L’ICKABOG, J.K. Rowling

*Et de par le territoire entier, petits garçons et petites filles jouaient à combattre l’Ickabog, tentaient de se faire peur en se racontant l’histoire de l’Ickabog, et même, si le conte devenait trop convaincant, cauchemardaient de l’Ickabog. *

Extrait : L’ICKABOG, de J.K. Rowling. Édition de papier : Gallimard Jeunesse éditeur, 2020, 400 pages. Édition numérique : Gallimard Jeunesse éditeur, 2020, 316 pages. Version audio : Audible studio éditeur 2020, durée d’écoute : 7 heures 50 minutes, narratrice : Aïssa Maïga.

La Cornucopia était un petit royaume heureux. On n’y manquait de rien, le roi portait la plus élégante des moustaches, et le pays était célèbre pour ses mets délicieux : Délice-des-Ducs ou Nacelles-de-Fées, nul ne pouvait goûter ses gâteaux divins sans pleurer de joie !

Mais dans tout le royaume, un monstre rôde : selon la légende, l’Ickabog habitait les Marécages brumeux et froids du nord du pays. On disait de cette créature qu’elle avait de formidables pouvoirs et sortait la nuit pour dévorer les moutons comme les enfants. Des histoires pour les petits et les naïfs ? Parfois, les mythes prennent vie de façon étonnante…

 Un conte de fantaisie et de
petits frissons

L’Ickabog est un conte dystopique, politique et à certains égards, satirique. L’histoire se déroule dans un royaume appelé La Cornucopia où règne le roi Fred Sans-effroi dont on ne connait finalement que la vanité et l’insipidité et qui n’est rien d’autre que la marionnette de son conseiller suprême, Lord Crachinet, avide de pouvoir et de domination.

Crachinet utilise une vieille légende pour s’enrichir et étouffer le peuple : L’ICKABOG, une créature mythique à qui on prêtait la volonté de dévorer les enfants, entre autres. Invention ou réalité? Ce qu’on peut dire est que la vérité transformera le royaume à tout jamais grâce au courage et à l’empathie de deux enfants : Bert et Daisy.

Il m’a été difficile d’adhérer à cette histoire à cause de ses personnages adultes que je trouvais parfois insignifiants et qui frôlent la carricature. Il y a aussi des passages qui traînent en longueur. Son intrigue est linéaire et métaphorique et tient peu compte des réalités du peuple qui vit sous le joug de Crachinet.

L’écriture est superficielle et oppose de façon peu originale des méchants très méchants aux gentils trop gentils. Rien de neuf. Ça m’a poussé un peu à l’ennui sauf que ce livre comporte des forces qui ont maintenu mon attention. Des petites trouvailles pas mal intéressantes qui enrichissent l’histoire.

Par exemple, la <néance>. C’est un principe Ickabog qui donne à la naissance d’un petit un sens philosophique très profond et qui veut que le nouveau-né adopte la nature des personnes présentes à sa naissance. Cette trouvaille et quelques autres m’ont réconcilié avec l’histoire car elles en disent long sur la connaissance de la nature humaine.

L’ICKABOG est un récit axé sur les dérives du pouvoir. Il repose sur les pires côtés de la nature humaine : pouvoir, domination, manipulation, mensonge, traîtrise, meurtre, soumission, abrutissement et j’en passe.

Je ne comprends donc pas pourquoi ce livre est classé conte pour enfants de sept ans et plus. Personnellement, je ne recommanderai jamais ce livre aux enfants, sauf peut-être sous réserve de la stricte surveillance d’un adulte et encore.

Le personnage le mieux fignolé dans cette histoire est encore celui qui parle le moins : l’Ickabog lui-même. Belle trouvaille de madame Rowling, pas développée comme je l’aurais souhaité mais néanmoins très intéressante.

Le livre nous rappelle que les vrais monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit et est porteur d’une belle réflexion sur les régimes politiques, les abus de pouvoir et la corruption…entre autres.

Ces détails donnent au conte une saveur particulière et c’est la raison pour laquelle je le recommande aux 13 ans et plus. En passant, ne cherchez pas d’analogies ou de ressemblances avec Harry Potter, il n’y en a pas…

Suggestion de lecture, de la même autrice : UNE PLACE À PRENDRE 


L’autrice J.K. Rowling

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert

le samedi 14 juin 2025

L’ORDRE DU MONDE

Commentaire sur le livre de
DENIS LÉPÉE

*Au prix d’un effort surhumain, il tira sur son bras droit cramponné à la balustrade et parvint à se remettre debout. Il avait l’impression qu’on lui broyait la poitrine. Des taches blanches papillonnaient devant ses yeux. Il voulut appeler mais aucun son ne sortait de sa bouche. *

Extrait : L’ORDRE DU MONDE, Denis Lépée. Version papier : Timée édition 2007, 377 pages. Version numérique, Éditions de l’Épée, 2012, 296 pages.

Juin 2008 : Une vague d’explosions ravage les symboles du pouvoir à travers l’Europe : l’Assemblée nationale à Paris, la célèbre tour de Big Ben à Londres, la Commission européenne à Bruxelles. Aucune revendication, mais un suspect que tout accuse : Tommaso Mac Donnell, un jeune archéologue spécialisé dans les fouilles sous-marines. Traqué, il doit remonter la piste pour échapper à l’engrenage infernal où le hasard l’a jeté. Mais peut-on vraiment parler de hasard ?

 Les cachotteries de l’histoire

 

C’est une histoire qui offre un beau déploiement d’action et de revirements. Vous noterez toutefois dans le fil de mon commentaire, qu’elle est invraisemblable et peu crédible même si elle est fondée sur une réalité historique. Ici, la fiction prend le pas sur l’histoire avérée. Ça reste un roman. Voyons le tableau…

Nous suivons Tommaso Mcdonnel, un jeune spécialiste de l’archéologie sous-marine. Un jour, Tommaso reçoit la demande d’un obscur avocat londonien de trouver un navire disparu depuis fort longtemps au large de la Tunisie.

Presqu’aussitôt, Tommaso se retrouve dans une inimaginable spirale de violence qui vise à détruire les symboles du pouvoir à travers l’Europe comme l’Assemblée nationale de Paris. Tommaso doit aller au bout de ce mystère quand des terroristes enlèvent sa fille.

Étrangement, ce n’est pas l’archéologie qui est au cœur de cet ouvrage mais bien l‘architecture qui dévoile dans le récit, des forces cachées qui influencent le quotidien de chaque individu par la canalisation d’énergies mystérieuses.

On dirait que le récit prête une âme aux bâtiments considérés comme des chefs-d’œuvre d’architecture afin qu’ils concourent à l’équilibre du monde : *La question, c’est ce que les bâtiments souhaitent être. * (Extrait)

Ce lien entre l’architecture et l’évolution humaine rend l’histoire un peu nébuleuse, tirée par les cheveux. Certains dialogues prennent des allures philosophiques et mettent en perspective le pouvoir des symboles.

Je n’ai pas été emballé par l’aspect ésotérique de l’ouvrage mis le livre comporte beaucoup de forces intéressantes en commençant par le charisme de son héros Tommaso, sympathique, humain, un peu naïf mais opiniâtre, au final attachant.

Sa vie d’archéologue n’est pas de tout repos, étant pris dans un tourbillon de terrorisme et d’énigmes qui lui fait faire le tour du monde. Pas aussi spectaculaire qu’Indiana Jones, la trame est tout de même explosive.

Beaucoup d’action, de rebondissements. J’ai trouvé la finale faible et un peu prévisible, mais l’ensemble est bien écrit, bien développé. J’ai apprécié le style de l’auteur.

Ce livre, qui se lit comme un polar m’a plu suffisamment pour le recommander. J’ai beaucoup apprécié le style de Lépée.

Suggestion de lecture : RESSUSCITER de Colleen Houck

L’auteur Denis Lépée

 DU MÊME AUTEUR


Bonne lecture
Claude Lambert

le samedi 24 mai 2025

 

LA BÊTE INTÉGRALE

Commentaire sur le livre de 
DAVID GOUDREAULT

*Ma mère se suicidait souvent*

Extrait : LA BÊTE INTÉGRALE, David Goudreault, Stanké éditeur, 2018, édition de papier, 720 pages. Version audio : Vues et voix éditeur, 2020, duré d’écoute, 16 heures 12 minutes, narrateur : Émile Proulx-Cloutier.

Le drame familial d’un homme seul, petit criminel accro à la porno et aux jeux de hasard, violent, manipulateur, sexiste, raciste et homophobe. Narrateur du roman, cet anti-héros a été séparé de sa mère à l’âge de sept ans et a trouvé du réconfort dans les livres.

Il rage contre les familles d’accueil qui se succèdent dans sa vie, carbure à l’alcool, à la drogue, aux amphétamines, et s’enfonce dans la criminalité. Il ne veut rien savoir des normes, rit des règles, profite de toutes les bonnes âmes qu’il croise, sans scrupule, jusqu’à commettre l’irréparable


Un personnage éclaté

Il n’y a rien de plus satisfaisant que de lire un auteur capable de me piéger dans des émotions contradictoires allant jusqu’à me faire éprouver de l’empathie pour la bête.

La bête, c’est le narrateur, l’anti-héros : un type sexiste, violent, manipulateur et mentalement instable, obsédé par sa mère qu’il voit partout, naïf à en être attendrissant et monsieur je-sais-tout qui étale un peu partout dans le récit sa philosophie de supermarché : *-Quant t’es rien, devenir un moins que rien, ça donne de la valeur. * (Extrait)

Notre homme livre ses connaissances, en général moralement satisfaisantes pour lui et termine très souvent ses affirmations par l’expression qui remplace avantageusement le point final et qui ne tolère pas de réplique : *C’est documenté* .

Bien sûr, c’est un récit violent renfermant de la sexualité plutôt crue et des propos dérangeants. En fait, c’est tout le récit qui est dérangeant, évoquant entre autres une froide manipulation, les règles impitoyables qui régissent les milieux carcéraux, spécialement entre les prisonniers. C’est une histoire sombre, celle du liquidateur liquidé par la vie…pas facile à assimiler.

Mais c’est une histoire bien écrite et d’une extraordinaire intensité et qui fut dans mon cas totalement addictive avec un fil conducteur impeccable. Le récit m’a à la fois ému et choqué, amusé et enragé, attendri et endurci, dégoûté et émerveillé. Il y a beaucoup d’action. La bête est toujours en mouvement.

L’histoire est aussi teintée d’humour. Il est noir évidemment mais d’une désarmante spontanéité : *La vie, ce n’est pas une boite de chocolat, c’est une poutine. On a rarement un goût pur, distinct. Tout est pogné, mélangé ensemble. Un peu de frites ou de fromage dans ta bouchée, mais ça baigne toujours dans la sauce.* (Extrait)

Je veux souligner en passant que la version audio de LA BÊTE fut pour moi une révélation, un véritable chef d’œuvre. Émile Proulx-Cloutier a su parfaitement cerner le personnage de David Goudreault et le rendre à la perfection. Il m’a même fait rire en imitant le type à qui il manque des dents à l’avant. Magnifique performance.

Malgré une confusion dans mes sentiments, je crois que c’est un excellent livre. Je suis arrivé à la fin du récit sans voir passer le temps. Quant au personnage principal, peut-être l’ai-je compris dans sa fureur, sa folie. Je ne sais toujours pas si je l’ai aimé ou détesté mais il demeure pour moi inoubliable.

Cette histoire, issue d’une plume habile et talentueuse vaut la peine d’être lue ou écoutée.

Suggestion de lecture : 11 SERPENTS, de Philippe Saimbert


L’auteur David Goudreault

 

Bonne lecture
Bonne écoute,
Claude Lambert

le samedi 29 mars 2025

Le vent en parle encore

Commentaire sur le livre de MICHEL JEAN

<Quand le train d’atterrissage touche le sol, elle comprend qu’ils ont atteint leur destination. Ils ne retrouveront les leurs que dans dix mois. Une éternité quand on a quatorze ans. Un vertige s’empare d’elle. Pourtant, de sa gorge nouée, aucun son ne parvient à sortir, même pas un soupir. L’adolescente serra très fort la main de Marie qui, comme elle, reste sans voix. Face aux jeunes filles se dresse le pensionnat de Fort George. > Extrait : LE VENT EN PARLE ENCORE, Michel Jean, Libre Expression éditeur, 2013, réédition 2021. Papier, 215 pages.


À quatorze ans, Virginie, Marie et Charles sont arrachés à leurs familles sur ordre du gouvernement canadien. Avec les autres jeunes du village, ils sont envoyés, par avion, dans un pensionnat perdu sur une île à près de mille kilomètres de chez eux pour y être éduqués. On leur coupe les cheveux, on les lave et on leur donne un uniforme. Il leur est interdit de parler leur langue. Leur nom n’existe plus, ils sont désormais un numéro. Soixante-dix-sept ans plus tard, l’avocate Audrey Duval cherche à comprendre ce qui s’est passé à Fort George et ce qu’il  est advenu des trois jeunes disparus mystérieusement.

 

IMAGINER L’INIMAGINABLE

C’est un livre inoubliable, est troublant et dur dans sa réalité. Il m’a choqué, attristé et ému. Il m’a surtout mis <les barres sur les T> si vous me permettez l’expression. Il m’a aussi conforté sur la piètre opinion que j’ai concernant la qualité de l’enseignement que j’ai reçu à la petite école et sur l’obscurantisme crasse que l’Église faisait peser sur la Société. Le livre a été publié en 2013 puis, réédité en 2021, s’ajustant ainsi à l’actualité de premier plan qui a secoué l’ensemble du Canada et qui est évoqué par Michel Jean dans la postface :

<Cent cinquante mille enfants autochtones ont fréquenté ces établissements. Plus de quatre mille y sont morts. Les conditions de vie difficiles qui prévalaient dans les pensionnats sont le plus souvent attribuables au financement insuffisant du gouvernement canadien. Elles ont entraîné des problèmes sanitaires, un régime alimentaire inadéquat et un manque de vêtements et de médicaments pour les enfants sur place>  Extrait

Dès la fin du XIXe siècle, le but, aujourd’hui avoué du gouvernement canadien était de <désindianiser> les jeunes autochtones en les arrachant d’abord à leur famille et en les assimilant à la Société en général : <Quand les cinquante-trois enfants sont descendus de l’avion, chacun a perdu son nom, son foyer et, déjà, une part de sa dignité.> Extrait

Et on a confié la gestion de ce gâchis à des prêtres et autres religieux décidés à dresser ces <petits sauvages.> Les pensionnats étaient dirigés par le même clergé qui, dans le passé, s’était posé en rempart contre l’intégration forcée des francophones.> Extrait.

N’est-ce pas édifiant ? Et je ne m’étendrai pas sur la violence psychologique, les agressions physiques, abus sexuels dont le viol, morts douteuses et le mépris dont les enfants autochtones ont été victimes de la part de religieux supposément voués à la charité et à l’empathie.

DES ÉMOTIONS QUI CHAVIRENT

Bien que le livre mette à jour des atrocités orchestrées en toute impunité par de soi-disant <bien-pensants>, le récit de Michel Jean est développé avec beaucoup de sensibilité et est dépourvu d’éléments spectaculaires. Évidemment, beaucoup de passages ont généré en moi de la frustration, de la colère mais l’auteur, lui-même d’origine innue, journaliste d’enquête, chef d’antenne, écrivain et universitaire, s’est exprimé sur des faits avérés.

C’est dur, mais c’est bien écrit, c’est simple, c’est humble, sobre et ça met en lumière la situation actuelle des premières nations et sur l’image qu’on a développé d’elles, plus faussement qu’autrement. Je crois que LE VENT EN PARLE ENCORE, livre qui porte admirablement son titre, est une œuvre qui doit être lue, absolument, pour se rappeler, ne pas oublier…un argumentaire pour décrier la bêtise et l’hypocrisie.

Suggestion de lecture: LE RÊVE DE CHAMPLAIN, de DAVID HACKETT-FISCHER


L’auteur Michel Jean


DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 21 décembre 2024

LA SCRIBE, Antonio Garrido

Un poids lourd du Moyen-Âge :
Le christianisme

Franconie, an 799, à la veille du sacre de Charlemagne. Fille d’un célèbre scribe byzantin, Theresa est apprentie parcheminière. Contrairement aux jeunes femmes de son âge dont le rêve est de fonder une famille, elle n’aspire qu’à une chose : vivre parmi les livres. Mais un drame l’oblige à quitter sa ville et à se réfugier dans la cité abbatiale de Fulda. Là, elle devient la scribe du moine Alcuin d’York, véritable Sherlock Holmes en robe de bure. Alors que Theresa l’assiste dans ses enquêtes, elle découvre qu’à son insu elle a emporté dans sa fuite un précieux parchemin qui pourrait bien sceller l’avenir de la chrétienté…

*J’aime les romans historiques, d’autant qu’il y a un effort notable de documentation sur cette époque. On sent bien aussi la volonté d’apporter des rebondissements au lecteur et pourtant ça n’a malheureusement pas pris pour moi. Le ton didactique du moine-qui-sait-tout ? L’héroïne intelligente mais pas fut-fut ? Bref c’est dommage mais tant pis. *

(LA SCRIBE, Antonio Garrido, version audio, Audible studios, 2019, durée d’écoute : 16 heures 2 minutes. Édition de papier : Presses de la Cité 2010, 640 pages. Format numérique : Presses de la Cité, 2019, 587 pages 3435 KB)

Une page décisive du christianisme

L’histoire tourne autour de Thérèsa, fille du scribe Gorgia qui travaille sur un document de la plus haute importance et dont la vie est menacée. Thérèsa est apprentie parcheminière, mais elle deviendra, au fil des évènements, adjointe du frère diacre Alcuin d’York qui enquête sur des meurtres et divers évènements, tous liés au parchemin sur lequel travaille Gorgia : rien de moins que la donation de Constantin. Autant de mort et de souffrance pour la gloire des papes, représentant sur terre Jésus qui prêchait la pauvreté.

Sans trop le savoir, la jeune scribe tient entre ses mains le destin de l’occident et l’avenir de la chrétienté. Un rôle très lourd et très meurtrier. C’est une histoire lourde, complexe, au fil conducteur fragile parce que trop tentaculaire. Le regard sur l’histoire est intéressant mais manque de fini. Comme le dit l’auteur lui-même, un roman historique est avant tout un roman. Plusieurs passages sont exagérés et emphatiques. Les personnages ne sont pas d’une même profondeur, même Thérèsa, mais le frère Alcuin d’York est intéressant.

D’abord, Alcuin d’York (732-804) est un personnage historique authentique. Célèbre théologien, conseiller de Charlemagne sous l’empire, sa tutelle intellectuelle aura largement influencé une Europe en devenir. Mais dans le roman de Garrido, sa nature est un peu différente, plus obscure, pas très nette et très ampoulée.

Son raisonnement me rappelle un peu Sherlock Holmes et dans une moindre mesure, Guillaume de Baskerville, personnage central du livre de Umberto Eco LE NOM DE LA ROSE mais là s’arrête la comparaison, D’York étant loin d’avoir la pureté du célèbre franciscain enquêteur créé par le grand Eco. Le langage que Garrido prête dans son livre à Alcuin D’York est déclamé, long, prétentieux et très technique.

Trop pour un roman dont le centre est un parchemin capital pour la chrétienté. Il est vrai que même si ses déductions ne finissent pas de finir, elles entraînent les auditeurs/auditrices, lecteurs-lectrices dans une intéressante suite de rebondissements. C’est la principale force de l’œuvre à laquelle j’ajoute une excellente prestation de la narratrice Ana Piévic pour la version audio, qui a mis dans sa prestation force, cœur et talent…largement suffisant pour écouter ou lire le livre.

Suggestion de lecture : LA RELIGION, de Tim Willocks

Pour en savoir plus sur l’auteur, Antonio Garrido, cliquez ici.

Pour amorcer une recherche sur le christianisme, je vous invite à consulter le dossier wikipédia à ce sujet et à visiter le site de *ladissertation*.

Du même auteur

Bonne lecture
Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 23 novembre 2024

Dix-huit heures pour mourir

Commentaire sur le livre de
JEFFERY DEAVER

*Mélanie restait en arrière, le regard fixe. Le conducteur
était étendu comme une poupée de son, une jambe pliée,
comme désarticulée. Elle n’avait encore jamais vu de
cadavre.*
(Extrait : DIX-HUIT HEURES POUR MOURIR, Jeffery Deaver,
t.f. Calmann Lévy éditeur, 1996, format numérique, 364 pages)

Trois criminels en cavale sont retranchés dans un abattoir abandonné au cœur des plaines du Kansas. Ils y tiennent en otage huit écolières sourdes-muettes et leurs enseignantes, qu’ils viennent d’arracher à la quiétude de leur bus scolaire. Une armada policière assiège immédiatement les lieux.
Un bras de fer s’engage entre Arthur Potter, négociateur chevronné du FBI, et le meneur psychopathe Lou Handy.
Dès le premier contact, en imposant un compte à rebours sanglant, Lou place très haut ses enchères meurtrières. Il exécutera une fillette toutes les heures s’il n’obtient pas satisfaction.

Le duel psychologique entre ces deux hommes talonnés par le sablier rythme une partie de poker menteur où tous les moyens sont bons : bluff, diversions, fausses promesses, même le sacrifice éventuel des innocentes. Cette terrifiante course contre la mort, mettant en scène l’univers si riche et si singulier des sourds-muets, mène ce suspense hallucinant jusqu’à l’affrontement ultime.

Terreur silencieuse
*Ces filles sont sourdes. Elles vont avoir
la trouille, là-dedans…elles vont…flipper… *

C’est un roman noir, glauque et très violent que j’ai lu en une version numérique extrêmement pauvre, mal éditée, bourrée de faute et dont la traduction est plutôt douteuse. Une fois que j’ai réussi à me dépêtrer dans les lettres escamotées, absence de chapitres, de numérotation et de ventilation et multiples erreurs qui pourrissent la lecture, j’ai pu apprécier un roman très singulier qui fait ce que j’appellerais l’autopsie d’une prise d’otages.

Pour résumer l’histoire, je dirai que trois criminels en fuite se terrent dans un ancien abattoir, bâtiment en ruine sordide et sombre, retenant en otage huit élèves sourdes-muettes et leurs enseignantes. Le chef de ces bandits, Lou Andy menace de tuer une fillette chaque heure s’il n’obtient pas ce qu’il veut. Un agent du FBI, Arthur Potter, spécialisé dans le dialogue avec des preneurs d’otage, commence la négociation la plus étrange et la plus éprouvante de sa carrière.

Toute l’histoire repose sur la confrontation entre Andy et Potter. Elle met en lumière des éléments particuliers dont plusieurs font l’originalité du récit : L’auteur décortique la négociation minute par minute et pénètre profondément dans l’esprit de Potter et celui de Lou Andy à côté de qui le diable est un enfant de chœur.

L’auteur analyse également un jeu de pouvoir qui se joue entre Potter et Andy, un lien particulier entre le négociateur et le preneur d’otages, entre les otages eux-mêmes, et, entre les otages et leurs geôliers, allant jusqu’à évoquer le syndrome de Stockholm. Aussi, Deaver explique à quel gâchis peut mener des instances gouvernementales et policières qui travaillent en double et rament dans le sens opposé, sans compter les conséquences de la traîtrise et de l’usurpation d’identité.

Ça va plus loin car un petit sentiment se développe entre Potter et une des otages, Mélanie qui semble vouloir prendre les choses en mains, jusqu’à un certain point. Enfin, j’ai beaucoup apprécié que l’auteur adopte, en plusieurs passages de son histoire, le point de vue de la sourde-muette. Une sérieuse réflexion sur un monde de silence et de solitude.

J’ai noté bien sûr quelques faiblesses dans l’histoire. L’entrée en matière est très longue, l’auteur prenant beaucoup de temps pour planter le décor. Je note aussi que les otages constituent les personnages les moins développés sur le plan psychologique et leur caractère un peu geignard m’a empêché de m’y attacher. Sur le plan éditorial, la version numérique sur laquelle je suis tombé est un flop.

Je vous suggère fortement la version papier. Autrement, ce livre m’a accroché. Plus, il m’a atteint avec ses nombreux rebondissements, la finesse de son développement et sa finale déconcertante. Je précise en terminant que c’est une histoire très violente et son atmosphère est lourde mais l’auteur s’est fort bien documenté et j’ai appris beaucoup de choses intéressantes. Excellent moment de lecture malgré la faiblesse de l’édition.

Suggestion de lecture : VIOLENCE À L’ORIGINE, de Martin Michaud

Jeffery Deaver est l’auteur de dix-neuf romans, récompensés par les prix les plus prestigieux de la littérature policière. Le Rectificateur a obtenu le prix Steel Dagger. Un roman précédent, Le Désosseur, a été adapté au cinéma (Universal), avec Denzel Washington dans le rôle principal. Jeffery Deaver est également connu pour sa série policière centrée sur les personnages de Lincoln Rhyme et Amelia Sachs. La critique salue son talent pour la terreur qu’il distille et pour ses intrigues à rebondissements. Jeffery Deaver partage son temps entre la Virginie et la Californie.

SUGGESTIONS, DU MÊME AUTEUR

Bonne lecture
Claude Lambert
janvier 2022

LE PUITS

Commentaire sur le livre de
VINCENT FOURNIER-BOISVERT

*Je commencerais par le commencement, si ça te dérange
pas. Le point de départ de toute cette histoire, tu comprends?
Parle-moi un peu de la vache tiens. Celle qu’on a retrouvée à
Saint-Jude. La vache qui était à côté du puits. *
(Extrait : LE PUITS, Vinvent-Fournier-Boisvert, Éditions Corbeau,
édition de papier, 280 pages)

Saint-Hyacinthe, 1996 Une vache est retrouvée décapitée près d’un puits. La sous-lieutenant Monique Demers et son patron Réal Rondeau, sont en charge du singulier dossier. L’enquête, d’abord banale, débouche sur la disparition du fils du propriétaire de l’animal. Rondeau peine à démêler les fils de l’histoire. Pourquoi y a-t-il une quantité astronomique de PCP dans l’estomac de la vache étêtée? Et quel est le lien entre le jeune disparu et le réseau de revente de stupéfiants œuvrant tout près de la polyvalente de la ville? Un roman policier prenant qui explore les vices les plus obscurs d’un coin de province moins tranquille qu’il en a l’air…

Sombre tout au moins
Étranges, les eaux de la rivière; dans son imagination, elles
n’ont pas les mêmes teintes que d’habitude. En plus des
mêmes coulées d’algues boueuses qu’elles charrient jour
après jour, un cortège de chair et d’os flotte cette fois à la
surface.
(Extrait)

C’est un roman sombre, glauque, très violent. C’est intéressant, bien ficelé, mais dès le départ, le récit donnera la vedette à un policier appelé Réal Rondeau, bougon, mal embouché, colérique, caractériel, imprévisible et qui travaille souvent très en bordure de l’éthique policière. Il y a pire, Rondeau est nouvellement en rupture avec sa petite amie Lucie. Pas surprenant me direz-vous, vu le profil du bonhomme, sauf que ses états d’âme l’imprègnent complètement et influencent parfois directement une enquête qu’il mène et qui est particulièrement compliquée à gérer. 

Pourquoi l’enquête ? Voyons voir : une vache est retrouvée décapitée. Rondeau, avec sa collègue Monique Demers mènent donc une enquête qui s’annonce très difficile à cause de son caractère tentaculaire. En effet, les découvertes s’enchaînent : vache décapitée, on découvre une quantité impressionnante de drogue dans son estomac, y’a-t-il un lien avec le réseau de vente de drogue près de la polyvalente de la ville?

Un lien se crée entre un band rock hard d’ados et une histoire de chat cruellement torturé avant  d’être achevé ». Puis, Un autre lien apparait qui vient alourdir l’enquête, la disparition d’un membre du band, Aka, qui entretenait une liaison homosexuelle avec un autre membre du groupe qui sera d’ailleurs faussement accusé. Détail important, Aka est le fils du fermier propriétaire de la vache étêtée.

Comme vous voyez, effectivement, l’enquête s’annonce ardue. J’essaie ici, de mettre de côté un irritant très répandu en littérature policière, celui du policier indisposé, grincheux et revêche qui s’étend longtemps dans ses états d’âmes…des états d’âmes qui saturent le récit et qui noient l’intrigue.

Les habitués de ce site, qui lisent tous mes commentaires, savent bien que cet irritant nuit grandement à mon appréciation de l’histoire. Rondeau le bourru qui se fait continuellement remettre à sa place par la <grosse> Monique Demers, sa collègue qui appelle Rondeau BOSS. Si on enlevait tous les malheurs et les problèmes de Rondeau, j’ai l’impression que le roman deviendrait une nouvelle.

Comme je le dis plus haut, si je mets de côté mon irritation, je découvre une histoire qui entretient l’intrigue jusqu’à la fin, c’est là que le lecteur s’y retrouvera, après être sorti d’un maelstrom d’attirances sexuelles, d’infidélité, de vengeance, de drogues, de parents tordus et de jeunes qui se cherchent.

C’est quand même bien ficelé quand on tien le coup. C’est violent, certains passages sont à soulever le cœur. Quelqu’un quelque part a sombré dans la folie. Attention, il y a beaucoup de personnages, les principaux étant plus énervants qu’attachants. Si l’état d’esprit d’un policier à deux doigts du divorce ne vous heurte pas trop, vous devriez apprécier cette histoire.

Suggestion de lecture : CARTES SUR TABLE, d’Agatha Christie

Originaire de St-Hyacinthe, Vincent Fournier-Boisvert est musicien et enseignant. Il a joué pour Cavalia et dans des groupes de trad, free jazz et de black étal. LE PUITS est son premier roman.

Bonne lecture
Claude Lambert
janvier 2022

MAFIA INC.

Grandeur et misère du clan sicilien au Québec

Commentaire sur le livre d’ANDRÉ CÉDILOT ET ANDRÉ NOËL

*L’écoute électronique étalait au grand jour les graves dissentions entre mafiosis calabrais et siciliens. Ces révélations connurent un dénouement sanglant alors qu’éclata une série de règlements de compte qui culminèrent avec l’exécution spectaculaire en janvier 1978 de Paolo Violi. *

(Extrait : MAFIA INC. André Cédilot et André Noël, version audio, Vues et voix éditeur. À l’origine, Les Éditions de l’Homme, 2020. Durée d’écoute : 20 heures 51 minutes. Narrateur : Marco Calliari)

Montréal, 1978. Alors que survient l’assassinat du parrain calabrais Paolo Violi, nul ne devine l’ampleur de la «machine» mafieuse qui se cache derrière ce meurtre. Pour le clan adverse des Siciliens, c’est le début d’une épopée qui va durer plus de 30 ans. Après avoir échappé à la justice pendant des décennies, les chefs mafieux Nicolò et Vito Rizzuto sont arrêtés et condamnés au milieu des années 2000, l’un à Montréal et l’autre aux États-Unis. Or, dans le cœur du clan sicilien, frappé d’une série de meurtres stratégiques, la débandade continue.

UNE GRANDEUR QUI FINIT EN MISÈRE

C’est le fameux livre qui a inspiré le film éponyme qui a connu une notoriété intéressante. En effet, MAFIA INC. réalisé par Daniel Grou a été présenté en première au Festival international du film de Sao Paulo en 2019.

C’est un documentaire qui raconte comment deux parrains montréalais ont bâti, par la corruption et la violence un empire comptant parmi les plus puissants du crime organisé en Amérique du Nord. Tous les grands noms y passent : les Violi, Cotroni, Rizzuto, Lo Presti, Cuntrera et autres.

Les auteurs expliquent aussi les ramifications de la Mafia québécoise avec celle des États-Unis. Là aussi, les grands noms de la Cosa nostra y passent : les Genovese, Lucky Luciano, Capone, Maranzano, Anastasia et autres. J’avais au départ, une certaine connaissance de ces noms grâce au film de Terence Young sorti en 1972, COSA NOSTRA, LE DOSSIER VALACHI.

J’ai choisi la version audio mais j’ai trouvé ça long et redondant parce qu’en fait, le livre est un enchaînement de variations sur le même thème : meurtres, carnage, règlements de compte, guerres de gangs, vengeances, corruption, blanchiment d’argent, drogues, prostitution, paris et jeux et j’en passe…tout ça au nom du pouvoir, du contrôle, de l’enrichissement, sans oublier le Code d’Honneur, la famille et bien sûr l’omerta, à l’origine de temps de morts.

J’ai trouvé l’écoute ardue. Il y a tellement de personnages qu’on s’y perd. J’aurais souhaité un style un peu plus télégraphique avec moins de noms secondaires. La chronologie à la fin est une bonne idée. Outre le fait que le livre passe de manœuvre mafieuse en manœuvre mafieuse, je retiens de l’œuvre que dès qu’un mafioso est éliminé, il est remplacé, simplement. Le recrutement ne semble pas posé de problème. La roue tourne et le Québec n’échappe pas à cette influence.

La narration m’a posé quelques problèmes. Marco Callieri est avant tout un chanteur et spécialiste des tendances musicales émergeantes. C’est un québécois d’origine italienne. Bien qu’il ait une voix très agréable en lecture, sa narration est truffée d’erreurs de prononciation, de liaison (exemple *les cinq-z-années suivantes). L’emphase sur la prononciation des termes et noms italiens est sensiblement exagérée et souvent, la respiration se fait au mauvais endroit.

Le tout est un peu monotone et *grafigne* l’oreille. Ajoutons à cela que le sujet développé me rebute. Je voulais écouter ce livre pour comprendre le développement de la Mafia au Québec et son histoire. Cet aspect est assez bien développé mais malheureusement noyé dans un luxe de détails sur les méthodes de la mafia…violence, cruauté, intimidation, extorsion et élimination. Bref, cet ouvrage ne m’a pas vraiment emballé et j’ai abandonné l’idée de regarder le film issu de ce livre.

Suggestion de lecture : LES GESTIONNAIRES DE L’APOCALYPSE, de Jean-Jacques Pelletier

Les auteurs André Noël et André Cédilot
Photo : Les Éditions de l’Homme

Pour en savoir plus sur le journaliste André Noël, cliquez ici. Pour en savoir plus sur André Cédilot, je vous réfère aux Éditions de l’Homme. Monsieur Cédilot raconte également quelques anecdotes sur Radio-Canada.ca

Mafia inc. au cinéma

Marc-André Grondin, Gilbert Sicotte (à gauche) et Sergio Castellito (à droite) sont à la tête d’une imposante distribution dans ce film québécois réalisé en 2020 par Podz. Pour parcourir le casting complet et la fiche technique, cliquez ici.

Bonne écoute
Claude Lambert
le samedi 2 novembre 2024

Le crépuscule et l’aube

Commentaire sur le livre de
KEN FOLLET

*<C’est encore pire que ce à quoi je m’attendais >…
<Il faudrait faire rôtir vifs tous les vikings. > … Mais
cette fois, Wynstan lui donna raison. <À petit feu
pour sûr.> Approuva-t-il…*
(Extrait : LE CRÉPUSCULE ET L’AUBE, Ken Follet,
Robert Laffont éditeur, 2020, édition de papier, 850 p.)

 

Avant Les Piliers de la Terre…

En l’an 997, à la fin du haut Moyen Âge, les Anglais font face à des attaques de Vikings qui menacent d’envahir le pays. En l’absence d’un État de droit, c’est le règne du chaos.
Dans cette période tumultueuse, s’entrecroisent les destins de trois personnages.

Le jeune Edgar, constructeur de bateaux, voit sa vie basculer quand sa maison est détruite au cours d’un raid viking. Ragna, jeune noble normande insoumise, épouse par amour l’Anglais Wilwulf, mais les coutumes de son pays d’adoption sont scandaleusement différentes des siennes. Aldred, moine idéaliste, rêve de transformer sa modeste abbaye en un centre d’érudition de renommée mondiale.

Chacun d’eux s’opposera au péril de sa vie à l’évêque Wynstan, prêt à tout pour accroître sa richesse et renforcer sa domination. Dans cette extraordinaire épopée où se mêlent vie et mort, amour et ambition, violence, héroïsme et trahisons, Ken Follett, l’un des plus importants romanciers de notre temps, revient à Kingsbridge et nous conduit aux portes des Piliers de la Terre.

La préquelle d’une grande épopée
*Edgar eut une pensée pour Seric, le chef de village avisé,
le grand-père aimant et revit stiggy transpercer de sa lame
cet homme si bon. En contemplant la tête broyée de Stiggy
il se dit : J’ai simplement fait de cette terre un monde meilleur. *
(Extrait)

Voici un livre que j’ai eu beaucoup de difficultés à fermer tellement il a été pour moi passionnant et accrocheur. Fidèle à sa plume, Ken Follett installe des personnages solides et au caractère bien trempé dans l’Angleterre du Moyen âge alors que comme toujours, les hommes au pouvoir sont loin du peuple.

Nous suivons en particulier Edgar, fils de batelier, devenu bâtisseur de ponts et d’édifices et qui, sans le savoir prépare le terrain pour TOM LE BÂTISSEUR, personnage central des PILLIERS DE LA TERRE. Il y a aussi Ragna, une noble normande poussée par le système social vers des hommes cruel et sans cœur. Il y a toujours une exception, vous verrez bien. Puis, il y a Aldred, un moine, progressiste, idéaliste, obsédé par son projet de création d’un centre d’érudition de renommée mondiale.

Enfin, l’évêque Wynstan, un personnage détestable, très proche de l’image qu’on se fait du diable. Je regrettais presque que l’histoire ne soit pas plus longue. J’aurais détesté le personnage plus longtemps. Plongez. Il vous en fera voir de toutes les couleurs.

La saga débute à Drengs’Ferry qui deviendra au fil de l’histoire KINGS’BRIDGE, point de départ d’une grande saga qui sera au cœur de l’œuvre de Follet : LES PILIERS DE LA TERRE. LE CRÉPUSCULE ET L’AUBE est une préquelle dans laquelle se mêlent amour, ambition, violence, héroïsme, trahison et même bonté et altruisme grâce à deux personnages particulièrement attachants : Edgar et Aldred.

Follett reste Follett. Avec LE CRÉPUSCULE ET L’AUBE, il n’apporte rien de neuf à son style. Il semble tellement obsédé par l’idée de faire converger son récit vers LES PILIERS DE LA TERRE que les ressemblances entre les deux œuvres m’ont frappées. C’est la principale faiblesse de l’œuvre, une impression de redondance. Cette convergence justifie le titre LE CRÉPUSCULE ET L’AUBE, parfaitement ajusté à l’histoire. Une trouvaille. Sinon, je trouve intéressant que l’auteur ait pris certaines libertés sans jamais toutefois en abuser. Le fait par exemple, d’évoquer l’homosexualité dans un contexte médiéval ou de décrire certains effets de la démence et de la sénilité.

Le style de Follet contribue à l’addiction mais il faut dire qu’il y a beaucoup d’intrigues et de rebondissements dans LE CRÉPUSCULE ET L’AUBE et ce jusqu’à la finale particulièrement bien ficelée malgré son petit caractère prévisible. L’auteur crée et force l’attention et l’entretien : le bien contre le mal dans un sens manichéen. Plein de contraires s’opposent y compris chez les hommes d’église.

Enfin, je dirai que l’histoire est très longue. Il ne faut pas être pressé pour la lire. J’ai beaucoup aimé cette histoire qui est soit dit en passant très bien documentée. Elle m’a appris beaucoup de chose et en plus, elle est porteuse de beaucoup d’émotions. Ça ne battra jamais LES PILIERS DE LA TERRE même si ça prépare le terrain, mais ça vaut vraiment la peine d’être lu.

Ken Follet est un écrivain gallois spécialisé dans les thrillers politiques. Il est né le 5 juin 1949 et a grandi avec les histoires que lui racontait sa mère, ce qui l’a amené très tôt à développer une forte imagination ainsi que le goût de lire. Alors qu’il était étudiant pendant la guerre du Vietnam, il s’est pris peu à peu de passion pour la politique et le journalisme. L’écriture suit rapidement.  Le point culminant de sa carrière est atteint avec LES PILIERS DE LA TERRE qui devient rien de moins qu’un succès planétaire. Suit, la trilogie LE SIÈCLE. 

Suggestion de lecture :
Du même auteur

Pour lire mon commentaire sur LE SIÈCLE, cliquez ici.
Pour lire mon commentaire sur CODE ZÉRO, cliquez ici

Après la préquelle, l’œuvre majeure

Bonne lecture
Claude Lambert
le samedi 5 octobre 2024

 

BLOCK 46, Johana Gustawsson

<Les trois lampes torches zèbrent la fosse. Un rectangle parfait. Un mètre trente de long, cinquante centimètres de large. Du sur-mesure. Il ramasse la pelle, la charge de terre et en arrose le trou. Une seule pelletée et les jambes sont déjà recouvertes; on ne voit plus que les orteils. Des orteils doux comme des galets, froids comme des glaçons, qu’il aimerait toucher du bout des doigts…>
Citation : BLOCK 46 de Johana Gustawsson. Pour la lecture de ce livre, j’ai utilisé un support numérique. Bragelonne éditeur, 2015, 56 pages.

 

Association française Buchenwald-Dora Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme. Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras. Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…

De l’insoutenable en bloc

C’est une histoire d’une incroyable noirceur. Le potentiel descriptif de la plume donne froid dans le dos. Et la corde est sensible car les victimes sont des enfants cruellement torturés avant de mourir. L’enquête est confiée à Emily Roy, une profileuse canadienne et Alexis Castel, une écrivaine spécialisée dans les tueurs en série.

Étrangement, l’intrigue prend sa source en 1944 dans un camp de concentration appelé Buchenwald. Un allemand jugé traître à son pays est interné dans ce camp : Erich Ebner est violenté et reçoit les pires corvées. À un cheveu d’être abattu, Erich est pris sous l’aile du   médecin chef du camp, un boucher sans conscience. L’auteure mène par la suite deux récits en convergence : la situation désespérée des déportés avec l’évolution d’Erich et  de son protecteur et une enquête complexe menée dans les années 2010.

Des enfants, tous issus de familles dysfonctionnelles disparaissent. Ils sont effroyablement mutilés vivants et marqués d’un mystérieux Y sur un bras. Au fur et à mesure de la convergence des récits, je suis devenu choqué, désarmé par tant de violences et de cruauté d’autant que les atrocités faites dans les camps de concentration allemands furent avérées par l’histoire. Je me suis fait à l’idée qu’il n’y a pas de frontière à la folie.

Je sais que c’est un cliché vieux comme le monde mais je l’utilise tout de même : ÂMES SENSIBLES S’ABSTENIR. C’est une histoire très bien écrite, ficelée et maîtrisée mais d’une violence innommable. Malgré tout, je rends hommage à l’auteure qui a évité le piège de la gratuité et du spectacle. J’ai été saisi d’addiction jusqu’à la finale, totalement inattendue et qui m’a proprement désarmé. C’est un roman très dur, perturbant. Plusieurs passages pourraient vous soulever le cœur d’autant que le rythme est très lent et de nature à faire mijoter et glacer le lecteur.

Un rythme lent favorise généralement la profondeur surtout qu’ici l’auteur exploite le pouvoir des mots avec une redoutable précision allant jusqu’à développer des passages qui expliquent ce que ressent la victime. Le roman est très fort et cette force se manifeste dès le début. Il m’a inspiré dégoût, horreur et colère mais force m’est d’admettre qu’il a été développé avec talent et intelligence

Est-ce qu’un roman peut-être trop bien écrit ? À vous de voir. Quoiqu’il en soit, BLOCK 46 développe avec brio un thème malsain et ne doit être lu que par des lecteurs-lectrices capables de soutenir l’insoutenable.

Suggestion de lecture : SOLEIL NOIR,  de Christophe Semont


L’auteure Joana Gustawsson

Bonne lecture
Claude Lambert
Le dimanche 25 août 2024