n’intervient, elles risquent de prendre le contrôle de la planète entière.

VERS UNE MAFIA GLOBALISÉE ?
*Je sais que la dignité n’est pas indispensable
dans le métier d’ordure, que c’est même un
handicap mais bon…vous essaierez de faire
un effort*
(Extrait)

LA CHAIR DISPARUE est une longue histoire qui a nécessité plus de 20 heures d’écoute et encore, ce n’est que le premier tome d’une longue saga, une tétralogie en fait. Dans ce récit deux entités s’opposent, s’entredéchirent et s’entretuent.

D’une part, il y a le consortium : un rassemblement de groupes mafieux qui travaillent à mondialiser la mafia créant un gouvernement parallèle tellement puissant qu’il deviendrait intouchable, inatteignable : *Sans qu’ils s’en doutent, les gens se retrouveraient bientôt avec l’équivalent mondial des Nations-Unies du crime organisé.> (Extrait)

l’enjeu principal qui semble vouloir sceller les alliances est le trafic d’organes. La coordinatrice de ce jeu infernal est celle qu’on appelle LA DÉLÉGUÉE spéciale, femme froide et sans conscience également inatteignable.

D’autre part, il y a L’INSTITUT qui travaille à contrecarrer l’expansion de la mafia et qui est dirigée par une femme énigmatique et extrêmement puissante, également inatteignable appelée *f*. Le pivot de l’histoire est celui qui a démantelé BODYSTORE, une organisation internationale de trafic d’organes qui veut reprendre du service : John Paul Hurtubise.

Ce dernier ayant subi la vengeance du consortium a subi un choc et a développé le syndrome de dissociation. Une vingtaine de personnalités se bousculent en lui. L’Institut a caché Hurtubise, devenu Paul Hurt dans la région de Québec. Sans le savoir, Hurt se prépare à reprendre du service.

Le consortium se tire dans les pieds à cause de personnages cupides, ambitieux et retors. Un personnage entre autres, un médecin psychopathe, fou à lier qui a inventé L’ART ORGANIQUE en créant des expositions d’un barbarisme innommable à partir de corps humain enlevés et séquestrés : le corps-spectacle qui magnifie les corps dénaturés, désarticulés par les mutilations, les greffes chaotiques, la torture et autres horreurs.

Dans ce premier tome, l’auteur ne fait pas dans la dentelle. La description est directe, tranchante. Pas de censure, pas de ménagement. Dans le récit, il y a beaucoup d’action en parallèle. Le fil conducteur est tentaculaire et c’est un peu difficile à suivre.

L’auteur ne se gêne pas pour y aller de ses petites observations sur la capacité des humains à être pervers mais ça n’ajoute pas grand-chose à un récit déjà chargé de passages plus ou moins nécessaires comme les extraits du traité de l’art organique d’Arto, un détraqué qui valorise la dénaturation du corps humain pour réinventer l’art.

Toutefois, le volume a des points très forts; Paul Hurt qui essaie de composer avec toutes les personnalités qui sommeillent en lui. Je me suis attaché à ce personnage courageux et tout son monde…du 20 pour un. Fort, original et profond. J’ai beaucoup appris sur le syndrome de la personnalité multiple.

J’ai aussi trouvé remarquable et touchant le dialogue entre Hurt et un de ses personnages, appelé le VIEUX à la fin du récit. Pelletier a quand même réussi à faire diversion en créant des personnages un peu burlesques qui viennent alléger le récit. Par exemples, les policiers Grondin et Rondeau.

Le premier étant affublé d’une grattelle quasi permanente et l’autre qui appelle son officier supérieur le chef ordure…toléré parce qu’ici la grossièreté est induite par le syndrome de la Tourette. Ils sont drôles, attachants, pas tout à fait en accord avec l’éthique policière. Mais j’étais toujours heureux de la retrouver eux et les JONES 1, 2 3 et ainsi de suite, des anges de la bonne cause dirigés par le frère Guidon. C’est une trouvaille.

Dans l’ensemble, le roman est âpre, touffu, fil conducteur instable. Assez fluide. D’ailleurs le dernier quart du récit m’a rendu addictif.  En passant, j’ai adoré la narration de Jean Brassard à cause de son harmonique vocale particulière mais surtout à cause de sa capacité à moduler sa voix en fonction de chacun des principaux personnages. C’est parfois subtil, c’est surtout très efficace.

Détenteur d’une maîtrise en philosophie de l’Université Laval Jean-Jacques Pelletier  a enseigné la philosophie de 1970 à 2004 au cégep Lévis-Lauzon. Attentif à l’univers des médias, des arts et de l’informatique, les romans de Jean-Jacques Pelletier s’intéressent de façon particulière à l’embrigadement idéologique, à la manipulation des individus et des foules ainsi qu’aux différentes formes d’exploitation. La passion de l’auteur pour le thriller et la géopolitique ne l’a pas empêché d’explorer l’univers du fantastique – à preuve « la Bouche barbelée », nouvelle qui remportait en 1993 le concours de nouvelles de Radio-Canada.

Pour consulter la bibliographie de Jean-Jacques Pelletier, cliquez ici.

Suggestion de lecture, du même auteur : DIX PETITS HOMMES BLANCS

Voici comment est présenté Jean Brassard sur voices.com : Baryton chaud, profond, romantique, affirmé, amical, animateur sportif, sexy, ludique, jeune, acteur de caractère…, chanteur, narration… Accents français ou canadiens-français… Connaissance pratique de l’espagnol, de l’allemand…Compétences spéciales : Animation, Livres audio…Vidéo Internet, Bande annonce, Baladodiffusion, Radio, Téléphone, Télévision, Jeux vidéo. Expérience : 30 ans d’expérience dans le domaine de la voix off…

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 25 juillet 2020

LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR PEPPER

Commentaire sur le livre de
PHAEDRA PATRICK

*…Où irait-il ensuite ? Où le mènerait le prochain
indice ? Arthur était trop las pour y réfléchir,
fatigué par le chaos qui régnait dans sa tête.
«un peu de répit par pitié…» , songea-t-il en
tournant un nouveau coin de rue.*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS D’ARTHUR
PEPPER, Phaedra Patrick, édition originale : Mira
2015, Bragelonne 2016 pour la présente traduction.
édition numérique, 360 pages)

Un an après la mort de Miriam, Arthur consent enfin à se séparer des affaires de sa défunte épouse. Il découvre alors un bracelet qu’il n’avait jamais vu, et les breloques suspendues à ce bijou par d’épaisses mailles en or massif : Un éléphant, un tigre, une fleur, un livre, un cœur et j’en passe. Toutes ces breloques constituent autant d’énigmes qui lui donnent envie de mener l’enquête. Que sait-il vraiment de celle qui a partagé sa vie pendant plus de quarante ans ?  Sans s’y attendre, il ira au-devant de surprenantes révélations. 

SURPRENANTE QUÊTE SUR LE PASSÉ
D’UNE DÉFUNTE
*En l’espace de quelques semaines, il était
passé du veuf pleurant son épouse défunte
à l’ancien époux qui remettait toute sa
vie en question…*
(Extrait : LES FABULEUSES TRIBULATIONS
D’ARTHUR PEPPER)

Cette histoire est relativement simple. Un an après la mort de sa femme, Arthur Pepper fait une découverte en fouillant dans ses affaires…une découverte qui allait changer sa vie : *À ma grande surprise, j’ai découvert un bracelet en or caché dans l’une de ses bottes. Je ne l’avais jamais vu, ce bracelet. Il était décoré de nombreux charmes : un éléphant, un cœur, une fleur…* (Extrait).

Arthur allait finir par apprendre que chaque charme a une signification particulière. Il n’avait plus qu’une idée en tête : découvrir l’origine de ce bijou et de chacun de ses ornements et tout savoir sur le passé de sa femme : *Je pensais que Miriam et moi n’avions aucun secret l’un pour l’autre et je découvre que je ne sais rien d’elle. Je suis confronté à tout ce…ce vide, et il faut vraiment que je le comble, quand bien même ce que j’apprendrai me laissera effondré*. (Extrait)

Voilà…ce livre est l’histoire d’une obsession et effectivement monsieur Pepper sera entraîné dans de nombreuses tribulations dont quelques-unes assez extraordinaires. Au départ, le titre est justifié. Je précise que cette obsession ne tourne pas à la folie, loin de là. Nous avons ici les aventures d’un homme sensible, affaibli par la solitude, qui adore ses deux enfants.

dans son enquête, Arthur va me faire passer par toute une gamme d’émotions. Il y a des moments drôles, tendres des fois plus dramatiques. Notre héros se rend tout simplement compte qu’il connaissait mal sa femme ou du moins son passé. Arthur va jusqu’à réaliser qu’il se connait mal lui-même.

Cette histoire est un peu développée à la manière d’un conte. Il y a une légère touche de fantastique, de l’improbable, de petites morales et des liens relativement faibles entre les aventures. C’est une faiblesse du tout : le fil conducteur est instable mais la plume fluide de Phaedra Patrick réussit à entraîner le lecteur dans les tribulations du héros et à rendre ses principaux personnages attachants.

On est loin du chef d’œuvre. L’histoire manque de profondeur, les enchaînements sont faibles et j’ai trouvé la traduction légèrement douteuse. Toutefois, l’idée de base ne manque pas d’originalité car si l’auteur a négligé certains aspects dans la construction de son récit, elle s’est bien gardée de verser dans le mélodramatique et la fleur bleue.

Elle a créé un personnage profondément humain mû par l’espoir et l’amour, inquiet de savoir s’il était à la hauteur de sa femme. Il y a quelque chose de doux dans ce récit, de léger. Une aventure par breloque selon le principe de la chaîne d’évènements. Même avec des liens plutôt minces, ça entraîne le lecteur et le pousse à aller plus loin. Ça peut même pousser au questionnement.

Il est un peu difficile de rentrer dans l’histoire. Il y a des longueurs dès le début. C’est un peu tiré par les cheveux mais graduellement, le lecteur peut être poussé à l’empathie comme je l’ai été pour Arthur Pepper. C’est agréable comme lecture mais pas plus. Je suis resté un peu sur ma faim. Hé bien ami lecteur, amies lectrice, *la balle est dans votre camp*.

Suggestion de lecture : LA FIN DU MONDE A DU RETARD, de J.-M. Erre

Phaedra Patrick est une auteure native du Royaume-Uni. Elle est diplômée en histoire de l’art et marketing. Son parcours atypique lui a fait endosser successivement les rôles d’artisan du vitrail, d’organisatrice de festivals de cinéma et de chargée de communication. « Les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper » (The Curious Charms of Arthur Pepper, 2016) est son premier roman.

BONNE LECTURE
JAILU/Claude Lambert
Le dimanche 21 juin 2020

LE SORCIER, le livre de DAVID MENON

*-Il m’avait confié ce que Georges Lui faisait. Il m’a pris comme ami et comme protecteur.- -Et toi tu lui as planté un couteau dans le dos?- -Mary Griffin a utilisé mon homosexualité contre moi.- Comment ça?> (Extrait : LE SORCIER, David Menon, 2013, édition numérique, 200 pages.)

Trois cadavres sont retrouvés dans une vieille maison qui était autrefois un pensionnat de garçons. L’inspecteur Jeff Barton met à jour la terrifiante époque de brutalité et d’abus qui s’y déroula. L’enquête le mène sur les traces de l’ancien directeur et de sa femme et d’une affligeante liste de victimes. Mais Jeff, tiraillé entre un travail exigeant et Toby, son fils de cinq ans découvre ce que personne ne voit. Un plan audacieux et implacable fomenté par une ancienne victime pensionnaire déterminée à se venger. Si Jeff voit juste, alors lui et son  équipe doivent agir vite avant que la maîtrise de la sentence ne leur échappe pour de bon.

ILS ÉTAIENT CENSÉS ÊTRE EN SÉCURITÉ
*Depuis des années, ce réseau gagne des milliers et des milliers
avec la vente et la distribution de ses films de pédopornographie
particulièrement violents et écœurants. Ils s’en sont sortis en
cachant leurs activités derrière des vitrines respectables, mais
le mode opératoire a toujours été le même. *
(Extrait : LE SORCIER)

C’est une histoire très sombre et elle commence sur des chapeaux de roues. Au cours des rénovations entreprises dans un vieux bâtiment qui servait autrefois de pensionnat pour jeunes garçons, des travailleurs font la découverte de cadavres dans les sous-sols. Les travaux sont arrêtés, la police mandée sur les lieux.

L’enquête s’annonce complexe. On fait appel à l’enquêteur chef Jeff Barton, personnage récurrent de l’œuvre de David Menon. Il aura besoin d’aide et d’un estomac solide car si l’enquête met à jour de la crasse au départ, la suite devient une histoire d’horreur sans nom.

Dans ce livre, la plume de Menon a deux qualités particulières : elle ne vous fera jamais dévier de l’histoire et elle entretient minutieusement l’intrigue jusqu’à la fin. Je vous avertis toutefois que certains passages sont à soulever le cœur, le principal suspect étant un monstre sans conscience, tordu et dénué d’empathie, persuadé dans son obsession qu’il rendait service aux enfants :

*« C’était dans le donjon qu’ils faisaient leurs films. Ils y emmenaient certains garçons et les gardaient toute la nuit. C’était des trucs SM. Les garçons étaient attachés par les entraves fixées au plafond. Griffin les violait et c’était filmé. »* (Extrait)

C’est une histoire très bien ficelée avec une intrigue solide et un développement en crescendo. L’auteur y a imprégné suffisamment de réalisme pour faire frissonner le lecteur. Je parle de réalisme car bien qu’étant une fiction, toutes les sociétés ont connu des drames semblables à celui développé dans le SORCIER.

Bien que ce soit une bonne histoire, elle est très dure et je ne la recommande pas aux cœurs sensibles. : *…Cette enquête plongeait de plus en plus dans les méandres d’esprits aussi malades que tordus.* (Extrait)

La principale faiblesse de cette histoire est la quantité de personnages. On s’y perd un peu parce que les monstruosités commises sur les garçons ont provoqué à moyen terme des drames d’un autre type : suicides, éclatements familiaux, maladies mentales, peur et paranoïa et j’en passe.

Des familles s’imbriquent, les personnages s‘entrecroisent. L’identité de plusieurs de ces personnages risque de vous échapper. Il y a moyen de surmonter cette faiblesse en se concentrant bien sur le début de l’histoire.

Puisqu’on parle de personnages, je ne peux pas dire vraiment que j’ai réussi à m’y attacher. Je les ai trouvés un peu froids sauf peut-être Jeff Barton à qui l’auteur a donné un rôle aussi capital qu’effacé avec toutefois une remarquable intuition, qualité que j’apprécie particulièrement dans ce type de récit.

Quelques petits points en terminant. Je me demandais pourquoi LE SORCIER comme titre. Je l’ai compris dans les dernières pages. L’auteur aurait pu faire mieux là-dessus. Ensuite j’ai trouvé la finale un peu expédiée et j’ai été un peu déçu du sort de certains personnages. À vous de voir. Enfin l’édition que j’avais comportait une mise en page douteuse. La version numérique n’était guère mieux, mais *j’ai fait avec*. Recommandé pour les cœurs solides et amateurs d’émotions…LE SORCIER de David Menon.

Suggestion de lecture : LES SORCIÈRES DE SALEM, de Millie Sydenier

« J’aime écrire dans le genre de crime parce que je peux couvrir toutes les différentes classes sociales, sexe, race, sexualité, histoire, contemporain … c’est vraiment un grand pinceau et ma motivation d’écrire vient d’un désir de divertir les gens avec une bonne histoire. »

David Menon

BONNE LECTURE
Claude Lambert
le dimanche 14 juin 2020

LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE, Laerhoven

Commentaire sur le livre de
BOB VAN LAERHOVEN

*Edmond(1) affirme, continua le peintre d’un air soucieux, que l’assassin est fervent admirateur de Baudelaire qui élimine quiconque a traité injustement l’artiste de son vivant ou qui a tenu des propos réprobateurs à son sujet.*

(Extrait : LA VENGEANCE DE BEAUDELAIRE, Bob Van Laerhoven, Éditions Pratiko, tr. : Marie Hooghe, 2013, édition numérique, 260 pages.) (1) Fait référence à Edmond Huot de Goncourt, né à Nancy le 26 mai 1822 et mort le 16 juillet 1896 dans la maison d’Alphonse Daudet, écrivain français, fondateur de l’Académie Goncourt qui décerne chaque année le prix du même nom.

Paris, septembre 1870, la guerre fait rage. C’est dans une atmosphère chaotique que Paul Lefèvre, énigmatique commissaire et son ami, l’inspecteur Bernard Bouveroux, auront à résoudre une série de crimes hors du commun. Toutes les victimes portent un message, sous forme de vers extraits du très controversé recueil Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, mort trois ans auparavant.

À mesure que l’enquête progresse sur un chemin encombré de subterfuges et de mensonges, les masques tombent, un par un jusqu’à révéler un terrible secret au sein même de la famille Baudelaire. L’enquête conduit le commissaire Lefèvre sur la piste d’un complot ayant des ramifications jusqu’à la cour de Napoléon III. Et d’un secret au sein de la famille Baudelaire, aux lourdes conséquences.

LES FLEURS DU CRIME
*Mais quand je rêvais, ma connaissance croissante des plantes
africaines qu’utilisent les féticheurs depuis des siècles
faisait de moi la fleur du mal, l’épouse de Satan qui
déchire le rideau trompeur du temple du monde.*
(Extrait)

Ma lecture de LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE suit de près ma relecture des FLEURS DU MAL. D’entrée de jeu, je dois dire que j’ai été aussi séduit par le titre et le quatrième de couverture que déçu par le contenu. Voyons d’abord ce que ça raconte : nous sommes à Paris en 1870. La capitale est ébranlée par la guerre franco-prussienne et comme si ce n’était pas suffisant, une série de meurtres horribles retient l’attention des parisiens.

Sur chaque cadavre, on retrouve des vers du recueil de poèmes LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire, décédé un peu plus tôt en 1867. L’enquête est confiée à Paul Lefèbvre et son collègue Bernard Bouveroux. L’enquête amène Les limiers sur la piste d’un complot mais surtout sur un secret soigneusement gardé par la famille Baudelaire.

Ce ne fut pas une lecture facile. Le fil conducteur est instable, les personnages mal définis, beaucoup de dialogues plus ou moins utiles. Je ne savais pas trop à quoi m’accrocher. Bien sûr on nous confirme par la voix d’un personnage-clé du roman, ce dont on se doutait déjà à propos de Charles Baudelaire : le caractère neurasthénique du poète et sa vie dissolue.

Dans le récit, Baudelaire confie une vérité assez crue sur lui-même : *Vous avez devant vous le poète du mal…l’effrayante précision avec laquelle j’analyse l’âme mauvaise de l’homme ne m’empêche pas d’être dans la vie un brave imbécile qui se laisse marcher dessus par tout un chacun*. (Extrait)

Le secret de la famille Baudelaire. Voilà ce qui a retenu le plus mon attention. Je ne crois pas que c’était vraiment le but de l’auteur. D’autre part, je suis surpris que LA VENGEANCE DE BAUDELAIRE soit récipiendaire du prix HERCULE POIROT pour le meilleur roman à suspense, parce que le suspense, je ne l’ai pas senti.

Pas de hâte particulière à tourner les pages. J’avais l’impression que les excès de Baudelaire étaient plus importants que l’enquête elle-même qui soit dit en passant était dure à suivre à cause de trop nombreuses digressions. Pourtant le début était prometteur mais ce fut par la suite une baisse constante du rythme jusqu’au dernier quart du volume.

C’est en effet dans le dernier quart que se trouvent les forces du récit. Il devient graduellement plus haletant, l’enquête se précise rapidement comme si l’auteur voulait rattraper un énorme terrain perdu. On comprend mieux la démarche des enquêteurs et surtout, il y a la finale qui m’a laissé pantois même si je l’ai trouvé bâclée.

Même si vous arrivez à suivre parfaitement la progression de l’enquête, il vous sera difficile de déterminer qui est le coupable des meurtres. Moi je n’y suis pas arrivé. On apprend à la dernière page qui est le maître du jeu et pour moi c’était la personne la plus improbable.

On fera alors connaissance alors avec un personnage historique qui a l’escroquerie dans les gênes et dans le sang. Le mobile : lavez Baudelaire des insultes et des railleries qu’il a subies pendant toute sa vie. La lecture du dernier quart ma remis dans de bien meilleures dispositions envers l’auteur même si la finale est expédiée en ce sens que j’aurais souhaité plus de contenu sur le rôle et la qualité du mystérieux personnage.

Outre la présence de personnages disons exotiques susceptibles de raviver un peu l’intérêt du lecteur comme Simone Bourbier et ses particularités physiques, je pense aussi à Claire de lune que je vous laisse découvrir, le lecteur sera aux prises avec un enchevêtrement de dialogues qui négligent le fil conducteur et diminue l’intérêt pour l’enquête… Le choix vous appartient bien sûr. Moi j’ai été déçu.

Je vous invite à lire mon commentaire sur LES FLEURS DU MAL de Charles Baudelaire. Cliquez ici.

Suggestion de lecture : 1630 LA VENGEANCE DE RICHELIEU, de J.-M. Riou

Bob Van Laerhoven est un écrivain belge né le 8 août 1953 à Anvers. Il n’aime pas entendre qu’il verse dans la science-fiction. Il préfère parler de sociale-fiction. En 1985, son premier roman voit le jour sous le titre Nachtspel (Jeu nocturne). On y découvre une aisance à aborder des sujets internationaux qui deviendra sa marque de commerce.

L’œuvre est extrêmement variée : romans, récits de voyages, livres pour enfants, pièces de théâtre, biographies, recueils de poésie, essais, ouvrages de non fiction, lettres, chroniques et articles. Son roman La Vengeance de Baudelaire a remporté en 2007 le prix Hercule Poirot du meilleur roman flamand à suspense.

BONNE LECTURE
Claude Lambert
Le dimanche 31 mai 2020

LA CIBLE, de ROBERT MORCET, série LE CELTE

*Mais vous êtes fou, cria-t-elle en se débattant.
Une gifle monumentale lui arracha la tête. Pendant
quelques secondes, elle ne vit qu’un arc-en-ciel
d’étoiles filantes…Dans la voiture de devant, les
deux autres ne bronchaient pas.>
(Extrait : LA CIBLE, copyright Robert Morcet 2016,
édition numérique, 200 pages.)

Un jour, dans le ministère où elle travaille comme secrétaire, Angie verrouille son bureau à la fermeture et sort, descend vers la sortie, se rend compte qu’elle a oublié son téléphone portable, remonte à son bureau et c’est alors qu’un homme d’origine arabe tente de la tuer. Qu’a-t-elle surpris ? Elle sait maintenant quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû savoir. Elle se confie à son amie Florence. Le Celte, héros récurrent de l’œuvre de Morcet se met sur l’affaire. Les dossiers des employés du ministère visé sont passés au crible. Il semble que certains de ces dossiers comportent des ombres. Angie est en danger…en grand danger. On ne donne pas cher de sa peau.

PASSE-MOI LE CELTE
*Le Celte attira le sac vers lui. Il était bien
lourd pour un sac de sport. Qu’est-ce
qu’il y  mettait dedans? Trois paires
d’altères? Il tira la fermeture éclair.
Bon Dieu…il se redressa. «Patron,
venez voir»*

La série LE CELTE est composée de 47 titres. J’en en lu un, simplement pour en faire l’essai. Il se trouve que c’est un des plus récents, façon de parler, LA CIBLE a été publié en 2016. J’ai passé un assez bon moment de lecture sans toutefois être emballé. Ici, LA CIBLE s’appelle Angie, une secrétaire brutalement agressée dans son bureau.

Les pisteurs soupçonnent Angie d’avoir capté une conversation pas du tout destinée à ses oreilles. Et nous voici plongés dans l’histoire classique de la femme qui en sait trop, sans saveur, sans originalité. Il y a toutefois de l’action, quelques rebondissements et des passages qui forcent l’attention :

*Le Celte attira le sac vers lui. Il était bien lourd pour un sac de sport. Qu’est-ce qu’il y mettait dedans ? Trois paires d’altères ? Il tira la fermeture éclair. Bon Dieu…il se redressa. <Patron, venez voir.>* (Extrait)

Il est à mon avis exagéré de qualifier le livre de <cocktail d’action et de suspense> du début à la fin. Certains chroniqueurs attribuent cette petite fleur à toute la série. C’est un peu fort. Même si je n’ai pas lu d’autres tomes, je suis à peu près certain qu’on peut trouver mieux dans la série.

Peut-être que j’ai choisi un tome alors que la série s’essoufflait et que j’ai été exaspéré par la qualité du format numérique que j’ai utilisé, encadré de travers avec un orthographe plus que douteux. Quant au Celte lui-même, je ne peux pas dire que j’ai trouvé Loïc très attachant et pas aussi alerte que la Presse a bien voulu nous le faire croire. Enfin je n’ai pas trop compris pourquoi la Presse littéraire a été aussi dithyrambique à l’endroit de LA CIBLE.

Dans l’ensemble, j’ai quand même aimé malgré tout mais c’est le genre de titre que je suis porté à oublier malheureusement. Sachant qu’il n’y a pas deux personnes pareilles en matière de goût, faites-en l’essai. Choisissez un titre dans la série. Au lieu d’aller vers la fin de la série comme moi, allez au début… ça pourrait être intéressant. Vous verrez bien.

Suggestion de lecture : À L’OMBRE DE LA MONTAGNE. de Kathleen Brassard

Né le 27 septembre 1949 à Saint Ouen, Robert Morcet est un ancien délinquant. Condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour braquage de banque, respecté dans les milieux policiers et chez les voyous, il a assumé seul ses erreurs passées. Son premier livre, TENDRE VOYOU, édité en 1987 chez Carrère contient son autobiographie. Robert Morcet s’est rendu célèbre par sa série LE CELTE, qui compte 47 titres et a connu un énorme succès depuis sa lancée en 1988. LE CELTE, c’est Loïc Le Goënet, un capitaine de l’ancienne brigade antigang. 

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 23 mai 2020

LES MORTS RENAÎTRONT UN JOUR, CHRISTOPH ERNST

*…une trentaine environ ont été pendus, les autres
jetés en prison. En plus de cela, Goebbels a encore
fait arrêter cinq cents juifs en représailles. La moitié
ont été exécutés sur-le-champ, les autres envoyés
en camp de concentration». Apparemment, je suis
devenue pâle.*
(Extrait : LES MORTS RENAÏTRONT UN JOUR, Christoph
Ernst, édition originale : Pendragon 2012, t.f. : Piraanha
2015, édition numérique, 300 pages)

Plus de cinquante ans après avoir fui l’Allemagne, Käthe, d’origine juive, est de retour à Berlin pour récupérer un immeuble ayant appartenu à sa famille avant d’être confisqué par les nazis. Peu après son arrivée, son corps sans vie est retrouvé au pied d’un mémorial de la déportation. Sa petite nièce, Maja, ne crois pas à la thèse du suicide. Elle va devoir plonger dans les méandres d’un passé douloureux. L’intrigue revisite le sort des juifs sous le nazisme allemand et les exactions de la RDA mais dresse surtout le portrait d’hommes et de femmes confrontés à un choix impossible.

SURVIVRE À LA FOLIE
*La porte d’entrée se referme derrière elle dans
un bruit mat. Je suis trop effrayée pour réagir
et crier qu’ils ne doivent en aucun cas me
laisser seule avec ce type. Il grimace un
sourire bouffi. «Ca va mieux ?»
(Extrait : LES MORTS RENAÎTRONT UN JOUR)

À la suite du décès de sa tante Käthe, Maja se rend à Berlin pour régler la succession Pendant les formalités, Maja découvre certains secrets qui attisent sa curiosité comme le fait que la maison de sa tante ait été confisquée par un SS au cours de la 2e guerre mondiale et d’autres secrets bien gardés qui rendent la mort de sa tante très suspecte.

La police retient la thèse du suicide mais Maja sent que tout ça n’est pas net et décide d’enquêter, mais elle n’a aucune idée des dangers qui la guettent au fur et à mesure qu’elle pousse son investigation.

Malgré l’originalité du sujet, j’ai trouvé l’ensemble un peu pénible. C’est un mélange plus ou moins habile de fiction et de réalité. Dans la première moitié du livre, ce qui est quand même assez long, je ne savais pas à quoi m’accrocher tellement le récit prenait toutes sortes de directions…beaucoup de longueurs, pas de fil conducteur, une grande quantité de personnages pour la plupart sans grande profondeur.

Ce qui m’a fait tenir le coup dans la première moitié, c’est l’opiniâtreté avec laquelle Maja conduit ses recherches. Dans la deuxième moitié, le sujet se précise et se resserre. Le fil conducteur devient plus solide et nous dirige vers une finale malheureusement sans saveur.

La présentation du livre parlait du rythme endiablé d’un thriller et d’une intrigue policière haletante…c’est très exagéré. Mais tout n’est pas noir, le livre a certains mérites car il revisite des pans méconnus de l’histoire.

En effet, le récit expose, sous un angle différent, des évènements et des agissements qui ont constitué une énorme tache sur le bulletin de conduite des hommes : le sort des juifs allemands sous le régime nazi et peut-on encore exagérer quand on parle des incroyables bassesses et des sauvageries exécutées par les SS.

À travers les investigations de Maja, l’auteur met en perspective le portrait d’hommes et de femmes confrontés à leur mort ou à quelque choix impossible. Il y a bien quelques passages un peu pénibles, mais dans l’ensemble, Ernst fait preuve d’une belle retenue.

Les faits historiques entourant la guerre en général, le caractère monstrueux du nazisme, le mur de Berlin avec les alliés d’un côté et la sorcière communiste de l’autre…tous ces faits sont rapportés avec le souci du détail et de la précision. Donc,  l’ouvrage est crédible, mettant  en lumière la situation des juifs allemands sur laquelle l’Histoire est plus discrète.

La plume est belle mais malheureusement, elle s’étend à n’en plus finir. De plus, le caractère historique du récit met dans l’ombre son caractère intriguant : la guerre, la situation des juifs, la création d’Israël, la situation des Palestiniens , les excès de la RDA, le mur de Berlin, entre autres. On ne peut donc pas parler de thriller même si le fond de l’histoire est dramatique et c’est le moins que je puisse dire.

Si l’auteur avait mis autant d’ardeur à développer l’intrigue qu’il l’a fait sur le plan historique, on aurait eu un livre un peu plus long mais passionnant à tous les points de vue et le livre aurait été inoubliable. Malheureusement, il accuse un important déséquilibre entre l’histoire et l’intrigue.

Le livre a quand-même un petit côté intéressant comme je l’ai expliqué plus haut mais sans qu’il soit nécessairement question de naïveté, disons que, comme beaucoup de lecteurs je suis comme qui dirait tombé dans le piège du quatrième de couverture.

Suggestion de lecture : JEU DE MORTS, de Jean-Sébastien Pouchard

Il y a très peu d’informations disponibles sur le parcours littéraire de Christophe Ernst. LES MORTS RENAÎTRONT UN JOUR est son seul livre traduit en français pour l’instant. On sait qu’il est né en 1958. Il a étudié l’histoire à New-York puis est devenu gestionnaire culturel dans son pays d’origine, l’Allemagne plus précisément à Berlin. Il a été aussi journaliste et conférencier. Après quelques années à ce rythme, il est retourné vivre dans sa ville natale : Hambourg.

BONNE  LECTURE
Claude Lambert
Le samedi 2 mai 2020